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Nawfal Laarabi

Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist
20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

Ahmed Charaï : Les États-unis doivent chercher à comprendre pourquoi 100 nations n’ont pas soutenu l’Ukraine à l’ONU

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L’Assemblée générale des Nations unies s’est réunie le 7 avril dernier, pour la troisième fois depuis le début de la guerre en Ukraine, pour adopter une nouvelle résolution qui suspend la Russie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Si le monde occidental a largement condamné l’invasion russe, voire a pris de sévères sanctions contre Moscou, Vladimir Poutine n’est pas pour autant totalement isolé dans le conflit. En effet, 100 États sur 193 ont préféré ne pas soutenir le dernier vote onusien. Un phénomène peu commenté par la communauté internationale, probablement du fait que les pays concernés sont africains, arabes et asiatiques.

Dans le vacarme des bruits de bottes qui sature l’atmosphère fébrile de la guerre, une voix marocaine s’est levée pour attirer l’attention sur le déni occidental face à cette unité de l’ONU qui se fissure. Dans une tribune publiée sur la plateforme de réflexion et d’analyse américaine «The Jerusalem Strategic Tribune», Ahmed Charaï estime que la stratégie adoptée par les dirigeants occidentaux dans le conflit ukrainien favorise davantage l’émergence d’un désordre mondial. L’éditorialiste fustige le réflexe de vouloir condamner systématiquement les nations qui se sont abstenues de voter contre la Russie. «Les États-unis doivent chercher à comprendre pourquoi ces nations ont pensé que s’abstenir de voter était leur meilleure option» a-t-il souligné.

«Dans le siège emblématique de l’ONU à New York, le monde a voté au sujet de la plus grande invasion de la Russie depuis la Seconde Guerre mondiale – révélant les fractures et les fissures du soutien mondial à la démocratie», ainsi qa entamé Ahmed Charaï sa tribune publiée sur le journal américain «The Jerusalem Strategic Tribune», pour laquelle il a choisi le titre : «Nouveau désordre mondial : Ce que le vote de l’ONU sur la Russie révèle réellement sur la politique mondiale».

La suspension de la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations unies était techniquement la question soumise aux délégués. Mais chaque diplomate savait qu’il s’agissait en réalité d’un vote contre l’agression russe en Ukraine, nuance l’éditorialiste.

M. Charaï affirme que le résultat du vote a révélé la fragilité du consensus en faveur de la démocratie et de l’autodétermination. Car seuls 93 États (sur 193) ont voté en faveur du retrait de la Russie du comité des droits de l’homme, et donc de la condamnation de ses actions contre son voisin plus petit et plus faible

«Vingt-quatre autres pays (dont la Chine) ont voté en faveur de la Russie», précise-il. Et d’ajouter : «Plus inquiétant encore, 58 pays se sont abstenus, refusant de prendre parti dans ce que beaucoup considèrent comme un duel entre les grandes puissances».

M. Charaï souligne que le reste des pays craignent que les prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des engrais ne continuent à grimper si le conflit s’intensifie. La Russie et l’Ukraine étant d’importants producteurs de pétrole, de gaz, de blé et de fertilisants, des produits vitaux pour les pays en développement.

«C’est une question de vie ou de mort. La peur et la nourriture sont plus importantes pour de nombreux pays en développement que les idéaux démocratiques», insiste l’éditorialiste, avant de faire le constat suivant : «Les décideurs américains et européens devront faire face à une dure vérité : si la Russie est isolée sur le plan diplomatique, elle n’est pas totalement seule, et de nombreux pays ne sont pas du côté de l’Ukraine et de ses espoirs démocratiques».

M. Charaï, souligne le fait que ce n’est pas par ignorance que les délégués de l’ONU se sont abstenus, mais que les grands idéaux et le désespoir des ukrainiens n’ont rien pu faire face la dure réalité économique et politique de ces pays.

«La vue depuis les décombres de la banlieue de Kiev n’est pas pleine d’espoir. Les dirigeants démocratiquement élus de l’Ukraine savent qu’ils peuvent être capturés, blessés ou tués. Et ils savent aussi que l’histoire des sanctions, l’arme de prédilection de la coalition occidentale, montre qu’elles échouent presque toujours à dompter les envahisseurs. Tous ces faits étaient connus des délégués de l’ONU. En effet, ils les auraient entendus directement de la bouche des diplomates ukrainiens. Mais les grands idéaux et le désespoir réel ne les ont pas fait bouger», constate-t-il.

Les raisons pour lesquelles 100 nations ont décidé de ne pas soutenir l’Ukraine lors du vote des Nations unies

Ahmed Charaï a regroupé les 100 nations qui ont décidé de ne pas soutenir l’Ukraine lors du vote des Nations unies en cinq groupes : 1) Afrique; 2) Amérique latine; 3) Chine; 4) Inde; 5) Pays arabes et Israël.

Pour chaque groupe, l’éditorialiste a apporté avec précision les considérations endogènes et exogènes qui ont poussé à cette prise de distance vis-à-vis le conflit ukrainien.

1. Afrique

En Afrique, la Russie a noué des relations de longue date avec la Libye, la République démocratique du Congo et le Mali, et déploie souvent un schéma postcolonial, qui suggère que la Russie soutient les nations indépendantes et émergentes par rapport à leurs anciens colonisateurs. Cette ligne rhétorique est une continuation du thème promu à l’époque de l’Union soviétique, en particulier à partir des années 1950.

2. Amérique latine

En Amérique latine, une forme d’antiaméricanisme parmi les classes instruites s’est traduite par une réticence à critiquer ouvertement Poutine. Ce phénomène est amplifié par les messages propagés ouvertement par Cuba et le Venezuela.

3. Chine

L’abstention initiale de la Chine est davantage perçue comme un signe d’embarras face aux visées belliqueuses de son partenaire russe, que comme une preuve de son intérêt pour un rapprochement avec l’Occident.

Dans les capitales occidentales, beaucoup veulent croire que Pékin a tout intérêt à ce que le cessez-le-feu intervienne rapidement, afin de ne pas entraver sa croissance économique. En réalité, la Chine ne voit aucune raison de mettre en colère la Russie, un important fournisseur de pétrole, de gaz et de charbon, d’autant plus que les nations occidentales découragent la production des combustibles fossiles dont la Chine a précisément besoin. Les cercles d’élaboration des politiques à Pékin ne sont pas peuplés d’idéalistes, et ses décisions sont invariablement intéressées et pragmatiques.

4. Inde

L’Inde, pour sa part, est un allié de longue date de la Russie, l’un de ses principaux fournisseurs d’armes. New Delhi estime qu’elle aura besoin de ces armes face au renforcement militaire chinois dans la région, ainsi que face aux problèmes non résolus avec le Pakistan.

5. Pays arabes & Israël

Les nations arabes n’ont pas l’intention d’abandonner leurs relations avec la Russie, qui s’est imposée comme une force avec laquelle il faut compter lorsqu’elle a sauvé le président syrien Bachar el-Assad par son intervention militaire, ni avec la Chine, le plus gros acheteur de pétrole et de gaz de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

En effet, les dirigeants arabes sont mécontents de l’administration Biden pour son retrait précipité d’Afghanistan l’année dernière, ses négociations en cours avec le régime menaçant de l’Iran, et son laxisme face aux attaques terroristes et aux tirs de roquettes des Houthis au Yémen. Pour la première fois, les dirigeants arabes s’interrogent, publiquement, sur la viabilité du système politique américain et sur la cohérence de la politique étrangère américaine.

Sur le dossier nucléaire iranien, Israël, l’un des plus fermes alliés des Etats-Unis dans la région, craint que l’administration Biden ne veuille à tout prix conclure un accord avec le régime iranien sans tenir compte de l’impact possible sur l’agression régionale de Téhéran. Le ministre israélien de la défense a même appelé à la mise en place d’un «plan B solide» pour faire face au programme nucléaire iranien.

En conséquence, ni les Arabes ni les Israéliens n’étaient enthousiastes à l’idée de soutenir les États-Unis à l’ONU – même s’ils ont fini par s’aligner.

Pour la première fois, les dirigeants arabes s’interrogent, publiquement, sur la viabilité du système politique américain et sur la cohérence de la politique étrangère américaine.

Ahmed Charaï , The Jerusalem Strategic Tribune

Érosion de la défense de l’ordre mondial

Faute de pouvoir s’en prendre à l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, les pays occidentaux ont déportés les votes en Assemblée générale. Deux scrutins sans conséquence pratique sur la Russie ont pourtant révélé la fragilité de l’unité de l’ONU. Une fragilité à laquelle s’ajoute un autre constat qu’Ahmed Charaï a pointé du doigt : l’érosion de l’engagement des États-unis à défendre, maintenir et faire progresser l’ordre international .

«Ce qui s’érode depuis quelques années, c’est l’engagement des dirigeants américains à défendre, maintenir et faire progresser un ordre international dans lequel les États observent des règles et des normes communes, adoptent des systèmes économiques libéraux, renoncent aux conquêtes territoriales, respectent la souveraineté des gouvernements nationaux et adoptent des réformes démocratiques» a-t-il souligné.

Dans l’environnement mondial de plus en plus complexe d’aujourd’hui, poursuit le Directeur de publication, les États-Unis ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en «tirant parti de leur force grâce à une politique étrangère cohérente qui répond aux défis posés par la Russie et la Chine». Pour ce faire, les États-Unis doivent délibérément renforcer et cultiver des relations productives avec leurs alliés, partenaires et autres nations ayant des intérêts communs.

Dans son analyse M. Charaï, s’attarde sur le cas de la Chine, que Biden a érigé en priorité de son administration et que tous les observateurs s’accordent à dire qu’il s’agit du plus grand défi du siècle pour les américains. L’éditorialiste appelle à un dialogue stratégique constructif et à l’étude d’alternatives à l’influence de la Chine dans l’indo-pacifique.

«Les États-Unis doivent proposer des alternatives politiques, économiques et sécuritaires attrayantes à l’influence de la Chine dans la région indo-pacifique, en Afrique et au-delà. Parallèlement, Washington doit maintenir un dialogue stratégique productif avec Pékin, en communiquant clairement les préoccupations américaines et en s’efforçant de comprendre les intérêts et les objectifs chinois.» recommande-t-il.

Les États-unis doivent revoir leur copie

Les principes universels doivent être combinés à la réalité des perspectives des autres régions. Les dirigeants occidentaux doivent reconnaître que les dirigeants non occidentaux ne vivent pas seulement dans un autre endroit, mais qu’ils viennent d’un autre endroit intellectuellement, affirme M. Charaï.

Pour conforter ses propos, l’éditorialiste cite une déclaration de l’ancien ministre des Affaires étrangères américain Henry Kissinger qui s’était exprimé avec franchise à l’intention de Barack Obama, dans un billet publié sur les colonnes du Wall Street Journal en 2014, la veille d’un voyage de l’ancien président américain pour l’Europe.

Kissinger a écrit : « De vastes régions du monde n’ont jamais partagé la conception occidentale de cet ordre ( ordre mondial, ndlr) et n’y ont seulement consenti. Ces réserves deviennent à présent explicites, par exemple, dans la crise en Ukraine et le sud de la Mer de Chine. L’ordre établi et proclamé par l’Ouest [après la Seconde Guerre mondiale] se trouve à un tournant [.] La célébration des principes universels ont besoin d’aller de paire avec la reconnaissance de la réalité des histoires et des cultures des autres régions, ainsi que leurs points de vue en matière de sécurité».

Le vote de l’ONU a montré que les principes universels ne sont pas encore tout à fait universels. Plutôt que de condamner les nations qui se sont abstenues de voter contre la Russie, l’Amérique doit chercher à comprendre pourquoi elles ont pensé que s’abstenir de voter était leur meilleure option. Ensuite, l’Amérique doit indiquer clairement qu’elle soutient toujours l’État de droit et l’idéal de la démocratie et de blinder ses idéaux, conclut Ahmed Charaï sa tribune.


M. Ahmed Charai est le président-directeur général d’un groupe de médias et conseiller pour le Moyen-Orient aux États-Unis et à l’étranger. Il siège au conseil d’administration de nombreux groupes de réflexion et ONG, dont Atlantic Council, the International Center for Journalists, International Crisis Group, et le Jerusalem Institute for Strategy and Security. Ses articles sont parus dans des publications américaines et israéliennes de premier plan.

The Jerusalem Strategic Tribune (JST) est une plateforme de réflexion et d’analyse américaine co-fondée par Ahmed Charai en Aout 2021. Une plateforme qui se veut cosmopolite et et inclusive. Son conseil d’administration réuni républicains et démocrates américains, gauche et droite israélienne se côtoient aussi bien dans le conseil d’administration.

JST se veut une plateforme médiatique ouverte au grand public pouvant permettant la compréhension des relations américano-israéliennes.

JST parvient à attirer des contributeurs prestigieux à l’image de l’ancien Conseiller à la sécurité nationale d’Israël, Yaakov Amidror ; les anciens Sous-Secrétaires d’Etat américains à la Défense, Dov Zakheim et John Hamre ; l’ancien conseiller d’Obama sur les questions chinoises, Ryan Hass ; l’ancien directeur général du ministère singapourien des Affaires étrangères, Bilahari Kausikan…

Fact-checking : le PJD a-t-il caché la rupture du contrat du Gazoduc Medgaz, comme l’affirme Aziz Akhannouch ?

Alors qu’il fait face depuis des mois à une impopularité record, le Chef de Gouvernement Aziz Akhannouch semble prêt à tout pour sauver sa peau, jusqu’à accuser son adversaire le PJD d’avoir délibérément caché aux marocains la rupture du contrat du Gazoduc Maghreb-Europe. Pour y voir plus clair nous avons fact-checké les propos du Chef du Gouvernement. Résultat : Il n’en est rien, Aziz Akhannouch était bel et bien au courant de la menace, au moins depuis 2014.

Les faits :

Ce lundi 18 avril, le Chef du Gouvernement était devant le Parlement, lors d’une séance plénière et s’est s’exprimé pour la première fois sur la hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants. Refusant de reconnaitre toute responsabilité dans cette situation, Aziz Akhannouch a accusé le PJD d’être à l’origine de la cherté de la vie, pointant du doigt la réforme qui faisait la fierté du parti islamiste : la libéralisation du secteur des hydrocarbures.

Dans sa lancée, Akhannouch a poussé le bouchon encore plus loin, en accusant ses prédécesseurs, Abdelilah Benkirane et Saad Dine El Otmani, d’avoir volontairement caché aux marocains l’information de la rupture du contrat du Gazoduc Maghreb-Europe.

«Marocains, je vous vous dire la vérité. C’est ce parti (PJD, ndlr) qui a augmenté tous les prix. C’est lui qui a libéralisé les hydrocarbures. Durant 10 ans, ils gouvernaient et ils étaient incapables de doter le Maroc d’un stock stratégique des hydrocarbures. Ce parti qui parle de la souveraineté énergétique, c’est lui-même qui nous a laissé jusqu’au dernier moment pour annoncer que le contrat de Gaz avec l’Algérie a été rompu.» a-t-il déclaré.

Qu’en est-il vraiment de ces très graves accusations du Chef du Gouvernement ?

Fack-cheking : Akhannouch était au courant de la menace algérienne depuis 2014

Le 16 décembre 2014, le Roi Mohammed VI approuve la feuille de route du Plan national de développement du gaz naturel liquéfié, présentée par le ministre PJDiste de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, Abdelkader Amara.

Dans la communication du lancement de ce plan, le ministre a bien pris soin de mentionner la date d’expiration du contrat du Gazoduc Maghreb-Europe à savoir novembre 2021.

En effet, dans une dépêche publiée sur l’agence de presse officielle MAP, le ministre PJDiste a déclaré : «Il a également pour objectif de satisfaire la demande électrique nationale, réduire notre dépendance énergétique vis-à-vis de l’extérieur et des combustibles fossiles, à travers la montée en puissance des énergies renouvelables et la valorisation de nos ressources énergétiques locales, et sécuriser l’approvisionnement de nos centrales électriques à cycle combiné gaz-turbine (CCGT) fonctionnant au gaz naturel, notamment après expiration en novembre 2021 de la validité de la convention de transit du gaz algérien par le gazoduc Maghreb-Europe (GME) et du contrat de fourniture de gaz naturel par la Sonatrach» peu-on lire dans une dépêche de la MAP en date du 16 décembre 2014.

Capture d’écran de la dépêche de la MAP

Réagissant à cette annonce, LaVieEco, hebdomadaire propriété de Aziz Akhannouch, publie un long article sur le sujet en prenant soin de consacrer un paragraphe au titre sans ambiguïté : «Vers une indépendance vis-vis du gaz algérien».

«Actuellement, le contrat signé par l’ONEE et la Sonatrach et les redevances en nature de l’Etat sur le gazoduc transportant le gaz algérien vers l’Europe sont les principales sources d’approvisionnement du Maroc en GNL. Or, ces deux contrats arrivent à expiration en novembre 2021. Pour anticiper cela, le ministère compte consacrer les premiers mois de 2015 à l’exploration de nouvelles pistes d’approvisionnement chez les pays producteurs autres que l’Algérie.» a écrit le journaliste salarié de Aziz Akhannouch le 23 décembre 2014.

LaVieEco – 23/12/2014

Le 08 décembre 2017, Aziz Rabbah, alors ministre de l’Energie et des Mines, présente le projet de loi n° 94.17 sensé régulé et organisé le secteur aval du gaz naturel. Dans la note d’information de ladite loi, le ministre rappelle le contexte de son élaboration et ses objectifs.

«(..) afin d’assurer les besoins croissants en énergie le Maroc s’est fixé comme objectif, en plus du développement des énergies renouvelables, la diversification des combustibles, en augmentant la part du gaz naturel dans le mix énergétique» poursuit le document. Et ce, pour les principales raisons suivantes :

  • Disposer de sources alternatives d l’importation du gaz en provenance d’Algérie a travers Ie Gazoduc Maghreb Europe. Les contrats et accords qui encadrent cette importation arriveront à échéances en 2021 ;
  • (…)

Rappelons, qu’Akhannouch a été membre de toutes délégations officielles qui ont accompagné le Souverain en Russie, au Nigéria et au Qatar. Des pays avec lesquels le Royaume a signé des accords sur les hydrocarbures dans un seul et unique but : «diversifier les partenaires internationaux en vue de se libérer de la dépendance du gaz algérien».

Outre le fait qu’il a été l’indéboulonnable ministre de l’agriculture de tous les gouvernements depuis 2007, Aziz Akhannouch agit comme s’il n’était pas à la tête de la première société pétrolière opérant dans les hydrocarbures du Royaume.

Conclusions :

1. Le PJD n’a pas caché l’éventualité du non renouvellement du contrat signé par l’ONEE et la Sonatrach et les redevances en nature de l’Etat marocain sur le gazoduc transportant le gaz algérien vers l’Europe.

2. Aziz Akhannouch n’était pas seulement au courant de la menace de l’arrêt du gazoduc Maghreb-Europe mais il avait accès à de l’information privilégiée sur le secteur des hydrocarbures du pays. Du fait d’être à la tête du premier groupe pétrolier du pays, d’avoir comme membre du bureau politique de son parti la DG de l’ONHYM Amina Benkhadra et d’être le deuxième actionnaire de la junior britannique Sound Energy, qui prospecte les concessions gazières de Tendrara et Meridja.

3. Décrié par tous les marocains en raison de sa gestion de la crise, Aziz Akhannouch n’a pas voulu porté seul le chapeau. Il a voulu trainer dans sa chute le PJD en attaquant la réforme de la caisse de compensation, principale réalisation du parti islamiste durant les deux mandats à la tête du gouvernement.

Stratégie de communication suicidaire

Les déclarations de Aziz Akhannouch au parlement ont été bel et bien préméditées. Ses conseillers lui ont transcrit en arabe dialectale tout le paragraphe contre le PJD sur une fiche que le Chef du gouvernement a lu sans lever les yeux.

Cette stratégie de communication a eu certes un effet immédiat en détournant temporairement l’opinion publique du sujet des flambées de prix et en arrachant 24h de répit mais lourdes seront les conséquences sur le moyen et long terme :

a- Atteinte à l’image du pays

Aziz Akhannouch a clairement affirmé que le pays a été surpris par la rupture du contrat du Gazoduc Maghreb-Europe et qu’il ne s’y était pas préparé. C’est d’autant plus inexcusable, que cette affirmation très grave sortie de la bouche d’un Chef de Gouvernement est complètement fausse.

Le Maroc, Sous l’impulsion du Roi Mohammed VI, mène depuis 2013 une diplomatie disruptive au service de sa souveraineté et de ses intérêts économiques. A ce titre, le Royaume ne tolère plus aucune attaque ou concession y compris de ses partenaires historiques avant même le voisin qui ne nous veut pas de bien. L’Etat marocain, sous la conduite du Roi Mohammed VI n’a jamais surpris par la décision du régime algérien. Au contraire, il l’a transformé en sa faveur. La nouvelle position historique de l’Espagne envers le Maroc en est la preuve irréfutable.

Enfin, les propos irresponsables d’Akhannouch décrédibilisent toutes les déclarations minimisant l’impact de l’arrêt de Medgaz sur le Maroc. Cela confirme le manque de lucidité du Chef du gouvernement et son état avancé de désespoir et d’incapacité à mener à bien son mandat.

b- Réveiller l’animosité du PJD

Aziz Akhannouch qui a réussi à configurer un parlement complètement soumis, n’a plus aucune tolérance à l’opposition structurée. Il se devait de faire taire le seul député qui s’est permis de critiquer le gouvernement.

En s’attaquant frontalement à Abdelilah Benkirane, Aziz Akhannouch s’est tiré une balle dans le pied car le Chef du PJD fait tout pour retenir sa base, qui n’arrive pas encore à digérer la déconfiture de septembre 2021.

c- Exposer davantage Afriquia Gaz

Abdelilah Benkirane et le PJD, dans un souci de gagner la confiance de l’Etat, des opérateurs économiques et des organisations internationales ont usé du discours religieux pour faire passer «crème» les réformes les plus impopulaires et les plus difficiles. Benkirane s’en est sorti avec une très confortable et inespérée retraite mais au prix de la destruction de son parti.

Si l’Etat marocain a réussi à soulager significativement ses finances grâce aux réformes assumées par le PJD, Aziz Akhannouch a vu sa fortune doublée depuis la libéralisation des hydrocarbures.

Le milliardaire marocain a dit vrai quand il a pointé du doigt Benkirane comme étant celui qui a permis une telle flambée des prix du gasoil, mais il a omis de dire que c’est lui qui prenait l’argent des poches des marocains pour s’enrichir davantage.

En 2015, l’année de l’entrée en vigueur de la réforme de la Caisse de compensation et la libéralisation du secteur des hydrocarbure, Afriquia Gaz a levé un emprunt obligataire de 600 millions de dirhams. Dans la note d’information relative à cette émission, la société pétrolière de Aziz Akhannouch rassure les souscripteurs sur l’impact des fluctuations des cours de pétrole et du gaz naturel sur ses résultat en écrivant noir sur blanc que «ces fluctuations sont répercutées sur les clients».

Dans le paragraphe VI de la partie «Facteurs de risques» de ladite note d’information, il est écrit :

«Les cours de GPL sur les marchés internationaux subissent des fluctuations importantes liées aux cours du pétrole brute et du gaz naturel. Les prix du propane étant libéralisés, AFRIQUIA GAZ est exposée, à l’instar des autres acteurs de GPL, dans le cadre de ses importations, aux fluctuations des cours de GPL à l’international. Ces fluctuations sont généralement répercutées sur les clients mais peuvent, rarement, avoir une incidence sur les résultats de la société liée à l’impact de ces variations sur le chiffre d’affaires « Propane » ».

Capture d’écran de la Note d’information d’une émission obligataire d’Afriquia Gaz

Stock stratégique : Akhannouch est-il à l’origine du retard de la construction d’un terminal méthanier et du statu quo de l’affaire La Samir ?

Lors de son intervention au parlement, Aziz Akhannouch a accusé le PJD d’avoir été incapable de doter le Maroc d’un stock stratégiques d’hydrocarbures, tout en évoquant l’affaire La Samir.

«Durant 10 ans, ils gouvernaient et ils étaient incapables de doter le Maroc d’un stock stratégique des hydrocarbures (…) Si seulement on pouvait trouver quelqu’un pour reprendre La Samir. L’Etat n’a pas arrêté La Samir. L’Etat a un problème juridique avec un monsieur qui s’appelle ( ne le nomme pas ) dans tribunaux internationaux», a-t-il déclaré.

Encore une fois, le Chef du Gouvernement et le patron d’Afriquia Gaz n’a pas dit toute la vérité. Car Aziz Akhannouch a été le premier à s’intéresser à la raffinerie. Selon nos sources, il aurait fait plusieurs tentatives, la dernière en date est une offre qui l’aurait faite via un proxy irakien. Les enjeux géopolitiques ont fini par le dissuader, pour le moment.

Idem, pour le stock stratégique des hydrocarbures. Si Amara et Rebbah ont effectivement n’ont pas réalisé la pléthore d’annonces de constructions de structures de stockages, tantôt à Jorf, tantôt à Safi, tantôt sur la Méditerranée, c’est qu’ils devaient faire face à un lobbying intense de Aziz Akhannouch lui même via la Fédération de l’Energie et de l’ONHYM mais également des américains et des russes.

En effet, Abdelkader Amara, ministre de l’énergie PJDiste et son successeur du même parti Aziz Rebbah ont fait beaucoup d’annonces au sujet du stockage et du GNL, sans aucun résultat concret.

Le premier, a lancé le Plan national de développement du gaz naturel liquéfié puis à coordonné avec l’ONEE le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt concernant la phase «Gas to power» pour la réalisation des infrastructures gazières et électriques. Aucun port gazier n’a vu le jour et les appels d’offre n’ont pas été exécutés.

Aziz Rebbah ne fera pas mieux. Il dévoile en décembre 2017, le projet de loi 94.17 relative au secteur aval du Gaz Naturel, qui restera dans les tiroirs. Et à deux semaines des élections de 2021 il publie en catimini une nouvelle feuille de route nationale pour le développement du gaz naturel 2021-2030.

Il faut attendre janvier 2022, pour que le Conseil de la concurrence s’exprime sur le projet de loi 94.17 de Rebbah. Ahmed Rahhou envoie aux calendes grecques ce texte en recommandant la reprise de sa rédaction en vue de l’harmoniser avec les règles relatives au libre jeu de la concurrence.

Rahhou estime qu’il «est impératif de profiter des bienfaits de la concurrence sur ce marché et d’éviter, dès la mise en place initiale de ce secteur, de figer des positions, d’établir des monopoles et d’octroyer des exclusivités qui auront un impact négatif sur le développement du secteur».

Aziz Akhannouch accuse le PJD du retard pris pour le développement d’infrastructures de stockage d’hydrocarbures mais omet de dire que ce sont les deux présidents du Conseil de la Concurrence qui ont mis fin à ses stratégie hégémoniques.

Aziz Akhannouch est en partie en cause du retard pris pour le développement du secteur gazier dans le pays, puisqu’il est principal accusé dans l’affaire de l’entente sur les prix du carburant, portant atteinte à la concurrence sur un marché. D’autant plus, qu’il s’est investit avec un autre opérateur, Sound Energy en l’occurence, pour se positionner sur la prospection et le stockage du gaz dans le pays.

Sound Energy est détenue à hauteur de 26,1% par des capitaux marocains, 16,3% par Oil & Gas Investment Fund S.A. (OGIF), le fonds repreneur de Maghreb Petroleum Exploration et 9,8% par Afriquia Gaz SA. Sound Energy, est une société qui vit uniquement sur les effets d’annonces et de la patiente des institutionnels qui siègent au Conseil de son actionnaire marocain OGIF.

Prétextant, un redressement fiscal pour justifier les retards de ses projets notamment celui du GNL, Sound Energy a trouvé dans notre Chef du Gouvernement le prêteur idéal puisqu’il lui a renfloué ses caisses de 18 millions de dollars. Étalé sur 12 ans, le généreux prêt d’Afrique Gaz, au taux fixe de 6%, servirait au développement de la concession de production de Tendrara.

Secteur de l’Energie : en manque de Gouvernance

La gouvernance du secteur de l’énergie au Maroc n’a jamais été aussi fragile en raison de :

  • la surexposition politique de Aziz Akhannouch,
  • la disgrâce de Mustapha Bakkoury et son impact sur les activités de MASEN,
  • la guerre des tranchées entre la nouvelle ministre de la transition énergétique Laila Benali et le DG de l’ONEE Abderrahim El Hafidi,
  • le naufrage annoncé de l’ONEE,
  • le conflit d’intérêt de la position d’Amina Benkhadra au parti du Chef du Gouvernement et patron d’Afrique Gaz et actionnaire de Sound Energy par rapport à ses responsabilités à l’ONHYM.

Nous devons repenser notre modèle, définir une nouvelle vision énergétique et renforcer notre gouvernance pour faire face à la crise mondiale et garantir un accès à des énergies bon marché pour contenir l’inflation et soutenir nos exportations.

Références

Exclusif : Gaia Energy blacklistée par l’Algérie suite à son rapprochement avec l’israélien Gandyr

Le président Abdelmadjid Tebboune a saisi son ministre de l’Energie et des Mines et les responsables de la Sonatrach pour «proscrire» toute collaboration avec la filiale algérienne de la société marocaine GAIA Energy qui opère dans les énergies renouvelables. Le motif de cette missive du palais d’El Mouradia est l’entrée de la filiale du groupe israélien Gandyr dans le capital de Gaia Energy Maroc. L’information émane d’une source interne de la Sonatrach qui a fait fuiter la correspondance électronique.

Le va-t-en guerre américain en Ukraine est entrain de bouleverser toute la géostratégie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Dans sa guerre d’usure contre le camp de l’Est, la Maison Blanche sacrifie ses alliances classiques et cherche à en créer de nouvelles dans le seul but d’isoler l’adversaire sino-russe.

En effet, depuis le mauvais signal de la réhabilitation des Talibans et la sortie chaotique des soldats américains d’Afghanistan, nous assistons à un regroupement hétéroclite de nations autour d’intérêts sécuritaires et économiques et contre les menaces de la nouvelle politique étrangère de l’hyperpuissance américaine qui occulte la géographie et l’histoire.

L’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Egypte constituent pour les stratèges de Joe Biden, à savoir Jake Sullivan, William Burns et Antony Blinken, le nouveau bloc d’Afrique du Nord dont la fonction stratégique est le contrôle du marché gazier mondial. Un bloc satellite à celui du Moyen-Orient composé quand à lui du Qatar, de l’Iran et de l’Irak que Washington espère stabiliser grâce à la signature d’un accord sur le nucléaire iranien.

Ce front que façonne l’administration Biden depuis son installation a suscité la formation d’une nouvelle alliance cimentée par les accords d’Abraham et les menaces de la politique américaine. Laquelle alliance réuni le Maroc, Israël, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite.

Algérie, pression intenable

Contrairement à l’Egypte, l’Algérie a du mal à gérer la pression internationale et les enjeux géostratégiques lourds objets de la guerre froide entre les camps de l’Est et de l’Ouest. Et pour cause, historiquement et depuis son indépendance, la coopération militaire est au cœur des relations entre Moscou et Alger. Tandis, que le secteur énergétique a toujours été contrôlé par Washington.

En effet, l’armée algérienne continue à être sous influence russe, à l’image de son chef d’état-major, Saïd Chengriha, formé à l’académie russe de Vorochilov, au moment où tous les dirigeants de la Sonatrach sont des ingénieurs formés aux États-Unis.

La guerre en Ukraine est un véritable cauchemar pour le régime militaire totalitaire algérien éreinté par les fronts internes et externes, de la déconfiture de l’économie du pays, au Hirak de 2019, passant par les succès diplomatiques éclatants du Royaume du Maroc.

D’autant plus que le régime se sent de plus en plus menacé par : 1) les énormes gisements gaziers découverts dans la Méditerranée de l’Est et dans le delta du Nil en Égypte, non encore exploitées; 2) les ambitions sérieuses du Maroc dans le secteur des hydrocarbures notamment avec le gazoduc Afrique atlantique; 3) la crise alimentaire mondiale; 4) la nouvelle alliance géopolitique entre Rabat et Madrid.

Dans ce contexte très complexe, l’Algérie manoeuvre dans la douleur, en usant tantôt du dossier du Sahara marocain, tantôt de la cause palestinienne et surtout de l’approvisionnement en gaz pour l’Europe. Si le pays réussi à arracher quelques victoires, il s’est trouvé par contre dos au mur face à l’Arabie saoudite, véritable centre d’influence arabo-musulman et «Market Maker» mondial des hydrocarbures fossiles.

Dans le deal proposé par l’administration Biden, Alger trouve son compte dans la reconnaissance d’un rôle par défaut dans la guerre du gaz russe, dans le rapprochement avec l’Iran, allié historique de Poutine et surtout dans l’alliance avec l’Egypte, un pays qui constitue une véritable menace sur le moyen et long terme pour son régime.

En effet, l’Egypte d’Al-Sissi est d’abord un futur géant du gaz qui de plus, à des intérêts stratégiques et de sécurité nationale en Libye. Le pays est autant important pour l’Arabie saoudite, que pour le États-unis et encore plus pour Israël.

Le dossier égyptien semble avoir été au menu des entretiens entre les responsables algériens et le secrétaire d’État américain Antony Blinken, à l’occasion de sa dernière visite le 30 Mars.

Pour preuve, au lendemain de la rencontre Tebboune-Blinken, le vice-Président Business Development & Marketing de la Sonatrach Fethi Arabi, considéré comme la boîte noire de son président Taoufik Hakkar, a demandé expressément aux membres du Comex, le Vice-Président Liquéfaction et Séparation, Nasreddine Fatouhi, le Vice-Président Transport Par Canalisation, Melaika Amine, le Vice-Président Raffinage et Pétrochimie, Batouche Boutouba, le Vice-Président Exploration – Production, Mohamed Slimani et à la Vice-Président Commercialisation Fatiha Neffah, de préparer avant le 05 avril 2022, un dossier détaillé sur les axes de coopérations avec LeCaire.

Dans le courrier électronique fuité par une source interne de la Sonatrach, Fethi Arabi évoque une importante «échéance bilatérale» dans les hydrocarbures entre l’Algérie et l’Egypte.

Gaia Energy blacklistée

Le revirement historique de l’Espagne en faveur du Maroc sur le dossier du Sahara a finit par détruire toute la doctrine du régime algérien qui en a fait son fonds de commerce de politique interne et étrangère depuis plus de quarante ans.

La neutralité négative de l’Espagne, ancien colonisateur, sur le dossier du Sahara n’était plus tenable surtout après la fermeture du gazoduc Maghreb Europe (GME). Une erreur de calcul d’Alger, car elle a poussé Madrid a diversifié son approvisionnement en hydrocarbures et se libérer de facto du chantage algérien.

En signe de représailles, Alger s’est attaqué à une entreprise marocaine, GAIA Energy opérant dans les énergies propres, depuis 2015 sur le sol algérien à travers une filiale détenue à 51% par un ressortissant local.

Dans un email envoyé le dimanche 27 mars 2022, dont nous détenons une copie, l’avocat du groupe Sonatrach, Bourbia Noureddine, a appelé l’ensemble des directeurs de la société pétrolière à arrêter toute relation avec la filiale algérienne de la société marocaine GAIA Energy.

«Nous vous informons que les services de la présidence de la République, ont saisi Monsieur le Ministre de l’Energie et des Mines au sujet de la société GAIA Energy, leader dans les énergies nouvelles et renouvelables (ENR), représentée en Algérie par son bureau de liaison créée en novembre 2015 et ayant siège sociale à Hydra» a-t-il écrit.

Et de poursuivre : «Le 24 février 2022, la société « israélienne » Marom Energy relevant du Groupe « israélien » Gandyr Energy a opéré une acquisition de (30%) du capital de la société GAIA Energy dont le président ZENIBER Mounir, actionnaire de GAIA Energy – Bureau de liaison -Algérie.»

«A cet effet, nous vous demandons de bien vouloir nous faire part, dans les plus brefs délais possibles, de tout contact où échange effectué par vos structures respectives avec la société Gaia Energy et/ou ses représentants et de proscrire à l’avenir toute relation de quelque nature qu’elle soit avec celle-ci»

«Il importe de vous informer que le délai de réponse qui nous est accordé, est fixé au plus tard le 29/03/2022» a-t-il conclu.

Ces directives ont été adressées aux responsables suivants :

  • Directeur de la Division Production, Taleb Saadi Messaoud,
  • Directeur de l’exploitation, Mourad Beldjehem,
  • Directeur de la division exploration, Badji Rabie,
  • Directeur de Division Promotion et Valorisation du Domaine Minier Hydrocarbures, Djidjeli Mahmoud,
  • Directeur des Opérations d’Exploration, Farid Belhamèche,
  • Directeur de la Division laboratoires/Activité Exploration et Production, Djamel Zeriri,
  • Directeur Finances, Mohamed Terra,
  • Chef Département Sécurité Industrielle, Ghrenoug Faouzi.

Il faut dire que l’annonce en grande pompe de l’opération de rapprochement entre les deux sociétés a eu un échos mondial. Il s’agit du plus gros investissement privé israélien au Maroc depuis la signature de l’accord tripartite entre les deux pays et les États-unis. Pas moins de 13 milliards de dirhams sont ainsi injectés dans GAIA Energy pour financer quatre projets liés aux énergies renouvelables notamment en matière d’autoproduction, d’agrivoltaïsme, d’hydrogène vert et d’export d’électricité verte en Afrique.

La réaction du régime algérien quand à la nationalité du nouvel associé de GAIA Energy n’a absolument rien avoir avec la cause palestinienne. Ce sont les appétits énergétiques d’Israël qui l’inquiètent sérieusement.

En 2018, Tel-Aviv a signé deux accords stratégiques et historiques autour du gaz de la Méditerranée orientale. Le premier avec Le Caire pour l’exportation du gaz israélien vers l’Égypte pendant plus de dix ans. Le deuxième avec Chypre, pour l’installation d’un câble sous-marin, permettant l’acheminement de gaz depuis Aphrodite jusqu’aux usines égyptiennes, avant d’être réexpédié vers l’Europe.

Ce qui fait d’Israël la première puissance régionale contrôlant le gaz de la Méditerranée orientale à destination de l’Europe, l’Égypte un véritable hub énergétique et le Maroc leader africain des énergies renouvelables.

Déclaration de Moundir Zniber Président de GAIA Energy sur son activité en Algérie – COP22 Marrakech 2016

Les employés de la Sonatrach endoctrinés par la propagande anti-Maroc du régime algérien

Les leaks de la messagerie électronique de la société pétrolière algérienne la Sonatrach, dont la source serait d’origine interne, révèlent également la culture de la haine installée par le régime militaire de Saïd Chengriha même au sein des entreprises publiques.

Dans un email envoyé par le Chef du Département Informatique et Telecom de TouatGaz, un groupement réunissant la Sonatrach et le britannique Neptune Energy exploitant l’usine de traitement de gaz naturel de Touat, nous avons découverts avec stupéfactions l’utilisation du mot Makhzen pour qualifier le Maroc dans un échange à caractère professionnel.

La fuite révèle en plus que la Sonatrach bloque tout accès à ses systèmes depuis les adresse IP marocaines.

«M’hamed (..) n’arrive pas à se connecter à Direct Access. Il se trouve en ce moment au Maroc. Les restrictions des adresses IP du Makhzen sont toujours en place ?(…)», peut-on lire dans cet échange entre responsables des Systèmes d’information d’un acteur économique affilié à une multinationale britannique.

Puneet Talwar, diplomate de guerre d’Obama, candidat au poste d’ambassadeur de Washington à Rabat

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La Maison Blanche s’est enfin décidée de nommer un ambassadeur au Maroc, depuis le départ de Dwight L. Bush la veille de l’investiture de Donald Trump. En effet, le Président Joe Biden a annoncé ce vendredi son intention de nommer Puneet Talwar au poste d’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire des Etats-Unis auprès du Royaume du Maroc. Un diplomate chevronné connu pour être le diplomate de guerre de Barack Obama et qui avait collaboré avec Biden alors qu’il était vice-président des États-unis. Dans la foulée le président américain a choisi un ancien des «Marines», spécialiste de l’Irak et de lutte contre le terrorisme.

Le Président américain Joseph R. Biden Jr. a annoncé vendredi son intention de nommer Puneet Talwar au poste d’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire des Etats-Unis auprès du Royaume du Maroc.

Dans un communiqué, la Maison Blanche a déclaré que Puneet Talwar a occupé des postes de haut niveau en matière de sécurité nationale et de politique étrangère au Département d’Etat, à la Maison Blanche et au Sénat des Etats-Unis.

Puneet Talwar est actuellement conseiller principal au département d’État. Auparavant, il a occupé les fonctions de secrétaire d’État adjoint aux affaires politico-militaires, d’assistant spécial du président et de directeur principal au Conseil national de sécurité, ainsi que de membre du personnel professionnel principal de la commission des relations extérieures du Sénat des États-Unis.

Talwar a également occupé des postes clés à la Chambre des représentants des États-Unis et au Policy Planning Staff du département d’État.

Le diplomate de guerre d’Obama

Puneet Talwar a été nommé secrétaire d’État adjoint pour le Bureau des affaires politico-militaires le 9 avril 2014, sous le président Barak Obama. Sa nomination est survenue deux mois avant l’annonce de Daech du « rétablissement du califat » dans les territoires sous le contrôle en Irak et en Syrie, de l’adoption de nom d’« État islamique » et de la proclamation de son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, « calife et successeur du prophète de l’Islam.

Durant le mandat Obama, le secrétaire adjoint Talwar a géré plusieurs composantes essentielles de la politique étrangère des États-Unis, notamment le maintien des relations du département d’État en matière de sécurité mondiale, la fourniture d’une assistance internationale en matière de sécurité, la négociation d’accords internationaux en matière de sécurité et la mise en œuvre de l’initiative d’Obama de réforme du contrôle des exportations.

Le future ambassadeur de Washington à Rabat a été également le principal agent de liaison du département d’État avec le département de la défense. De 2009 à 2014, Talwar a occupé le poste d’assistant spécial du président et de directeur principal pour l’Irak, l’Iran et les États du Golfe au Conseil national de sécurité de la Maison Blanche.

De 1995 à 1999 et de 2001 à 2008, Talwar a été le conseiller principal pour le Moyen-Orient du vice-président Biden au sein de la commission des affaires étrangères du Sénat. Il a également fait partie du personnel de planification politique du département d’État de 1999 à 2001 et a été conseiller en politique étrangère à la Chambre des représentants.

En dehors du gouvernement, il a été Senior Fellow à l’Asia Society Policy Institute, chercheur invité au Penn Biden Center de l’Université de Pennsylvanie, conseiller de l’ONG de résolution des conflits Inter Mediate et chercheur non résident au Center for Security Studies de l’Université de Georgetown.

Talwar a obtenu un B.S. en ingénierie de l’université Cornell et un M.A. en affaires internationales de l’université Columbia. Il est membre du Council on Foreign Relations et est originaire de Washington, DC.

Dans la foulée, Biden propose Timmy Davis au poste d’ambassadeur auprès du Qatar

Joe Biden a également annoncé son intention de nommer Timmy Davis, au poste d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès de l’État du Qatar.

Timmy T. Davis, membre de carrière du Senior Foreign Service avec le grade de conseiller, a récemment occupé le poste d’assistant exécutif du secrétaire d’État. Avant cela, Davis a été consul général des États-Unis à Basrah et dans le sud de l’Irak. Ses missions à l’étranger incluent Guatemala City au Guatemala ; Najaf en Irak ; Canberra en Australie ; et Bogota en Colombie.

Ses affectations nationales comprennent un poste d’officier de surveillance principal au centre d’opérations du département d’État, un poste d’assistant spécial du secrétaire d’État, un poste de directeur pour l’Irak au Conseil national de sécurité, un poste de chef de cabinet adjoint de l’envoyé présidentiel spécial pour la lutte contre le terrorisme, un poste de conseiller principal du conseiller du département, un poste de chef de cabinet du sous-secrétaire aux affaires politiques et un poste de chef de cabinet par intérim du département d’État.

Timmy T. Davis, est titulaire d’un Distinguished Honor Award et de plusieurs Superior and Meritorious Honor Awards, a également reçu le Ryan C. Crocker Award for Outstanding Leadership in Expeditionary Diplomacy du département d’État, ainsi que le William R. Rivkin Award for Constructive Dissent de l’American Foreign Service Association.

Originaire de Virginie, Davis est lauréat de l’université de l’Alabama. Il a servi dans le corps des Marines des États-Unis pendant près de dix ans, notamment lors d’opérations dans la Corne de l’Afrique et en Irak, avant de rejoindre le service extérieur. Il parle espagnol et arabe.

Édito évènement de Khalil Hachimi Idrissi : «la guerre d’Ukraine est l’expression crue de l’incapacité de l’Occident à inclure la Russie dans leur schéma sécuritaire»

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C’est la première fois depuis l’invasion russe en Ukraine, qu’un officiel explique en toute clarté la position du Royaume vis-à-vis ce conflit. C’est Khalil Hachimi Idrissi, patron de l’agence de presse nationale, qui s’est prêté à l’exercice dans un édito paru sur son mensuel «BAB». Sans détour, l’éditorialiste se prononce pour le dialogue. Une négociation globale et sérieuse qui inclurait entre autres la neutralité de l’Ukraine et l’étude de «l’autonomie de toutes les minorités». Et tout en prenant le soin de ne pas reprendre les mêmes mots du président français, Emmanuel Macron, Hachimi Idrissi qualifie l’OTAN d’«organisation d’un autre âge, voire quasi obsolète». Rien que ça!

Tous ceux qui connaissent Khalil Hachimi Idrissi savent pertinemment, que l’homme dispose d’une bonne maitrise de sa plume et de ses mots. Quand il s’agit du stratégique, il sait quoi écrire, comment et quand.

Connaissant l’impact du papier, KHI a choisi de prendre la parole au sujet du conflit en Ukraine sur son mensuel BAB, distribué à toutes les chancelleries et aux sièges de tous les décideurs politiques et économiques du pays. Le moment est grave, la situation est confuse et les mots et le ton de l’éditorialiste ne manqueront pas de solennité et de clarté.

Hachimi Idrissi fait le choix d’un tire consensuel : «Une paix immédiate». D’emblée, il ne veut pas éliminer les réfractaires des deux camps belligérants et de leurs «fans» respectifs. Puis, il décide de ce mouiller en se prononçant au nom de la position marocaine. «La seule solution possible au conflit ukrainien est comme la position marocaine l’a signifié par deux fois, dans la clarté, est dans le dialogue, la diplomatie, la négociation et le respect de l’intégrité territoriale des nations», a-t-il souligné.

Ensuite, avant d’attaquer le plat de résistance, il fait valoir l’horreur de la guerre, devenue malheureusement un contenu de propagande entre les mains de l’occident alimentant davantage les démons de la violence.

«Cette guerre doit s’arrêter impérativement. Trop de victimes innocentes. Trop de réfugiés. Trop de malheur. Trop de souffrance. Et trop de violence illégitime contre des civils démunis», s’est-il ému.

Ecouter les minorités du Donbass et considérer les besoins de sécurité de Poutine

Alors que Joe Biden et son administration s’acharnent à vouloir imposer une fragilité sécuritaire à la Russie en ne laissant aucun choix aux pays européens, Khalil Hachimi Idrissi s’y inscrit en faux en appelant à un dialogue ouvert aux doléances de Poutine pour éviter le danger d’une troisième guerre mondiale.

«Si le chemin de la paix immédiate passe par une meilleure prise en considération des besoins de sécurité de la Russie par les Européens et l’OTAN, il faut passer par là» a-t-il souligné. Et d’ajouter «Si le chemin de la paix immédiate passe par une neutralité – à inventer – de l’Ukraine dans ses frontières intègres et reconnues, il faut passer par là». Il s’agit de l’une des demandes qu’exige le président russe pour mettre la fin à son «opération spéciale».

«Si les chemins de la paix immédiate passent par un meilleur respect des droits culturels. Une autonomie, de toutes les minorités, il faut, aussi, passer par là», insiste-t-il en faisant allusion à l’autonomie des minorités du Donbass pro-russe, Donetsk et Louhansk.

Il faut se mettre autour d’une table et démarrer une vraie négociation globale et sérieuse sur la sécurité des uns et des autres qui éloignerait le danger d’une troisième guerre mondiale et le spectre d’un affrontement nucléaire généralisé, poursuit-il.

La mort cérébrale de l’OTAN

Par ailleurs, Khalil Hachimi Idrissi pointe du doigt l’impuissance de l’Union européenne à se mettre d’accord sur une politique de défense commune indépendante du diktat de l’OTAN qui inclurait la Russie.

«La guerre d’Ukraine est l’expression crue de l’incapacité des Occidentaux à trouver un nouveau paradigme sécuritaire en Europe qui inclurait la Russie et la rassurerait sur sa sécurité nationale», a-t-il affirmé.

Bien au contraire, explique-t-il, l’OTAN – une organisation d’un autre âge, voire quasi obsolète – a continué à justifier son existence en empêchant le Vieux Continent de se doter d’une défense indépendante, efficiente et autonome, et en antagonisant la Russie en absorbant avec gourmandise presque tous les ex-pays satellites de l’URSS.

L’Ukraine le «proxy» des «vrais» protagonistes

Khalil Hachimi Idrissi ne va pas y aller de main morte pour décrire les postures des occidentaux dans le conflit ukrainien.

«Ce qui devait arriver arriva. De reniements en impostures, de coups tordus en coups de Jarnac, l’Ours russe, quand il a repris quelques forces, s’est rebiffé», estime-t-il.

Pour le patron de la MAP, les européens sont des procrastinateurs chroniques, lents, hésitants et tatoueurs. L’OTAN quand à elle fanfaronne , bluffe et vantardise, tandis que à Joe Biden, il ne fait que pétitionner.

Dans sa lancée, Khalil Hachimi Idrissi fait allusion, à demi-mot, sur le fait que l’Europe n’est finalement que le terrain de guerre entre les «véritables» protagonistes : l’alliance anglo-saxonne et l’héritier de l’URSS.

«Si rien ne justifie l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ni les atermoiements de l’Europe, ni les rodomontades de l’OTAN, ni les pétitions de principes de l’Américain Joe Biden, cette guerre, dont les vrais protagonistes utilisent un «proxie» – l’Ukraine en l’occurrence – pour en découdre, est condamnable, comme toute guerre par ailleurs», soutient-il.

Se battre jusqu’au dernier Ukrainien vivant

La folle escalade soutenue par l’alliance anglo-saxonne et porté par l’homme de spectacle, Volodymyr Zelensky, fait fi de l’avenir de l’Ukraine et de la vie des ukrainiens. L’opinion occidentale quand a elle se planque derrières TikTok, Instagram et Twitter sans aucune conscience des horreurs de la guerre dont la responsabilité est autant partagée entre les russes et les européens.

«Personne en Occident n’est capable de mourir pour les Ukrainiens. Ou plutôt, ils sont prêts à se battre jusqu’au dernier Ukrainien vivant. Mais cela ne le fait pas, comme on dit aujourd’hui», fait observer l’éditorialiste, assurant que «personne ne veut la destruction totale de ce pays et l’épuration cynique et criminelle de ses citoyens».

Pour M. Hachimi Idrissi, «tout le monde sait qu’une victoire russe serait fatalement une victoire à la Pyrrhus. Dramatique et dérisoire».

«MEDI 1» : Hassan Khiyar a loupé le coche pour construire un groupe audiovisuel digne de ce nom

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Douze ans après sa nomination à la tête de Medi 1, le bilan de Hassan Khiyar est décevant. En plus des audiences en constante dégringolade, l’ancien administrateur d’Alstom Maroc n’a pas préservé la valeur et l’aura de la marque qui, naguère dominait l’information et l’influence dans tout le Maghreb.

Rien ne va plus dans le groupe audiovisuel dirigé depuis 2010 par Hassan Khyar. Les chiffres des audiences parlent d’eux-mêmes : 2,9 % pour la chaine télé Medi1 TV et moins de 6,5% pour l’emblématique radio «Medi 1».

La première radio du Maghreb est devenue l’ombre d’elle même et le projet de chaine de télévision panafricaine est un cuisant échec. Pourtant, Hassan Khiyar, un dirigeant rompu à la culture du résultat et à la valeur du travail avait tout pour réussir. En plus d’un appui institutionnel prestigieux, il avait entre les mains une marque historiquement influente et forte et tenait les rênes de la régie publicitaire, Régie 3.

Les quatre péchés capitaux de Hassan Khyar

La bonne volonté, la capacité de travail et la discrétion dont fait preuve M. Khyar ne lui ont pas suffit pour réussir sa mission de transformer le groupe Medi 1. Ses choix éditoriaux marketing et sa gestion des ressources humaines ont plombé tous ses efforts. Si à la radio, le lobby français a réussi à prendre le dessus, se laissant grignoter jour après jour ses parts de marchés par ses concurrentes locales, la télé quand à elle se retrouve à date d’aujourd’hui sans identité et sans âme.

1. Stratégie multimarques défaillante

Hassan Khyar a probablement été influencé par son confrère Khalil Hachimi Idrissi quand à sa stratégie de marque. Pourtant, contrairement au patron de la MAP qui avait hérité d’un branding désuet, le PDG de Medi 1 se reposait sur une marque puissante qu’il devait la porter encore plus haut.

M. Khyar ne s’est contenté de la marque Medi 1 TV, il en a ajouté M Télévision, M Afrique, M Maghreb, M Arabic, Medi1news, Medi1podcast. En six années, la valeur de la marque s’est effritée et le stock de l’audience hérité de Abbas Azzouzi s’est fondu. D’aucuns aujourd’hui ne peut définir l’audience de la chaine.

2. Digital abandonné en cours de route

Du temps de Azzouzi et durant les premières années du règne de Khyar, Medi1 TV s’est distinguée par une stratégie et une présence digitales agressives au point de faire trembler Soread 2M.

Du jour au lendemain, la chaine décide de lever le pied et de tourner le dos à ce qui constituait sa particularité et sa différenciation vis-à-vis sa concurrence locale.

3. Ligne éditoriale : incolore et indolore

Hassan Khyar a finit par rendre la ligne éditorial de Medi 1 à son image : pas de vague, pas de prise risque et pas de coups d’éclats. Le PDG vit avec cette hantise de recevoir des coups de fils inquisiteurs concernant une phrase ou un sujet traité par ses journalistes. Résultat, point de coup de fils, point d’identité et encore moins d’audience.

4. Gestion des ressources humaines : le talent d’Achille de M. Khyar

De part le fait qu’elle soit née d’une JV entre Rabat et Paris et d’avoir été longtemps sous l’emprise d’un seul homme, feu Pierre Casalta , Medi 1 est une organisation complexe. Son dirigeant se voit donc dans l’obligation de cultiver la coopération entre les divers fonctions et corps de métiers du groupe audiovisuel pour atteindre l’excellence opérationnelle.

Cette dynamique attendue de la part de Hassan Khyar n’a pas été au rendez-vous, principalement en raison de ses difficultés relationnelles. Lesquelles difficultés ont fait émerger d’autres problématiques : le manque d’innovation et de créativité et l’impact négatif renvoyé sur le collectif, avec des conséquences directes en termes de confiance, de satisfaction et d’engagement.

«En manque d’idées novatrices et surtout de sens journalistique, le PDG a fait le vide autour de lui» écrit Maghreb Intelligence.

La même source rappelle également le triste bilan RH de M. Khyar : «une série de licenciements de journalistes et de techniciens de la chaîne et de multiples bras de fer avec les syndicats».

Fin de mandat

«D’après plusieurs observateurs le mandat de Hassan Khiyar à la tête de Medi 1 TV arriverait bientôt à son terme», révèle Maghreb Intelligence.

Un départ prévisible depuis l’annonce en mai 2021 par le ministre de la communication de l’époque Othman El Ferdaous de la prise du contrôle par la SNRT de la Soread et de Medi1TV, donnant naissance à un pôle audiovisuel public.

Une décision salvatrice qui devrait permettre au Maroc de mutualiser les ressources et les efforts pour faire émerger un paysage audiovisuel que mérite tous les marocains.

Flambée des prix du pétrole : Biden dos au mur, MBS et MBZ font la sourde oreille

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CNN a levé le voile ce vendredi, sur d’intenses et très discrètes manoeuvres diplomatiques d’une task force de l’administration Biden visant à contourner les relations exécrables entre le président américain et les princes héritiers, d’Arabie Saoudite et des E.A.U, dans le but de contenir la flambée des prix du pétrole suite à la guerre en Ukraine. Étant donné que les hydrocarbures représentent le talent d’Achille de l’alliance anti-russe, Joe Biden s’est retrouvé dos au mur quand Mohammed Ben Salmane a refusé de lui parler tout en se gardant d’influer sur l’OPEP pour augmenter la production mondiale. Au point que le locataire de la Maison Blanche s’est mis dans la tête de réhabiliter le régime de Maduro au Venezuela pour augmenter l’offre mondiale en énergie. Comme le président démocrate n’a pas encore montré de volonté à traiter «convenablement» MBS et MBZ, il n’est pas sur qu’il puisse compter sur leur soutien face à sa guerre personnelle en Ukraine.

CNN a publié un rapport ce vendredi où il est expliqué comment l’administration Biden s’intéresse discrètement aux relations avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pour compenser la flambée des prix du pétrole.

Joe Biden a annoncé dés les premiers jours de sa nomination qu’il ne reconnaissait en Arabie saoudite que le roi Salmane. Assumant tout le MBS bashing des démocrates au sujet de l’affaire Khashoggi entre autres. Idem pour MBZ, dirigeant de facto des E.A.U, Biden le considère comme l’allié de Donald Trump. Il a d’ailleurs tout fait pour le mettre sur la touche au profit de son ennemi juré, Tamim Ben Hamad, l’émir du Qatar.

Mais l’évolution de la guerre en Ukraine a replacé ces deux pays au centre de l’échiquier mondial. Bien que les sanctions visant les hydrocarbures aient été délibérément écartées par Biden dans le but de protéger ses alliés occidentaux, en particulier ceux de l’Union européenne, contre les chocs déstabilisants des prix, les sanctions financières et logistiques ont ébranlé un marché où la Russie en est le deuxième exportateur mondial.

«Les producteurs russes, dans le sillage des sanctions, ont eu du mal à conclure de nouvelles commandes de pétrole, les acheteurs se rebiffent en raison de leur méfiance quant à l’étendue et à la portée des sanctions visant la banque centrale du pays et ses principales institutions financières» écrit CNN.

L’appel de Poutine à MBS vs l’appel de Biden au roi Salmane

Parmi les révélations de CNN, le refus de Mohammed ben Salmane de parler à Joe Biden. Le prince héritier a dit à la Maison Blanche : « Comment votre président ne reconnait que le roi Salmane, alors il n’a qu’à parler à mon père ». 

«Lorsque les responsables américains ont finalement abordé la possibilité d’un appel entre Biden et MBS fin janvier, les responsables saoudiens ont proposé à la place de mettre Biden au téléphone avec son père de 86 ans, le roi Salman, le dirigeant officiel du royaume – et la personne que Biden avait identifiée au début de sa première année comme son homologue direct» affirme CNN.

«Ce serait leur première conversation en 12 mois», souligne la même source.

Toujours, selon la chaine américaine, MBS, qui devait se rendre à Pékin pour les cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver, a annulé son voyage pour pouvoir assister à l’appel téléphonique entre son père et Biden.

«Bien qu’il ne soit pas clair s’il était dans la pièce, MBS a écouté l’appel, mais n’a pas parlé» souligne CNN.

Le ministère chinois des affaires étrangères avait justifié l’absence du prince héritier saoudien à la cérémonie d’ouverture des JO  par des «raisons de calendrier».

CNN, citant les responsables de ces négociations, considère que cette prise de contact avec le roi Salmane a ouvert une fenêtre «sur une relation qui, tout en restant complexe, a montré des signes de stabilisation à un moment critique». 

Selon un responsable américain, la conversation du 9 février a porté sur la nécessité de garantir la stabilité de l’approvisionnement mondial en pétrole et a déclenché un voyage en Arabie saoudite de deux hauts responsables de Biden.

Trois jours plus tard, Brett McGurk et Amos Hochstein, les principaux émissaires de Biden pour la sécurité nationale et l’énergie dans la région, se sont rendus à Riyad, la capitale saoudienne, pour une réunion en tête-à-tête de plusieurs heures avec MBS et de hauts responsables saoudiens, dont le frère de MBS, le prince Abdel Aziz ben Salman, ministre de l’énergie du royaume.

«Nous n’avons pas demandé explicitement l’augmentation de la production du pétrole lors de cette réunion» ont précisé les deux responsables.

Contrairement à l’optimisme de ces négociateurs, d’autres responsables américains reconnaissent que les relations sont loin d’être aussi solides qu’elles l’étaient autrefois et qu’elles nécessiteront une attention plus soutenue de la part de l’administration Biden, écrit CNN.

Par ailleurs, le président russe Vladimir Poutine s’est entretenu par téléphone avec MBS et le cheikh Mohammed bin Zayed al Nahyan des Émirats arabes unis.

Poutine a clairement indiqué qu’il ne serait pas favorable à une augmentation de la production, qui se ferait en grande partie aux dépens de son pays.

Les membres de l’OPEP+ ont choisi de s’en tenir au calendrier d’approvisionnement convenu lors de leur réunion du 2 mars, une décision qui n’a pas surpris les responsables américains à l’époque.

Pourtant, les retombées économiques qui ont suivi ont entraîné une rupture d’approvisionnement tangible. Les entreprises mondiales du secteur de l’énergie ayant boudé la Russie, même si sa production de pétrole s’est maintenue, une grande partie de ces barils russes n’a pas été commercialisée.

L’administration Biden sous pression

Au début de la semaine, les États-Unis ont pris l’initiative d’interdire les importations de pétrole russe aux États-Unis, ce qui ne représente qu’une petite partie des exportations totales de la Russie, mais constitue une autre mesure qui a jeté un froid sur le marché et contribué à faire monter les prix.

Il s’agit d’une réalité douloureuse qui a mis en lumière des mois d’efforts discrets, mais urgents, des responsables américains pour obtenir une augmentation de la production d’énergie de la part de l’industrie et des pays du monde entier.

Dirigée par Hochstein, l’envoyé du département d’État pour l’énergie, et McGurk, cette action a consisté en des contacts au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique du Nord, ainsi qu’en des discussions intensives avec les producteurs américains.

Au fur et à mesure que la hausse des prix se poursuivait, la nature discrète de ces efforts a fait place à une communication publique directe.

«Nous voulons davantage d’approvisionnement en pétrole dans le monde», a déclaré Daleep Singh, conseiller adjoint de Joe Biden pour la sécurité nationale, chargé de l’économie internationale.

«Nous voulons que cela vienne des producteurs qui ont des capacités de constituer des réserves». Singh a explicitement noté que l’Arabie saoudite était l’un de ces producteurs.

Par ailleurs, des responsables de Biden ont eu, ce mois ci, des entretiens diplomatiques au Venezuela, pays riche en pétrole, bien que l’administration ait depuis minimisé l’idée d’une augmentation de la production de ce pays lourdement sanctionné.

De plus, l’éventualité d’un accord nucléaire imminent avec l’Iran pourrait éventuellement relancer une vague de pétrole iranien sanctionné sur le marché, mais cela n’est pas considéré comme une solution à court terme par la Maison Blanche.

En réalité, la majeure partie de la capacité pétrolière de réserve envisagée par les responsables américains de l’énergie provient du Moyen-Orient. Les responsables et les acteurs du marché estiment que le moyen le plus rapide de mettre le plus de pétrole sur le marché est d’augmenter la production de l’Arabie saoudite en particulier.

Pour cela, les responsables américains sont conscients qu’ils doivent s’attaquer aux relations très tendues entre le président Joe Biden et le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, le dirigeant de facto du royaume. Depuis les premiers jours de l’administration Biden, les Saoudiens se sont sentis personnellement lésés par ce qu’ils disent avoir été la décision du président de calibrer toute la relation autour du meurtre en 2018 du journaliste du Washington Post Jamal Khashoggi.

«Il est difficile d’arriver à une bon résultat sans traiter avec MBS», a expliqué un responsable américain à CNN. «Il n’y a pas d’autre moyen de le faire».

Test de résistance de MBZ

«Les Émirats arabes unis font partie de ces producteurs qui disposent de capacités pétrolières inutilisées. Mais c’est aussi un allié traditionnel qui entretient des relations de plus en plus tendues avec les États-Unis depuis l’entrée en fonction de Biden» affirme CNN.

Le pays s’est senti particulièrement lésé par les États-Unis lorsqu’il n’a pas bénéficié d’un soutien massif après l’attaque meurtrière par drone perpétrée en janvier aux Émirats arabes unis par les Houthis soutenus par l’Iran, a expliqué un responsable américain.

Ils craignent également qu’un éventuel nouvel accord sur le nucléaire iranien soit trop faible renforçant la nuisibilité du Corps des gardiens de la révolution islamique.

Quand Biden a envoyé ses principaux collaborateurs en Arabie saoudite, son coordinateur pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord au Conseil de sécurité nationale a fait une halte aux Émirats arabes unis. McGurk a mis l’accent sur le Yémen, notamment en soulignant le soutien des États-Unis à la défense territoriale du pays contre les attaques de missiles et de drones menées par l’Iran, indique CNN.

Il est à rappeler que les Émirats arabes unis se sont abstenus lors de l’adoption d’une résolution par les États-Unis visant à condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie au Conseil de sécurité des Nations unies, en grande partie en raison de la frustration suscitée par le Yémen.

L’ambassadeur émirati à Washington Yousef Al Otaiba s’est plaint de la dynamique instable dans les déclarations publiques de la Maison Blanche, notant que la relation entre son pays et l’administration Biden «connait des jours où la relation est très saine et des jours où la relation est remise en question».

«Aujourd’hui, nous traversons un test de résistance, mais je suis convaincu que nous nous en sortirons et que nous arriverons à un meilleur endroit», a-t-il ajouté.

Les déclarations du diplomate sur le volonté des E.A.U d’augmenter la production du pétrole, nuancées dans la foulée par son ministre de l’énergie ont eu un effet de yoyo sur les marchés.

«Les Émirats arabes unis sont attachés à l’accord OPEP+ et à son mécanisme d’ajustement mensuel de la production», a déclaré Suhail Al Mazrouei sur Twitter dans ce qui semble être un effort pour rassurer les autres membres.

La prochaine réunion de l’OPEP+ est prévue pour le 31 mars.

Ukraine, Sahara et Droits de l’homme : Wendy Sherman la «Renarde Argentée» confronte Nasser Bourita le «Lion de l’Atlas»

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Wendy Sherman, alias «Silver Fox» (la renarde argentée), l’une des diplomates les plus puissantes du monde a rencontré ce mardi à Rabat le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita. Notre «Lion de l’Atlas» le bien nommé, savait que l’administration Biden a envoyé son négociateur le plus expérimenté pour démêler la position de neutralité assumée de Rabat au sujet de la crise en Ukraine. La «confrontation» s’est couronnée par un communiqué conjoint davantage favorable au Maroc. Sherman a imposé la question des droits de l’homme en haut du pavé et Bourita a arraché pour sa part, le rappel de la déclaration tripartite incluant Israël, signée le 22 décembre 2020. Le «Lion de l’Atlas» arrive même à reléguer la question ukrainienne à la toute dernière place, bien après celle du Sahel et de la Libye.

Wendy Sherman, 72 ans, est la deuxième diplomate d’importance des États-Unis. Son voyage au Maroc est considéré comme la visite officielle du plus haut niveau effectuée par un responsable américain à Rabat depuis plusieurs mois.

Connue à Washington pour ses manières acerbes, Mme. Sherman a traité à plusieurs reprises des sujets des plus difficiles. La diplomate a habilement géré des situations de crise pendant trois décennies. Elle a conclu des accords avec la Corée du Nord pendant l’ère Bill Clinton, et a dirigé les négociations nucléaires avec l’Iran sous la présidence de Barack Obama en 2011.

Surnommée la «Silver Fox» – Renarde Argentée-, en raison de sa chevelure grise acier et de sa capacité à arracher des concessions, Wendy Sherman a contribué à la conclusion d’un accord nucléaire historique en 2015 entre Téhéran et les États membres du P5 + 1, à savoir les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine, la Russie et l’Allemagne.

Et c’est elle que Joe Biden a chargé en janvier 2022 pour négocier avec les Russes dans l’objectif de dissuader Poutine de ne pas envahir l’Ukraine.

La «Renarde Argentée» : le Joker de la diplomatie américaine

Le surnom de Wendy Sherman lui vient des Iraniens avec qui elle a passé de longues heures de négociations. Ils ont commencé à l’appeler «la Renarde» en raison de son approche malicieuse durant les pourparlers.

Son teint pâle, ses cheveux gris acier coupés en brosse et son allure toujours soignée en dépit de la nature exténuante des négociations, ont fini par convaincre ses collègues du département d’État américain d’adopter le surnom des iraniens auquel ils ont ajouté «Argentée». Ils étaient tellement fascinée par elle qu’ils ont commencé à porter durant les réunions de négociation des tee-shirts sur lesquels était marqué le qualificatif : «Silver Fox».

«Ses collègues l’observent avec admiration, et parfois avec un peu de crainte, lorsqu’elle s’engage dans les discussions internationales», écrit la BBC.

«Elle est rapide et très intense », affirme l’ancien ambassadeur des États-Unis en Turquie, James Jeffrey.

La carrière de diplomate de Wendy Sherman n’était pas par choix. Au tout début de sa carrière professionnelle, elle a été militante, travaillant comme assistante sociale à Baltimore, oeuvrant à rendre les logements abordables aux moins aisés.

Quelques années plus tard, la secrétaire d’État Hilary Clinton, avec l’accord du président Barack Obama, l’a nomme sous-secrétaire d’État aux affaires politiques, devenant ainsi la première femme à occuper ce poste.

Ce parcours, combiné à sa forte implication dans le processus de négociation de l’accord nucléaire de 2015 avec l’Iran, a fait d’elle l’objet d’une forte suspicion de la part des républicains. Toutefois, son expérience et son sang-froid les ont suffisamment convaincu pour qu’elle soit confirmée par le Sénat au poste de secrétaire d’État adjointe, par 56 voix contre 42.

La «Silver Fox» face au «Lion de l’Atlas» : un combat sérré

Nasser Bourita peut désormais se targuer d’avoir eu affaire dans sa carrière de diplomate et dans un contexte de guerre mondiale à une légende : Wendy Sherman, la négociatrice américaine inflexible et sans état d’âme.

Le Chef de la diplomatie marocaine savait à quoi s’attendre mais contrairement aux apparences, il était loin d’être dans une position de faiblesse.

En effet, L’invasion de l’Ukraine par la Russie a apporté une certaine clarté aux réalignements régionaux et aux partenariats stratégiques en Afrique du Nord, en Europe et au Moyen-Orient.

La crise a en effet révélé au grand jour, l’évolution intéressante des relations entre les États-Unis, d’une part, et le Maroc, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Israël d’autre part.

«Après quatorze jours d’affrontements militaires en Ukraine, une chose est devenue claire : les partenaires de Washington en Afrique du Nord et au Moyen-Orient sont de plus en plus confiants dans leur volonté d’adopter une ligne de conduite indépendante, sans lien avec Washington – et sans doute en la défiant – et en coordination les uns avec les autres» affirme le politologue Thanassis Cambanis.

Cette divergence s’est manifestée surtout par le refus des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole Plus, OPEP+, d’augmenter rapidement leur production de pétrole dans un contexte de hausse des prix des carburants, malgré la pression exercée par l’administration sur l’Arabie saoudite. Ce grand pays arabe, premier producteur de pétrole dans le monde va faire encore mieux. Son dirigeant de facto Mohammed ben Salmane ira jusqu’à explicitement menacer de réduire les investissements de son pays aux États-unis au profit de la Chine.

Depuis son élection, Joe Biden a tout fait pour mettre sur la touche les princes héritiers MBS et MBZ. En contrepartie il n’a cessé de valoriser l’émir du Qatar en lui confiant la gestion du dossier des Talibans puis en le consacrant du statut d’«Allié majeur de l’OTAN». Le président américain l’a aussi désigné comme «backup» officiel de l’approvisionnement du gaz pour l’Europe en cas de guerre en Ukraine.

La même divergence s’est également manifestée par un double refus d’Israël de demandes persistantes de la Maison Blanche. Le premier refus a concerné le soutien du projet de résolution américain contre la Russie au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le second est le refus catégorique de Tel Aviv de l’envoi des batteries du système de défense «Dôme de Fer» en Ukraine. Une décision justifiée par la crainte que ce transfert ne nuise aux relations d’Israël avec la Russie.

Il est à rappeler que les Russes d’Israël forment la plus grande communauté juive du pays, soit plus de 25% de la population.

Le Pakistan a brillé davantage dans sa défiance à Joe Biden avec la visite officielle qu’a entrepris au Kremlin son premier ministre Imran Khan, le jour même de l’invasion de l’Ukraine. Khan a rencontré simultanément, Vladimir Poutine et le leader tchétchène Ramzan Kadyrov.

Enfin, plusieurs États de la région y compris le Maroc se sont abstenus de voter la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant l’invasion russe, au grand dam de la Maison Blanche.

En parallèle de cette résistance contre le diktat américain, l’Arabie saoudite a voté en faveur de la résolution de l’ONU condamnant l’invasion russe, tandis qu’Israël s’est impliqué fortement dans un rôle de médiation entre l’Ukraine et la Russie. Au point que le très pratiquant Naftali Bennett a dû transgresser Shabbat pour s’envoler secrètement à Moscou, où il a passé trois heures avec Poutine, sans prendre l’avis des États-unis.

Ces démarches d’apparence incohérentes, soulignent le fait que les gouvernements du Moyen-Orient ne se considèrent plus comme des partenaires subalternes des États-Unis et ne se sentent plus obligés, comme ils l’ont peut-être fait par le passé, de suivre les directives de Washington dans une crise majeure de sécurité internationale.

L’indépendance d’Israël en matière de politique étrangère devenait palpable durant les dernières années de Benjamin Netanyahu. Par contre, la position du Maroc et certains membres du CCG par rapport à la guerre en Ukraine est un fait tout à fait nouveau. Cela suggère l’émergence d’un nouveau niveau de confiance et d’autonomie par rapport aux États-Unis, en dépit du fait que Washington reste la garante de la sécurité de la région.

La posture de ces pays est d’ailleurs compréhensible, compte tenu de la décision des administrations américaines, depuis Obama de se retirer du Moyen-Orient. Du coup, le Maroc, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Israël ont intérêt à maintenir de bonnes relations diplomatiques, économiques et militaires avec la Russie.

Rabat, à l’image de ses alliés dans la région ne cherche par à abandonner complètement les liens avec Washington, mais plutôt de les équilibrer en nouant des relations solides avec d’autres puissances qui exercent une influence considérable sur les questions économiques et de sécurité régionales, comme la Russie, mais aussi la Chine. Deux pays qui ont d’ailleurs massivement investi en présence économique et militaire en Afrique subsaharienne, prolongement naturel du Royaume.

A la lumière de ces éléments, on cerne mieux les raisons qui ont poussé l’administration américaine, qui refuse de nommer un ambassadeur au Maroc depuis le départ de Dwight Bush en 2017, à dépêcher une diplomate de la trempe de Wendy Sherman.

Trois communiqués, trois nuances !

Si le cadre officiel de la rencontre entre notre «Lion de l’Atlas» et la «Renarde Argentée» est le «Dialogue stratégique Maroc-USA», la déclaration du porte-parole du département d’Etat américain Ned Price nous fait prendre conscience que la machine diplomatique américaine n’a qu’une seule urgence en ce moment : «l’Ukraine».

Dans son point de presse qui a suivi la rencontre entre les diplomates des deux pays, Ned Price a hiérarchisé les points discutés entre les deux parties en fonction des priorités de son ministère :

  1. Les moyens de renforcer davantage les relations bilatérales de longue date entre les États-Unis et le Maroc, y compris les intérêts communs en matière de paix, de sécurité et de prospérité régionales;
  2. Les développements internationaux, y compris «la guerre préméditée, non provoquée et injustifiée» de Poutine contre l’Ukraine;
  3. Le ferme soutien des deux parties à l’envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies, Staffan de Mistura, qui cherche à redynamiser le processus politique pour le «Sahara occidental», dirigé par les Nations Unies;
  4. Le plan d’autonomie du Maroc est considéré comme sérieux, crédible et réaliste, et comme une approche potentielle pour satisfaire les aspirations du «peuple du Sahara occidental»;
  5. L’importance de la protection des droits de l’homme, y compris la liberté d’expression, en s’appuyant sur le dialogue productif entre les États-Unis et le Maroc sur les droits de l’homme de septembre 2021.

Notons que sur le communiqué conjoint approuvé par Bourita et Sherman, «la guerre en Ukraine» n’était cité qu’en fin du document et le qualificatif «la guerre préméditée, non provoquée et injustifiée» n’y figurait pas du tout.

De plus, l’appellation «Sahara Occidentale» que Price a répété deux fois, elle n’a été cité qu’une seule fois dans la version en anglais du communiqué, publié aussi bien sur le site du département d’Etat américain que celui du ministère des affaires étrangères marocain.

Sur les versions française et arabe du communiqué, l’appellation «Sahara Occidentale» y est absente et la précision «consacrant la reconnaissance américaine de la pleine souveraineté du Royaume sur son Sahara» a été ajoutée dans le paragraphe réservé au rappel de l’accord tripartite avec Israël.

Opération de charme de la «Silver Fox»

Faisant honneur à sa réputation de consacrer une attention méticuleuse aux détails, la «Silver Fox» a bien préparé son voyage au Maroc. Son arrivée, coïncidant avec la journée internationale de la femme, elle charge l’ambassade au Maroc de lui trouver une occasion de prise de parole sur le sujet.

David Green, Chargé d’Affaires à la mission diplomatique, sponsorise un évènement de l’Association des Femmes chefs d’Entreprises du Maroc, AFEM, célébrant la journée du 8 mars. Mme Sherman en sera l’invitée d’honneur.

Arrivée à la conférence au Hyatt Regency vers 17h30, Wendy Ruth Sherman a été accueillie par la Ministre de la Solidarité, de l’Insertion Sociale et de la Famille Awatif Hayar, puis s’est fondue dans la masse des invités en toute simplicité et sans un dispositif protocolaire lourd.

Assise entre David Green et de Leila Doukali, présidente de l’AFEM, M. Sherman a patiemment écouté le discours «plat» de Mme Hayar avant de monter sur scène.

Après avoir constaté l’absence de la première maire femme de la ville de Casablanca, Nabila Rmili (occupée au Lycée français Lyautey), la «Silver Fox» entame son allocution par l’inévitable sujet :«l’Ukraine». Les éléments de langage sont verrouillés et pour le storytelling elle n’avait qu’à répéter celui d’Antony Blinken prononcé le jour même en Estonie.

«Je veux me faire l’écho de ce que le secrétaire d’État Tony Blinken a dit plus tôt dans la journée en Estonie, à savoir qu’en cette Journée internationale de la femme, j’ai pour ma part, et je suis sûr que vous tous, une pensée pour les femmes d’Ukraine», a-t-elle dit.

Plus de 1,7 million d’Ukrainiens, poursuit-elle, principalement des femmes et des enfants, ont fui la guerre que Vladimir Poutine a déclenchée dans leur pays, laissant souvent leurs maris derrière eux pour combattre.

Puis elle enfonce le clou : «Les femmes ukrainiennes accouchent dans des stations de métro transformées en abris anti-bombes. Elles s’occupent d’enfants atteints de cancer dans les sous-sols d’hôpitaux pour se protéger des missiles. Elles prennent les armes aux côtés des hommes ukrainiens pour lutter pour leur démocratie et défendre leur patrie. Les femmes d’Ukraine, comme vous toutes, incarnent la force, la résilience et le courage intrépide des femmes du monde entier – et nos cœurs sont avec elles aujourd’hui et chaque jour».

Maniant le bâton et la carotte, Wendy Sherman ne va pas se montrer tendre avec la situation de la femme marocaine dans la vie active, avant de proposer l’aide de son pays.

«(…) Cependant, malgré ces progrès (la Moudawana, constitution 2011, législation contre la violence envers la femme, ndlr), le pourcentage de femmes marocaines dans la population active reste assez faible, l’un des plus bas au monde – et il est en fait plus bas qu’il y a vingt ans» a-t-elle souligné.

La responsable américaine s’appuiera sur les recommandations du NMD pour annoncer l’engagement de son pays à accompagner le Maroc dans ses objectifs d’autonomisation des femmes.

«Le Nouveau modèle de développement du Maroc – une priorité du roi Mohammed VI – a placé l’augmentation de la participation des femmes à l’économie au premier plan de la stratégie de croissance économique du Maroc. Les États-Unis veulent aider le Maroc à atteindre son objectif de porter la participation des femmes à la main-d’œuvre à 45 % en 2035, contre 22 % aujourd’hui. Nous sommes fiers d’être un partenaire du Maroc et des femmes marocaines en faisant progresser les opportunités économiques des femmes et en soutenant les femmes entrepreneurs, notamment par le biais du programme POWER du Département d’Etat». a-t-elle déclaré.

Un proche de Wendy Ruth Sherman l’a décrite sur les colonnes du Time, comme suit : «La rationalité règne dans le monde de Wendy Sherman. La secrétaire d’État adjointe examine le terrain et les acteurs, pèse le bâton et la carotte, les compromis et les conséquences, puis fait le meilleur choix dans son propre intérêt. Le sentimentalisme et la nostalgie ne sont pas pour elle».

Le chef d’État-major des armées françaises a appelé son homologue russe pour parler…«du Sahel»

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Quand les médias s’emballant, les politiques renchérissent et les tension s’exaspèrent, les chefs des armées se manifestent pour ramener tout ce beau monde à la réalité pragmatique. Si le Pentagone s’est empressé ouvertement à reprendre contact avec Moscou après l’ordre de Poutine d’activer son arsenal nucléaire, l’armée française sort de son mutisme et annonce au monde entier que les liens de communication avec Moscou ont été rétabli. Mais cette démarche révèle une surprise, celle de la priorité de l’Etat français dans sa relation avec le régime russe : le Sahel.

Le Chef d’État-major des armée françaises, le général Thierry Burkhard a publié vendredi soir un tweet annonçant un échange téléphonique avec son homologue russe, Valéri Guerassimov.

«Entretien téléphonique ce jour avec mon homologue russe, le général Valéri Guerassimov. Échanges sur la situation au Sahel et en Europe de l’Est, en particulier sur la guerre en Ukraine», a-t-il écrit.

A cette annonce, BFMTV a mis en pause sa propagande anti-russe le temps de commenter les déclarations du Chef des armées françaises.

«Maintenir le dialogue avec la Russie, pour tenter d’arriver à une désescalade en Ukraine, voilà donc la stratégie choisie par les responsables français. Et cette publication sur les réseaux sociaux rappelle que le conflit ukrainien se joue aussi sur le terrain de la communication» ont analysé les journalistes de la chaine française.

«C’est extrêmement important» commente le général Jérôme Pellistrandi, consultant défense de la chaine. Et d’ajouter : «En particulier du côté du chef d’État-major français, pour dire on sait exactement ce que vous faites. Il faut maintenir cette ligne de dialogue pour préparer une baisse éventuelle de la tension

Mais ce qu’ont oublié de mettre en exergue les journalistes et le consultant de BFM est la hiérarchie des priorités clairement affichées par la grande muette. En effet, le général Thierry Burkhard n’a pas fait uniquement savoir qu’il avait accès à Valéri Guérassimov, l’homme le plus important du monde en ce moment, mais que le conflit ukrainien ne passait pas avant les intérêts géostratégiques communs des deux pays.

En citant en premier lieu la situation au Sahel comme premier sujet échangé entre les deux chefs des armées, la France se projète déjà dans l’après «opération militaire spéciale de Poutine en Ukraine».

Thierry Burkhard aurait-il négocié un quelconque deal sur le Sahel contre un éventuel rôle de la France dans la désescalade de la tension? Ou bien serait-il convaincu que la guerre en Ukraine est d’ores et déjà pliée au profit des russes et qu’il se devait de discuter sur la suite des évènements en Ukraine? Ou tout simplement Thierry Burkhard cherche à éviter toute représaille de l’armée russe et du groupe paramilitaire privé qu’il lui est affilié, Wagner, au Sahel et ailleurs ?

La France savait pour l’Ukraine

Les militaires français avaient déjà mis en garde en 2017 contre la reprise des actions de politique de puissance de certains États, notamment la Russie. L’actuel chef d’état-major des armées françaises, le général Thierry Burkhard, avait déjà annoncé avant sa nomination que les forces armées françaises devaient se préparer au risque de conflits de haute intensité. Avec le recul, force est de constater qu’il avait raison. En effet, le budget de la défense française n’a cessé d’augmenter depuis 2017 sous l’impulsion du président Macron, qui est également le commandant en chef des forces armées en France.

De plus avec l’annonce de fin de l’opération Barkhane, Macron avait fait savoir qu’il envisageait de redéployer ses troupes du Sahel vers la Roumanie.

Le Sahel une contreperformance du président-candidat mais un enjeu géostratégique pour le France

En annonçant sa candidature en pleine crise ukrainienne, Emmanuel Macron semble vouloir surfé sur ce conflit européen pour faire oublier le fiasco de sa posture de «Chef de guerre» annoncée et assumés dès le premier jour de son élection en 2017.

Tous les analyses portent à croire que durant la campagne présidentielle, l’importance du Sahel sera probablement minimisée par l’Elysée. En termes de politique intérieure, alors que Macron entre dans la course à la réélection avant le vote présidentiel d’avril, ses conseillers tentent autant que possible d’éviter ce sujet qui fâche. Pendant ce temps, au niveau international, le président français consacrera sûrement une grande partie de son temps et de son capital politique à aborder les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie pour l’Europe. Une crise qui allait éclipser naturellement les opérations françaises au Sahel avant que le Chef d’État-major des armées françaises Thierry Burkhard n’en fasse un sujet prioritaire dans ses discussions avec son homologue russe.

Début février, la visite du général Thierry Burkhard, à Abidjan a été comprise comme un indicateur d’une rupture de l’empreinte militaire française dans le golfe de Guinée, en déléguant à la Côte d’Ivoire son rôle dans la région. Sur le plan diplomatique, ceci est également révélé par la volonté du gouvernement français de désengager du Mali et de promouvoir, au même titre que le G5 Sahel, l’Initiative d’Accra, un autre cadre régional lancé par le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo en 2017.

Mais avec le tournant que prend la crise ukrainien et les sanctions sévères imposées par les pays occidentaux contre le régime de Vladimir Poutine, le schéma au Sahel se complique et pourrait se transformer en terrains de représailles de la Russie. Poussée dans ses retranchements, Moscou pourrait concentrer son énergie et ses moyens aussi bien vers l’Asie, au Moyen-Orient qu’en Afrique pour trouver des débouchés militaires et économiques et contrer l’isolement que l’administration américaine s’active à lui faire subir.

MBS : l’Arabie Saoudite pourrait réduire ses investissements aux États-unis

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Dans une interview accordée au magazine américain The Atlantic, le prince héritier saoudien a menacé de réduire l’investissement de son pays aux États-unis et le renforcer en Chine. Dans cet entretien MBS s’est défendu sur l’affaire Khashoggi, a défendu sa vision 2030 et la solidité de son économie, a critiqué la politique de l’administration Biden concernas son pays, a qualifié Israël d’«allié potentiel» et l’Iran de «voisin» avec lequel il devrait cohabité tout revendiquant la légitimité de son régime basé sur la «monarchie absolue».

L’Arabie saoudite a la possibilité de réduire ses investissements aux États-Unis, a déclaré jeudi le prince héritier Mohammed Bin Salman, dans une longue interview paru ce jeudi 3 mars sur le magasin amarina The Atlantic.

Les propos de MBS ont également été rapportés par l’agence de presse officielle saoudienne SPA.

«De la même manière que nous avons la possibilité de renforcer nos intérêts, nous avons la possibilité de les réduire», a-t-il déclaré, en parlant des investissements saoudiens aux États-Unis qui, selon SPA, s’élèvent à 800 milliards de dollars.

Interrogé sur le fait Biden se méprenait sur un aspect de sa personne, MBS a répondu : «Tout simplement, cela m’est égal». S’aliéner la monarchie saoudienne, a-t-il suggéré, nuirait à la position de Biden. «C’est à lui de penser aux intérêts de l’Amérique». Puis il a haussé les épaules.

Mohamed Bin Salmane a également souligné que les investissements saoudiens en Chine ne dépassaient pas les 100 milliards de dollars. Toutefois ils se développent très rapidement.

«L’Arabie saoudite évolue au sein du G20 et notre ambition est de franchir la barre des 15 d’ici 2030» a-t-il affirmé.

L’Arabie saoudite fait partie des pays dont la croissance est la plus rapide au monde et notre économie connaîtra une croissance de 7 % l’année prochaine, a soutenu le prince héritier saoudien. «Nous disposons de deux des dix plus importants fonds du monde et d’un emplacement stratégique par lequel transite 27 % du commerce mondial» poursuit-il.

MBS a soutenu également sa vision 2030 dont les principaux axes sont le développement de la ville de Neom et la transformation culturelle de la société.

«Il y a ceux qui veulent faire échouer la Vision 2030… et nous leur adressons le message suivant : Notre projet n’échouera jamais.» a-t-il fermement déclaré.

Neom compte attirer des milliards de dollars d’investissements et des millions de résidents, saoudiens et étrangers, d’ici 10 à 20 ans, a confié MBS à Atlantic. «Dubaï s’est développé à un rythme similaire dans les années 1990 et 2000» a-t-il souligné.

A propos de la concurrence avec Dubaï Mohamed Bin Salmane a tenu à préciser que Neom n’est «pas une copie de quoi que ce soit d’autre», pas une photocopie de Dubaï. Mais il a plus en commun avec le grand courant mondialisé qu’avec n’importe quoi dans l’histoire d’un pays qui, jusqu’à récemment, a remarquablement réussi à protéger sa culture traditionnelle des flatteries de la modernité.

L’Arabie saoudite est basée sur une «monarchie absolue»

MBS a rejeté la suggestion du journaliste de «The Atlantic» selon laquelle ce système de gouvernance était dépassé et pourrait être remplacé par une monarchie constitutionnelle – où les citoyens ont des droits affranchis qui ne sont pas accordés par un monarque ou un demi-monarque. «Non», a-t-il répondu. «L’Arabie saoudite est fondée sur la monarchie absolue» et lui, en tant que prince héritier, préserverait le système. S’en retirer reviendrait à trahir toutes les monarchies et tous les Saoudiens qui lui sont assujettis. «Je ne peux pas organiser un coup d’État contre 14 millions de citoyens» a-t-il dit.

Israël un «allié potentiel» et pas un mot sur les Accords d’Abraham

Dans son interview avec The Atlantic MBS a fait passer subtilement la nature de ses relations avec Israël. Une première fois en critiquant l’attitude des États-unis envers sa politique et la seconde défendant son projet Neom.

«L’Amérique doit maintenant décider si cette vision vaut la peine d’être encouragée. Il y a vingt ans, si vous m’aviez dit qu’en 2022, le futur roi d’Arabie saoudite entretiendrait des relations avec Israël, traiterait les femmes comme des membres à part entière de la société, punirait la corruption, même dans sa propre famille, endiguerait le flux de djihadistes, diversifierait et libéraliserait son économie et sa société, et encouragerait le monde à voir son pays et son pays à voir le monde – que le wahhabisme soit maudit – je vous aurais répondu que votre machine à remonter le temps fonctionnait mal et que vous aviez visité 2052 au plus tôt. Maintenant que MBS est au pouvoir, toutes ces choses se produisent. Mais l’effet n’est pas aussi agréable que je l’avais espéré.» a-t-il martelé.

«Même l’emplacement de Neom est suggestif» écrit The Atlantic. Il est loin de l’endroit où vivent réellement les Saoudiens. Au lieu de cela, il est blotti dans un coin pratiquement vide, comme s’il cherchait sa subsistance et son inspiration en Jordanie et en Israël.

Conditions de l’interview

«Lors de nos rencontres, le prince héritier était charmant, chaleureux, informel et intelligent» écrit Graeme Wood, le journaliste qui a conduit les interview du prince héritier saoudien. «Mais même lorsqu’elle est la plus affable, la monarchie absolue ne peut échapper à la bizarrerie» poursuit-il.

Le journaliste raconte le périple de sa première rencontre : «Pour notre première rencontre, MBS nous a convoqués dans un palais isolé au bord de la mer Rouge, le bunker COVID de sa famille. Les protocoles étaient multiples : une succession de tests PCR par des infirmières des cliniques royales ; un jet Gulfstream au milieu de la nuit en provenance de Riyad ; un convoi à partir d’une piste d’atterrissage déserte ; une remise d’appareils électroniques ; une escale dans une mystérieuse maison d’hôtes visible sur les photos satellite mais non indiquée sur Google Maps. Il nous a invités dans son palais vers 1 h 30 du matin, et nous avons parlé pendant près de deux heures».

Pour la deuxième rencontre, dans son palais de Riyad, écrit Graeme Wood, on nous a demandé d’être prêts pour 10 heures. Les salles étaient en effervescence. Le prince héritier venait de rentrer après près de deux ans de travail à distance, et les assistants et les ministres arpentaient les tapis rouges à la recherche d’une rencontre, le première depuis des mois, avec le patron.

«Des paquets et des documents négligés s’étaient empilés sur les bureaux et les tables de son bureau, qui était vaste mais pas très luxueux. La concession la plus évidente au bon goût était un télescope démodé sur un trépied, dont l’altitude était suffisamment basse pour qu’il semble pointer non pas vers le ciel mais vers Riyad, la métropole désertique tentaculaire et inesthétique d’où la famille Saoud a régné pendant la majeure partie des trois derniers siècles», décrit-il.

«Au début des deux conversations, MBS s’est dit attristé que la pandémie l’empêche de nous embrasser» rapporte le journaliste. Il s’est excusé du fait que nous devions tous porter des masques. (Chaque réunion a été suivie par de multiples princes, principalement silencieux, portant des robes blanches et des masques identiques, ce qui nous laisse incertains, à ce jour, de savoir qui était exactement présent). Le prince héritier a laissé sa tunique déboutonnée au col, dans un style décontracté désormais privilégié par les jeunes hommes saoudiens, et il a donné des réponses détendues, non psychopathes, aux questions sur ses habitudes personnelles. Il essaie de limiter son utilisation de Twitter. Il prend son petit-déjeuner tous les jours avec ses enfants. Pour le plaisir, il regarde la télévision, en évitant les émissions, comme House of Cards, qui lui rappellent le travail. Au lieu de cela, a-t-il dit sans ironie apparente, il préfère regarder des séries qui l’aident à échapper à la réalité de son travail, comme Game of Thrones.

Avant les réunions, le journaliste de The Atlantic a demandé à l’un des conseillers de MBS s’il y avait des questions qu’il pouvait poser à son patron et que lui-même ne pouvait pas poser. «Aucune», a-t-il répondu, sans faire de pause – «et c’est ce qui le rend différent de tous les princes héritiers qui l’ont précédé». «On m’a dit qu’il tirait son énergie du fait d’être mis au défi» a écrit Graeme Wood, visiblement très impressionné.

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