Maroc-France : Un chargé d’affaires à Paris?

C’est un sévère coup de froid qui s’installe jour après jour entre Rabat et Paris. Après l’annulation des appels d’offres relatifs aux projets des nouvelles lignes de tramway T3 et T4 à Casablanca, qui devaient naturellement tomber dans l’escarcelle du trio RATP, SNCF, Alstom, nous apprenons par Maghreb Confidentiel que le Maroc pourrait nommer un chargé d’affaires à Paris. Saad Bendourou, Chef de Mission adjoint à Paris, serait dans les petits papiers de la diplomatie chérifienne pour seconder l’actuel ambassadeur Chakib Benmoussa, chargé par le roi Mohammed VI, mardi dernier, de présider la Commission Spéciale sur le Modèle de Développement. Une dégradation de relation jamais enregistrée entre les deux alliés, jadis interdépendants. 

Finalement, l’année 2019 serait l’année où la France d’Emmanuel Macron, le Président cassant, perd son influence historique sur l’Afrique du nord, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, après avoir échoué en Syrie et au Liban.

C’est devenu un classique des relations diplomatiques entre Rabat et Paris depuis l’intronisation d’Emmanuel Macron. A chaque fois qu’il dépêche son ministre des affaires étrangères c’est principalement pour jouer les pompiers et essayer de calmer la colère du Royaume. 

Après avoir snobé Nasser Bourita à l’Assemblée générale des Nations-Unies à New-York, septembre dernier, préférant se réunir avec son homologue algérien, Jean Yves LeDrian a atterri hier à Rabat, pour tenter de renouer le contact avec son allié historique. Une visite non planifiée qui intervient deux jours seulement après la désignation par le roi Mohammed VI de l’ambassadeur du Maroc en France, Chakib Benmoussa à la tête de la CSMD et au lendemain du voyage surprise du souverain en Côte d’Ivoire. 

 

Officiellement le locataire du Quai d’Orsay s’est entretenu avec son homologue marocain pour préparer la 14ème rencontre de haut niveau qui aura lieu le 19 décembre prochain à Paris entre les chefs de gouvernements Edouard Philippe, et Saâd Eddine El Othmani. Mais l’envoyé de Macron, alerté par la série de décisions unilatérales de Rabat, a surtout fait le déplacement pour tenter de sauvegarder les intérêts de son pays.

En effet, la France s’inquiète de plus en plus sur ses intérêts économiques au Maroc et les chiffres sont très parlants. Selon le magazine Maroc Hebdo, la France, partenaire commercial historique du Royaume, a été supplantée par l’Espagne qui est devenue depuis 2012 premier partenaire commercial du Maroc, tandis que l’Irlande s’est propulsée 1er investisseur étranger du pays avec 20,4% du total des entrées en 2018. Au moment où les investissements Français se sont réduits comme peau de chagrin de -24% en 2018.

Macron sur le point de perdre l’Afrique du Nord, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest

Menacée par la crise financière en 2008, la France a décidé de se rétracter des marchés africains en fuyant les actifs et les investissements dans le contiennent. Effrayée, Paris a retiré ses hommes d’affaires et les a remplacé par ses soldats.

Au Maroc par exemple, les banques françaises ont, depuis 2008, arrêté toute stratégie de développement, se limitant à veiller sur les intérêts des entreprises françaises et assurer leurs transactions commerciales et leurs flux financiers. 

L’Elysée quant à lui, très occupé par la situation interne de la France et de l’Europe, s’est contenté de gérer les encours des projets lancés par Nicolas Sarkozy. Durant 10 ans, l’Elysée n’a fait qu’observer et se lamenter sur la perte de compétitivité de ses entreprises notamment face aux espagnols. D’ailleurs, il se dit dans les coulisses que la visite de LeDrian survient après la panique qui a secoué les responsables français à l’idée de l’attribution aux chinois du projet de la nouvelle LGV Marrakech-Agadir. Un projet annoncé par le roi Mohammed VI dans son dernier discours à l’occasion de la fête de l’indépendance. Tout un symbole!

Pour réagir, la France, habituée à l’argent facile de la Françafrique, opte pour des méthodes dépassées de pressions médiatiques à défaut d’agir positivement en montrant, par exemple, une certaine agressivité commerciale ou en lançant un programme d’investissement ambitieux. En effet, des manoeuvres basses sont lancées régulièrement par la machine médiatique de l’Etat français, à l’image de la campagne commanditée cet été visant à écorcher le bilan des vingts ans de règne du roi Mohammed VI et à la mobilisation inhabituelle du quai d’Orsay et ses appendices médiatiques qui ont servi de caisse de résonance de l’affaire Hajar. La même machine qui s’est pourtant tue sur de nombreuses autres affaires.

Au Sahel et en Afrique de l’Ouest, Paris paie le prix du caractère condescendant et cassant d’Emmanuel Macron

Au Sahel, la recrudescence des attaques armées des jihadistes enregistrant des dizaines de morts parmi les forces militaires maliennes et burkinabés, a installé un sentiment anti-français auprès des populations locales à des niveaux jamais atteints. 

La situation sur le terrain s’est tellement dégradée que le sort de l’alliance G5-Sahel est au bord de l’implosion. Pas plus tard que ce lundi, l’état-major du Burkina Faso, très remonté, a même menacé d’abattre les avions de l’alliance non identifiés, y compris français et maliens. Et au Mali, une vidéo postée sur Facebook par Salif Keita a eu l’effet d’une bombe. Relayée par l’AFP, la vidéo montre le célèbre chanteur malien s’adressant directement au président, Ibrahim Boubakar Keita, lui demandant de ne plus se «soumettre à ce petit Macron». Salif Keita qui réagissait à la mort de plus de 70 soldats maliens en moins d’un mois, accuse la France «de financer les groupes djihadistes qui endeuillent le Mali». 

Dans sa lutte de survie au sein de l’Europe et après avoir annoncé unilatéralement la mort de l’OTAN, Emmanuel Macron, isolé, n’a pas hésité d’utiliser la recrudescence des violences au Sahel pour accélérer la constitution d’une force militaire européenne. Après avoir pillé ses richesses, la France coloniale utilise encore une fois l’Afrique et le malheur de centaines de millions de ses populations comme alibis à un projet hypothétique : «l’Europe de la défense». 

Une situation très bien résumée par le site malien Maliweb dans un édito posté le 19 novembre, réagissant à la déclaration de la Ministre des Armée de France, Florence Parly qui a annoncé la décision de son pays de  de créer une unité de forces spéciales européenne qui seront Dès 2020, aux côtés  des forces spéciales françaises déployées au Mali. : « Au-delà de l’allure chevaleresque, désobligeante voire insultante  envers les Maliens et les Sahéliens en général, l’on note une  volonté manifeste de la France de Macron «d’introduire» toute l’Europe au Sahel avec la bénédiction de Kidal, bien entendu, sans le moindre accord des pays concernés et en absence totale de résolution de l’instance onusienne… Et le pire est à craindre ! »

Par ailleurs, en Afrique de l’Ouest, la fin du Franc des Colonies Françaises d’Afrique, le FCFA , donne des insomnies à l’administration de l’Hexagone. En effet après la décision prise juin 2019 par les 15 États de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao, incluant les 8 États de l’UEMOA) d’adopter en 2020 une monnaie unique, baptisée « eco », huit pays viennent de demander le retrait de leurs réserves de la banque de France. Un pactole qui s’élève à 10 milliards d’euros!

Face à cet énorme risque qu’encourt le trésor français, Macron a envoyé à la manoeuvre le président béninois, Patrice Talon, pour placer le doute chez les africains, en leur expliquant leur incompétence dans la gestion de cette transition. Le geste désespéré du Président Français semble avoir eu un effet inverse vu la quantité des réactions hostiles à la sortie médiatique de son émissaire.

Emmanuel Macron, la chute diplomatique

La deuxième édition du Forum de Paris sur la Paix qui s’est tenue à Paris du 12 au 13 novembre 2019 a été le test grandeur nature de la fin de l’aura diplomatique de président français. L’évènement pourtant lancé par Macron lui même l’an dernier a enregistré l’absence de plusieurs pays africains notamment l’Algérie, l’Afrique du sud, l’Égypte, l’Éthiopie, le Rwanda et même de représentant de l’Union Africaine. Le site d’information Mondafrique qui a qualifié le forum de vaste flop, a énuméré les échecs du Président français et jugeant la lune de miel diplomatique d’Emmanuel Macron de n’être plus de saison.

«Depuis la dernière édition du Forum de Paris sur la Paix, le président Macron a accumulé les difficultés dans sa gouvernance interne, avec notamment les Gilets jaunes. De même, au niveau international, son aura a considérablement chuté. En Europe, les relations avec l’Allemagne se sont crispées. La position de la  France sur le Brexit est jugée sévèrement. La Pologne, l’Italie, la Hongrie et l’Espagne acceptent mal certains discours de la France. Face à la Commission européenne enfin, les choix du président démontrent des erreurs de casting pourtant évidentes. Sans parler des dernières déclarations sur l’Otan, mal comprises, qui irritent beaucoup» s’est alarmé la rédaction de Mondafrique.»

Avec les mutations géopolitiques majeurs que connait le monde depuis quelques années, marquées par la montée de la puissance chinoise, l’affaiblissement de l’Europe et de l’Otan, l’émergence d’un nouvel ordre arabe, la France perd années après année son influence historique sur ses anciennes colonies. Un mouvement de fond est entrain de s’installer en Afrique qui gagne en maturité et cherche son émancipation. L’Afrique ne veut qu’une chose; être respectée et traitée en tant que continent souverains et libre.

Nawfal Laarabi

Nawfal Laarabi

Intelligence analyst at UBERAL
Social media strategist / Intelligence analyst. 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.
Nawfal Laarabi

1 Comment

  1. La France doit savoir que le temps a changé, si elle veut garder son influence en Afrique, elle doit adopter une nouvelle stratégie fondée sur le respect mutuel, la non ingérence dans les affaires internes des pays africains et développer son partenariat, pour garantir les intérêts de tout le monde

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