Le général Qasem Soleimani s’envole pour Baghdad pour tenter de sauver la coalition pro-Téhéran

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La victoire aux législatives irakiennes de la liste proche du dignitaire chiite Moqtada al-Sadr a secoué les arcanes du pouvoir en Iran. Car contrairement à la plupart des autres courants chiites en Irak, Moqtada al-Sadr est loin d’être considéré comme un allié de l’Iran. Bien au contraire, ce trublion de la vie politique de l’Irak a toujours vivement critiqué l’ingérence des Perses dans la chose intérieure de son pays, lui le fervent partisan d’un réel non-alignement. Le silence iranien après la communication des résultats préliminaires, notamment après le sévère revers subi par leur principal allié Nouri al-Maliki, n’a pas duré trop longtemps. Téhéran a dépêché sur place le commandant-en-chef de ses troupes en Syrie, le général général Qasem Soleimani, en vue de tenter de sauver ce qui peut encore l’être et chercher à négocier la constitution d’une nouvelle coalition qui permette de sauvegarder les intérêts de l’Iran en Irak.


Depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, l’Iran est incontestablement l’acteur clé sur la scène irakienne. C’est elle qui fait et défait les différents gouvernements sur place. Et jamais Téhéran n’aurait pensé à un tel scénario politique à savoir perdre ses acquis en Irak et son influence construits sur des décennies de guerres et de complots. L’Iran, trop occupée à soutenir son allié syrien dans une guerre mondiale qui ne dit pas son nom, a surestimé son influence en Irak ne voyant pas venir les vents du changement. Car entre-temps, Washington et Ryadh ont tout fait, à coups de milliards de dollars, pour renverser la vapeur. Et notamment tenter d’attirer vers eux ceux qu’ils appellent les chiites modérés, dont fait partie justement Moqtada al-Sadr. Ce dernier, panarabiste confirmé, et qui a toujours souligné et défendu l’arabisme de l’Irak, s’était rendu en Arabie saoudite l’année dernière où il avait été reçu par le puissant prince héritier Mohamed Ben Salmane.

MBS, en collaboration avec Washington, sentant l’Iran enlisée dans le bourbier syrien, en a profité pour peser de tout son poids sur la scène politique irakienne par la création de nouvelles alliances. Téhéran a laissé faire car elle a sous-estimé les conséquences de ces manœuvres : le trio MBS-Trump-Netanyahu avait alors les mains libres pour sortir l’Irak du giron iranien. L’opération, considérée en son temps comme un bluff par Téhéran, a fini par donner ses fruits lors des dernières législatives, avec la victoire de toutes les listes anti-iraniennes qui vont permettre de renforcer les relations irako-saoudiennes comme une priorité absolue dans la stratégie de l’administration américaine en vue de contenir l’Iran.

Le général Qasem Soleimani est avant tout un soldat, un chef de guerre, et non un médiateur politique. Sa présence à Baghdad ne va faire qu’envenimer une situation déjà explosive. Mais il est clair que l’Iran ne va pas vite s’estimer vaincue et offrir l’Irak sur un plateau d’or à Washington et Ryadh. Des tractations sont en cours pour chercher à mettre en place une coalition gouvernementale qui respecterait en premier l’opinion de l’électeur irakien. Pour cela, il se murmure à Baghdad qu’on pourrait reconduire un gouvernement dirigé par Haider al-Abadi, l’actuel premier ministre, tout en lui greffant le courant de l’ancien chef du gouvernement Iyad Allaoui, mais avec une forte composante de la liste de Moqtada al-Sadr, grand vainqueur des législatives.

L’Iran, à travers son émissaire le général Qasem Soleimani, ne peut que se soumettre à cette «offre», la seule sur la table pour le moment, sauf si Téhéran cherche à activer une troisième option, à savoir celle du pronunciamiento, une sorte de coup d’Etat militaire dans les institutions, et là on doit reconnaître que le général Soleimani est l’«homme de la situation», avec risque de faire replonger l’Irak dans une énième guerre civile.

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