Yémen

Les Émirats Arabes Unis disloquent le Yémen

Trente ans après l’unification des anciens Etats du Nord et du Sud du Yémen en un seul pays, ce dernier semble sur le point de se disloquer, sous l’effet d’un profond désaccord entre deux alliés de la région l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis.

En 2011, dans le sillage du Printemps arabe, le Yémen qui faisait face à la montée de groupes jihadistes et à de graves difficultés économiques a subit son lot de contestations. En fin politicien, le président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis la réunification du pays en 1990, laissera sa à Abd Rabbo Mansour Hadi.

Les Houthis, un mouvement rebelle yéménite chiite, concentré dans les montagnes du nord-ouest du pays, à la frontière de l’Arabie saoudite et appuyé par l’Iran, s’engouffrent dans la brèche et prennent la capitale, Sanaa en 2014.

Les rebelles vont prendre le contrôle du palais présidentiel et de la capitale du Yémen, Sanaa. Un coup d’état qui a poussé le gouvernement dirigé par Abdrabbo Hadi, d’abord replié à Aden puis réfugié en Arabie saoudite, à demander l’aide de Riyad, son allié historique.

Mohamed ben Salmane alors fraichement nommé ministre de la défense à l’âge de trente ans et sous influence totale de Mohammed Ben Zayed, prince héritier des EAU, met en place sous son commandement une coalition de pays arabes voisins pour combattre les Houthis et soutenir les forces loyales au Président Hadi.

Le jeune ministre de la défense va déployer des moyens colossaux pour cette guerre par procuration avec l’Iran qu’il pensait finir en quelques semaines. MBS ne réalisait pas qu’il s’était embourbé dans un conflit qui allait éclater le Conseil de coopération du Golfe, épuiser les finances du Royaume et arrêter ses plus grands champs pétroliers.

L’été 2019, éclateront au grand jour les divergences profondes entre les deux principaux alliés de ce conflit, Ryadh et Abu Dhabi. Les forces militaires engagées par les Emirats arabes unis, vont bombarder et tuer pas moins de 40 soldats du gouvernement appuyé par l’Arabie saoudite. Des bombardements qui vont permettre la prise par des séparatistes du palais présidentiel à Aden, capitale provisoire du pays.

Cette bataille d’Aden avait opposé le groupe armé appelé «Cordon de sécurité», financé par Abu Dhabi et les unités loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par Ryadh. Tous sont pourtant théoriquement alliés contre les Houthis, qui contrôlent la capitale Sanaa, au nord.

Cette grave escalade qui a mis à nu la fragilité de l’alliance des deux grands pays du Golfe, a été annonciatrice selon plusieurs observateurs d’un «shift» révélateur des réelles ambitions des EAU au Yémen. Alors que MBS cherchait à se protéger de son ennemi juré l’Iran. MBZ qui entretient de très bonnes relations avec les Ayatollahs, cherche à contrôler le sud du Yémen dans le cadre de son appétence à l’hégémonie et son obsession de vouloir contrôler les principaux chokepoints maritimes de la région.

En fait, Ben Zayed a passé à l’offensive au moment où il s’était rendu compte, que le leader qu’il avait choisi pour diriger l”Arabie Saoudite n’allait pas survivre longtemps à la pression internationale et interne après la multiplication des scandales qui ont détruit la réputation du jeune réformateur de l’Arabie saoudite.

MBZ acte la division du Yémen

Le 22 mai 1990, les dirigeants de la République du Yémen du Nord et du Yémen du Sud annoncent à Sanaa, la capitale, la naissance d’un seul et unique pays dans l’euphorie générale. C’était l’aboutissement du «rêve de toute une génération de Yéménites» , témoigne le politologue Saleh al-Baidhani.

Mais aujourd’hui, ce rêve s’est envolé et le pays est empêtré dans des conflits sans fin, avec une mosaïque de zones rivales.

Sanaa et de larges zones du nord du pays sont désormais entre les mains des rebelles Houthis, tandis que le gouvernement contrôle la zone centrale de Marib et des provinces de l’est.

Le sud-ouest, lui, reste aux mains du général Tarek Saleh, neveu de l’ancien président Ali Abdallah Saleh, tandis que les séparatistes du Conseil de transition du sud (STC), qui revendiquent l’indépendance du Sud, tiennent la grande ville d’Aden et des pans de cette partie du pays.

Les affrontements entre les séparatistes financés par les Emirats Arabes Unis les forces progouvernementales soutenues par l’Arabie Saoudite ont entériné la fin du Yémen tel qu’il avait été imaginé en 1990.

Interrogé par l’AFP, Ali al-Sarari, conseiller du Premier ministre Maïn Abdelmalek Saïd, ne voit que deux options pour le futur: «un Yémen fragmenté ou un Yémen décentralisé et fédéral» qui naîtrait d’un accord politique.

Lequel paraît pour l’instant illusoire: le conflit au Yémen a fait depuis 2014 des milliers de morts, essentiellement des civils, selon les organisations humanitaires, et le pays est confronté à la pire crise humanitaire au monde d’après l’ONU.

Et avec la proclamation le 26 avril de l’autonomie du Sud par les séparatistes –dont des éléments étaient formés par l’allié de Ryad, les Emirats arabes unis–, la division du Yémen semble actée.

«L’unité du Yémen dans son état actuel n’existe plus», confirme Majed al-Mathhaji, à la tête d’un centre de réflexion à Sanaa. «La guerre a créé une nouvelle réalité sur le terrain.»

Le Yémen enregistre son premier cas du Coronavirus

Le Yémen, pays en proie à une grave crise humanitaire due à la guerre, a annoncé vendredi un premier cas de contamination au nouveau coronavirus, faisant craindre aux ONG des répercussions catastrophiques en cas de propagation de l’épidémie.

Un cessez-le-feu décrété unilatéralement à partir de jeudi par la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite, alliée du pouvoir au Yémen, ne semblait pas tenir, des frappes aériennes ayant visé des cibles des rebelles Houthis quelques heures après son entrée en vigueur, selon des sources des belligérants.

En décrétant cette trêve unilatérale avant l’annonce du premier cas au Yémen, Ryad a dit espérer qu’elle permettrait de lutter contre la maladie Covid-19 dans ce pays pauvre menacé également par la famine, frappé par des épidémies de dengue et choléra et qui souffre d’un système de santé en déliquescence.

Le conflit déclenché en 2014 au Yémen entre pouvoir et rebelles soutenus par l’Iran, a fait des dizaines de milliers de morts, essentiellement des civils, selon des organisations humanitaires, et provoqué la pire crise humanitaire au monde avec 24 millions de Yéménites dépendant des aides d’après l’ONU.

«Le premier cas confirmé de nouveau coronavirus a été recensé dans la province de Hadramout (sud)», a indiqué sur Twitter la commission gouvernementale sur la pandémie.

La personne contaminée dans la localité de Chahr reçoit des soins médicaux et son état est stable, a précisé ce comité, dirigé par le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, reconnu par la communauté internationale. Vendredi, un couvre-feu de 24 heures a été imposé à Chahr et ses environs.

«C’est le moment que nous craignions tous, car le Yémen est sous-équipé face au virus, avec seulement la moitié des établissements de santé encore opérationnels», a réagi Xavier Joubert, directeur de l’ONG Save the Children au Yémen.

– “Prudence” –

Sur le front militaire, quelques heures seulement après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, plusieurs frappes ont visé «des véhicules appartenant aux Houthis» dans les provinces de Jawf (nord) et Hajjah, près de la capitale Sanaa, selon une source militaire proche du gouvernement.

Des affrontements ont également éclaté entre les Houthis et les forces loyalistes dans les provinces de Jawf et de Marib (nord), a-t-elle ajouté.

La chaîne de télévision Al-Massirah, sous contrôle des rebelles, a fait état de «six frappes d’avions ennemis (…) lors des dernières heures» sur la province de Hajjah, et de deux sur celle de Jawf.

Jeudi, les Houthis ont dit rejeter la trêve, l’un de leurs responsables y voyant une «manoeuvre politique et médiatique» de la coalition militaire.

L’annonce de cette trêve avait fait suite à une escalade des combats au Yémen, malgré l’appel de l’ONU à leur cessation immédiate pour protéger de la pandémie les civils du pays le plus pauvre du monde arabe.

Vendredi, 59 ONG, dont Oxfam et Médecins sans frontières, ont salué avec «prudence» dans un communiqué commun le cessez-le-feu. Mais il «ne peut à lui seul arrêter la propagation du Covid-19 au Yémen», ont-elles souligné.

– Diminution des aides –

Les voisins du Yémen comptent plusieurs milliers de cas de contamination au nouveau coronavirus. L’Arabie saoudite a enregistré officiellement plus de 3.200 cas et 44 décès.

Le pays vit presque entièrement isolé, sous le blocus aérien imposé par la coalition menée par Ryad, ce qui fragilise sa situation alimentaire.

Avant l’annonce du premier cas de contamination, la coordinatrice humanitaire de l’ONU au Yémen, Lise Grande, a indiqué que l’aide mensuelle fournie par le Programme alimentaire mondial (PAM) à plus de 12 millions de personnes vivant dans des zones à 80% sous contrôle des Houthis, pourrait désormais être octroyée plus rarement.

Des donateurs ont décidé de suspendre leurs contributions, estimant que l’aide était bloquée par les Houthis, a-t-elle expliqué à la BBC.

Une décision qui survient au «pire moment, étant donnée la menace de (la maladie) Covid-19», a-t-elle regretté.

Trois journalistes convoqués par la DGSI pour avoir dévoilé l’usage massif des armes françaises dans la guerre au Yémen

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Après avoir révélé un rapport confidentiel affirmant que les armes vendues aux Emirats et à l’Arabie Saoudite étaient utilisées dans les combats et les bombardements au Yémen y compris sur des zones civiles, trois journalistes français indépendants font l’objet d’une action en justice pour atteinte au « secret défense » par le ministère des Armées et ils ont même été convoqué par la DGSI. Cela a suscité une levée de boucliers en France surtout que la Cour européen de justice a consacré le principe du secret des sources des journalistes.

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Sergueï Lavrov au Maroc, une visite aux objectifs multiples

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a été reçu vendredi en audience par le roi Mohammed VI dans le cadre de la visite de travail que le chef de la diplomatie russe effectue dans le royaume. Arrivé jeudi soir au Maroc, deuxième étape de sa tournée maghrébine du 23 au 26 janvier courant après Alger et avant Tunis, le ministre russe avait été accueilli à sa descente d’avion à l’aéroport Mohammed V de Casablanca par son homologue marocain Nasser Bourita avec qui il a eu, tout au long de la journée d’aujourd’hui, des entretiens de haut niveau qui ont porté sur les relations bilatérales, le partenariat stratégique entre les deux pays et les questions géopolitiques et sécuritaires de l’heure.

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Premier grand format avec Al Jazeera : Bourita affirme la clarté et l’indépendance de la diplomatie marocaine

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Dans son premier grand format avec la chaîne panarabe Al Jazeera, le ministre marocain des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita, était l’invité, mercredi soir, de l’émission phare et à grande audience, «bila houdoud» [Sans frontières]. La crise entre les pays du Golfe, l’Iran, le Yemen, le Sahara, la relation avec l’Algérie, l’Afrique, la Syrie et la question palestinienne, tels sont les principaux sujets discutés lors de cette rencontre qui a duré une quarantaine de minutes.

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Au Yémen, cette autre guerre du Golfe où Ryadh est embourbé

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La guerre du Yémen qui dure depuis trois ans et demi entre d’une part l’armée régulière du gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hédi, soutenu par la coalition arabe conduite par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis contre la rébellion chiite houthie épaulée par l’Iran a connu son paroxysme cette semaine avec la bataille qui fait rage autour du port stratégique de la ville de Hodeïda sur la mer rouge. La bataille pour s’emparer de la cité a fait des dizaines de morts dans les deux camps belligérants et les dernières informations font état de la chute de l’hôpital du 22 mai entre les mains de la coalition et de véritables combats de rue s’y déroulent accompagnés de frappes aériennes de l’aviation de la Coalition.

Les Etats-Unis, en accord avec l’Arabie saoudite, ont décidé de cesser de ravitailler en carburant en vol l’aviation de la coalition. Riyad est allé jusqu’à affirmer qu’elle avait «accru sa capacité à mener de manière indépendante le ravitaillement en vol » et a donc « demandé la cessation de l’aide au ravitaillement en vol pour ses opérations au Yémen ». Toutefois médias américains et observateurs internationaux nuancent les affirmations saoudiennes par plusieurs faits.

Cyniquement, la liquidation du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul le 2 octobre dernier, dont le corps a été vraisemblablement dissous, a poussé la presse internationale, américaine, britannique et Al Jazeera en particulier à braquer les projecteurs sur Ryadh et à rappeler la communauté internationale le drame et les ravages de la guerre au Yémen dans lequel l’Arabie Saoudite est partie prenante surtout avec la publication par le New York Times d’un reportage poignant en date du 26 octobre dernier avec une photo à la Une d’ Amal Hussain, 7 ans, en train de dépérir de la faim en soulignant que « La guerre menée par les Saoudiens au Yémen a poussé des millions de personnes au bord de la famine ». Reportage qui a soulevé un tollé aux Etats-Unis au sein de l’opinion publique et au Congrès qui a menacé de prendre des mesures contre les ravitaillements américains et porter même des plaintes pour crimes contre l’humanité à l’encontre des parties en conflits.

Pour désamorcer tant soit peu la réaction du Congrès, le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, a publié le 30 octobre un long communiqué dans lequel il a renvoyé dos à dos les belligérants tout en les appelant à cesser les hostilités et à se remettre à table pour négocier et mettre un terme à ce conflit : ” Les États-Unis appellent toutes les parties à soutenir l’envoyé spécial des Nations Unies, Martin Griffiths, dans la recherche d’une solution pacifique au conflit au Yémen sur la base des références convenues. ”

Le moment est maintenant venu pour la cessation des hostilités, notamment des frappes de missiles et les drones depuis les zones contrôlées par les Houthies vers le Royaume d’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Par la suite, les frappes aériennes de la coalition doivent cesser dans toutes les zones peuplées du Yémen.

Des consultations de fond dans le cadre de l’envoyé spécial des Nations unies doivent commencer en novembre dans un pays tiers pour mettre en œuvre des mesures de renforcement de la confiance afin de résoudre les problèmes sous-jacents du conflit, la démilitarisation des frontières et la concentration de toutes les armes de grande taille soumises à une surveillance internationale.

La cessation des hostilités et la reprise vigoureuse de la voie politique contribueront également à atténuer la crise humanitaire.

Le même appel à la cessation du conflit par le ministre britannique des affaires étrangères, Jeremy Hunt, et par le secrétaire américain à la Défense, Jim Matis, à la suite des critiques formulées à l’encontre de la campagne de bombardement au Yémen et l’assassinat de Jamal Khashoggi.

Autre fait, des analystes estiment que par leur décision de ne plus ravitailler les avions de la coalition, les américains cherchent à faire baisser la pression sur leurs alliés saoudiens en l’inscrivant comme étant une forme de sanction surtout que le président Donald Trump a brandi des menaces plus d’une fois.