Yémen - Page 2

Pour une nouvelle alliance face à l’expansionnisme iranien

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Le retrait américain de l’accord nucléaire iranien a alimenté une réelle angoisse dans les capitales européennes et fait naître de nouveaux espoirs dans le camp adverse. Si l’Europe y voit une menace pour ses intérêts économiques et stratégiques, notamment pour la France qui a développé un axe de coopération très avancé avec Téhéran, en revanche l’axe Washington-Ryadh-Tel Aviv y enregistre une aubaine historique, non pas seulement en ce qui concerne le programme nucléaire iranien, mais également et surtout concernant l’expansionnisme perse qu’il faudra coûte que coûte faire stopper voire reculer. Pour sa part, le Maroc a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran à cause de l’immixtion flagrante de son allié libanais le Hezbollah dans les affaires intérieures marocaines et le soutien militaire et logistique de ce dernier au front Polisario. Et, une première, le royaume du Maroc, dans un communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale, taxe le Hezbollah comme une organisation terroriste alors que jusqu’à récemment le mouvement chiite libanais était considéré comme le porte-flambeau de la Résistance dans la région du Moyen-Orient. Pour comprendre les dessous de ce véritable méli-mélo, nous nous sommes intéressés à deux articles publiés dans la presse américaine, en moins d’un moins, par Ahmed Charai : le premier dans The National Interest et le second dans The Hill.

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Le 29e Sommet arabe dominé par l’Iran

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Le Sommet de la Ligue des Etats arabes, réuni en sa 29e édition, se tient, ce dimanche, dans la ville saoudienne de Dhahran sur fond de tensions régionales, et au lendemain des frappes aériennes de la coalition tripartie occidentale (Etats-Unis, France, Royaume uni) contre la Syrie.

Selon Hossam Zaki, Secrétaire général adjoint de la ligue arabe chargé de l’information, 17 chefs d’Etat ou de gouvernement participeront à cette réunion. Le Qatar, qui est en brouille depuis dix mois avec l’Arabie saoudite, sera représenté par son représentant permanent auprès de la ligue au Caire.

A l’ordre du jour, pas moins de 18 questions seront examinées, allant de la question palestinienne, cette grande oubliée, et la décision du président américain Donald Trump de transférer son ambassade de Tel-Aviv à Al-Qods occupée, la guerre au Yémen, le dossier libyen, le dossier syrien en l’absence de Bashar Assad et dont le pays a été suspendu depuis 2011, et le soutien à la candidature du Maroc pour abriter la Coupe du Monde 2026 de football.

Mais selon les observateurs, ce sommet sous emprise saoudienne, sera surtout dominé par l’Iran et les menaces qu’il fait planer sur la stabilité et la sécurité dans le Golfe à travers l’armement des milices houties et les tirs à répétition de missiles balistiques contre le territoire saoudien. Il sera également question du retour à la souveraineté émiratie des trois îles d’Abou Moussa, Petite et Grande Tomb, envahies et occupées par l’Iran depuis le 30 novembre 1971.


Le différend opposant le Qatar à l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ne sera pas discuté. Il a été évacué sur le Conseil de coopération du Golfe mais sera à coup sûr réglé sur intervention de Donald Trump.

Parmi les chefs d’Etat arrivés samedi soir, figurent le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le président tunisien Béji Caïd Essebssi, le président libanais Michel Aoun accompagné du premier ministre Saad Hariri. Le roi Mohammed VI est représenté par le prince Moulay Rachid.

Et comme les sommets arabes nous ont habitués à des résolutions sans lendemain à l’image du plan arabe de paix adopté à Fès le 9 septembre 1982,  à telle enseigne que par ses “Sommets”, le monde arabe est devenu la région la plus montagneuse du globe et à chaque fois pour accoucher d’un chamelon !

En fait, la véritable question est à quoi sert cette Ligue arabe ? Une institution budgétivore qui ne fait pratiquement que ruminer et réactualiser les mêmes communiqués à des variantes près. Rien que son site en dit long !!

L’ambassadeur d’Arabie saoudite au Yemen s’envole pour Washington après de lourdes pertes saoudiennes sur le front sud

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L’ambassadeur du royaume d’Arabie saoudite au Yémen, Mohammed Ben Saïd Al-Jaber, s’est entretenu d’urgence hier soir à Washington avec un certain nombre de hauts responsables du State Department, du Pentagone et du Capitole. Il a notamment été question des lourdes pertes subies par les forces armées saoudiennes durant ces dernières semaines dont des officiers supérieurs avec le grade de Commandant et Colonel.

Mohammed Ben Saïd Al-Jaber, qui occupe également les fonctions de directeur exécutif du Centre d’appui aux opérations humanitaires au Yémen, a tout d’abord rencontré des membres du Comité des forces armées des États-Unis au Sénat.

Au Sénat, l’ambassadeur Al Jaber a aussi rencontré plusieurs hauts responsables de la Commission des Affaires étrangères des États-Unis.

Au cours de ces réunions, les deux parties, saoudienne et américaine, ont discuté des situations politiques, militaires et humanitaires sur le front sud au Yémen et des résultats du plan global des opérations humanitaires.

Le diplomate saoudien a accusé l’Iran d’entretenir un «rôle destructeur au Yémen» par son soutien aux «milices putschistes» des Houthis» et leur assistance avec des missiles, des armes tactiques et des experts.

D’autre part, l’ambassadeur Mohammed Ben Saïd Al-Jaber, a également rencontré la chercheuse et académicienne américaine Katherine Zimmerman de l’American Enterprise Institute de Washington.

Au cours de la réunion, ils ont discuté des situations politique et sécuritaire au Yémen. Katherine Zimmerman, qui est reconnue pour son travail approfondi sur la mouvance d’Al-Qaïda dans la région du golfe d’Aden, en Afrique du Nord et de l’Ouest, dispose de plusieurs publications sur les écosystèmes terroristes dans la péninsule arabique, au Yémen et en Somalie.

Dans moins de deux semaines, le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, qui se trouve actuellement en visite officielle en Grande-Bretagne, après une étape égyptienne, se rendra à Washington pour un très attendu sommet avec le président américain Donald Trump. Les deux dirigeants, qui aborderont ensemble les grands dossiers chauds du moment, Syrie, Yémen, Irak, Libye, Qatar, énergie, Vision 2030, et l’influence iranienne, auront aussi à préparer le sommet USA/CCG prévu pour le mois prochain à Camp David.

La mort de Ali Abdallah Saleh fragilise l’axe MBS/MBZ

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Moins de quarante-huit heures après l’annonce de son ralliement à l’Arabie saoudite et la rupture avec les rebelles houthis, l’ex-président yéménite a été tué ce lundi dans une attaque de son convoi blindé qui le transportait à la ville de Ma’rib. En tendant la main à Ryad, Ali Abdallah Saleh a payé cash ce que ses opposants et alliés de la veille appellent une «félonie».

Depuis samedi, jour où l’ex-président yéménite a proposé à la Coalition arabe, qu’il combattait depuis plus de deux ans aux côtés des houthis, de «tourner la page», l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont euphoriques, jubilant pour cette «grande prise». Pour Riyad et Abu Dhabi, le ralliement de Ali Abdallah Saleh signifiait un coup dur pour les rebelles houthis et leur supposé allié iranien.

Les saoudiens et émiratis avaient ouvert ces derniers mois plusieurs canaux de discussion avec le président déchu notamment à travers son propre fils, Ahmed Ali Abdallah Saleh. Ce dernier, ambassadeur du Yémen aux Emirats arabes unis de 2013 à 2015, avait été limogé par Abdrabbo Mansour Hadi, homme des saoudiens et nouveau président de la République du Yémen.

Ambitieux, Ahmed Ali Abdallah Saleh, 43 ans, qui réside toujours à Abu Dhabi, comptait sur le ralliement de son père à la Coalition arabe pour retrouver la tête de la Garde républicaine yéménite qu’il dirigeait d’une main de fer avant le déclenchement de la Guerre civile dans son pays.

Avec la mort de Ali Abdallah Salah, c’est toute la chaîne de commandement de la faction des Salah, emmenée par le Congrès général du peuple, qui est aujourd’hui réduite à néant. Car tout reposait sur le défunt président de 75 ans.

Mais qui avait intérêt à voir le président déchu éliminé de la scène d’une manière aussi violente ? Il y a tout d’abord les houthis qu’il a trahis quarante-huit heures auparavant. Il y a aussi ses propres combattants dont une large frange ne veut pas s’allier à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. Mais il y a également une partie du pouvoir saoudien qui ne désirait nullement voir ressusciter les démons d’un Ali Abdallah Saleh qui n’en savait que trop sur les Al-Saoud. Le crime profite donc à plusieurs acteurs mais il est certain qu’il mènera la région vers l’inconnu.

L’axe composé des hommes forts d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, Mohammed Ben Salmane Ben Abdelaziz et Mohammed Ben Zayd Al-Nahyane, qui cherche à gagner la guerre au Yémen par le K.O. se trouve aujourd’hui dans une impasse : 1) Les Nations unies et plusieurs puissances mondiales les incitent à trouver une issue au drame humanitaire qui se déroule au Yémen au vu et au su de la Communauté internationale ; 2) Ils viennent de perdre en Ali Abdallah Saleh l’acteur central qui allait renforcer considérablement le front de la Coalition arabe ; 3) A la veille du sommet du CCG prévu au Koweït, et que Riyad et Abu Dhabi considéraient comme une formalité avec l’éventualité de le boycotter à cause de la présence confirmée du Qatar, MBZ et MBS sont tenus aujourd’hui de revoir leurs cartes au risque de voir Doha, appuyée par l’Iran, reprendre de l’influence dans le dossier yéménite.

La tentative des houthis de frapper Abu Dhabi par un missile balistique Cruise, après celle, le mois dernier, d’atteindre Riyad, qui avait réellement secoué les capitales arabes et les chancelleries occidentales qui y sont représentées, vient profondément reconsidérer l’équilibre militaire et géopolitique et le jeu des alliances de toute la région. Il y va certainement aussi de l’avenir même de la Coalition arabe dont la mission et les objectifs sont voués à être repensés de fond en comble.

Hassan Nasrallah : «L’Arabie saoudite a demandé à Israël de frapper le Liban»

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Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a révélé que l’Arabie saoudite aurait incité Israël à frapper le Liban et a précisé qu’il détenait des informations précises à ce sujet. D’autre part, le patron du Hezbollah est convaincu que Saad Hariri est assigné à résidence en Arabie Saoudite.

Hassan Nasrallah, qui s’exprimait en direct vendredi après-midi à l’occasion du quarantième jour de la «Journée du Martyr» et dont l’allocution a été retransmise par la chaîne du Hezbollah Al-Manar, a précisé que ces accusations n’étaient en rien des «analyses» mais qu’il s’agissait d’«informations» précises que son mouvement détenait. Le secrétaire général du Hezbollah a même accusé l’Arabie saoudite d’avoir proposé des «dizaines de milliards de dollars» à Israël pour mener cette guerre contre le Liban.

Hassan Nasrallah a aussi révélé que l’Arabie saoudite était derrière la guerre contre le Liban en juillet 2006 et que la force de frappe israélienne à l’époque ne faisait que répondre à une demande saoudienne expresse, ajoutant que Riyadh faisait pression sur Israël pour ne pas arrêter les attaques.

En s’adressant aux dirigeants saoudiens, Hassan Nasrallah s’est interrogé : «Est-ce que vous cherchez le ‘bien’ des libanais comme celui que vous avez voulu pour les yéménites» en référence aux drames que vivent les populations du Yémen. Hassan Nasrallah a mis en garde contre toute «folie» israélo-saoudienne dans ce sens, menaçant l’Etat hébreux de «représailles dépassant toute imagination».

S’agissant de la «démission» (forcée selon Nasrallah) du Premier ministre libanais, le patron du Hezbollah a assuré que Saad Hariri était assigné à résidence en Arabie saoudite. Hassan Nasrallah a appelé à cet égard les Libanais «à l’unité face au complot saoudien contre le Liban», tout en saluant la gestion sage du chef de l’Etat, le général Michel Aoun. Et d’ajouter : «l’humiliation du Premier ministre libanais est une humiliation pour tous les Libanais» appelant à «agir pour sa libération.»

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Macron arrive à Riyad

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Dans une visite inopinée non inscrite dans son agenda, le président français Emmanuel Macron, accompagné de son épouse Brigitte, est arrivé ce soir à Riyad où il a été accueilli à l’aéroport international Roi Khalid Ben Abdelaziz par le prince Mohammed Ben Salmane, héritier du trône, ministre de la Défense, et homme fort du royaume.

En provenance des Emirats arabes unis d’où il a annoncé sur le tard son intention de se rendre en Arabie saoudite, Emmanuel Macron est à Riyad pour discuter avec les autorités saoudiennes des derniers développements politiques et sécuritaires dans une région du Golfe au bord de l’implosion en raison des différentes crises qui la secouent : guerre au Yémen, conflit avec l’Iran, blocus du Qatar, crise au sein de la famille royale saoudienne etc.

Le président français tentera de passer en revue tous ces dossiers avec MBS pour y trouver une issue qui satisfasse les différents belligérants tout en garantissant les intérêts des uns et des autres.

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Macron en Arabie saoudite pour désamorcer le risque d’une déflagration générale

Pendant que le Roi du Maroc se trouve dans une région du Golfe sous haute tension, où il tente vraisemblablement de colmater les brèches causées par une crise profonde entre quelques Etats du CCG et le Qatar ainsi qu’une crise interne explosive au sein de la famille royale en Arabie saoudite, le président français Emmanuel Macron, en visite actuellement de travail aux Emirats arabes unis, a décidé ce soir de se rendre à Ryadh pour y rencontrer le puissant prince héritier, Mohammed Ben Salmane.


Le déplacement à Ryadh du président français n’était pas à l’ordre du jour. Emmanuel Macron devait rentrer ce soir à Paris après avoir participé la veille à l’inauguration du Musée du Louvre d’Abu Dhabi aux côtés du Roi Mohammed VI, du Roi de Bahreïn, de l’Emir de Dubaï, Cheikh Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum, et du Commandant en chef-adjoint des EAU, Cheikh Mohammed Ben Zayd Al-Nahyane.

Cette visite inopinée en Arabie saoudite a quatre objectifs : 1) faire l’état des lieux de la guerre au Yémen menée par une coalition arabe essoufflée et tenter de convaincre les autorités saoudiennes de prôner une approche plus humanitaire à cette crise ; 2) discuter de la situation au Liban, de la récente ‘démission’ du premier ministre libanais Saad Hariri et de son impact sur la politique intérieure et extérieure du Liban ; 3) s’entretenir de la crise avec le Qatar; 4) échanger sur le dossier iranien et mettre garde les autorités saoudiennes contre toute ‘folle aventure’ belliqueuse sur l’Iran avec tout ce que cela pourrait impliquer comme dégâts incommensurables.

S’il est quasi-improbable que le président français puisse soulever la crise interne qui secoue la famille régnante en Arabie saoudite et la vague d’arrestation qui a touché des centaines de princes, ministres, hauts fonctionnaires et richissimes hommes d’affaires, cette question relevant exclusivement des affaires intérieures de ce pays, Emmanuel Macron pourra le faire d’une manière indirecte : en s’enquérant du «sort» du premier ministre libanais dont plusieurs sources avancent qu’il serait «séquestré» à Ryadh aux côtés des Al-Walid Ben Talal, Meteib Ben Abdallah Ben Abdelaziz et Mohammed Ben Nayef.

Sur le dossier Yéménite, la situation humanitaire a atteint un tel degré d’inquiétude que le président français a décidé de ne pas rester les bras croisés. Il propose une issue diplomatique en collaboration avec l’Iran, la grande puissance régionale, qu’il compte visiter l’année prochaine. La France a de grands intérêts économiques dans ce pays et se veut être son premier partenaire commercial dans les domaines de l’hydrocarbure, de l’automobile et des services. C’est un sujet qui sera discuté en long et en large avec le prince héritier saoudien, la France ne voulant pas entendre parler d’une guerre irano-saoudienne : Paris estimant que l’Iran, malgré ce qu’on pourrait lui «reprocher», est une grande puissance avec qui il faut désormais composer.

Concernant le Qatar, que le Roi Mohammed VI visitera à compter du dimanche, Emmanuel Macron étalera la position officielle de la France sur ce sujet à savoir l’intenabilité du blocus imposé sur ce pays par certaines composantes du CCG et les implications de cet embargo sur les économies française et européenne, même si le président français accuse le Qatar (et l’Arabie saoudite) d’avoir financé certaines activités terroristes.

Le défi de la France est de maintenir un certain équilibre entre quatre puissance régionales : la Turquie, héritière de l’Empire Ottoman, l’Iran, ancien Empire Perse, Israël et le monde arabe. L’exercice n’est pas facile avec un Donald Trump qui veut tout détruire sur son passage, une Russie et une Chine de plus en plus gourmandes et une situation interne de la famille arabe qui vit la plus grave crise de son histoire contemporaine.

Abdellah EL HATTACH