Niger : La construction d’une base américaine pour drones suscite des inquiétudes

Les Etats-Unis procèdent actuellement à la construction d’une base pour drones au Niger afin de lutter contre la menace terroriste croissante dans la vaste région du Sahel. La base en question comportera trois hangars et une piste d’atterrissage. Elle est située à quelques kilomètres de la ville d’Agadez, la ville la plus importante du nord du Niger. L’étendue de la région est de 667 799 km2, soit près de la moitié de la superficie totale du pays.

Selon l’agence de presse américaine Associated Press reprise par le site spécialisé airforcetime, cette base sera construite à la demande du gouvernement nigérien et abritera à terme des avions de combat et des drones de types MQ-9 qui seront transférés de la capitale Niamey. Elle sera opérationnelle au début de l’année prochaine. Son coût est de 110 millions de dollars auxquels il faudra ajouter 15 autres millions par an pour assurer son fonctionnement.

Les drones devraient cibler les combattants affiliés à Al-Qaïda et à DAECH islamique dans les pays du Sahel, une région tentaculaire située juste au sud du Sahara, notamment autour du lac Tchad, où l’insurrection du Boko Haram au Nigeria s’est propagée.

Sur cette photo prise le lundi 16 avril 2018, un panneau signalétique indique la direction et la distance au camp de base des forces aériennes et autres personnels participant à la construction de la base de drone 201 à Agadez, Niger. Laquelle base devrait être fonctionnelle début 2019. (Carley Petesch / AP)

Les drones, ayant des capacités de surveillance et de frappe supplémentaires, auront une portée leur permettant d’atteindre un certain nombre de pays d’Afrique de l’Ouest et du Nord.

Pour des raisons de sécurité, le nombre des appareils n’a pas été divulgué de même que celui du personnel militaire.

La présence américaine militaire américaine n’a été connue du public dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest qu’au mois d’octobre dernier, lorsqu’une embuscade tendue par des extrémistes liés à des groupes terroristes a tué quatre soldats américains et cinq nigériens.

Toutefois, la présence militaire américaine au Niger est la deuxième plus grande en Afrique derrière la seule base américaine permanente sur le continent, dans la petite nation de la Corne de l’Afrique de Djibouti.

Le nombre de militaires américains au Niger a augmenté au cours des dernières années, passant de 100 à 800 dont près de 500 travaillant sur la nouvelle base, ce qui en fait la deuxième plus grande concentration en Afrique après les 4000 Marines du camp Lemonnier à Djibouti.

Des voix commencent cependant à s’élever contre cette présence. “Nous avons peur de retomber dans la même situation qu’en Afghanistan, avec de nombreuses erreurs commises par des soldats américains qui ne connaissaient pas toujours la différence entre une cérémonie de mariage et une formation de groupes terroristes”, a déclaré Amadou Roufai, un responsable de l’administration nigérienne.

Les mêmes inquiétudes ont été exprimées par Nouhou Mahamadou, membre de la société civile : “La présence de bases étrangères en général et américaines en particulier est une reddition sérieuse de notre souveraineté et une attaque sérieuse contre le moral de l’armée nigérienne.”

Pour leur défense, les militaires américains rétorquent que le renseignement, la surveillance et la reconnaissance sont cruciaux dans la lutte contre l’extrémisme.

“L’emplacement à Agadez améliorera la capacité du Commandement Afrique à faciliter le partage de renseignements entre le Niger et d’autres pays partenaires comme le Nigeria, le Tchad, le Mali et d’autres voisins de la région et améliorera notre capacité à répondre aux problèmes de sécurité régionale” a expliqué Samantha Reho, porte-parole de l’AFRICOM.

“Les renseignements recueillis par les drones peuvent être utilisés par le Niger et d’autres partenaires américains pour poursuivre des extrémistes” a déclaré pour sa part le commandant Brad Harbaugh, responsable de la nouvelle base.

L’utilisation de de drones dans le Sahara se limiterait donc à la surveillance des routes caravanières et des points d’eau, ou au bombardement de cibles déterminées (AFP)

Certains au Niger se félicitent de la présence militaire croissante des États-Unis face à une menace extrémiste croissante dans la région.

“Le nord du Mali est devenu un no man’s land, le sud de la Libye est un incubateur de terroristes et le nord-est du Nigeria est un terrain fertile pour les activités de Boko Haram (…) Le Niger peut-il assurer sa propre sécurité? Je crois que non. Aucun pays au monde ne peut aujourd’hui lutter seul contre le terrorisme”, a estimé pour sa part Souleymane Abdourahmane, un promoteur de restaurants dans la capitale, Niamey.

Airforcetime rappelle que les menaces incluent les combattants liés à Al-Qaïda au Mali et au Burkina Faso, les combattants affiliés au groupe DAECH, au Mali et au Nigéria et le Nigérian Boko Haram. Ils profitent de la pauvreté généralisée de la vaste région et des forces de sécurité souvent mal équipées des pays.

Ibrahim Maiga, chercheur malien travaillant pour l’Institut d’études de sécurité, a estimé qu’il fallait en savoir plus sur la présence militaire américaine dans la région.

“L’empreinte militaire américaine au Sahel est difficile à saisir, tout comme il n’est pas facile d’évaluer son efficacité”, a t- il déclaré. “Il n’y a pas assez d’informations dans l’espace public sur cette présence.”

Polémique en Tunisie en 2016 sur le même sujet

La construction de bases militaires américaines et étrangères sur le continent africain a toujours soulevé et soulève des débats houleux.

Ce même sujet a fait la une des médias tunisiens et internationaux, lorsque le Washington Post du 26 octobre 2016 avait publié un article affirmant que des drones MQ-9 Reaper de l’US Air Force ont été déployés sur une base tunisienne pour mener des missions de reconnaissance et de surveillance en Libye au moment où les forces du gouvernement d’union nationale lançaient une offensive pour chasser les terroristes de DAECH de la ville de Syrte.

Le débat avait enflé en Tunisie lorsque des médias locaux avaient carrément parlé de base américaine de drones installée sur le territoire. Une polémique qui a obligé le président Béji Caïd Essebsi de sortir de son mutisme pour démentir l’info lors d’une interview accordée à la chaîne tunisienne Al Hiwar le 22 du novembre 2016 : “Les Américains ne veulent pas de base de ce type en Méditerranée car ils comptent sur leurs porte-avions et leurs navires de guerre.”

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