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Abdelfattah al-Sissi - Page 3

Egypte-Ethiopie-Soudan : Vers la création du Fonds d’investissement le plus important d’Afrique

En dépit des relations particulièrement tendues entre l’Egypte et l’Ethiopie en raison de la construction par cette dernière du barrage de la Renaissance sur le Nil et qui constitue selon les égyptiens une grande menace pour leur approvisionnement en eau, le siège de la banque centrale égyptienne au Caire a abrité les mardi et mercredi, 3 et 4 juillet courant des discussions de haut niveau pour la création d’un Fonds d’investissement et d’infrastructure tripartite entre l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan.

Entrant dans le cadre d’un accord conclu entre les dirigeants des trois pays au début de l’année 2018, les discussions ont abordé toutes les questions relatives à la mise sur pied de ce Fonds, considéré comme le plus important du continent, et notamment ses objectifs, sa gouvernance, son administration et le volume du financement sans donner plus de précision.

Les trois parties ont quand même convenu d’intensifier les consultations pour baliser la voie à un deuxième round de discussions au cours des prochaines semaines. Il aura lieu en marge des réunions annuelles de l’association des banques centrales africaines prévues dans la station balnéaire égyptienne de Charm El Cheikh du 5 au 9 août prochain.

L’accord de lancer ce Fonds tripartite est intervenu le 29 janvier dernier en marge du 30e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine tenu à Addis Abeba entre le président égyptien Abdelfattah al-Sissi, le soudanais Omar al Bachir et le premier ministre éthiopien de l’époque Hailé Mariam Dessalegn.

La presse égyptienne indique que les échanges commerciaux entre l’Egypte et le Soudan tournent autour de 529 millions de dollars. Ils sont de l’ordre de 170 millions de dollars entre le Caire et Addis-Abeba.

Grand coup de pub de Facebook pour Bassem Youssef

Après l’arrêt de sa célèbre émission «Al-Bernameg» (l’Émission) dont la diffusion a duré 3 ans, Bassem Youssef, qui s’est exilé aux États-Unis, frappe un grand coup en diffusant un live depuis le siège social de Facebook à Los Angeles.

Les menaces de mort et les pressions exercées par le gouvernement du président Abdel Fattah al-Sisi soutenu par l’armée, l’ont contraint à fuir le Caire. Maintenant âgé de 43 ans, Bassem Youssef, surnommé le «Jon Stewart d’Egypte», chirurgien cardiaque de son état, suit des cours de théâtre, organise des rencontres avec des agents et des producteurs, travaille à son élocution, écrit des scénarios et cherche à se réinventer dans une nouvelle vie aux États-Unis.

Durant cet exil forcé, Bassem Youssef a publié un livre en anglais intitulé «Révolution pour les nuls» – un condensé de satire et de mémoires du printemps arabe. Il est ensuite le héros d’un documentaire sur son expérience dans les médias en Égypte, « Tickling Giants » (Chatouillement des géants), réalisé par la productrice du “The daily Show” de Jon Stewart, Sara Taksler.

«Tout m’a été enlevé chez moi, chez mes parents, au travail, dans le succès, je me retrouve un paria», dit-il. «C’est très frustrant de voir la destruction de mon pays, la destruction de son économie, sa structure sociale, la destruction de la compassion et de l’empathie pour défendre ses droits, la destruction des libertés et l’une des meilleures générations que l’Egypte ait jamais connues. La destruction de l’esprit égyptien.»

Bassem Youssef a animé en 2017 l’émission «Democracy Handbook», une émission de la chaîne américaine Fusion. Il a sillonné les Etats-Unis et commenté la vie politique du pays avec le sens de la formule, le regard de l’étranger, des meetings de campagne de Trump aux politiques d’immigration américaines.

Aujourd’hui Bassem Youssef se lance dans des podcasts décalés qu’il a intitulés : “Remade in America with Bassem Youssef”. Des émissions où il raconte les histoires de personnes qualifiées d’outsiders qui ont réussi à se construire en dehors des sentiers battus.

Dans les questions-réponses de ce live Facebook, Bassem Youssef avoue ne pas pouvoir retourner en Egypte, de peur de ne plus pouvoir en sortir.

Libye : Paris réunit les protagonistes de la crise

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La capitale française accueille le mardi 29 mai une réunion des différents protagonistes de la crise libyenne qui rassemblera acteurs, parties concernées et parties intéressées. En plus de chercher à «accélérer la mise en place d’une feuille de route pour le bon déroulement des élections prévues à la fin de l’année» comme l’indique l’Elysée, l’objectif de la conférence, organisée sous les auspices du président français, Emmanuel Macron, est également de mettre en place un réel mode opératoire politique, garanti par les pays présents à la conférence, en vue de sortir la Libye de sa profonde crise qui menace non seulement la sécurité de l’Afrique et de l’Europe, mais également celle du monde vu sa complexité.

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Dhahran : Têtes couronnées et chefs d’Etat arabes chez MBS pour un dîner informel

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A l’issue des travaux du 29e Sommet arabe qui s’est tenu dans la ville de Dhahran en Arabie saoudite, quelques chefs d’Etat arabes se sont retrouvés, lors d’un dîner informel offert en leur honneur, autour de leur hôte le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane Ben Abdelaziz.

Dans une ambiance décontractée et intimiste, MBS a convié ses hôtes en sa résidence de Dhahran pour un dîner en famille durant lequel les grandes questions de l’heure ont été traitées loin de la pression des bureaux et autres salles de réunions.

Etaient notamment présents à ce repas organisé dans le jardin de la résidence, et en plein air, le roi Abdallah II de Jordanie, le roi du Bahreïn, Hamed ben Issa Al Khalifa, le président égyptien, Abdelfattah al-Sissi, le vice-président des Emirats arabes unis et émir de Dubaï, Cheikh Mohammed Ben Rachid al-Maktoum, le prince héritier d’Abu Dhabi, Mohammed Ben Zayd al-Nahyane, et Cheikh Mansour Ben Zayed Ben Sultan al-Nahyane, vice-président du Conseil et ministre des Affaires de la présidence des Emirats arabes unis.

Israël, Al-Sissi et Soudan du Sud derrière le report du sommet arabe de Riyadh

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Prévu à Riyadh pour la fin du mois de mars 2018, le sommet de la Ligue des Etats arabes aura finalement lieu au mois d’avril. L’Arabie saoudite a répondu par la positive à une requête expresse soumise par l’Egypte en vue de décaler d’un mois la conférence ordinaire annuelle des chefs d’Etats arabes.

C’est durant la visite du prince héritier saoudien en Egypte que la décision a été prise. En effet, le président Abdelfattah Al-Sissi a expliqué au prince Mohammed Ben Salmane qu’il lui serait difficile de participer au sommet de Riyadh vu que celui-ci coïncidait avec les élections présidentielles dans son pays et dans lesquelles il est candidat…unique !

Aussitôt dit, aussitôt fait. En effet, lors d’une conférence de presse conjointe avec le secrétaire général de la Ligue Arabe Ahmed Aboul Gheit, le nouveau ministre saoudien des Affaires africaines, Ahmed Al-Qattan, a confirmé ce report.

Mais des sources occidentales avancent trois autres raisons à ce report : 1) MBS doit se rendre le 19 mars à Washington pour y rencontrer le président Trump et préparer le sommet USA/CCG ; 2) Israël est candidate en 2019 à une place de membre non permanent au conseil de sécurité de l’ONU d’où le besoin de concertations supplémentaires entre capitales arabes ; 3) La république du sud-Soudan est candidate à l’adhésion au sein de la Ligue arabe ce qui peut éventuellement frustrer Khartoum et le général Omar al-Bachir qui ne voient pas d’un bon œil cette initiative.

Devant faire face à une une situation tragi-dramatique en Syrie, au Yemen et en Libye, en plus de la crise du Nil et des ressources en eau et le blocus du Qatar, ajouté à une influence de plus en plus grandissante de l’Iran et de la Turquie dans son périmètre géostratégique d’action, et une hégémonie sans précédent de la Russie, des États-Unis et d’Israel, la Ligue arabe ne représente malheureusement plus la plateforme idoine pour résoudre des problématiques aussi complexes.

MBS à Londres avec 100 milliards de dollars dans ses bagages

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Après une visite de trois jours au Caire, durant lesquels il a traité avec le président Abdelfattah Al-Sissi la guerre au Yémen, le blocus du Qatar, de la lutte contre le terrorisme, de la coopération énergétique et de l’influence iranienne, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, a quitté l’Égypte à destination de Londres où il est arrivé hier soir. Reçu aujourd’hui par la reine Elisabeth II, il aura par la suite des discussions de haut niveau avec le premier ministre Theresa May. Au menu de cette visite, la signature de contrats dont la valeur s’élève à 100 milliards de dollars.

La Grande-Bretagne veut demeurer une destination privilégiée pour les investissements saoudiens. MBS et Theresa May évoqueront l’éventualité d’une entrée en bourse de la compagnie pétrolière Aramco.

Les Bourses de Londres, de Wall Street et de Hong Kong seraient intéressées par cette transaction, dite du siècle. Les spécialistes de la finance internationale parlent d’une volonté saoudienne de vendre 5% du géant Aramco.

Le prince héritier saoudien, qui cherche un appui international à son programme de réformes économiques et culturelles dans le cadre de la Vision 2030, n’est pas parti les mains vides à Londres. Dans ses bagages, 100 milliards de dollars d’investissements dans le Royaume-Uni, parmi lesquels l’achat d’armes et d’entreprises britanniques.

MBS, dont le pays est empêtré dans une guerre d’usure au Yémen, cherche aussi un appui technique et militaire de la part des Anglais, et aspire à collaborer avec Londres dans des secteurs stratégiques comme la recherche scientifique, les technologies de pointe, la sécurité et les sujets de défense.

Les mêmes dossiers seront évoqués par MBS lors de sa visite à Washington du 19 au 22 mars durant laquelle il s’entretiendra avec le président américain Donald Trump en prélude au sommet USA/CCG. Le prince héritier saoudien est également attendu dans les prochaines semaines à Paris sur invitation de Emmanuel Macron, mais la date exacte de la rencontre n’a pas encore été annoncée ni par l’Elysée ni par le Cabinet royal saoudien.

L’Egypte prépare une offensive en Libye

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En Libye, il y a aujourd’hui trois gouvernements: celui basé à Tripoli, issu du congrès général national, celui issu de la chambre des représentants de Tobrouk et enfin celui soutenu par l’ONU et qui a également pris ses quartiers dans la capitale Tripoli dirigé par Fayez Al-Sarraj. Il faut aussi noter qu’il y deux banques centrales dans le pays, une d’entre elles cherche même à frapper sa propre monnaie. Dans ce capharnaüm, l’Egypte fait solennellement son entrée dans le conflit libyen pour faire face à l’interventionnisme présumé du Qatar et de la Turquie.

En coordination avec l’armée égyptienne, l’armée nationale libyenne autoproclamée, dirigée par le général Khalifa Haftar, est sur le point de lancer une offensive contre les groupes terroristes dans la ville de Derna. Cette opération militaire est jugée stratégique par Le Caire afin de bloquer la route des groupes armés en fuite vers le sol égyptien.  Dans ce contexte, des sociétés égyptiennes ont été autorisées à participer à la reconstruction des zones dévastées par le conflit en Libye.

De son côté, le président du Parlement de Tobruk s’en est violemment pris à la Turquie et au Qatar. Pour lui, l’interventionnisme de ces deux pays dans les affaires intérieures libyennes est inadmissible. Aguila Saleh Issa  a également eu des mots très durs envers l’Italie et le gouvernement central de Tripoli. Selon lui, l’intervention italienne dans son pays est inadmissible : il a fait savoir à Fayez Al-Sarraj qu’il n’avait ni le droit ni les prérogatives pour conclure des accords ou engager le pays à l’international.

Piégé dans le bourbier du Sinaï, le maréchal Abdelfattah Al-Sissi, appuyé par Israël, veut profiter du front libyen pour se refaire une virginité politique à quelques semaines d’élections présidentielles qualifiées de véritable mascarade par l’opposition multiple qui lui fait face.

Le plus surprenant est que le président du Parlement de Tobruk, Aguila Saleh Issa, ne fait jamais allusion à l’intervention avérée des Emirats arabes unis dans le conflit libyen dont la complexité plonge davantage le pays dans l’inconnu.

Ahmed Charai appelle Trump à ériger une nouvelle Alliance contre l’obscurantisme

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Le prestigieux magazine du Congrès des États Unis, The Hill, a publié mercredi, une tribune de Ahmed Charai dans laquelle il plaide pour une nouvelle Alliance entre le monde arabe, Israël et les Etats-Unis en vue de combattre tous les facteurs d’extrémisme à l’heure tête DAESH. Le membre marocain du Conseil d’Administration d’Atlantic Council et conseiller aux affaires internationales auprès du Center for Strategic and International Studies de Washington, prend le Maroc en tant que modèle de cette approche, en vue d’appréhender les grandes questions de l’heure et d’intérêt commun, comme la question du conflit israélo-palestinien, l’hégémonie de l’Iran ou les ambitions russes dans la région.

Les Arabes, les Américains et les Israéliens ont aujourd’hui « des priorités plus urgentes que le processus de paix » qui n’arrive plus à avancer d’un iota bloquant au passage toute tentative de développement positif sur le terrain. Les souffrances des populations civiles en Syrie, en Irak et au Yemen poussent les puissances mondiales à revoir leurs priorités. Pour Ahmed Charai, les trois parties partagent des ennemis communs : 1) l’expansionnisme sanglant de DAESH ; 2) l’aggravation néfaste de l’influence iranienne et de son hégémonie ; 3) la propagation menaçante de l’extrémisme religieux et du terrorisme.

Selon Ahmed Charai, l’existence de cet ennemi commun est « une opportunité pour les Arabes, les Américains et les Israéliens pour ériger une Alliance de type OTAN » qui unirait les monarchies arabes le Maroc, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et les autre pays du Golfe, en plus de la république d’Egypte, les Etats-Unis et Israël pour faire face aux menaces grandissantes des différents extrémismes : 1) Combattre DAESH et l’obscurantisme ; 2) Contenir l’Iran ; 3) Gérer la Russie à défaut de pouvoir la combattre. Car Moscou est un allié stratégique de l’Iran et, par ricochet de la Syrie de Bachar al-Assad.

L’objectif numéro un de l’implication de la Russie dans la région est d’avoir un accès aux différents détroits de la mer Méditerranée et à l’espace vital de la Mare Nostrum. Il serait donc judicieux de la part de cette nouvelle Alliance de permettre ces accès à la Russie, dans le cadre d’accords stratégiques, en contrepartie de la neutralisation ou du gel de l’aide russe à l’Iran. A terme, peut-être, la Russie pourrait également rejoindre ce nouvel espace pour faire face, ensemble, aux «ennemis de la Civilisation» que sont les extrémistes représentés par DAESH et autres obscurantistes.

Pour monter ces mécanismes, il faut des moyens financiers substantiels et chaque pays dispose d’atouts spécifiques et/ou des attentes particulières. Si les Etats-Unis se démarquent par leur puissance militaire et des moyens technologiques de surveillance ultramodernes, les Arabes et les Israéliens eux, sont connus pour exceller dans les dispositifs d’intelligence et de renseignement. Et si la Tunisie et l’Egypte arrivent à relever le défi médiatique par l’influence sur l’opinion publique, voire sa transformation, le Maroc, lui, se distingue par son expérience unique dans l’encadrement religieux tant au niveau national qu’international, en Afrique en particulier et en Europe. De plus, le Maroc a cumulé un savoir faire singulier dans la lutte contre l’extrémisme en milieu carcéral grâce à des programmes de réinsertion reconnus pour être parmi les plus performants au monde. Les 1% de l’ensemble de la population carcérale connus pour être des extrémistes, est l’objet d’un suivi particulier dans le cadre de programmes public-privé qui a donné de très bons résultats.

Selon Ahmed Charai, la nouvelle Alliance a également besoin d’une dimension économique. Ce nouvel espace doit bénéficier d’un statut de libre-échange entre tous ses membres en vue de stimuler les économies arabes notamment et les mettre à niveau ; cela permettra aussi de créer des emplois à environ la moitié de la population arabe âgée de moins de 35 ans. Cela dit, le danger demeure dans le statu quo qui a tendance à ignorer et donc à sousestimer les menaces réelles. L’objectif est de mener une véritable rupture avec la politique de l’administration Obama. Et toute inertie ou manque d’initiatives de la part des pays appelés à constituer la nouvelle Alliance ne ferait que renforcer l’hégémonie iranienne et la menace de DAESH. L’éradication de ce dernier devrait être l’objectif principal, suivi du confinement de l’Iran qui finance des groupes séparatistes dans toute la région, du Yémen à Bahreïn, tout en soutenant la dictature sanguinaire de Bachar al-Assad.

Enfin, la nouvelle Alliance doit également pouvoir répondre à certains besoins des pays concernés. L’Égypte, par exemple, veut que les Frères musulmans soient classés par l’Occident comme une organisation terroriste, et que le Qatar cesse de les financer ainsi que le Hamas.

72 ans après la Conférence de Yalta, qui a vu adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale, régler le sort de l’Europe après la défaite du Troisième Reich et garantir la stabilité du nouvel ordre mondial après la victoire, et quelques jours après l’inauguration à Ryadh du Centre international de la lutte contre la pensée extrémiste #GCCEI, l’appel de Ahmed Charai est une sorte d’invitation à un Yalta bis qui mettrait sur les rails une nouvelle Alliance mondiale non en vue d’instaurer un choc des civilisations cher à Samuel Huntington mais placer ce nouvel espace à l’avant-garde de ceux qui combattent les «ennemis de la civilisation».

Abdellah EL HATTACH

Arabie saoudite : Vaste mouvement de chaises musicales au plus haut sommet de l’Etat

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A la veille de la visite cruciale en Arabie saoudite du président égyptien, Abdelfattah al-Sissi, et les incidences de ce déplacement sur l’équilibre géopolitique de tout le Moyen-Orient suite à une période de froid entre Ryadh et Le Caire qui a duré plusieurs mois, le Roi Salmane Ben Abdelaziz a procédé, samedi soir, à un vaste mouvement dans les rangs de très hauts responsables civils et militaires.

La principale décision du souverain saoudite est, sans conteste, le limogeage du Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre, le général Saleh Al-Muhaya, remplacé dans la foulée par son adjoint et non moins membre de la famille royale, le Prince Fahd Ben Turki. Ce général trois étoiles est l’homme clé du dispositif militaire saoudien dans la Coalition arabe dans la guerre du Yémen. Homme de terrain et fin stratège, il aura désormais sous ses ordres une armée à lui tout seul, composée de trois brigades blindées, cinq brigades d’infanterie mécanisées, trois brigades légères motorisés, une brigade aéroportée, cinq bataillons d’artillerie indépendantes, en plus d’une flotte baptisée «aviation des forces terrestres royales saoudiennes» qui assure une aéromobilité et un appui aérien rapproché avec sa centaine d’hélicoptères d’attaques et de transport.

Le Roi Salmane a également nommé le porte-parole de la Coalition arabe au Yémen, le général Ahmed Asiri, comme numéro deux du puissant service saoudien du renseignement qu’il cumulera avec ses fonctions de Conseiller du ministre de la Défense. Le général Asiri est un visage connu des médias puisque c’est lui qui est en charge de la communication dans l’armée.

L’Arabie saoudite, qui cherche à faire renaître et à renforcer l’axe sunnite Le Caire-Ryadh-Amman, veut en découdre définitivement avec les rebelles houthis, réputés proches des iraniens et armés par Téhéran, d’où le choix d’un super-général, et prince de surcroît, qui aura carte blanche pour régler militairement cette question qui n’a que trop duré. D’ailleurs, un des décrets royaux ordonne au ministre des Finances d’exécuter immédiatement le paiement des indemnités, des primes et des avantages financiers aux militaires engagés dans l’opération « Restaurer l’Espoir » au Yémen ainsi qu’une bonification de deux mois de salaire. Ce qui est peut être compris que la guerre pourra être encore longue et fastidieuse.

En recevant un Abdelfattah al-Sissi rentré tout auréolé de sa dernière visite aux Etats-Unis, le Roi Salmane Ben Abdelaziz en profite pour nommer son propre fils, le Prince Khaled, en tant qu’ambassadeur à Washington en lieu et place de Abdallah Ben Faiçal Ben Turki. Le Prince Khaled Ben Salmane aura un accès direct et privilégié auprès de Donald Trump.

Un autre fils du Roi Salmane fait son entrée au Conseil des ministres. Le Prince Abdelaziz Ben Salmane est désigné ministre d’Etat chargé de l’Energie. Il prend en charge un secteur fondamental et souverain à la veille de transformations institutionnelles profondes prévues dans le géant mondial Aramco, bras armé de la vision 2030 voulue et portée par le vice-prince héritier Mohamed Ben Salmane.

Affirmant son tour de vis sécuritaire, le Roi Salmane a nommé Mohamed Ghofaili en qualité de Conseiller à la Sécurité nationale en ordonnant la création d’un nouveau Centre de national de la Sécurité, une sorte de Situation Room qui coordonnera toutes les actions des différents services de sécurité et de renseignement sous l’autorité directe du Roi.

 

Abdellah EL HATTACH

 

Abdelfattah al-Sissi, en nouvel aide-de-camp de Trump

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De retour au Caire, après un crochet par Amman, le président égyptien Abdelfattah al-Sissi rentre d’une visite officielle aux Etats-Unis auréolé de tous les superlatifs possibles et imaginables par lesquels l’Administration américaine peut encenser un dirigeant arabe. Il est désormais détenteur d’un ordre du jour signé Trump qui lui indique, dans le détail, le cap à suivre et la démarche à entreprendre dans une région proche-orientale à feu et à sang.

Qualifié d’allié stratégique par Washington, le président al-Sissi est en réalité devenu le nouveau bras armé de la politique américaine au Moyen-Orient pour faire face à l’extrémisme et combattre le terrorisme, pour réenclencher un semblant de dialogue entre palestiniens et israéliens et, aux côtés de l’Arabie saoudite et de la Jordanie, constituer ce qui est communément appelé un axe sunnite par opposition à l’axe chiite mené par l’Iran et ses satellites le Hezbollah libanais et les milices houtis au Yémen.

Le choix porté par les américains sur le président égyptien n’est pas fortuit. Abdelfattah al-Sissi a, durant des mois, tout parié sur le cheval Trump, et ce durant toute la campagne électorale qui a précédé les élections présidentielles de novembre 2016. Banni par Barack Obama et taxé par l’ancienne administration américaine de « putschiste», al-Sissi a fait un pari risqué.

Homme du Pentagone lorsqu’il officiait en qualité de Chef d’Etat-major de l’armée égyptienne sous l’ancien président Morsi, puis très proche des russes dans une phase postérieure, al-Sissi n’est pas fidèle en alliances. On l’a vu tourner le dos sans scrupule à ses bienfaiteurs saoudiens et émiratis, et retomber aujourd’hui dans leurs bras sur ordre de Washington. Et si Trump a décidé de “miser” sur lui c’est par pur opportunisme politique.

En effet, l’influence grandissante de Moscou, de la mer Méditerranée à l’Asie centrale, fait craindre à Washington une perte de domination politique et territoriale notamment en présence des Ve et VIe Flottes de l’US Navy ainsi que des bases américaines dans la presqu’île arabique, faisant face à une imposante armada russe à Tartous en Syrie.

Aux yeux de Trump, l’importance de l’Egypte (re)devient stratégique à cause non seulement du Canal de Suez, passage obligé de 40% du commerce mondial, mais aussi en tant qu’affluent  névralgique au carrefour de l’Asie, de l’Afrique, de la Mer Rouge, de la Méditerranée et estuaire du Nil. Sans oublier les 90 millions d’habitants -à 99% musulmans sunnites dont la moitié vit sous le seuil de la pauvreté- qu’il faut contenir et canaliser au risque de constituer une bombe à retardement, véritable menace pour l’Occident.

 

L’urgence aujourd’hui pour Washington est d’activer l’axe Ryadh-Le Caire-Amman dont elle est acteur central, car le calendrier géopolitique international n’attend pas et les défis sont majeurs, en termes militaires et sécuritaires certes mais aussi et surtout en terme de développement humain et économique. Et le président al-Sissi le sait très bien : il ne peut réussir dans la feuille de route qui lui a été soumise par Trump que s’il répond illico presto aux attentes d’une Egypte aux bords d’une implosion sociale aux conséquences dramatiques, incalculables et imprévisibles.

 

Abdellah EL HATTACH