Sommet Arabe et Al-Qods au cœur de la visite au Maroc de Abdallah II de Jordanie

La préparation de l’ordre du jour du prochain sommet arabe prévu à Amman le 29 mars, les tentatives israéliennes de judaïsation d’Al-Qods et le projet américain de transférer l’ambassade US de Tel Aviv à la ville sainte, ont été les principaux sujets à l’ordre du jour des entretiens politiques entre les Rois Mohammed VI et Abdallah II de Jordanie, entre autres sujets brûlants de l’heure tels la situation en Syrie, le dossier irakien, la crise libyenne et la guerre au Yémen.

Pour les pays arabes, le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv vers Al-Qods constitue une agression manifeste du droit international, la Charte de l’ONU et les résolutions du Conseil de Sécurité, et une menace grave pour la paix et la sécurité dans la région et contribuerait à l’implosion de la solution à deux États.

Car le statut d’Al-Qods est un seuil critique du conflit israélo-arabe qui, s’il est modifié ou violé par l’administration Trump, entraînerait toute la région dans l’inconnu, la Jordanie en tête, d’où l’importance de la visite de Abdallah II au Maroc, lequel était accompagné de son cousin le Prince Ghazi Bin Mohammad Bin Talal, son Premier conseiller pour les Affaires religieuses et culturelles.

La communauté internationale ne reconnaît pas Al-Qods comme la capitale d’Israël. C’est pourquoi toutes les ambassades se trouvent à Tel-Aviv. En revanche, le Congrès américain avait voté en 1995 le transfert de la sienne dans la ville sainte, mais laissé cette possibilité à la discrétion des présidents, ce que Donald Trump a décidé d’activer.

Pour garantir le statu quo de la ville et défendre ses intérêts, la sixième réunion de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Jeddah en 1975 a décidé la création du Comité Al-Qods avec pour objectifs :

  1. D’étudier l’évolution de la situation à Al-Qods
  2. De suivre l’exécution des résolutions adoptées par la Conférence Islamique à ce sujet
  3. De suivre les résolutions sur la ville sainte adoptées par les différentes instances internationales 4. De prendre contact avec les autres organismes internationaux susceptibles d’aider à la sauvegarde de Jérusalem
  4. De présenter des propositions aux Etats membres et à tous les organismes intéressés concernant les démarches à entreprendre pour assurer l’exécution de ces résolutions et faire face aux situations et/menaces nouvelles.

L’année d’après, en 1976, la 10ème Conférence islamique tenue à Fès a décidé de placer le Comité d’Al-Qods sous la présidence personnelle du Roi Hassan II.

Au même titre que le Maroc, la Jordanie est également et officiellement gardienne des lieux saints musulmans d’Al-Qods à travers :

  1. Un accord tacite de 1924, selon lequel la Jordanie est la gardienne des lieux saints de la ville
  2. Depuis les accords d’armistice de 1949, la Jordanie contrôle le Waqf, nomme le Grand Mufti de’Al-Qods et paie les fonctionnaires du Waqf
  3. En juin 1967, Israël occupe Al-Qods mais le général Moshe Dayan ministre de la Défense de l’Etat hébreux, confie l’administration des lieux saints musulmans à la Jordanie ce qui a constitué la base du statu quo qui prévaut aujourd’hui sur l’Esplanade des Mosquées.

D’ailleurs, lors des négociations de paix entre Israéliens et Jordaniens en 1994, la déclaration de Washington qui s’en est suivie stipule qu’«Israël respecte le rôle du Royaume hachémite de Jordanie dans les lieux saints musulmans d’[Al-Qods]».

En voulant transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Al-Qods, Donald Trump menace justement ce statu quo. Et en se réunissant d’urgence à Rabat à moins d’une semaine du Sommet arabe, le Roi Mohammed VI et Abdallah II envoient un message clair à la Communauté internationale selon lequel toute précipitation ou tout empressement non réfléchi sur ce dossier pourraient avoir des conséquences dramatiques : les situations en Irak, en Syrie, en Libye et au Yémen en sont les illustrations concrètes. Il est donc fort probable que Mohammed VI prenne part personnellement à ce Sommet crucial qui déterminera, concrètement, l’avenir à très court terme d’une région déjà au bord du gouffre et qui risque carrément un embrasement total voire une implosion de ses systèmes en place s’il n’est pas mis fin aux folles velléités de Trump & Co.

Abdellah EL HATTACH

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