Ahmed Charaï en aparté avec Jared Kushner en marge de la Conference de Munich sur la Sécurité qui s'est tenue #MSC2019 le 16/02/2019

Ahmed Charai : l’Alliance transatlantique inefficace face à l’Empire du Milieu

Soixante-quatorze ans après la conférence de Yalta, ayant réuni les Présidents, américain Roosevelt, britannique Churchill et soviétique Staline pour préparer l’après 2ème guerre mondiale, trois conférences se sont succédées durant ce mois de février 2019 à savoir : le Sommet de Varsovie, le Sommet de Sotchi et le Sommet de Munich sur la Sécurité. Trois rencontres de très haut niveau qui ont dévoilé au monde entier les divergences profondes qui séparent et minent les relations entre les grandes puissances. Devant le flux considérable d’informations contradictoires que continue de diffuser chacune des parties prenantes, un climat d’inquiétude s’est installé depuis, de par le monde, jetant l’ombre grandissante d’un avenir incertain et dangereux, un monde au bord d’un conflit majeur au coeur de l’Europe, au Moyen Orient et en Amérique latine.

Au #MSC2019 de Munich, un marocain a pu observer de près les coulisses de la conférence qui a été le théâtre de confrontation entre l’Europe et l’administration Trump. Il s’agit d’Ahmed Charai, patron de presse et membre de prestigieux think-tanks américains,- le dernier en date qu’il ait rejoint est le prestigieux International Crisis Group (IGG)-. Il livre une analyse qu’il a publiée dans les colonnes de la célèbre revue américaine, The National Interest, où il apporte quelques clés de lectures pour tenter d’y voir un peu plus clair dans la cacophonie ambiante. Et il n’ira pas de main morte. Pour Ahmed Charai, « L’Europe est lilliputienne et, même unie, elle ne peut retenir un Gulliver déterminé comme la Russie ». Elle est, à ses yeux, incapable de rivaliser avec la puissance militaire américaine. Quand à la Russie, malgré sa puissance de feu, elle ne dispose que d’une petite économie et d’une faible influence culturelle. Enfin, Ahmed Charai va relever un fait majeur: ni Varsovie, ni Munich n’ont été capables de mettre sur la table le véritable casse-tête, qui n’est autre que celui de l’Empire du Milieu, la Chine.

« Pourquoi les politiques de Trump consolideront le statut de puissance géopolitique des Etats-unis » est le titre de l’analyse d’Ahmed Charai, publiée hier sur la célèbre revue bimensuelle, The National Interest. Le Patron de presse marocain, qui suit de près et commente la politique étrangère de l’administration américaine, délivre cette analyse, depuis sa place de choix au sommet de Munich sur la Sécurité, où il a eu, excusez-moi du peu, l’occasion d’échanger avec Jared Kushner, gendre et plus proche conseiller de Donald Trump ainsi qu’avec Nancy Pelosi, qui est de loin la plus populaire des Présidents de la Chambre des représentants des États-Unis.

Ahmed Charai, qui va construire son analyse autour la puissance ou des puissances, va d’entrée de jeu, prendre un ton ironique pour étalonner l’équilibre des forces : « La semaine dernière, nous avons assisté encore une fois, lors des conférences de Munich et de Varsovie, au rituel de la réunion de la «famille atlantique», les fondateurs de l’alliance de l’OTAN, l’occasion de réaffirmer l’unité et la fraternité. Et comme dans toutes les vieilles familles, les membres ne sont pas égaux et les divisions sont à peine dissimulées. Commençons par la fiction diplomate selon laquelle, lorsque des hauts responsables américains rencontrent leurs homologues européens, c’est une réunion d’égal à égal. N’est-ce pas ? »

L’Europe est lilliputienne et, même unie, elle ne peut contenir un Gulliver déterminé comme la Russie

Il existe trois types de pouvoir: la puissance militaire, la force économique et l’attraction culturelle, rappelle Ahmed Charai. Les États-Unis, malgré les critiques des médias à l’égard de leur président, bénéficient de chacun de ces types de pouvoir : leur armée est la plus grande et la plus puissante du monde, leur économie représente environ 42% de l’économie mondiale, et le pays reste une destination phare pour les migrants et une référence pour ses rivaux, malgré ses défauts et ses faiblesses.

En revanche, pour Ahmed Charai, l’Europe et en dépit de sa grande démographie et de son économie équivalente à celle des Etats-unis, présente des faiblesses de taille : d’une part, la faiblesse de son taux de croissance, moins de 1% en 2018, contre près de 4% aux États-Unis pour la même année, d’autre part les vingt-cinq nations de l’Union européenne, ne parlent pas d’une seule voix et ses institutions sont principalement des comités, continuellement à la recherche de compromis, plutôt que de l’action et de la décision.

L’Europe ne peut pas rivaliser avec la puissance militaire américaine

Ahmed Charai va dérouler la clé de voûte de son analyse qui défend la solidité de la position géopolitique américaine incarnée par la puissance militaire. « L’Europe est lilliputienne et, même unie, elle ne peut contenir un Gulliver déterminé comme la Russie ». Seule la France, parmi les puissances d’Europe continentale, a la capacité de projeter ses forces militaires sur les côtes de l’Afrique et de l’Asie, a-t-il précisé. En effet, les Européens, explique Charai, ont eu du mal à déployer leurs propres forces en Yougoslavie dans les années 1990; aujourd’hui, les C-130 américains fournissent de la nourriture, du carburant et des munitions aux troupes européennes en Afghanistan. Les Allemands, les Polonais, les Néerlandais et les Danois disposent d’excellentes forces spéciales et d’autres unités spécialisées, mais ils ne peuvent les déployer loin de l’Europe sans un pont aérien et des capacités logistiques américaines, ou, dans une moindre mesure, des transports français ou britanniques. Les Britanniques et les Français ont chacun un porte-avions et envisagent d’en garder qu’un seul. Aucune force aérienne européenne n’a la capacité de ravitailler des avions en vol, comme le font les Américains depuis les années 1950.

La Grande-Bretagne elle-même dispose d’une armée d’environ cent mille soldats – une force à peu près équivalente à la garde nationale de la Californie, du Texas, de l’Illinois et de New York. Et ces gardes auraient un meilleur équipement et une expérience de formation plus récente, ironise Ahmed Charai. Ce dernier enfonce le clou en affirmant que les divergences exprimées dans les discours de la chancelière allemande Angela Merkel et du vice-président américain Mike Pence – sur la Syrie, l’Iran et le multilatéralisme – reflètent les différences de capacités militaires et de volonté nationale.

Merkel, applaudit devant les caméras, critiquée dans les coulisses

Le discours d’Angela Merkel, le deuxième jour de la 55ème Conférence de Munich sur la sécurité, a ciblé avec une fermeté inhabituelle la politique actuelle des Etats-Unis, et a conquis l’assistance qui lui a octroyé une standing ovation digne d’un artiste. Il n’était pourtant pas au goût d’Ivanka Trump, fille et conseillère du président américain, qui a réservé ses applaudissements.

Mais Ahmed Charai, qui s’est entretenu avec plusieurs participants, notamment des membres de la délégation américaine, la plus grande de son histoire à participer à cet événement, remplissant 5 avions, révèle que dans les coulisses, certains responsables européens ont rompu avec les critiques de Merkel à l’égard du locataire de la Maison Blanche et ont exprimé leur compréhension, voire leur soutien, des positions de l’administration américaine.

Dossier iranien : l’Europe plus préoccupée par le business que par l’influence galopante du régime chiite

Ahmed Charai rapporte dans son analyse, les divisions au sein de la délégation américaine. Ainsi et alors que la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et l’ancien vice-président, Joseph Biden, ont développé une vision plus soft et plus européenne visant à éviter les conflits en Syrie ou en Iran, le vice-président, Mike Pence, qui parlait au nom de l’administration américaine, a usé de mots très durs envers l’Iran. Selon lui, le régime des mollahs est antisémite, antidémocratique et dangereux. Pence a tracé une ligne et leur a demandé à chacun de choisir son camp.

De son côté, poursuit Ahmed Charai, «l’Europe ne veut pas s’opposer fermement à l’Iran parce qu’elle veut renforcer ses relations commerciales avec la République islamique et craint l’issue d’un conflit armé avec les mollahs plus qu’elle ne craint leur montée en puissance dans la région

Trump respecte son engagement de campagne : il ne paiera plus pour être le gendarme du monde.

Parmis les sujets pommes de discorde à Munich figure le financement de l’OTAN. Mike Pence a d’ailleurs interpellé l’Europe, pour qu’elle continue à augmenter ses dépenses de défense pour respecter les niveaux minimaux requis par l’OTAN (dans de nombreux cas, 2% du PIB), ce que la plupart des pays européens n’avaient pas fait depuis des décennies. Ahmed Charai, lance le pavé dans la marre : « Le candidat Trump a tenu sa promesse: l’Amérique ne paiera plus pour être le gendarme du monde.»

Absence de toute vision commune relative à la Russie et à la Chine

Concernant la Russie, qui s’est révélée être une superpuissance militaire, Ahmed Charai, estime qu’elle n’est pas considérée, par l’administration Trump, comme un acteur important du futur ordre mondial. Son économie reste inférieure à celle de l’Allemagne et son pouvoir culturel ne dépasse pas celui de la Belgique. Et ce, contrairement à la Chine, qui est actuellement la deuxième économie mondiale, disposant d’une puissance militaire navale, ayant envoyé des satellites en orbite et des engins spatiaux vers la Lune et attirant sans cesse des millions de non-Chinois, principalement asiatique, grâce à sa culture.

Plus important encore, ajoute Ahmed Charai, la Chine place un gros pari stratégique sur le «Big Data». Elle rassemble une grande quantité d’informations sur ses citoyens et envisage de publier un scoring social pour chacun d’entre eux. La Chine achète activement des entreprises de communication dans le monde entier. Le régime chinois, sans faire de vagues, a une vision d’influence et de domination. Il construit son propre nouveau monde.

L’OTAN inefficace face à la Chine

Il s’agit là d’une assertion que l’on a rarement lue dans les analyses géopolitiques concernant le choc des titans USA/Chine. Ahmed Charai estime que « Le rôle de l’OTAN dans la lutte contre la Chine est difficile à cerner. L’alliance transatlantique a été utile pour vaincre les Soviétiques mais ne servirait à rien contre les Chinois communistes.»

Le monde se dirige vers une dangereuse bipolarité entre un pays dont les actions peuvent être critiquées, mais qui incarne des valeurs démocratiques et défend les droits de l’homme, et un autre régime, qui cherche à surveiller et à contrôler d’abord ses propres citoyens, puis ceux de toutes les autres nations, alerte Charai.

Jusqu’à présent, ni l’Administration Trump ni les Européens n’ont défini de vision pour contenir la Chine. Les réunions de Munich et de Varsovie ont largement ignoré l’Empire du Milieu. Peut-être que la campagne présidentielle de 2020, lancée d’ors et déjà, fera enfin passer la Chine au premier plan, conclut Ahmed Charai.


M. Ahmed Charai est éditorialiste et éditeur de presse, Administrateur de Plusieurs Think tank à Washington – Membre du Conseil d’Administration du “Center for Strategic and International Studies” à Washington, – – Membre du Directoire de l’ONG “Search for Common Ground” à Washington, – Membre du Conseil du Directoire de ” The Atlantic Council of United States” à Washington – Membre du Conseil Editorial Consultatif de “The National Interest’s Magazine” à Washington. – Membre du Conseil d’Administration du “The Foreign Policy Research Institute” à Philadelphia– Membre du Conseil d’Administration du International Crisis Group.  Mr Charai est aussi membre du conseil Consultatif de Gatestone Institute à New York. Mr Charai, s’exprime souvent dans de grands journaux et médias américains dont le Wall Street Journal, New York Times, Le Monde, Fox News, National Interest Magazine, Huffington Post.

Nawfal Laarabi

Nawfal Laarabi

Intelligence analyst at African Research and Publishing Company
Social media strategist / Intelligence analyst. 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisation dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.
Nawfal Laarabi

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