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Ahmed Charaï : Les États-unis doivent chercher à comprendre pourquoi 100 nations n’ont pas soutenu l’Ukraine à l’ONU

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L’Assemblée générale des Nations unies s’est réunie le 7 avril dernier, pour la troisième fois depuis le début de la guerre en Ukraine, pour adopter une nouvelle résolution qui suspend la Russie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Si le monde occidental a largement condamné l’invasion russe, voire a pris de sévères sanctions contre Moscou, Vladimir Poutine n’est pas pour autant totalement isolé dans le conflit. En effet, 100 États sur 193 ont préféré ne pas soutenir le dernier vote onusien. Un phénomène peu commenté par la communauté internationale, probablement du fait que les pays concernés sont africains, arabes et asiatiques.

Dans le vacarme des bruits de bottes qui sature l’atmosphère fébrile de la guerre, une voix marocaine s’est levée pour attirer l’attention sur le déni occidental face à cette unité de l’ONU qui se fissure. Dans une tribune publiée sur la plateforme de réflexion et d’analyse américaine «The Jerusalem Strategic Tribune», Ahmed Charaï estime que la stratégie adoptée par les dirigeants occidentaux dans le conflit ukrainien favorise davantage l’émergence d’un désordre mondial. L’éditorialiste fustige le réflexe de vouloir condamner systématiquement les nations qui se sont abstenues de voter contre la Russie. «Les États-unis doivent chercher à comprendre pourquoi ces nations ont pensé que s’abstenir de voter était leur meilleure option» a-t-il souligné.

«Dans le siège emblématique de l’ONU à New York, le monde a voté au sujet de la plus grande invasion de la Russie depuis la Seconde Guerre mondiale – révélant les fractures et les fissures du soutien mondial à la démocratie», ainsi qa entamé Ahmed Charaï sa tribune publiée sur le journal américain «The Jerusalem Strategic Tribune», pour laquelle il a choisi le titre : «Nouveau désordre mondial : Ce que le vote de l’ONU sur la Russie révèle réellement sur la politique mondiale».

La suspension de la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations unies était techniquement la question soumise aux délégués. Mais chaque diplomate savait qu’il s’agissait en réalité d’un vote contre l’agression russe en Ukraine, nuance l’éditorialiste.

M. Charaï affirme que le résultat du vote a révélé la fragilité du consensus en faveur de la démocratie et de l’autodétermination. Car seuls 93 États (sur 193) ont voté en faveur du retrait de la Russie du comité des droits de l’homme, et donc de la condamnation de ses actions contre son voisin plus petit et plus faible

«Vingt-quatre autres pays (dont la Chine) ont voté en faveur de la Russie», précise-il. Et d’ajouter : «Plus inquiétant encore, 58 pays se sont abstenus, refusant de prendre parti dans ce que beaucoup considèrent comme un duel entre les grandes puissances».

M. Charaï souligne que le reste des pays craignent que les prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des engrais ne continuent à grimper si le conflit s’intensifie. La Russie et l’Ukraine étant d’importants producteurs de pétrole, de gaz, de blé et de fertilisants, des produits vitaux pour les pays en développement.

«C’est une question de vie ou de mort. La peur et la nourriture sont plus importantes pour de nombreux pays en développement que les idéaux démocratiques», insiste l’éditorialiste, avant de faire le constat suivant : «Les décideurs américains et européens devront faire face à une dure vérité : si la Russie est isolée sur le plan diplomatique, elle n’est pas totalement seule, et de nombreux pays ne sont pas du côté de l’Ukraine et de ses espoirs démocratiques».

M. Charaï, souligne le fait que ce n’est pas par ignorance que les délégués de l’ONU se sont abstenus, mais que les grands idéaux et le désespoir des ukrainiens n’ont rien pu faire face la dure réalité économique et politique de ces pays.

«La vue depuis les décombres de la banlieue de Kiev n’est pas pleine d’espoir. Les dirigeants démocratiquement élus de l’Ukraine savent qu’ils peuvent être capturés, blessés ou tués. Et ils savent aussi que l’histoire des sanctions, l’arme de prédilection de la coalition occidentale, montre qu’elles échouent presque toujours à dompter les envahisseurs. Tous ces faits étaient connus des délégués de l’ONU. En effet, ils les auraient entendus directement de la bouche des diplomates ukrainiens. Mais les grands idéaux et le désespoir réel ne les ont pas fait bouger», constate-t-il.

Les raisons pour lesquelles 100 nations ont décidé de ne pas soutenir l’Ukraine lors du vote des Nations unies

Ahmed Charaï a regroupé les 100 nations qui ont décidé de ne pas soutenir l’Ukraine lors du vote des Nations unies en cinq groupes : 1) Afrique; 2) Amérique latine; 3) Chine; 4) Inde; 5) Pays arabes et Israël.

Pour chaque groupe, l’éditorialiste a apporté avec précision les considérations endogènes et exogènes qui ont poussé à cette prise de distance vis-à-vis le conflit ukrainien.

1. Afrique

En Afrique, la Russie a noué des relations de longue date avec la Libye, la République démocratique du Congo et le Mali, et déploie souvent un schéma postcolonial, qui suggère que la Russie soutient les nations indépendantes et émergentes par rapport à leurs anciens colonisateurs. Cette ligne rhétorique est une continuation du thème promu à l’époque de l’Union soviétique, en particulier à partir des années 1950.

2. Amérique latine

En Amérique latine, une forme d’antiaméricanisme parmi les classes instruites s’est traduite par une réticence à critiquer ouvertement Poutine. Ce phénomène est amplifié par les messages propagés ouvertement par Cuba et le Venezuela.

3. Chine

L’abstention initiale de la Chine est davantage perçue comme un signe d’embarras face aux visées belliqueuses de son partenaire russe, que comme une preuve de son intérêt pour un rapprochement avec l’Occident.

Dans les capitales occidentales, beaucoup veulent croire que Pékin a tout intérêt à ce que le cessez-le-feu intervienne rapidement, afin de ne pas entraver sa croissance économique. En réalité, la Chine ne voit aucune raison de mettre en colère la Russie, un important fournisseur de pétrole, de gaz et de charbon, d’autant plus que les nations occidentales découragent la production des combustibles fossiles dont la Chine a précisément besoin. Les cercles d’élaboration des politiques à Pékin ne sont pas peuplés d’idéalistes, et ses décisions sont invariablement intéressées et pragmatiques.

4. Inde

L’Inde, pour sa part, est un allié de longue date de la Russie, l’un de ses principaux fournisseurs d’armes. New Delhi estime qu’elle aura besoin de ces armes face au renforcement militaire chinois dans la région, ainsi que face aux problèmes non résolus avec le Pakistan.

5. Pays arabes & Israël

Les nations arabes n’ont pas l’intention d’abandonner leurs relations avec la Russie, qui s’est imposée comme une force avec laquelle il faut compter lorsqu’elle a sauvé le président syrien Bachar el-Assad par son intervention militaire, ni avec la Chine, le plus gros acheteur de pétrole et de gaz de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

En effet, les dirigeants arabes sont mécontents de l’administration Biden pour son retrait précipité d’Afghanistan l’année dernière, ses négociations en cours avec le régime menaçant de l’Iran, et son laxisme face aux attaques terroristes et aux tirs de roquettes des Houthis au Yémen. Pour la première fois, les dirigeants arabes s’interrogent, publiquement, sur la viabilité du système politique américain et sur la cohérence de la politique étrangère américaine.

Sur le dossier nucléaire iranien, Israël, l’un des plus fermes alliés des Etats-Unis dans la région, craint que l’administration Biden ne veuille à tout prix conclure un accord avec le régime iranien sans tenir compte de l’impact possible sur l’agression régionale de Téhéran. Le ministre israélien de la défense a même appelé à la mise en place d’un «plan B solide» pour faire face au programme nucléaire iranien.

En conséquence, ni les Arabes ni les Israéliens n’étaient enthousiastes à l’idée de soutenir les États-Unis à l’ONU – même s’ils ont fini par s’aligner.

Pour la première fois, les dirigeants arabes s’interrogent, publiquement, sur la viabilité du système politique américain et sur la cohérence de la politique étrangère américaine.

Ahmed Charaï , The Jerusalem Strategic Tribune

Érosion de la défense de l’ordre mondial

Faute de pouvoir s’en prendre à l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, les pays occidentaux ont déportés les votes en Assemblée générale. Deux scrutins sans conséquence pratique sur la Russie ont pourtant révélé la fragilité de l’unité de l’ONU. Une fragilité à laquelle s’ajoute un autre constat qu’Ahmed Charaï a pointé du doigt : l’érosion de l’engagement des États-unis à défendre, maintenir et faire progresser l’ordre international .

«Ce qui s’érode depuis quelques années, c’est l’engagement des dirigeants américains à défendre, maintenir et faire progresser un ordre international dans lequel les États observent des règles et des normes communes, adoptent des systèmes économiques libéraux, renoncent aux conquêtes territoriales, respectent la souveraineté des gouvernements nationaux et adoptent des réformes démocratiques» a-t-il souligné.

Dans l’environnement mondial de plus en plus complexe d’aujourd’hui, poursuit le Directeur de publication, les États-Unis ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en «tirant parti de leur force grâce à une politique étrangère cohérente qui répond aux défis posés par la Russie et la Chine». Pour ce faire, les États-Unis doivent délibérément renforcer et cultiver des relations productives avec leurs alliés, partenaires et autres nations ayant des intérêts communs.

Dans son analyse M. Charaï, s’attarde sur le cas de la Chine, que Biden a érigé en priorité de son administration et que tous les observateurs s’accordent à dire qu’il s’agit du plus grand défi du siècle pour les américains. L’éditorialiste appelle à un dialogue stratégique constructif et à l’étude d’alternatives à l’influence de la Chine dans l’indo-pacifique.

«Les États-Unis doivent proposer des alternatives politiques, économiques et sécuritaires attrayantes à l’influence de la Chine dans la région indo-pacifique, en Afrique et au-delà. Parallèlement, Washington doit maintenir un dialogue stratégique productif avec Pékin, en communiquant clairement les préoccupations américaines et en s’efforçant de comprendre les intérêts et les objectifs chinois.» recommande-t-il.

Les États-unis doivent revoir leur copie

Les principes universels doivent être combinés à la réalité des perspectives des autres régions. Les dirigeants occidentaux doivent reconnaître que les dirigeants non occidentaux ne vivent pas seulement dans un autre endroit, mais qu’ils viennent d’un autre endroit intellectuellement, affirme M. Charaï.

Pour conforter ses propos, l’éditorialiste cite une déclaration de l’ancien ministre des Affaires étrangères américain Henry Kissinger qui s’était exprimé avec franchise à l’intention de Barack Obama, dans un billet publié sur les colonnes du Wall Street Journal en 2014, la veille d’un voyage de l’ancien président américain pour l’Europe.

Kissinger a écrit : « De vastes régions du monde n’ont jamais partagé la conception occidentale de cet ordre ( ordre mondial, ndlr) et n’y ont seulement consenti. Ces réserves deviennent à présent explicites, par exemple, dans la crise en Ukraine et le sud de la Mer de Chine. L’ordre établi et proclamé par l’Ouest [après la Seconde Guerre mondiale] se trouve à un tournant [.] La célébration des principes universels ont besoin d’aller de paire avec la reconnaissance de la réalité des histoires et des cultures des autres régions, ainsi que leurs points de vue en matière de sécurité».

Le vote de l’ONU a montré que les principes universels ne sont pas encore tout à fait universels. Plutôt que de condamner les nations qui se sont abstenues de voter contre la Russie, l’Amérique doit chercher à comprendre pourquoi elles ont pensé que s’abstenir de voter était leur meilleure option. Ensuite, l’Amérique doit indiquer clairement qu’elle soutient toujours l’État de droit et l’idéal de la démocratie et de blinder ses idéaux, conclut Ahmed Charaï sa tribune.


M. Ahmed Charai est le président-directeur général d’un groupe de médias et conseiller pour le Moyen-Orient aux États-Unis et à l’étranger. Il siège au conseil d’administration de nombreux groupes de réflexion et ONG, dont Atlantic Council, the International Center for Journalists, International Crisis Group, et le Jerusalem Institute for Strategy and Security. Ses articles sont parus dans des publications américaines et israéliennes de premier plan.

The Jerusalem Strategic Tribune (JST) est une plateforme de réflexion et d’analyse américaine co-fondée par Ahmed Charai en Aout 2021. Une plateforme qui se veut cosmopolite et et inclusive. Son conseil d’administration réuni républicains et démocrates américains, gauche et droite israélienne se côtoient aussi bien dans le conseil d’administration.

JST se veut une plateforme médiatique ouverte au grand public pouvant permettant la compréhension des relations américano-israéliennes.

JST parvient à attirer des contributeurs prestigieux à l’image de l’ancien Conseiller à la sécurité nationale d’Israël, Yaakov Amidror ; les anciens Sous-Secrétaires d’Etat américains à la Défense, Dov Zakheim et John Hamre ; l’ancien conseiller d’Obama sur les questions chinoises, Ryan Hass ; l’ancien directeur général du ministère singapourien des Affaires étrangères, Bilahari Kausikan…

Hydrocarbures : L’ambassade américaine fait le job de Aziz Akhannouch

Le quotidien arabophone Al Akhbar a révélé ce vendredi que l’ambassade américaine à Rabat aurait réuni des membres de la Fédération nationale des gérants et propriétaires des stations-service pour discuter de l’impact de la flambée des prix des hydrocarbures. Avant de condamner l’ingérence américaine dans les affaires intérieures du pays, ne faut-il pas blâmer la passivité dont a fait preuve le Chef de Gouvernement Aziz Akhannouch ?

L’ambassade américaine à Rabat aurait tenu une réunion ce mardi 19 avec les membres de la Fédération nationale des gérants et propriétaires des stations-service, la FGNPS, rapporte le quotidien arabophone Al Akhbar.

La délégation menée par le président de la fédération Jamal Zrikem a répondu aux questions des diplomates américains du service économique de l’ambassade au sujet de l’impact de la flambée des prix des hydrocarbures et les répercussions sur les stations d’essence.

Selon Al Akhbar, les responsables de l’ambassade américaine auraient également demandé des informations sur les activité de la FGNPS et se sont enquis de ses positions notamment celle de l’appel à une gréve nationale après la décision du gouvernement Akhannouch de fermer la porte du dialogue.

Ingérence américaine dans les affaires intérieures du pays ?

Une telle réunion d’une chancellerie étrangère sur un sujet aussi sensible avec une organisation non gouvernementale peut être considérée comme une ingérence dans les affaires intérieurs du pays.

On peut comprendre l’intérêt des américains à ce sujet, vu qu’ils sont en partie responsables de l’instabilité des cours du pétrole, comme on peut imaginer qu’ils ne font que combler le vide laissé par le gouvernement Akhannouch dans la gestion de cette crise. En effet, le Chef du gouvernement qui est en même temps principal acteur sur le marché des hydrocarbures au Maroc à travers sa société Afriquia Gaz, a joué à l’autruche depuis l’avénement de la guerre en Ukraine, se limitant à des communiqués de presse froids et souvent provocateurs.

Réagissant sur cette information d’Al Akhbar, Le journaliste Mustafa Elfanne a partagé une opinion particulièrement virulente contre l’ambassade américaine à Rabat. Il estime qu’il s’agit d’une acte «dangereux et périlleux» qui «porte atteinte à la souveraineté du pays».

«Au lieu que le gouvernement de M. Aziz Akhannouch convoque les propriétaires des compagnies de carburant, pour discuter des propositions possibles pour atténuer la flambée des prix dru Gasoil, c’est l’ambassade américaine à Rabat qui s’est chargée de les « convoquer » pour trouver des solutions à cette hausse vertigineuse des prix du gasoil» a-t-il écrit sur son compte Facebook.

«Mon avis est que ce qu’a fait l’ambassade américaine, soumise au devoir de réserve, est très dangereux et périlleux, et cela peut « porter atteinte » à la souveraineté de notre pays, à nos institutions et à nos symboles» a-t-il renchéri.

Et de rajouter : « Ce que je crains, c’est que cette « démarche provocatrice » soit une « protection » accordée au lobby des hydrocarbures, qui dispose de tentacules transnationales».

Le journaliste appelle les responsables et les propriétaires des compagnies des hydrocarbures à rompre leur silence «avant que la boule de neige ne grossisse dans un contexte national où subsistent beaucoup de tensions et de crispations».

Exclusif : Gaia Energy blacklistée par l’Algérie suite à son rapprochement avec l’israélien Gandyr

Le président Abdelmadjid Tebboune a saisi son ministre de l’Energie et des Mines et les responsables de la Sonatrach pour «proscrire» toute collaboration avec la filiale algérienne de la société marocaine GAIA Energy qui opère dans les énergies renouvelables. Le motif de cette missive du palais d’El Mouradia est l’entrée de la filiale du groupe israélien Gandyr dans le capital de Gaia Energy Maroc. L’information émane d’une source interne de la Sonatrach qui a fait fuiter la correspondance électronique.

Le va-t-en guerre américain en Ukraine est entrain de bouleverser toute la géostratégie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Dans sa guerre d’usure contre le camp de l’Est, la Maison Blanche sacrifie ses alliances classiques et cherche à en créer de nouvelles dans le seul but d’isoler l’adversaire sino-russe.

En effet, depuis le mauvais signal de la réhabilitation des Talibans et la sortie chaotique des soldats américains d’Afghanistan, nous assistons à un regroupement hétéroclite de nations autour d’intérêts sécuritaires et économiques et contre les menaces de la nouvelle politique étrangère de l’hyperpuissance américaine qui occulte la géographie et l’histoire.

L’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Egypte constituent pour les stratèges de Joe Biden, à savoir Jake Sullivan, William Burns et Antony Blinken, le nouveau bloc d’Afrique du Nord dont la fonction stratégique est le contrôle du marché gazier mondial. Un bloc satellite à celui du Moyen-Orient composé quand à lui du Qatar, de l’Iran et de l’Irak que Washington espère stabiliser grâce à la signature d’un accord sur le nucléaire iranien.

Ce front que façonne l’administration Biden depuis son installation a suscité la formation d’une nouvelle alliance cimentée par les accords d’Abraham et les menaces de la politique américaine. Laquelle alliance réuni le Maroc, Israël, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite.

Algérie, pression intenable

Contrairement à l’Egypte, l’Algérie a du mal à gérer la pression internationale et les enjeux géostratégiques lourds objets de la guerre froide entre les camps de l’Est et de l’Ouest. Et pour cause, historiquement et depuis son indépendance, la coopération militaire est au cœur des relations entre Moscou et Alger. Tandis, que le secteur énergétique a toujours été contrôlé par Washington.

En effet, l’armée algérienne continue à être sous influence russe, à l’image de son chef d’état-major, Saïd Chengriha, formé à l’académie russe de Vorochilov, au moment où tous les dirigeants de la Sonatrach sont des ingénieurs formés aux États-Unis.

La guerre en Ukraine est un véritable cauchemar pour le régime militaire totalitaire algérien éreinté par les fronts internes et externes, de la déconfiture de l’économie du pays, au Hirak de 2019, passant par les succès diplomatiques éclatants du Royaume du Maroc.

D’autant plus que le régime se sent de plus en plus menacé par : 1) les énormes gisements gaziers découverts dans la Méditerranée de l’Est et dans le delta du Nil en Égypte, non encore exploitées; 2) les ambitions sérieuses du Maroc dans le secteur des hydrocarbures notamment avec le gazoduc Afrique atlantique; 3) la crise alimentaire mondiale; 4) la nouvelle alliance géopolitique entre Rabat et Madrid.

Dans ce contexte très complexe, l’Algérie manoeuvre dans la douleur, en usant tantôt du dossier du Sahara marocain, tantôt de la cause palestinienne et surtout de l’approvisionnement en gaz pour l’Europe. Si le pays réussi à arracher quelques victoires, il s’est trouvé par contre dos au mur face à l’Arabie saoudite, véritable centre d’influence arabo-musulman et «Market Maker» mondial des hydrocarbures fossiles.

Dans le deal proposé par l’administration Biden, Alger trouve son compte dans la reconnaissance d’un rôle par défaut dans la guerre du gaz russe, dans le rapprochement avec l’Iran, allié historique de Poutine et surtout dans l’alliance avec l’Egypte, un pays qui constitue une véritable menace sur le moyen et long terme pour son régime.

En effet, l’Egypte d’Al-Sissi est d’abord un futur géant du gaz qui de plus, à des intérêts stratégiques et de sécurité nationale en Libye. Le pays est autant important pour l’Arabie saoudite, que pour le États-unis et encore plus pour Israël.

Le dossier égyptien semble avoir été au menu des entretiens entre les responsables algériens et le secrétaire d’État américain Antony Blinken, à l’occasion de sa dernière visite le 30 Mars.

Pour preuve, au lendemain de la rencontre Tebboune-Blinken, le vice-Président Business Development & Marketing de la Sonatrach Fethi Arabi, considéré comme la boîte noire de son président Taoufik Hakkar, a demandé expressément aux membres du Comex, le Vice-Président Liquéfaction et Séparation, Nasreddine Fatouhi, le Vice-Président Transport Par Canalisation, Melaika Amine, le Vice-Président Raffinage et Pétrochimie, Batouche Boutouba, le Vice-Président Exploration – Production, Mohamed Slimani et à la Vice-Président Commercialisation Fatiha Neffah, de préparer avant le 05 avril 2022, un dossier détaillé sur les axes de coopérations avec LeCaire.

Dans le courrier électronique fuité par une source interne de la Sonatrach, Fethi Arabi évoque une importante «échéance bilatérale» dans les hydrocarbures entre l’Algérie et l’Egypte.

Gaia Energy blacklistée

Le revirement historique de l’Espagne en faveur du Maroc sur le dossier du Sahara a finit par détruire toute la doctrine du régime algérien qui en a fait son fonds de commerce de politique interne et étrangère depuis plus de quarante ans.

La neutralité négative de l’Espagne, ancien colonisateur, sur le dossier du Sahara n’était plus tenable surtout après la fermeture du gazoduc Maghreb Europe (GME). Une erreur de calcul d’Alger, car elle a poussé Madrid a diversifié son approvisionnement en hydrocarbures et se libérer de facto du chantage algérien.

En signe de représailles, Alger s’est attaqué à une entreprise marocaine, GAIA Energy opérant dans les énergies propres, depuis 2015 sur le sol algérien à travers une filiale détenue à 51% par un ressortissant local.

Dans un email envoyé le dimanche 27 mars 2022, dont nous détenons une copie, l’avocat du groupe Sonatrach, Bourbia Noureddine, a appelé l’ensemble des directeurs de la société pétrolière à arrêter toute relation avec la filiale algérienne de la société marocaine GAIA Energy.

«Nous vous informons que les services de la présidence de la République, ont saisi Monsieur le Ministre de l’Energie et des Mines au sujet de la société GAIA Energy, leader dans les énergies nouvelles et renouvelables (ENR), représentée en Algérie par son bureau de liaison créée en novembre 2015 et ayant siège sociale à Hydra» a-t-il écrit.

Et de poursuivre : «Le 24 février 2022, la société « israélienne » Marom Energy relevant du Groupe « israélien » Gandyr Energy a opéré une acquisition de (30%) du capital de la société GAIA Energy dont le président ZENIBER Mounir, actionnaire de GAIA Energy – Bureau de liaison -Algérie.»

«A cet effet, nous vous demandons de bien vouloir nous faire part, dans les plus brefs délais possibles, de tout contact où échange effectué par vos structures respectives avec la société Gaia Energy et/ou ses représentants et de proscrire à l’avenir toute relation de quelque nature qu’elle soit avec celle-ci»

«Il importe de vous informer que le délai de réponse qui nous est accordé, est fixé au plus tard le 29/03/2022» a-t-il conclu.

Ces directives ont été adressées aux responsables suivants :

  • Directeur de la Division Production, Taleb Saadi Messaoud,
  • Directeur de l’exploitation, Mourad Beldjehem,
  • Directeur de la division exploration, Badji Rabie,
  • Directeur de Division Promotion et Valorisation du Domaine Minier Hydrocarbures, Djidjeli Mahmoud,
  • Directeur des Opérations d’Exploration, Farid Belhamèche,
  • Directeur de la Division laboratoires/Activité Exploration et Production, Djamel Zeriri,
  • Directeur Finances, Mohamed Terra,
  • Chef Département Sécurité Industrielle, Ghrenoug Faouzi.

Il faut dire que l’annonce en grande pompe de l’opération de rapprochement entre les deux sociétés a eu un échos mondial. Il s’agit du plus gros investissement privé israélien au Maroc depuis la signature de l’accord tripartite entre les deux pays et les États-unis. Pas moins de 13 milliards de dirhams sont ainsi injectés dans GAIA Energy pour financer quatre projets liés aux énergies renouvelables notamment en matière d’autoproduction, d’agrivoltaïsme, d’hydrogène vert et d’export d’électricité verte en Afrique.

https://twitter.com/EyalDavid_mfa/status/1496912778552090624
https://twitter.com/kh_lorena/status/1495830507309142017

La réaction du régime algérien quand à la nationalité du nouvel associé de GAIA Energy n’a absolument rien avoir avec la cause palestinienne. Ce sont les appétits énergétiques d’Israël qui l’inquiètent sérieusement.

En 2018, Tel-Aviv a signé deux accords stratégiques et historiques autour du gaz de la Méditerranée orientale. Le premier avec Le Caire pour l’exportation du gaz israélien vers l’Égypte pendant plus de dix ans. Le deuxième avec Chypre, pour l’installation d’un câble sous-marin, permettant l’acheminement de gaz depuis Aphrodite jusqu’aux usines égyptiennes, avant d’être réexpédié vers l’Europe.

Ce qui fait d’Israël la première puissance régionale contrôlant le gaz de la Méditerranée orientale à destination de l’Europe, l’Égypte un véritable hub énergétique et le Maroc leader africain des énergies renouvelables.

Déclaration de Moundir Zniber Président de GAIA Energy sur son activité en Algérie – COP22 Marrakech 2016

Les employés de la Sonatrach endoctrinés par la propagande anti-Maroc du régime algérien

Les leaks de la messagerie électronique de la société pétrolière algérienne la Sonatrach, dont la source serait d’origine interne, révèlent également la culture de la haine installée par le régime militaire de Saïd Chengriha même au sein des entreprises publiques.

Dans un email envoyé par le Chef du Département Informatique et Telecom de TouatGaz, un groupement réunissant la Sonatrach et le britannique Neptune Energy exploitant l’usine de traitement de gaz naturel de Touat, nous avons découverts avec stupéfactions l’utilisation du mot Makhzen pour qualifier le Maroc dans un échange à caractère professionnel.

La fuite révèle en plus que la Sonatrach bloque tout accès à ses systèmes depuis les adresse IP marocaines.

«M’hamed (..) n’arrive pas à se connecter à Direct Access. Il se trouve en ce moment au Maroc. Les restrictions des adresses IP du Makhzen sont toujours en place ?(…)», peut-on lire dans cet échange entre responsables des Systèmes d’information d’un acteur économique affilié à une multinationale britannique.

«MEDI 1» : Hassan Khiyar a loupé le coche pour construire un groupe audiovisuel digne de ce nom

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Douze ans après sa nomination à la tête de Medi 1, le bilan de Hassan Khiyar est décevant. En plus des audiences en constante dégringolade, l’ancien administrateur d’Alstom Maroc n’a pas préservé la valeur et l’aura de la marque qui, naguère dominait l’information et l’influence dans tout le Maghreb.

Rien ne va plus dans le groupe audiovisuel dirigé depuis 2010 par Hassan Khyar. Les chiffres des audiences parlent d’eux-mêmes : 2,9 % pour la chaine télé Medi1 TV et moins de 6,5% pour l’emblématique radio «Medi 1».

La première radio du Maghreb est devenue l’ombre d’elle même et le projet de chaine de télévision panafricaine est un cuisant échec. Pourtant, Hassan Khiyar, un dirigeant rompu à la culture du résultat et à la valeur du travail avait tout pour réussir. En plus d’un appui institutionnel prestigieux, il avait entre les mains une marque historiquement influente et forte et tenait les rênes de la régie publicitaire, Régie 3.

Les quatre péchés capitaux de Hassan Khyar

La bonne volonté, la capacité de travail et la discrétion dont fait preuve M. Khyar ne lui ont pas suffit pour réussir sa mission de transformer le groupe Medi 1. Ses choix éditoriaux marketing et sa gestion des ressources humaines ont plombé tous ses efforts. Si à la radio, le lobby français a réussi à prendre le dessus, se laissant grignoter jour après jour ses parts de marchés par ses concurrentes locales, la télé quand à elle se retrouve à date d’aujourd’hui sans identité et sans âme.

1. Stratégie multimarques défaillante

Hassan Khyar a probablement été influencé par son confrère Khalil Hachimi Idrissi quand à sa stratégie de marque. Pourtant, contrairement au patron de la MAP qui avait hérité d’un branding désuet, le PDG de Medi 1 se reposait sur une marque puissante qu’il devait la porter encore plus haut.

M. Khyar ne s’est contenté de la marque Medi 1 TV, il en a ajouté M Télévision, M Afrique, M Maghreb, M Arabic, Medi1news, Medi1podcast. En six années, la valeur de la marque s’est effritée et le stock de l’audience hérité de Abbas Azzouzi s’est fondu. D’aucuns aujourd’hui ne peut définir l’audience de la chaine.

2. Digital abandonné en cours de route

Du temps de Azzouzi et durant les premières années du règne de Khyar, Medi1 TV s’est distinguée par une stratégie et une présence digitales agressives au point de faire trembler Soread 2M.

Du jour au lendemain, la chaine décide de lever le pied et de tourner le dos à ce qui constituait sa particularité et sa différenciation vis-à-vis sa concurrence locale.

3. Ligne éditoriale : incolore et indolore

Hassan Khyar a finit par rendre la ligne éditorial de Medi 1 à son image : pas de vague, pas de prise risque et pas de coups d’éclats. Le PDG vit avec cette hantise de recevoir des coups de fils inquisiteurs concernant une phrase ou un sujet traité par ses journalistes. Résultat, point de coup de fils, point d’identité et encore moins d’audience.

4. Gestion des ressources humaines : le talent d’Achille de M. Khyar

De part le fait qu’elle soit née d’une JV entre Rabat et Paris et d’avoir été longtemps sous l’emprise d’un seul homme, feu Pierre Casalta , Medi 1 est une organisation complexe. Son dirigeant se voit donc dans l’obligation de cultiver la coopération entre les divers fonctions et corps de métiers du groupe audiovisuel pour atteindre l’excellence opérationnelle.

Cette dynamique attendue de la part de Hassan Khyar n’a pas été au rendez-vous, principalement en raison de ses difficultés relationnelles. Lesquelles difficultés ont fait émerger d’autres problématiques : le manque d’innovation et de créativité et l’impact négatif renvoyé sur le collectif, avec des conséquences directes en termes de confiance, de satisfaction et d’engagement.

«En manque d’idées novatrices et surtout de sens journalistique, le PDG a fait le vide autour de lui» écrit Maghreb Intelligence.

La même source rappelle également le triste bilan RH de M. Khyar : «une série de licenciements de journalistes et de techniciens de la chaîne et de multiples bras de fer avec les syndicats».

Fin de mandat

«D’après plusieurs observateurs le mandat de Hassan Khiyar à la tête de Medi 1 TV arriverait bientôt à son terme», révèle Maghreb Intelligence.

Un départ prévisible depuis l’annonce en mai 2021 par le ministre de la communication de l’époque Othman El Ferdaous de la prise du contrôle par la SNRT de la Soread et de Medi1TV, donnant naissance à un pôle audiovisuel public.

Une décision salvatrice qui devrait permettre au Maroc de mutualiser les ressources et les efforts pour faire émerger un paysage audiovisuel que mérite tous les marocains.

Un parlementaire du RNI appelle à user de la baston contre les anti-Akhannouch

El Madani Oumlouk, coordinateur provincial du RNI à Tinghir, a appelé ses élus, réunis pour le congrès national du parti les 4 et 5 mars derniers, à soutenir Aziz Akhannouch «jusqu’à la mort» et à affronter ses détracteurs par la baston et le «Jihad».

El Madani Oumlouk, député à la Chambre des conseillers et président de la commune de Kelaat M’Gouna sous les couleurs du parti au pouvoir le RNI, a brillé encore une fois dans la défense de son président Aziz Akhannouch.

Oumlouk qui s’était prononcé contre la campagne de boycott qu’avait frappé la société d’hydrocarbures Afriquia, a créé l’évènement à l’occasion de la tenue du congrès national du RNI les 4 et 5 mars derniers.

Pour les lecteurs qui n’ont pas suivi les travaux de ce congrès, il faut savoir que Aziz Akhannouch sous les feux des critiques populaires a pris des précautions et des mesures drastiques pour que ce rendez-vous statutaire du parti ne se transforme pas en un théâtre d’un putsch.

En effet, en plus de fermer la porte à toute autre candidature, il a fait en sorte à interdire toute intervention, échange, débat ou déclaration qui pourraient faire émerger des voix dissonantes brisant l’unanimité et le consensus imposés par le milliardaire à coups de liasses de billets.

Pour la première fois de l’histoire du parti, et en prétextant la pandémie, chaque province a réuni ses congressistes dans des hôtels reliés via internet à la salle des conférence centrale où seul Aziz Akhannouch et ses proches lieutenants avaient le droit de s’exprimer. Chaque responsable d’antenne du parti était chargé de fliquer et de contrôler les congressistes.

Aziz Akhanouch a éliminé par cette organisation, tout mouvement et dynamique de foule et tout rassemblement hostile.

C’est dans ce contexte et dans une salle de l’hôtel Oasis à Errachidia où les congressistes de la province suivaient sur un écran via streaming les travaux du congrès national, qu’El Madani Oumlouk a pris la parole après l’allocution du président du parti Aziz Akhannouch.

«Les dossiers qui se sont empilés sur les étagères des années et des années, Aziz Akhnnouch les a pris pour travailler dessus. Ssi Aziz Akhannouch lui faut « une staff » pour l’aider, pour travailler et pour communiquer» a-t-il affirmé.

«Vous l’avez tous entendu nous demander de nous mobiliser contre les perturbateurs et les porteurs de la « Fitna ». Il faut qu’on use de la baston contre eux. Je n’ai pas de doute que nous résistons et que nous faisons tous le Jihad pour défendre notre parti et notre président. Nous n’allons pas l’abandonner même si nous mourrons» s’est-il enflammé.

Cette déclaration qu’il a publié sur sa page Facebook a suscité une vaguelette d’indignation et de condamnation très localisée. La machine de communication de Aziz Akhannouch et l’actualité internationale très intense à éclipser ce dérapage.

Elmahdaouy : Akhannouch et Ouahbi ont promis des portefeuilles ministérielles à Lachgar et Benabdallah

Dans une vidéo en date du vendredi 4 mars, Hamid Elmahdaouy a fait des révélations surprenantes et inquiétantes sur des supposées promesses de l’alliance gouvernementale faites à quelques partis de l’opposition, l’USFP et le PPS, en vue d’un imminent remaniement ministériel.

Selon le journaliste, ces promesses ont été faites à Driss Lachgar par Aziz Akhannouch et à Nabil Benabdallah par Abdellatif Ouahbi.

Le Chef de gouvernement doit à Lachgar l’épisode du blocage qui a fait tomber Abdelilah Benkirane. Quand au secrétaire général du PAM et connu pour ses liens d’amitiés historiques avec Benabdallah.

C’est cette carotte ministérielle qui expliquerait, selon Elmahdaouy, le surprenant et coupable silence de l’opposition face aux échecs et aux scandales à répétition de l’exécutif.

Le directeur de publication de Badil.info estime que Abdelilah Benkirane surfe également sur la vague, en répétant à qui veut l’entendre de ne pas attaquer Aziz Akhannouch et son gouvernement. Le SG du PJD, dans une réaction épidermique, refuse de se retrouver dans le même camp que l’USFP, le parti qui l’a fait couler, affirme Elmahdaouy.

Royal Air Maroc lance un 3ème vol hebdomadaire Casablanca-Moscou

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Dans la perspective de l’augmentation du volume des échanges entre le Maroc et la Russie, le Maroc décide d’augmenter ses dessertes Casablanca-Moscou, rapporte Maghreb Intelligence.

«Le Maroc va devenir l’une des principales destinations pour les russes» affirme le site d’information Maghreb Intelligence. La raison, selon la même source : «la neutralité souveraine et assumée du Royaume vis à vis le conflit en Ukraine».

En effet, au moment où de sévères sanctions se sont abattues sur la Russie, notamment la fermeture des espaces aériens des États-unis, de l’UE, du Canada et du Royaume-unis à tous ses avions, et l’interdiction de séjour dans ces mêmes pays à ses ressortissants, la neutralité du Royaume du Maroc constitue une réelle bouffée d’oxygène aux russes et une opportunité de désescalade des tensions. Surtout que les ressortissants russes sont exonérés de visa pour entrer au Maroc et y séjourner.

Les autorités marocaines ont donc décidé rapidement de saisir l’opportunité, en procédant au lancement d’un nouveau vol hebdomadaire entre Casablanca et la capitale russe, Moscou. Des équipages de la compagnie nationale Royal Air Maroc ont d’ores et déjà présenté, cette semaine, des demandes de visa au consulat général russe à Casablanca, révèle MI.

«L’objectif est de lancer dans les meilleurs délais un troisième vol hebdomadaire entre Casablanca et Moscou au lieu de deux actuellement. Ces fréquences pourraient augmenter dans un avenir proche et éventuellement assurer des liaisons avec Agadir et Essaouira » affirme une source diplomatique.

Pour renforcer ces dessertes, d’autres compagnies aériennes russes devraient être mises à contribution comme la plus grande compagnie aérienne de Russie, Aeroflot et S7 Airlines, troisième compagnie du pays.

Les risques d’utilisation de l’arme nucléaire dans la crise ukrainienne

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La bataille autour de l’Ukraine s’éternise. Des armes neuves et d’autres équipements provenant de l’Union européenne et des États-Unis continuent affluent en Ukraine permettant aux forces ukrainiennes de continuer à se battre contre les russes. La bataille atteint ce que l’expert en résolution de conflits William Zartman appelle une situation «d’impasse douloureuse». L’équilibre des forces sur le terrain n’est pas complètement ou parfaitement symétrique, mais ce qui était autrefois considéré comme une asymétrie des forces complètement disproportionnée s’est progressivement rééquilibré, en faveur des forces ukrainiennes.

Analyse de Francesca Giovannini publiée par Bulletin of The Atomic Scientists -TheBulletin.org

La crise en Ukraine devient une guerre d’endurance

Les théories des relations internationales nous enseignent que les défenseurs ont un avantage stratégique. Ils connaissent le terrain sur lequel ils se battent, et surtout ils ont la volonté absolue de repousser l’attaquant.

Ce que les médias rapportent du terrain d’affrontement en Ukraine confirme largement ces thèses  théoriques. La compétence des militaires ukrainiens est encore renforcée par un niveau sans précédent de mobilisation et de résistance des civils.

Pendant ce temps, les forces russes rencontrent des difficultés considérables pour réapprovisionner leurs troupes déployées à l’avant. Les performances de l’armée sont visiblement insuffisantes. Aucun objectif stratégique n’a été atteint. Et pour la première fois depuis le début du conflit, les médias russes reconnaissent les premières victimes du pays. À mesure que la situation perdure, le moral des troupes russes s’effrite. Les combats se relâchent, les pertes continuent à augmenter du côté russe.

En règle générale, dans les situations d’impasse, selon Zartman, les coûts de la poursuite de la guerre dépassent (souvent de beaucoup) les avantages à en tirer. Pourtant, il est raisonnable de supposer que pour Poutine, perdre la guerre avec l’Ukraine n’est pas une option. Il a affirmé que l’Ukraine est une partie indivisible de l’identité et du territoire russes. En outre, avec deux tiers de l’ensemble des forces militaires russes sur le terrain, perdre une guerre contre ce qui est perçu comme une armée beaucoup plus faible entraînerait des coûts de réputation importants pour la Fédération de Russie et pour Poutine.

Ce dernier ne serait pas non plus disposé à accepter une solution négociée qui laisserait le régime actuel au pouvoir. Les coûts que Poutine a déjà été prêt à payer pour son invasion de l’Ukraine sont faramineux. Se contenter d’une victoire en demi-teinte semble très improbable. Pour que les coûts de l’invasion en valent la peine, Poutine a besoin d’une victoire décisive..

La question de savoir ce que «gagner» signifie pour Poutine entre en jeu

Les options de Poutine

Quelles sont les options dont dispose Poutine ? Une décision de Poutine d’utiliser des armes nucléaires tactiques ne semble peut-être plus complètement farfelue. En fait, il a ordonné dimanche aux forces nucléaires russes de passer à un état d’alerte plus élevé, bien que l’on ne sache pas très bien ce que cet ordre signifiait en termes pratiques. On pense généralement que les missiles nucléaires terrestres et sous-marins de la Russie et des États-Unis sont maintenus en état d’alerte élevé à tout moment.

Aujourd’hui, à l’heure où j’écris cet article, un scénario qui conduirait la Russie à utiliser des armes nucléaires en Ukraine semble improbable. Comme beaucoup d’autres, je fais trois hypothèses : la Russie a tout intérêt à ne pas détruire l’Ukraine, car Poutine veut l’occuper ; même si Poutine est un «voyou», il n’est pas assez fou pour briser le tabou de l’utilisation d’armes nucléaires en temps de guerre, tabou qui dure depuis 75 ans ; et les Russes disposent de nombreuses autres options pour soumettre l’Ukraine.

Mais ces hypothèses devraient peut-être être remises en question

Hypothèse 1 : Ne pas détruite l’Ukraine

Premièrement, l’hypothèse selon laquelle Poutine veut éviter de détruire l’Ukraine ne résiste guère à l’épreuve de la réalité. S’il est vrai que dans la première phase du conflit, les Russes ont pris des mesures pour réduire les coûts civils et la destruction des infrastructures, au cours des dernières 24 heures, les tactiques russes ont clairement changé de ciblage et de rythme. Le ciblage de bâtiments résidentiels, de gazoducs et de stations énergétiques montre à quel point les Russes ressentent désormais l’urgence du temps et la crainte de voir la résistance ukrainienne se coaliser. Plus le conflit s’éternise, plus les Russes devront s’intensifier pour briser la «détermination» des Ukrainiens. En fin de compte, une victoire décisive pourrait être plus importante pour Poutine que la préservation des infrastructures. Et si l’objectif de Poutine est de faire de l’Ukraine une zone tampon entre la Russie et l’Occident, limiter les dégâts sur le sol ukrainien pourrait finalement compter peu dans l’esprit de Poutine.

Hypothèse 2 : Poutine n’est pas assez fou pour utiliser l’arme nucléaire

En ce qui concerne la deuxième hypothèse : Jusqu’à quel point Poutine devrait-il être plus fou pour briser le soi-disant « tabou nucléaire » ? Il me semble qu’il a été prêt à briser le tabou de la souveraineté nationale plus d’une fois. Si je ne pense pas qu’il prendra la décision d’utiliser des armes nucléaires tactiques à la légère, je ne crois pas non plus que la crainte de briser un précédent (réel ou imaginaire) soit une contrainte pour lui. Il est également intéressant de noter que Poutine a fait référence à plusieurs reprises aux armes nucléaires au cours de cette crise. Dimanche, il a ordonné la mise en état d’alerte des forces nucléaires de son pays, en réponse, selon lui, aux déclarations agressives des pays occidentaux. Dans le discours qui a annoncé l’invasion de l’Ukraine, Poutine a affirmé que « l’Ukraine était sur la voie de l’acquisition d’armes nucléaires. » Il n’existe bien sûr aucune preuve pour étayer une telle affirmation, mais il est intéressant de noter la prééminence de l’argument nucléaire dans la pensée de Poutine. Plus important encore, les Russes envisagent apparemment une mesure de représailles pour contrer le soutien de l’Occident à l’Ukraine ; il s’agirait notamment pour la Russie de quitter le nouvel accord de contrôle des armes nucléaires START, qui plafonne les arsenaux nucléaires déployés des États-Unis et de la Russie – un geste sous-entendu samedi par l’ancien président russe Dmitri Medvedev, actuellement chef adjoint du Conseil de sécurité de la Russie.

Hypothèse 3 : Les Russes disposent de nombreuses autres options pour soumettre l’Ukraine

Enfin, nous savons que les Russes disposent encore de nombreuses options stratégiques conventionnelles et non nucléaires. Ils n’ont pas déployé toutes leurs capacités cybernétiques. Ils envoient davantage de chars. L’utilisation de drones en essaim et d’autres armes « exotiques » pourrait également être en phase de planification. Et plusieurs de mes collègues du Belfer Center l’ont souligné, la Russie dispose d’une puissance de feu suffisante pour détruire les villes ukrainiennes sans avoir à recourir aux armes nucléaires.

En outre, alors que cette guerre folle fait rage, des fenêtres pour la diplomatie et les négociations pourraient apparaître en cours de route. L’une d’entre elles s’est ouverte ce lundi, avec les pourparlers entre les délégations russe et ukrainienne qui se sont tenus en Biélorussie.

Arme nucléaire

Ce qui rend l’utilisation d’armes nucléaires tactiques plausible (bien que peu probable) à mes yeux, c’est leur valeur sans équivoque du message de Poutine. L’utilisation d’une ou de plusieurs armes nucléaires tactiques serait une tentative incontournable de Poutine de briser l’unité de l’Occident et de tester la détermination de certains pays de l’OTAN. Il signalerait également une fois pour toutes sa volonté de faire tout ce qui est nécessaire pour atteindre ses objectifs politiques et stratégiques.

Je ne prétends pas que ce soit un scénario probable, mais je m’inquiète.

J’ai célébré les victoires militaires des féroces et fiers Ukrainiens. J’ai pleuré devant les images diffusées à la télévision. J’ai haleté en lisant les messages du président Zelensky confirmant encore et encore sa volonté inébranlable de rester et de se battre avec le peuple ukrainien jusqu’à la fin. Mais un scénario plus inquiétant est en train d’émerger et avec lui un dilemme catastrophique pour le président Zelensky et l’Occident. Plus il résiste et plus l’Occident résiste, plus il risque de pousser involontairement Poutine à envisager de nouvelles escalades, y compris jusqu’au seuil nucléaire.

Zelensky doit-il se rendre et partir, dans l’espoir d’apaiser la Russie ? Ou doit-il continuer à se battre avec son peuple, avec l’aide croissante de l’Occident, pour défendre leur droit de vivre librement ? Le combat pour la liberté vaut-il le prix d’une éventuelle attaque nucléaire ?

C’est un dilemme existentiel sans solution parfaite, auquel personne ne devrait jamais être confronté. C’est un dilemme qui pourrait bientôt nous hanter tous, à moins que la raison ne soit restaurée par une diplomatie renouvelée.

Francesca Giovannini

Francesca Giovannini est la directrice exécutive du Project on Managing the Atom au Belfer Center for Science & International Affairs de la Harvard Kennedy School.
Elle est également chargée de cours au Centre for International Security and Cooperation de l’université de Stanford. Mme Giovannini a occupé le poste de responsable de la stratégie et de la politique auprès du secrétaire exécutif de l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (OTICEN), basé à Vienne. Avant d’être nommée à l’étranger, Mme Giovannini a travaillé pendant cinq ans à l’American Academy of Arts and Sciences de Boston en tant que directrice du programme de recherche sur la sécurité mondiale et les affaires internationales.

Coupe du monde 2022 : Associated Press accuse le Qatar d’avoir engagé d’anciens espions pour faire taire l’ex-patron du football allemand

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L’agence de presse américaine Assosiated Press (AP) a publié dimanche soir une longue enquête sur le «Projet Riverbed» visant à atténuer les critiques de l’ancien président de la Fédération allemande, Theo Zwanziger au sujet de l’organisation de la coupe du Monde de football au Qatar. AP révèle que Doha a fait appel à une société américaine, Global Risk Advisors (GRA), fondée par un ancien agent de la CIA, Kevin Chalker, qui aurait usé de méthodes d’espionnage musclées sous couvert de mission de veille et de lobbying. «Projet Riverbed» aurait coûté à ce pays du Golfe 27 millions de dollars. Associated Press affirme  que la mission est un échec puisque l’allemand Theo Zwanziger continue à critiquer l’organisation de la Coupe du Monde au Qatar.

En sa qualité de responsable de la fédération allemande de football et membre du comité exécutif de la FIFA, Theo Zwanziger a fait partie des acteurs footballistiques les plus virulents contre la décision d’attribuer la Coupe du monde 2022 au Qatar. Les droits de l’homme et la chaleur torride du désert étaient ses principaux griefs contre cette décision.

«La richesse infinie de ce petit pays qu’est le Qatar se propage presque comme un cancer à travers le football et le sport», avait déclaré Zwanziger, exhortant l’instance dirigeante du football mondial, FIFA, à revenir sur sa décision de 2010.

Le gouvernement qatari était tellement accablé par les critiques de Zwanziger qu’il a décidé d’agir, écrit Associated Press dans son enquête. Il a ainsi fait appel à une société employant d’anciens agents de la CIA pour une opération d’influence secrète de plusieurs années, sous le nom de code «Project Riverbed», selon des documents internes de la société consultés par AP.

Faire taire Zwanziger en usant de pratiques d’espionnage

Les documents dont fait référence Associated Pres indiqueraient que le but de l’opération était d’utiliser l’espionnage pour faire taire Zwanziger. 

«Ce fut un échec», estime l’agence de presse américaine.

«C’est un sentiment très, très étrange lorsque vous êtes impliqué dans le sport et que vous êtes attaché aux valeurs du sport, d’être suivi et de subir toute une campagne d’influence», a déclaré Zwanziger à l’AP dans une interview réalisée la semaine dernière.

La Coupe du monde du Qatar, dont le coup d’envoi est maintenant prévu en novembre, est l’aboutissement de plus d’une douzaine d’années d’efforts et de milliards de dollars dépensés pour «aider à propulser la petite nation du désert sur la scène mondiale», ironise l’AP.

«Ce projet a longtemps été entaché d’allégations de corruption et de malversations» poursuit la même source. Des procureurs américains ont déclaré en 2020 que des pots-de-vin avaient été versés à des membres du comité exécutif de la FIFA pour obtenir leur vote.

Le Qatar a nié tout acte délictuel, écrit AP.

Des documents examinés par l’agence de presse révèlent de nouveaux détails sur les efforts déployés par le Qatar pour décrocher et conserver le tournoi, en particulier sur le contrat passé par le pays avec l’ancien officier de la CIA Kevin Chalker et sa société, Global Risk Advisors. Les documents s’appuient sur les rapports précédents d’AP concernant le travail de Chalker pour le Qatar.

Les responsables qataris n’ont pas répondu aux demandes de commentaires, souligne l’Associated Press (AP).

Chalker a admis dans une déclaration que Global Risk Advisors (GRA) a bel et bien travaillé sur le «Projet Riverbed», mais a précisé qu’il s’agissait uniquement «d’un projet de surveillance des médias mené par des stagiaires et supervisé par un employé à temps plein, qui étaient chargés de lire et de résumer les articles de presse».

«Le récit de l’AP pour cet article est basé sur de fausses informations provenant de sources non identifiées», indique la déclaration de l’ancien agent de la CIA.

Kevin Chalker fondateur de Global Risk Advisors

Le porte-parole de Chalker, David Wells, a déclaré qu’il n’était pas en mesure de dire qui était le client du «Projet Riverbed» ou de fournir d’autres détails, comme la durée du projet ou le nom des employés qui y ont travaillé. L’avocat de Chalker, Brian Ascher, a déclaré que Zwanziger n’avait jamais fait l’objet d’une campagne d’influence secrète de la part de Global Risk Advisors

«Les dossiers examinés par AP indiquent tout le contraire», écrit l’agence de presse.

«L’objectif principal du Projet Riverbed était de neutraliser les critiques de Theo Zwanziger concernant la Coupe du monde 2022 au Qatar et ses tentatives de contraindre la FIFA à retirer la Coupe du monde au Qatar», indique un document de la société GRA consulté par l’AP.

Associated Press affirme avoir examiné des centaines de pages de documents provenant des entreprises de Chalker, y compris un rapport final, des mémos et des documents budgétaires, que des sources ayant un accès autorisé lui ont fourni. Lesquels sources ont déclaré qu’elles étaient troublées par le travail de Chalker pour le Qatar et ont requis l’anonymat par crainte de représailles.

«AP a entrepris plusieurs démarches pour vérifier l’authenticité de ces documents», souligne L’Agence de presse américaine. Il s’agit notamment de confirmer les détails de divers documents auprès de différentes sources, comme d’anciens associés de Chalker, et d’examiner les métadonnées des documents électroniques, ou l’historique numérique, lorsqu’ils sont disponibles, pour vérifier qui a créé les documents et quand.

«Les documents du “Projet Riverbed” mettent en évidence les efforts d’espionnage musclés que des entrepreneurs privés comme Chalker peuvent fournir à des pays riches comme le Qatar, qui ne disposent pas de leur propre service de renseignement. Cette tendance a incité certains membres du Congrès à proposer de nouveaux contrôles sur le type de travail que les agents de renseignement américains peuvent effectuer après leur retraite» écrit Associated Press.

Kevin Chalker poursuivit pour piratage et espionnage

Elliott Broidy, un ancien responsable de levées de fonds pour le compte de l’ancien président américain Donald Trump, a intenté un procès à Kevin Chalker, l’accusant de monter une vaste campagne de piratage et d’espionnage à la demande du Qatar. 

Broidy reproche à Chalker et sa société GRA de cibler Zwanziger par une campagne d’influence occulte telle que celle décrite dans les documents examinés par l’AP. Pour sa défense, l’équipe juridique de Chalker estime que le procès n’est pas fondé, et que la plainte déposée par Broidy a été rejetée.

«Kevin Chalker ont utilisé des pirates informatiques ayant une expérience des forces spéciales et des services de renseignement américains pour promouvoir la politique étrangère de l’État du Golfe et ont même « intercepté des informations sensibles et privées de citoyens américains», d’après la plainte fédérale de Elliott Broidy .

Un «réseau d’influenceurs»

Le «Projet Riverbed a démarré en janvier 2012 et s’est terminé à la mi-2014. «Des techniques de renseignement traditionnelles complexes pour cibler des individus dans le cercle d’influence de Zwanziger et modifier le sentiment associé à la Coupe du monde du Qatar, ont été utilisées», avance l’AP cotant un document résumant la mission de Global Risk Advisors (GRA).

Cela revenait à créer un «réseau d’influenceurs» composé de personnes proches du responsable du football allemand qui lui transmettraient des opinions favorables concernant l’accueil de la Coupe du monde par le Qatar. La société GRA envoyait une «source» ou un «rabatteur» pour parler aux influenceurs de telle manière qu’ils ne soupçonneraient pas faire partie  d’une campagne de communication organisée.

«Ces diverses interactions ont duré quelques secondes, quelques minutes ou quelques heures», indique le rapport. «Quel que soit le temps investi, l’interaction véhiculait toujours un message cohérent : la Coupe du monde 2022 au Qatar était bonne pour les affaires, rapprochait le Moyen-Orient et l’Occident, et était bénéfique pour le monde entier.»

GRA a déclaré dans l’un des ses mémos que des milliers de ces interactions ont eu lieu avec le réseau de Zwanziger. 

La société a utilisé une «approche à volets multiples» axée sur quatre cibles qui transmettaient sans le savoir des messages pro-Qatar à Zwanziger : 

  1. la FIFA et ses associés,
  2. la fédération allemande de football et ses associés,
  3. la communauté internationale du football
  4. la propre famille de Zwanziger

«C’est certainement quelque chose qui va bien au-delà de tout lobbying auquel nous nous attendions», a déclaré à l’AP l’avocat de Zwanziger, Hans-Jörg Metz.

Theo Zwanziger, une cible toute désignée et pas la seule

«Compte tenu de son rôle clé au sein des instances dirigeantes du football, Zwanziger était une cible toute désignée. Avocat de profession, il était très respecté pour avoir dirigé les réformes de la fédération allemande de football, l’une des plus grandes associations sportives du monde» écrit Associated Press.

Lorsqu’il a été question de l’organisation de la Coupe du monde par le Qatar, il avait des opinions bien arrêtées et ne s’est pas privé de les partager, allant même jusqu’à remettre en question la moralité des responsables de la FIFA sur fond d’allégations d’achat de votes et de corruption.

«Je n’ai jamais pu comprendre cette décision. C’est l’une des plus grandes erreurs jamais commises dans le sport», a déclaré Zwanziger dans une interview de 2013.

Zwanziger n’est pas le seul haut fonctionnaire de la FIFA à avoir été la cible d’un espionnage financé par le Qatar, indique AP.

Chalker a également aidé à superviser l’espionnage de l’ancien membre du comité exécutif de la FIFA, Amos Adamu, pendant la Coupe du monde 2010 à Johannesburg, selon les nouveaux dossiers examinés par l’AP. 

Cette mission a consisté à utiliser plusieurs équipes de surveillance pour suivre et photographier secrètement Adamu et les personnes qu’il rencontrait pendant plusieurs jours, selon les nouveaux dossiers. Il s’agissait également d’obtenir les enregistrements du téléphone portable d’Adamu et de recruter un agent de sécurité de l’hôtel et un journaliste local comme sources, selon les documents.

Adamu, qui a été banni deux fois par la FIFA pour conduite contraire à l’éthique, a refusé de commenter ces informations. Tandis que Chalker a nié avoir été impliqué dans une mission d’espionnage d’Adamu, rapporte l’AP.

Le Nigérian Amos Adamu suspendu trois ans en 2010 et deux ans en 2017 pour corruption par la Fifa

Des méthodes sorties des films d’espionnage

Pour le «Projet Riverbed», Chalker a engagé des chargés de mission et des chefs de projet en Allemagne et à Londres, dont certains avaient déjà travaillé pour la CIA, affirme l’agence de presse américaine se basant les documents à sa disposition.

Les dossiers du GRA regorgent d’un langage opaque et fleuri qui semble tout droit sorti des pages d’un roman d’espionnage : GRA mettrait en place des entités «Cover for Action» qui pourraient être utilisées par le personnel de GRA pour travailler sous couverture, ainsi que des bureaux «Blancs» et «Noirs» – officiels et non officiels – pour gérer les tâches administratives. Broidy a également prétendu dans son procès que de tels efforts de dissimulation ont été utilisés contre Zwanziger.

Les cibles que le Qatar aurait espionné à travers la société Global Risk Advisors

«Projet Riverbed» un budget de 27 millions de dollars et peu de résultats

Les documents de la GRA indiquent que le «Projet Riverbed» avait été initialement approuvé pour un budget de 27 millions de dollars et que le Qatar avait pris du retard dans ses paiements et n’avait pas apporté tous les fonds. Le défaut de paiement a entraîné une rotation du personnel et des dépenses inutiles, telles que des frais juridiques et administratifs pour la création de bureaux qui n’ont jamais été utilisés, selon les documents.

Malgré les contraintes budgétaires, GRA a déclaré que le «Projet Riverbed» était un succès.

Le rapport de synthèse de GRA indique que le projet a « atténué les critiques de Zwanziger » et modifié le sentiment de l’avocat allemand «à un point tel qu’il ne constitue plus une menace pour le maintien du Qatar dans l’organisation de la Coupe du monde 2022.»

«Zwanziger pense désormais que le Qatar devrait conserver la Coupe du monde 2022 afin que la communauté internationale prenne davantage conscience des conditions des travailleurs migrants au Qatar et fasse pression pour une réforme en profondeur des droits de l’homme et des travailleurs qataris», indique la GRA dans sa note de synthèse.

«L’entreprise avait tort», écrit Associated Press.

Ancien président de la fédération allemande de football et ancien membre du comité exécutif de la FIFA

« La conclusion du rapport du «Projet Riverbed» a été : “nous avons désormais rallié Zwanziger à notre cause”. Dans le fond, bien sûr, je ne l’ai jamais été», a déclaré Zwanziger à AP.

Dans une interview avec une radio allemande en juin 2015 – un an après l’achèvement supposé du «Projet Riverbed» – Zwanziger a répété son affirmation selon laquelle le «Qatar était un cancer du football mondial.»

La Fédération qatarie de football a alors intenté une action civile contre Zwanziger afin de l’empêcher de tenir de tels propos à l’avenir. L’affaire a été rejetée par le tribunal régional de Düsseldorf, qui a décidé que Zwanziger était dans son droit à la liberté d’expression.

Zwanziger a connu d’autres difficultés juridiques plus tard, lorsque lui et des membres du comité d’organisation de la Coupe du monde 2006 en Allemagne ont fait face à des enquêtes de corruption à Francfort et en Suisse. Zwanziger a nié tout acte répréhensible et, en août 2019, a accusé les procureurs suisses d’avoir délibérément fait une mauvaise interprétation des éléments de preuve. Le procès suisse s’est terminé en avril 2020 sans jugement.

«Zwanziger a déclaré qu’il était tout à fait justifié d’apprendre à présent qu’il était la cible d’une campagne de manipulation avortée» conclut l’enquête de l’angce américaine Associated Press..

FC Media rafle à Mediarep l’Appel d’offre d’affichage urbain de la SNRT

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Finalement, c’est sur les panneaux de FC Media, que la SNRT diffusera ses publicités pour l’année en cours. Le leader national de l’affichage a remporté ce marché à l’issue d’un appel d’offre auquel a soumissionné un concurrent unique, Mediarep, une régie publicitaire fondée par l’actuelle ambassadrice du Royaume en Norvège, Nabila Freidji. L’offre financière du soumissionnaire retenu s’élève à 14.447.400 dhs, alors que le marché était estimé à 15.600.000 dhs TTC.

Dans le cadre du renforcement du lien entre sa marque et son audience et de sa relation de proximité avec celle-ci, la SNRT a lancé, le 8 décembre 2021, un appel d’offre pour choisir son partenaire pour l’affichage urbain 4X3 pour l’année 2022 dont le coût des prestations a été estimé à 15.600.000,00 dhs TTC.

L’avis de cet appel d’offre publié sur les quotidiens, Assahra Almaghribiya et Le Matin, a suscité l’intérêt de deux sociétés spécialisées de la place, FC Media, détenue par Mohamed Mounir Majidi, et Mediarep cofondée par l’actuelle ambassadrice du Royaume en Norvège, Nabila Freidji.

A l’examen des offres techniques et financières, le maître d’ouvrage de la SNRT représentée par la Direction Marketing et Programmation TV, a éliminé la soumission de Mediarep et a retenu celle de FC Media qui en plus d’une offre technique plus étoffée a présenté la meilleure offre financière arrêtée à 14.447.400,00 dhs.

Extrait du PV de l’AO 51AOM/SNRT/2021

Grâce à une présence sur tout le territoire marocain, FC Media est devenu un acteur national incontournable de l’affichage et le mobilier urbains. La société couvre également les univers aéroportuaire, ferroviaire, autoroutes ainsi que les centres commerciaux et centres de loisirs.

FC Media a étoffé son offre avec de nouveaux panneaux numériques de grande qualité qui lui ont permis de se démarquer davantage de ses concurrents. En effet, en plus de la diffusion d’un contenu plus attractif, plus agréable et plus riche, ces nouveaux supports digitaux ont permis à FC Media de proposer à ses clients une offre premium unique sur le marché. Une offre qui de surcroît permet une meilleure facturation. Un panneau numérique serait facturé, au prix facial de 1 à 1,5 millions de dirhams, soit 3 à 4 fois le tarif d’un panneau classique.

Ce marché de la SNRT remporté par FC Media, est un événement majeur du secteur publicitaire. Après deux années de vaches maigres durant lesquelles les annonceurs ont drastiquement réduit et souvent annulé leurs budgets de communication et de publicité, cet investissement de presque 15 millions de dirhams représente l’espoir d’un appel d’air que pourrait suivre d’autres opérateurs publics et privés.

L’attente est très forte des sociétés d’affichages et régies publicitaires, des agences de communications mais également des médias, sauvagement concurrencés par les GAFA. Une attente qui est entrain de muer à de la panique avec les perspectives économiques désastreuses qui se dessinent, résultat de la conjugaison de facteurs aggravants qui sont la sécheresse, la pandémie, l’inflation et l’instabilité géopolitique.