Photo - AFP / FADEL SENNA

Prépotence de la médiocrité, le coup de sang d’Ahmed Charaï

Après son cris d’alarme sur la défiance des jeunes vis-à-vis de la politique, qu’il a qualifiée de bombe à retardement régionale, fragilisant les institutions et jetant son ombre sur l’avenir, Ahmed Charaï, signe cette semaine un éditorial, paru sur l’Observateur du Maroc et d’Afrique, dans lequel il s’affranchit de sa retenue habituelle, pour dénoncer la gestion catastrophique de la crise des enseignants contractuels, par l’exécutif.
Dans son pamphlet, l’éditorialiste tire à boulets rouges sur la majorité gouvernementale qui en plus d’être en miette, a institutionnalisé la médiocrité, perdant systématiquement la bataille de l’opinion publique. Une médiocrité et un marasme qui menacent la marche des affaires, impactant systématiquement investissements et emploi. Ahmed Charai, appelle le gouvernement, qu’il le qualifie d’inaudible et d’aphone de reconnaître son entière responsabilité sur cette défiance croissante de la population et de la morosité ambiante, qui hypothèquent l’avenir du pays.

Vous trouverez ci-après l’intégralité de l’éditorial. Bonne lecture.

Quelle médiocrité !

La crise dite des contractuels s’amplifie. Des grèves durent depuis plusieurs semaines et les manifestations se multiplient, dont la dernière, celle du 23 mars à Rabat, a été imposante et a duré quasiment toute la nuit. La gestion de cette crise par l’exécutif est tout simplement catastrophique. Les forces de l’ordre se retrouvent à gérer des situations difficiles, à cause des erreurs du gouvernement et de son amateurisme.

La gestion de cette crise par l’exécutif est tout simplement catastrophique

Après avoir affirmé que les contrats à durée déterminée étaient un choix stratégique, le gouvernement a cédé et propose des contrats à durée indéterminée, avec les académies. C’est un choix qui s’inscrit dans le cadre de la régionalisation pour aboutir à la création d’une fonction publique territoriale, ce qui existe dans tous les pays qui ont opté pour la décentralisation. Mais ce gouvernement est inaudible !

La communication de nos jours est décisive pour la marche de l’exécutif. Or le gouvernement est tout simplement nul sur cet aspect. N’expliquant pas sa politique, quand il en a, il perd la bataille de l’opinion publique à chaque fois. C’est terrible pour la marche des affaires du pays. Ceci explique l’ambiance morose que nous vivons, alors qu’objectivement elle n’a pas lieu d’être. On l’a déjà vu sur la question de l’heure administrative, de la fiscalité et bien d’autres sujets. Cet exécutif est censé être politique et ne peut mettre son atonie, son incapacité à communiquer, sur le compte d’une prétendue technicité.

La communication de nos jours est décisive pour la marche de l’exécutif. Or le gouvernement est tout simplement nul sur cet aspect

La majorité n’est pas fissurée, elle est en miettes. Elle n’a pas besoin d’opposition, elle en a plusieurs en son sein. Les déclarations des uns et des autres ridiculisent la vie politique dans ce pays et donnent l’image d’un exécutif impotent, incapable.

Cet exécutif est censé être politique et ne peut mettre son atonie, son incapacité à communiquer, sur le compte d’une prétendue technicité

Cette médiocrité extrême a un coût. Elle installe l’immobilisme. Les milieux des affaires, en particulier, n’affichent pas la même confiance qu’il y a quelques années, ce qui impacte les investissements et donc l’emploi. La jeunesse formée, diplômée, est désabusée. L’émigration qui augmente est un indicateur sérieux de cette perte de confiance. L’incapacité à organiser un vrai dialogue social fait planer le risque de conflits sociaux catégoriels que l’économie ne peut supporter alors que la croissance est en berne.

Cette médiocrité extrême a un coût. Elle installe l’immobilisme.

L’exécutif ne peut se défausser sur aucune institution. Le gouvernement est le seul responsable de cette situation. Le renforcement de la défiance de la population, des doutes, de la morosité ambiante en est le résultat.

L’exécutif ne peut se défausser sur aucune institution. Le gouvernement est le seul responsable de cette situation

Il y a donc urgence à ce que l’exécutif se ressaisisse, resserre ses rangs, explique son action, sort de la médiocrité actuelle.

L’avenir du pays ne peut être hypothéqué par l’incurie d’un exécutif inaudible, aphone.

Nawfal Laarabi

Nawfal Laarabi

Intelligence analyst at African Research and Publishing Company
Social media strategist / Intelligence analyst. 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisation dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.
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