Téhéran

Pour une nouvelle alliance face à l’expansionnisme iranien

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Le retrait américain de l’accord nucléaire iranien a alimenté une réelle angoisse dans les capitales européennes et fait naître de nouveaux espoirs dans le camp adverse. Si l’Europe y voit une menace pour ses intérêts économiques et stratégiques, notamment pour la France qui a développé un axe de coopération très avancé avec Téhéran, en revanche l’axe Washington-Ryadh-Tel Aviv y enregistre une aubaine historique, non pas seulement en ce qui concerne le programme nucléaire iranien, mais également et surtout concernant l’expansionnisme perse qu’il faudra coûte que coûte faire stopper voire reculer. Pour sa part, le Maroc a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran à cause de l’immixtion flagrante de son allié libanais le Hezbollah dans les affaires intérieures marocaines et le soutien militaire et logistique de ce dernier au front Polisario. Et, une première, le royaume du Maroc, dans un communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale, taxe le Hezbollah comme une organisation terroriste alors que jusqu’à récemment le mouvement chiite libanais était considéré comme le porte-flambeau de la Résistance dans la région du Moyen-Orient. Pour comprendre les dessous de ce véritable méli-mélo, nous nous sommes intéressés à deux articles publiés dans la presse américaine, en moins d’un moins, par Ahmed Charai : le premier dans The National Interest et le second dans The Hill.

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Le général Qasem Soleimani s’envole pour Baghdad pour tenter de sauver la coalition pro-Téhéran

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La victoire aux législatives irakiennes de la liste proche du dignitaire chiite Moqtada al-Sadr a secoué les arcanes du pouvoir en Iran. Car contrairement à la plupart des autres courants chiites en Irak, Moqtada al-Sadr est loin d’être considéré comme un allié de l’Iran. Bien au contraire, ce trublion de la vie politique de l’Irak a toujours vivement critiqué l’ingérence des Perses dans la chose intérieure de son pays, lui le fervent partisan d’un réel non-alignement. Le silence iranien après la communication des résultats préliminaires, notamment après le sévère revers subi par leur principal allié Nouri al-Maliki, n’a pas duré trop longtemps. Téhéran a dépêché sur place le commandant-en-chef de ses troupes en Syrie, le général général Qasem Soleimani, en vue de tenter de sauver ce qui peut encore l’être et chercher à négocier la constitution d’une nouvelle coalition qui permette de sauvegarder les intérêts de l’Iran en Irak.

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#Nakba II : Les premières réactions à la décision de Donald Trump de reconnaître Al-Qods comme capitale d’Israël

La première réaction à la décision de Donald Trump de reconnaître Al-Qods comme capitale d’Israël est venue du premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, considérant l’annonce comme «historique» estimant qu’elle n’a que trop tardé.

Pour sa part, Emmanuel Macron a considéré l’annonce comme «unilatérale». Le président français qui s’exprimait en direct depuis Alger où il se trouve pour une visite officielle, a déclaré que la France «ne reconnaît pas» cette décision et a appelé à «éviter la violence» dans la région. De son côté, le CRIF -Conseil représentatif des institutions juives de France- a appelé Emmanuel Macron à emboîter le pas au président américain et reconnaître Al-Qods comme capitale de l’Etat hébreux.

Du côté iranien, Téhéran a vigoureusement dénoncé cette décision dangereuse qui «viole les accords internationaux» alors que la Turquie a qualifié l’acte d’«irresponsable et illégal» appelant Washington a revoir d’urgence cette décision inique.

Le Secrétaire général des Nations unies est resté fidèle à la langue de bois dans laquelle il excelle et estimé qu’il n’y a pas d’autre voie que la «solution des deux Etats» et le «respect du processus de paix».

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, qui s’est entretenu au téléphone avec le président égyptien immédiatement après le discours de Trump, est apparu plus fragilisé que jamais et a promis de réunir d’urgence les instances du mouvement Fatah, tout en dénonçant les propos du président américain. Pour sa part, le négociateur en chef de l’OLP, Saeb Eurekat, estime que Donald Trump a «isolé son pays» par cette décision et l’a accusé d’être un «israélien plus que les israéliens».

Parmi les premières réactions recensées, celle d’Al-Azhar en Egypte qui s’est limitée à «appeler à une réunion mondiale sur Al-Qods en janvier prochain » alors que les ministères des Affaires étrangères en Egypte et en Jordanie se sont limités à une «dénonciation» laconique.

Après l’Afrique et l’Asie, Netanyahu à la conquête de l’Amérique latine

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Jamais un premier ministre israélien en exercice ne s’était rendu auparavant dans un pays d’Amérique latine, et ce depuis la création de l’Etat hébreu en 1948. Benjamin Netanyahu compte ainsi visiter respectivement le Mexique, l’Argentine et la Colombie, un périple de cinq jours qu’il entame dès ce dimanche. Cette tournée latino-américaine intervient une année après celle effectuée par Netanyahu en Afrique de l’Est et qui a conduit le premier ministre israélien en Ouganda, au Kenya, au Rwanda et en Éthiopie. En juin dernier, Netanyahu participait au sommet de la CEDEAO, véritable offensive israélienne en Afrique de l’Ouest avec, comme objectif annoncé, retrouver une place d’observateur au sein de l’Union africaine. Tous ces mouvements ont un but ultime : une normalisation totale des relations avec le groupe des 77 et garantir désormais, à travers cette action, un vote sinon favorable, au moins neutre dans les instances des Nations unies.

Benjamin Netanyahu et sa femme s’envolent vers l’Amérique latine

Historiquement, les pays de l’Amérique du sud sont traditionnellement pro-palestiniens. Dans leur quasi-majorité, ils font partie du G77 réunissant d’anciens pays non-alignés aux côtés de nations africaines et asiatiques. La fameuse Tricontinentale basée à La Havane et dont le Secrétaire général n’était autre que Mehdi Bebarka.

Netanyahu ne se rend pas dans cette région les mains vides. Si pour sa tournée africaine il a misé 1 milliard de dollars pour des projets modernes de troisième génération, en Amérique latine il proposera d’importants contrats d’armement. Il jouera aussi sur la fibre affective et passionnelle en participant à Buenos Aires à une cérémonie à la mémoire des victimes des attentats de 1992 et 1994 contre respectivement l’ambassade d’Israël en Argentine et un centre culturel juif.

Le premier ministre israélien, qui rencontrera également dans la capitale argentine le président paraguayen Horacio Cartes, tentera de convaincre ses interlocuteurs de l’importance de s’allier à un nouveau partenaire au détriment de l’ami palestinien.

Avec ce déplacement en Amérique du sud, Benjamin Netanyahu part armé d’alliances nouvelles et solides en Afrique, ainsi que de nouveaux partenariats en Asie –Inde, Russie, Chine et Japon-  et des contacts avancés avec plusieurs pays arabes, dont des pays importants du CCG et d’autres non signataires d’Accords de Paix avec l’Etat hébreu.

D’ailleurs, en recevant l’année passée le président du Guatemala, Jimmy Morales, Netanyahu avait la certitude que 2017 serait pour son pays celle de la grande offensive diplomatique internationale. Netanyahu ne compte pas s’arrêter là. A New York, il présentera la candidature d’Israël pour un siège permanent…au Conseil de sécurité !

La crise du Golfe, le rapprochement entre Ryad et Téhéran, la suprématie russe dans toute la région du Moyen-Orient, les changements climatiques majeurs qu’on suit désormais on live à la télévision, les flux migratoires de masse ont fait presque oublier la cause centrale des pays arabo-musulmans.

En effet, avec cette vague de normalisations tous azimuts, la cause palestinienne semble être rétrogradée à une place inférieure dans l’échelle des priorités diplomatiques des principales capitales mondiales. Si l’ex-G77 bascule dans le camp israélien, on peut dire de facto que la question palestinienne est pliée.

Abdellah EL HATTACH

Qatar : Le Port-Hamad, une structure qui remodèle l’architecture économique et commerciale dans le Golfe Persique

Si un tiers du trafic maritime pétrolier mondial transite par le détroit de Ormuz en raison de la richesse en hydrocarbures de tous les pays de la région, la construction par le Qatar du nouveau Port-Hamad s’inscrit quant à elle dans l’optique de la Vision 2030 qui cherche à remanier le modèle économique du pays et préparer la période de l’après-pétrole. Les pays du Conseil de coopération du Golfe ont, depuis leur création, adopté diverses mesures pour garantir la navigation dans le détroit en sécurisant les exportations de pétrole en vue de contrecarrer l’influence de l’Iran. Mais avec le blocus économique imposé par quelques pays du CCG à un pays membre qu’est le Qatar, ce dernier, en inaugurant le plus grand port du Moyen-orient, rééquilibre ainsi les rapports de force qui se déploient dans la région au détriment des intérêts des populations locales.


Depuis trois mois et demi que dure la crise politique qui oppose l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Bahreïn au Qatar, chaque jour qui passe sans confrontation militaire est un jour de gagné. Car, dans une région en ébullition, où l’Iran, sous l’égide de Moscou, prend de plus en plus d’ampleur militaro-diplomatique, l’Arabie saoudite vit mal les victoires successives du régime de Bachar al-Assad appuyé par Téhéran et le Hezbollah libanais. La froideur de la relation entre Doha et Ryad, et l’animosité qui caractérise la relation entre l’Arabie saoudite et l’Iran, a fait se réchauffer les relations bilatérales entre le Qatar et Téhéran. L’espace aérien iranien a permis aux aéronefs du Qatar d’amortir le choc du blocus, de même pour l’espace maritime. C’est ainsi que la politique des pays du CCG de se positionner face à l’Iran et de déployer toute leur diplomatie en vue de déstabiliser le puissant voisin perse s’est vu profiter pleinement au couple Téhéran-Doha qui a su tirer son épingle du jeu face aux pressions de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis.

Et l’inauguration par l’Emir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani, du nouveau Port-Hamad, entre le cadre d’un vaste plan qui vise à augmenter les exportations non pétrolières vers le reste du monde et dont l’immense marché iranien sera un des premiers clients et bénéficiaires.

Cela permettra tout d’abord d’assurer la sécurité alimentaire du Qatar et ensuite de promouvoir la diversification économique du pays, sa souveraineté et son indépendance. Ainsi, les grands navires vont désormais pouvoir directement décharger leurs conteneurs au niveau du nouveau complexe Port-Hamad.

D’une capacité annuelle de 7,5 millions de conteneurs (à titre de comparaison, Tanger-Med est à 2,9 millions de conteneurs annuels), les terminaux et quais du Port-Hamad sont dédiés aux céréales, aux véhicules et au bétail. L’actuel port de Doha sera transformé en un terminal international de plaisance et de croisière, alors que la nouvelle superstructure Port-Hamad, inaugurera de nouvelles routes maritimes vers Oman, le Koweït, l’Inde, la Chine, le Pakistan et la Turquie.

Les Etats-Unis d’Amérique suivent de très près ces évolutions. Ils voient d’un très mauvais œil l’hégémonie iranienne et la suprématie grandissante des russes sur les différents dossiers du Moyen-orient. Et le Qatar –également allié de la Turquie- qui se greffe à ce duo gagnant n’est pas pour plaire à Washington, encore moins aux israéliens secoués par la visite secrète de Hassan Nasrallah à Damas sous couverture irano-russe.

Le Maroc à l’honneur

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Placé à la droite de Cheikh Tamim par le protocole qatari, Habib Malki a eu une présence remarquée aux côtés de l’Emir du Qatar lors de cette cérémonie. La forte délégation marocaine, qui comptait aussi dans ses rangs l’influent ministre Moulay Hafid Elalamy, réputé très proche des hautes sphères du pouvoir au Maroc, a véhiculé un signal fort du Maroc quant à la nouvelle orientation de la politique étrangère du royaume. Le Maroc n’a pas d’ennemis éternels, ni d’amis éternels. Seuls les intérêts comptent et demeurent. Rabat a compris que le centre du pouvoir mondial a migré de l’Occident vers l’Orient, tant sur le plan diplomatique qu’économique et militaire. Mais les américains ne s’avoueront jamais vaincus. Washington tente d’exploiter au maximum la crise en Corée pour dévier les regards de l’opinion internationale de ce qui se passe au Moyen-Orient et de perpétuer, chez la nouvelle alliance gagnante, un puissant foyer de tension en vue de l’empêcher d’étendre encore plus son influence, militaire notamment.

De nouvelles alliances se font et se défont. Des choix sont à faire. Des alignements s’imposent. La réunion au sommet des pays du BRICS tenue à Pékin a mis davantage de pression sur les Etats-Unis et aura un impact majeur sur la politique extérieure américaine, non pas dans les mois ou semaines à venir, mais dans les jours, voire les heures, qui viennent.

C’est pour cela qu’il est intéressant de suivre de très près la politique du Qatar et ses choix stratégiques car ils nous guideront inéluctablement vers les fondamentaux qui feront les alliances de demain.

Le blocus qui cherchait à isoler le Qatar de son environnement régional et international a eu l’effet contraire. Doha a su exploiter cette crise majeure qui compte parmi les plus importantes de son histoire contemporaine, afin de s’offrir de nouvelles perspectives : aller de l’avant dans les réformes, nouer de nouvelles alliances, créer de nouvelles opportunités économiques, s’imposer comme maillon de solution et s’affirmer comme acteur d’ouverture sur le monde.

Le Maroc devrait s’inspirer de cette expérience et en faire un vrai cas d’école : ne pas avoir peur des crises mais au contraire les affronter et en sortir fort et renforcé.

Abdellah El Hattach

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Donald Trump en Arabie saoudite : Le hold-up du siècle !

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Le roi Salmane Ben Abdelaziz d’Arabie saoudite, accompagné du président américain Donald Trump et de plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement de pays musulmans ont inauguré dimanche, à Ryadh, le “Global Center for Combating Extremist Ideology” -Centre international pour la lutte contre les idéologies extrémistes. Le but de ce centre, qui vient couronner les travaux du premier sommet Etats-Unis/Pays musulmans, est le suivi et l’analyse des médias de tout genre, ainsi que les réseaux sociaux, en vue de s’assurer qu’ils soient exempts d’idéologies terroristes. Mais l’événement le plus marquant a eu lieu la veille, samedi. Le Saudi-U.S. CEO Forum a réuni l’establishment économique saoudien et son homologue américain et mobilisé la crème des CEO US pour s’achever par la signature de méga-contrats d’une valeur de 400 milliards de dollars dont 110 libérables immédiatement.

Pour la première fois de leur histoire, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite signent un accord écrit. Pour la première fois de l’histoire américaine, presque tout le gotha du Nasdaq et de Wall Street a fait le déplacement à Ryadh pour signer de juteux accords avec les saoudiens. Il est effectivement extrêmement rare de voir réunis autour du président américain les top executives du NYSE pour signer des contrats mirobolants à même de garantir la création de centaines de milliers d’emplois aux Etats-Unis. C’est chose faite à Ryadh : Jamie Dimon, patron de JPMorgan Chase & Co., Steve Schwarzman, CEO de Blackstone Group LP CEO, Marillyn Hewson, numéro un de Lockheed Martin Corp., Steven Demetriou, patron de Jacobs Engineering Group, Dennis Muilenburg, président de Boeing, entre autres patrons de General Dynamics Corp. et Raytheon Co.’s, avec à la clé 400 milliards de dollars de commandes et un accompagnement tous azimuts de la Vision 2030.

L’Arabie Saoudite, qui veut s’affirmer comme la base alliée et la porte d’entrée des intérêts américains dans la région, se trouve ainsi coincée entre l’hégémonie des Etats-Unis qui reviennent en force sur le plan militaire et du renseignement, et la ‘menace’ iranienne qui était le point central de l’ordre du jour du sommet USA/pays musulmans. Téhéran est accusée par les saoudiens de menacer la stabilité intérieure du royaume et d’être l’instigateur de tous les conflits de la région.

Aujourd’hui, les Etats-Unis vont booster l’activité de leur complexe militaro-industriel et garantir une paix sociale et politique à Washington, le tout payé cash par les saoudiens et les émiratis. Pour financer tout ça, Ryadh est tenue de mener la plus grande opération de privatisation de ses fleurons industriels, dont principalement le géant ARAMCO, avec à l’horizon quelque 200 milliards de dollars de revenus pour le compte de l’Etat qui va les dépenser illico dans la lutte antiterroriste à travers le financement du Global Center for Combating Extremist Ideology, une sorte de NSA bis spécialisée dans le tracking des mouvements extrémistes au Moyen-Orient et en Afrique du nord.

Avec une tendance haussière du prix du baril de pétrole grâce à une nette baisse de la production des pays de l’OPEP, l’Arabie saoudite peut compter sur des revenus supplémentaires pour combler ses graves déficits et satisfaire le grand appétit américain aux dépens de son développement. Même si l’ambitieux programme Vision 2030 a été justement mis en place pour réduire la dépendance saoudienne du pétrole et développer des ressources alternatives pour relancer les secteurs de la santé, de l’éducation, des infrastructures et du tourisme à l’instar de ce qui se fait à Dubaï.

Avec 400 milliards de dollars en poche, Donald Trump s’est immédiatement dirigé vers Israël, non seulement pour se recueillir sur le Mur des Lamentations comme il l’a fait une fois arrivé à Al-Qods occupée, mais également et surtout pour assurer à l’Etat hébreux le plein engagement de Washington à garantir sa sécurité et sa pérennité et à soutenir son droit à l’expansion et à la colonisation.

Abdellah EL HATTACH