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Ahmed Charaï : L’adhésion de la Suède à l’OTAN plonge Poutine dans un sacré bourbier

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Depuis notre région, nous n’avons vu dans le feu vert donné à la Suède pour troquer son statut de pays non-aligné à celui de membre à part entière de l’OTAN que la volte-face d’Erdogan, point barre ! Alors que les implications de cette levée de véto turc, sous pressions américaines, ont déjà changé toute la donne dans le conflit ukrainien, nous éclaire Ahmed Charaï dans une analyse parue sur The National Interest.

L’adhésion récente de la Suède à l’OTAN limite considérablement les options géostratégiques de la Russie. Elle place Vladimir Poutine dans une situation délicate où le retrait de l’Ukraine met en péril son prestige et son pouvoir, et où ses avancées militaires sont contrecarrés par une résistance fortifiée de l’OTAN et de l’Ukraine, ce qui réduit considérablement les options stratégiques du président russe.

Erdogan a plongé Poutine dans un sacré bourbier !

Bien que les faiblesses militaires de la Russie aient été révélées par le conflit en Ukraine, le risque que l’Europe entre dans une guerre directe avec la Russie persiste. La position de la Chine est d’autant plus complexe qu’elle partage avec la Russie l’ambition d’un ordre mondial multipolaire, tout en craignant de nuire aux relations avec l’Occident. C’est le contexte, peu réjouissant, qu’a posé Ahmed Charaï pour construire son analyse suite à la levée du dernier obstacle à l’adhésion de la Suède à l’OTAN.

1. Une unité sans précédent : Adhésion de la Suède à l’OTAN

Après avoir surmonté de nombreux obstacles diplomatiques, la Suède est enfin en mesure d’adhérer à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Ce développement marque une victoire majeure pour l’administration Biden et témoigne de l’unité sans précédent des puissances occidentales et des nations baltes. Un événement qui n’a pas eu lieu même pendant la Seconde Guerre mondiale, souligne M. Charaï.

«Les puissances occidentales sont aujourd’hui plus unies que jamais avec les nations baltes […] et l’OTAN est plus mobilisée que jamais», se félicite notre analyste. Alors que même durant la Seconde Guerre mondiale, la Suède a professé la neutralité et la Finlande s’est alliée pendant un certain temps à l’Allemagne nazie contre l’URSS.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a défini une orientation stratégique claire pour l’organisation : la victoire de l’Ukraine. «Si nous ne faisons pas en sorte que l’Ukraine gagne cette guerre en tant que nation souveraine et indépendante, il n’y a pas de question d’adhésion à discuter», a-t-il déclaré.

2. Implications géostratégiques

L’adhésion de la Suède à l’OTAN a des répercussions importantes sur le conflit actuel entre l’Ukraine et la Russie, affirme M. Charaï.

Réduction considérable de la projection navale russe

L’une des conséquences essentielles est la réduction de la capacité de la Russie à projeter sa puissance navale. Avec l’intégration de la Suède, dernier maillon de la chaîne, toute la côte nord de la mer Baltique fait désormais partie du territoire de l’OTAN, que l’Alliance est dans l’obligation de défendre jusqu’au dernier centimètre.

De plus, toute la côte sud de la Baltique, à l’exception de Kaliningrad, sous contrôle russe, et d’une parcelle de territoire russe près de Saint-Pétersbourg, est déjà entre les mains de l’OTAN.

Ainsi, pour la première fois, la flotte russe doit traverser un étroit bras de mer, sur plus de 1 600 Km des eaux territoriales de l’OTAN, pour atteindre la haute mer.

Il est très rare que les responsables de l’OTAN s’expriment avec une telle clarté, signe d’une unanimité entre les États membres.

Ahmed Charaï – 13 Juillet 2023 , The National Interest

Il en résulte que la flotte russe de l’Arctique devra passer devant les côtes septentrionales de la Finlande et de la Norvège, qui sont désormais toutes des alliées de l’OTAN

Cela signifie également que pour atteindre la Méditerranée et le canal de Suez, la flotte russe de la mer Noire doit d’abord traverser les eaux contrôlées par la Turquie, un autre allié de l’OTAN. Les trois flottes occidentales de la Russie ne peuvent plus se déplacer sans la surveillance des alliés et pourraient, en théorie, être arrêtées.

Des effectifs et une technologie renforcés

L’infrastructure militaire sophistiquée de la Suède, y compris ses avions d’attaque et ses capacités anti-sous-marines, renforcera la puissance défensive de l’OTAN, précise M. Charaï. De même, les défenses étendues et l’armée bien entraînée de la Finlande, qui borde directement la Russie sur près de 1 000 miles, se révéleront inestimables.

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Une fois que les capacités considérables de la Suède et de la Finlande seront interopérables avec l’OTAN, l’alliance sera nettement plus puissante qu’elle ne l’était le jour où les chars russes ont tenté de s’emparer de Kiev en février 2022.

L’orientation et l’avenir de l’OTAN

L’organisation est plus déterminée que jamais, comme en témoigne l’engagement sans ambiguïté du secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, en faveur de la victoire de l’Ukraine. Il s’agit là d’une rare manifestation d’intention claire et unifiée de la part des responsables de l’OTAN.

Toutefois, la question de l’adhésion potentielle de l’Ukraine reste posée. Compte tenu de l’état de préparation actuel du pays, selon le président Joe Biden, il n’est peut-être pas encore temps pour l’Ukraine d’adhérer à l’OTAN.

«Si le président Joe Biden n’avait pas clairement indiqué que l’Ukraine n’était pas encore prête à rejoindre l’OTAN, on peut se demander si les alliés européens n’auraient pas voté en faveur de l’adhésion de l’Ukraine dès maintenant»

Ahmed Charaï – 13 Juillet 2023, The National Interest

Les dirigeants de l’OTAN ont longtemps été intimidés par l’idée que l’admission de l’Ukraine dans l’OTAN conduirait à une guerre directe avec la Russie, soutient M. Charaï. L’Europe serait bien avisée d’éviter une guerre ouverte avec la Russie, plutôt qu’une guerre par procuration, poursuit-il.

Faire face à la menace russe

Malgré les récentes révélations sur les faiblesses militaires de la Russie, ce serait une erreur de sous-estimer les dommages potentiels que la Russie peut infliger à l’Europe. L’objectif actuel doit être de maintenir une vision réaliste des capacités de la Russie et des risques qu’elle représente.

«Si les dirigeants européens commencent à se rendre compte que les dents et les griffes de l’ours russe ne sont pas aussi acérées qu’ils le craignaient, ce serait une erreur de croire que les Russes ne peuvent plus faire de dégâts considérables en Europe, même sans recourir à l’arme nucléaire. L’heure est au réalisme à l’égard de la Russie, et non à l’excès de confiance», alerte Ahmed Charaï.

Les faiblesses de la Russie dévoilées : Effectifs et approvisionnement

«Les faiblesses militaires de la Russie ont été mises à nu» affirme M. Charaï.

Moscou fait face à des problèmes d’approvisionnement des soldats sur le terrain en munitions, en carburant, en médicaments et en pièces détachées.

«Une grande partie de ses chaînes d’approvisionnement militaire repose sur le transport par chemin de fer et par convoi, qui est vulnérable aux bombardements d’artillerie et aux frappes de drones», rappelle M. Charaï.

En outre, les troupes russes peu entraînées, composées en grande partie de conscrits ou de prisonniers récemment libérés, ont subi d’importantes pertes dans le conflit en cours avec l’Ukraine.

Ces troupes peuvent tenir les vastes défenses de type tranchées de la Russie datant de la Première Guerre mondiale, mais perdent généralement des hommes et du matériel sans gagner de terrain lorsqu’elles lancent leurs contre-attaques, qui sont relativement rares.

La guerre en Ukraine dure maintenant depuis plus de 500 jours et les Russes ont subi entre 100 000 et 200 000 morts, selon les estimations de par et d’autre.

Implications politiques pour Poutine

Afin de mesure ce que peut être l’impact des pertes humaines suscités sur la Russie, Ahmed Charaï les a comparé à celles de la guerre du Vietnam.

Les États-Unis ont perdu 57 000 soldats en plus de 5 100 jours de combat au Vietnam, rappelle-t-il. Cela représente un quart des pertes de la Russie en Ukraine en dix fois plus de temps.

Pourtant, la guerre du Vietnam a contribué à la chute de deux présidents américains. Lyndon Johnson a refusé de se représenter en 1968 parce qu’il était fatigué de la guerre, et le projet raté de «vietnamisation» de Nixon a affaibli le soutien de l’opinion publique dont il aurait eu besoin plus tard lors du scandale du Watergate.

«Comment le président Vladimir Poutine peut-il survivre à une guerre impopulaire alors que deux présidents américains n’y sont pas parvenus ?», s’interroge M. Charaï.

Cette guerre impopulaire, associée à la récente mutinerie menée par le chef des mercenaires de Wagner, Evgeniy Prigozhin,suggère que le régime de Poutine est de plus en plus fragile.

La grande inconnue de Poutine reste la Chine

Le président chinois Xi Jinping partage les mêmes convictions que Vladimir Poutine : créer un ordre mondial multipolaire non occidental, estime notre analyste.

Mais la relation de Xi Jinping avec la Russie est le fruit d’intérêts plutôt que de valeurs communes profondément ancrées. Les deux pays partagent une frontière de 2 672 miles, dont l’emplacement exact n’a été fixé qu’au début du XXIe siècle, après des générations de négociations.

La Chine a besoin de la Russie pour l’eau et l’équipement militaire ; la Russie a besoin de la Chine comme marché pour les hydrocarbures et autres matières premières.

«Il s’agit d’un mariage forcé, pas d’une histoire d’amour», souligne M. Charaï.

L’isolement de l’Occident n’est pas attrayant pour la Chine, étant donné ses espoirs d’un rebond économique vigoureux après des années de politique de «zéro COVID». Alors que les relations de la Chine avec les États-Unis sont au plus bas, les dirigeants chinois veulent éviter de se mettre à dos l’Union européenne, qui est également l’un des principaux partenaires commerciaux de la Chine. Par conséquent, Xi Jinping et les diplomates chinois ont pris soin de ne pas accepter entièrement les arguments du Kremlin, écrit M. Charaï.

Compte tenu des intérêts complexes de la Chine, les relations de la Russie avec son voisin oriental ne garantissent pas un soutien absolu dans sa confrontation avec l’Occident.

Conclusion : Un Poutine dans un sacré bourbier

«Tout cela plonge Poutine dans un sacré bourbier», écrit M. Charaï. Il ne peut se retirer de l’Ukraine sans perdre son prestige et peut-être même son pouvoir.

Au milieu de cette agitation, Poutine est confronté à une situation sans précédent. Avec une OTAN élargie et unie comme adversaire redoutable unennemi le plus puissant depuis Gengis Khan au XIIIe siècle, une économie en difficulté et une population en baisse, Poutine voit ses options stratégiques considérablement réduites. La nouvelle de l’élargissement de l’OTAN ne fait qu’exacerber cette situation, le laissant dans une impasse, incapable de prendre une décision gagnante.

Il n’est pas non plus en mesure de tenir le terrain en Ukraine pendant les mois les plus chauds, comme le montrent les modestes avancées de la contre-offensive ukrainienne.

«Poutine, le prétendu grand joueur d’échecs, ne peut pas quitter le jeu et ne peut pas trouver un coup gagnant. Les nouvelles de cette semaine concernant l’élargissement de l’OTAN continuent de réduire ses options» conclut Ahmed Charaï.

Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist
20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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