Fact-checking : Google et Ecobank ont-ils conclu des partenariats pour renforcer l’offre numérique de la banque ?

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La banque panafricaine Ecobank dont le siège social se trouve à la capitale togolaise Lomé, a enchainé la diffusion à très grande échelle de communiqués faisant état de plusieurs partenariats avec Google. Le dernier en date, annonce une offre de solutions digitales pour les PME africaines dans le cadre d’une collaboration avec le géant américain du web. Le contenu de cette collaboration nous a mis la puce à l’oreille. Quel intérêt aurait Google à conclure un partenariat avec une banque pour commercialiser un service gratuit comme Google My Business ? Les deux partenaires ont-ils communiqué conjointement sur le sujet ? Pour satisfaire notre curiosité nous avons mené notre petite enquête qui a permis de savoir ce qu’il en est. 

Durant le mois de mai, Ecobank a fait appel, à deux reprises, à la société suisse APO Group spécialisée dans la diffusion de communiqués de presse. L’objectif du contrat est d’inonder la toile par des les éléments de langages suivants : «En raison de la pandémie du Covid-19, Ecobank, banque engagée, s’est alliée avec Google pour renforcer son offre digitale».

Le premier communiqué annonçait qu’Ecobank et Google collaboraient pour permettre aux enfants africains de continuer leur apprentissage pendant la pandémie de COVID-19.

Quand on a examiné de plus près cette annonce, on découvre le pot aux roses. Ecobank n’a ni élaboré, ni participé à l’élaboration d’aucun produit ou contenu destiné à l’éducation des enfants.

En effet, dans sa communication elle ne fait q’encourager et inviter à suivre d’une part un Webinar de Google sur la sécurité informatique destiné aux familles et de télécharger, d’autre part, depuis Google Play, une sélection d’applications mobiles développées depuis des années par d’autres éditeurs.

Certes, avec cette communication, Ecobank fait de la promotion du contenu et des services de Google, mais contrairement à ce quelle a voulu faire comprendre, elle n’a apporté absolument aucune valeur ajoutée à cette population qu’elle dit vouloir soutenir.

Quand au second communiqué qui date du mercredi 20 mai, l’établissement bancaire se félicitait encore une fois d’un partenariat avec Google qui consisterait à une offre de solutions numériques adaptées aux PME clientes d’Ecobank.

Derrière les mots pompeux de solutions numériques, Ecobank faisait allusion à l’annuaire gratuit Google My Business et la régie publicitaire Google Ads. Sic!

A ce titre, nous allons laisser à nos lecteurs le plaisir de lire et de juger eux-mêmes les contradictions des déclarations d’un haut cadre de la banque, cité dans le communiqué de presse: « En tant que pionnier de longue date dans la fourniture des solutions digitales de pointe aux entreprises africaines À date, Ecobank était connue pour être une banque et non une SSII- , nous sommes heureux de collaborer avec Google pour mettre à disposition des facilités adéquates et pratiques, notamment, Google My Business et Google Ad. Ces produits sont spécifiquement mis au point pour répondre aux besoins de nos clients PME » – Donc selon cette responsable, Google aurait développé des produits spécifiques aux clients d’Ecobank -.

« (…) C’est donc logique que nous nous soyons associé à Google pour aider à développer les capacités de nos clients PME. Nous cherchons fondamentalement à les aider à devenir prospères en adoptant la voie de la technologie, devenue aujourd’hui indispensable à la pérennité des entreprises» – La doctrine d’Ecobank pour la transformation digitale des PME africaines se résume donc à les inscrire dans l’annuaire Google et les faire payer de la publicité -.

A cette étape il devient clair qu’Ecobank n’a finalement conclut aucun partenariat avec Google et qu’elle n’avait finalement élaboré aucun contenu digital pour les enfants africains, ni de solutions numériques pour ses clients. D’ailleurs Google n’a fait aucune communication sur ces sujets.

Toutefois, des interrogations persistent : Pourquoi donc, faire tout ce tapage ? Pourquoi ça n’a concerné que le web ?

Nous avons alors décidé de continuer notre investigation.

Pour être tout à fait transparent, nous n’avons pas eu à chercher longtemps pour avoir les premiers éléments de réponse. Car ils étaient sous nos yeux.

En effet, à la relecture du communiqué en date du 20 mai, le paragraphe ci-après nous a mis sur la piste :

«La gamme de produits digitaux proposée par Ecobank est devenue d’autant plus pertinente que le confinement et la distanciation physique ont été imposés par la pandémie du COVID19.
L’offre de produits bancaires digitaux de Ecobank couplée à cette collaboration avec Google se présente comme un catalyseur de succès pour les PME
».

Jusque là, la banque nous a suggéré qu’elle disposait d’une offre digitale opérationnelle et de surcroît labellisée Google. Mais la suite va déstructurer cette croyance chez tout lecteur avisé :

«Cette gamme de produits digitaux sera accessible aux clients PME de Ecobank dans toute l’Afrique subsaharienne, dès le mois de mai 2020

Ecobank joue donc au marchand de sable!

Ecobank très en retard dans sa transformation numérique

Le management de la banque togolaise a été complètement pris de court par la pandémie du coronavirus. Les décisions de confinement et les états d’urgences sanitaires décrétés par presque tous les pays africains ont mis à nu le système d’information de l’établissement bancaire.

Ce réveil douloureux de la banque panafricaine a donné lieu à une course contre la montre pour sauver les meubles et exposer progressivement des services sur le web pour une clientèle qui ne pouvait que très difficilement se déplacer vers les agences, avec tous les risques de contamination à la Covid-19. De plus, les PME dans leur lutte de survie, après l’arrêt brutal de l’économie et à l’heure du télétravail et de la distanciation sociale, n’ont plus le choix que de privilégier des partenaires à même de les accompagner dans le virage numérique accéléré par la pandémie.

Et dans l’attente du déploiement de ses produits digitaux, Ecobank société cotée sur plusieurs places boursières africaines se devait de maintenir envers les investisseurs, une communication qui la présentait comme une banque connectée, engagée socialement et disposant d’une offre digitale «rassurante» et labellisée au diapason de ses concurrentes du continent. D’où la décision de faire appel aux services de la société suisse APO Group, spécialisée dans la saturation des moteurs de recherche.

L’opération a un effet positif sur la e-réputation sur le court terme mais comporte un risque très important sur le moyen et long terme surtout quand on fait l’erreur d’associer à son insu un géant mondial tel que Google.

Crise sanitaire : Ahmed Charaï appelle les politiques à prendre leur responsabilité face aux scientifiques en mal de data

Dans une tribune parue dans la revue américaine The National Interest et dans un dossier spécial de l’Observateur du Maroc, Ahmed Charaï s’est interrogé sur le rôle des politiques face aux scientifiques dans la gestion de la crise sanitaire du Coronavirus. Et il n’y va pas par quatre chemins : «Sommes-nous otages des scientifiques ? », «Les politiques ont-il abdiqué face à la communauté scientifique, fortement liée, aux intérêts de puissants laboratoires ?» s’est-il indigné.

Ahmed Charaï qui avait fustigé dans un édito paru sur le quotidien espagnol «La Razón», au tout début de la pandémie, la panique et l’égoïsme des pays européens dans leur gestion de la crise, appelle aujourd’hui les politiques à ne plus se cacher derrière les scientifiques et à prendre leur responsabilité dans un contexte économique et social mondial très inquiétant.

L’éditorialiste estime que la communauté scientifique, au lieu de rassurer, «renforce les incertitudes, crée le désarroi, la panique» et qu’elle est encore dans le stade de compilation des flots de données. Il a dans ce sens souligné que le rôle des dirigeants politiques est de rassurer le public en fixant des normes et en arbitrant entre une santé publique efficace et une économie saine et non pas d’annihiler un risque sanitaire qu’ils ne peuvent gérer.

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L’entreprise face au COVID-19 : «Quels rôles de la fonction Ressources Humaines ?» par Kamal Fahmi, Directeur Général de Progress Consulting

Depuis l’éclatement de la crise sanitaire du Covid-19, la fonction RH est sur tous les fronts : mise en place de mesures de protection des collaborateurs, organisation du travail à distance, gestion administrative des impératifs des organismes de sécurité sociale et surtout le maintien d’une communication interne permanente. Bref, les responsables des ressources humaines sont au coeur de la crise, jonglant au mieux entre obligations et prévention. Kamal Fahmi, un professionnel des ressources humaines, Risk Management et RSE, Directeur Général du cabinet conseil Progress Consulting, nous livre dans une tribune, les mesures clés qu’il préconise aux responsables des ressources humaines pour faire face à cette situation inédite.

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Covid-19 : A partir du jour d’après, une société se jugera à l’état de ses hôpitaux

« Le Monde ne sera jamais plus pareil ». Cette incantation post-apocalyptique, entendue à chaque fois que l’Humanité est marquée par une crise globale soudaine et inattendue, semble raisonner de nouveau dans nos esprits, tel un écho sans fin, dans ce double contexte de chaos sanitaire mondiale et de grave récession économique. Rien, absolument rien, et encore moins les outils de coopération issus des mécanismes multilatéraux post Bretton Woods, n’a pu empêcher la propagation, aujourd’hui planétaire, d’un virus né en Chine ébranlant sur son passage toutes les idées reçues et les certitudes que nous nous faisions sur la réalité de notre Monde. Rien, absolument rien, et encore moins les leçons censées avoir été retenues des expériences passées du SRAS, du MERS, du H1N1 et d’Ebola, n’a permis d’endiguer, de limiter ou de maitriser l’inévitable propagation mondiale d’un virus parti de Chine.

C’est cette mondialisation, sous ses différentes formes dont la libre circulation, certes contrôlée, qui en découle, qui est pointée du doigt et qui est, trop souvent, clouée aux piloris par les observateurs. Il est indéniable que l’effet papillon – un badaud qui se nourri vraisemblablement d’un pangolin acheté sur le marché de Wuhan entraine la mort de milliers de personnes à travers le monde, ou plutôt l’effet domino, causé par une épidémie partie de Chine devenue une pandémie présente dans plus de 170 pays, reflètent l’interdépendance économique induite par la mondialisation. Or de tous temps, c’est cette même interdépendance économique qui a causé les pandémies les plus meurtrières de l’Histoire. Si les tenants du discours un peu trop facile, admettons-le, de la nécessaire démondialisation risquent d’avoir encore de beaux jours devant eux grâce au nouveau Coronavirus, il n’en reste pas moins que la mondialisation, telle qu’on la connait aujourd’hui, telle qu’on la vit, doit être fortement repensée. Nous nous pensions à l’abris d’un tel questionnement, seulement effleuré lors de la crise financière de 2008 et si vite oublié depuis, mais le Covid-19 nous démontre, tous les jours davantage, que les socles sur lesquels repose depuis des décennies notre société de consommation présentent d’importantes fragilités. Cette pandémie nous révèle leur ampleur tout autant qu’elle souligne les limites d’une absence de régulation du marché ou d’économies trop interdépendantes et trop interconnectées, y compris lorsqu’il s’agit de santé publique.

En 2008, c’est la crise des « subprimes » qui avait conduit à la faillite de Leman Brothers puis à la crise du système financier international, ayant par la suite engendré une crise économique ayant principalement impacté les pays membres de l’OCDE. Les Etats (riches) ont choisi de manière coordonnée de sauver leur système financier en injectant de l’argent dans les banques, sans faire évoluer d’un iota les principes macroéconomiques, notamment budgétaires et monétaires, et sans bouleverser les paradigmes financiers.

le Covid-19 nous démontre, tous les jours davantage, que les socles sur lesquels repose depuis des décennies notre société de consommation présentent d’importantes fragilités

En 2020, c’est une crise sanitaire mondiale sans précédent, donc une crise qui touche l’Homme, qui bouleverse les lois du marché, à savoir l’offre et la demande, mais également les principes de base de l’économie ; le capital et le travail. En l’absence de traitement et de vaccin contre le Covid-19, le confinement obligatoire, qui reste à ce jour le seul dogme préventif pour lutter contre la propagation du virus afin d’empêcher la saturation des systèmes nationaux de santé, réduit considérablement l’offre (l’activité productive est au ralenti en Chine, usine du monde et également l’un de ses principaux marchés, mais aussi dans les principales puissances industrielles) et entraine un très fort ralentissement de la demande, qui se focalise essentiellement désormais sur les produits de toute première nécessité. Pour l’ensemble de ces raisons, la crise sanitaire actuelle risque, dans les prochaines semaines, d’avoir des répercussions économiques et sociales au moins toutes aussi importantes dans leur impact que celles vécues lors de la crise de 1929.

Le Coronavirus a brisé les chaines de production et d’approvisionnement mondiales, y compris dans le domaine sanitaire, engendrées par la globalisation et la division internationale du travail. Cette crise, au-delà de ses graves répercussions économiques, à court et à moyen termes, met également en lumière l’absence de souveraineté nationale en matière de produits dits stratégiques ou vitaux pour un Etat. Et c’est sans doute essentiellement dans ce domaine, au-delà des répercussions économiques, sociales ou encore psychologiques, qu’il y aura nécessairement un « avant » et un « après » Covid-19. En effet, cette crise laissera une trace telle dans les esprits que plus jamais une Nation, qui a les moyens de se prémunir contre les risques de pénuries de médicaments, d’appareils de santé, de produits sanitaires ou encore de tests de dépistages, ne se permettra de continuer à sous-traiter ou à déléguer à d’autres son approvisionnement sur le plan de la santé publique. Les stocks sanitaires publiques, jadis décriés voire même caricaturés, seront désormais encouragés et deviendront la norme. Les investissements publics dans le secteur de la santé, qui doit pouvoir relever, au même titre que la défense ou de la sécurité, du domaine régalien de l’Etat se démultiplieront.

La crise sanitaire actuelle risque, dans les prochaines semaines, d’avoir des répercussions économiques et sociales au moins toutes aussi importantes dans leur impact que celles vécues lors de la crise de 1929

Sauver l’économie ou sauver des vies ? Telle est l’équation ou le dilemme auxquels font face quotidiennement de très nombreux dirigeants à travers le monde, d’où le tâtonnement ou les contradictions qui peuvent parfois être relevés dans les discours de certains décideurs politiques occidentaux. Deux doctrines s’affrontent : Celle, d’abord, qui consiste à libérer les Etats en temps de crise, ou en temps de guerre sanitaire contre le Coronavirus, de leur orthodoxie budgétaire en laissant filer les déficits pour faire face aux effets du confinement obligatoire, en venant massivement en aide aux entreprises, en préservant les emplois et en assurant un large éventail de prestations sociales. Elle peut être résumée à l’expression du Président Macron « quoi qu’il en coute ». Selon l’Insee, l’institut de prospective et de statistiques français, chaque mois de confinement coûtera au moins trois points de PIB en moins à la fin de l’année.

Par opposition à cette expression du Président français on pourrait retenir la déclaration du Président Trump « We can’t let the cure be worse than the problem », autrement dit la solution – à savoir le confinement et l’arrêt partiel de l’économie qui en découle est potentiellement destructeur pour la première puissance économique mondiale – ne peut être pire que le problème, à savoir la crise sanitaire. Le Président Trump qui s’oppose à un « lockdown » général du pays, au moment où plus d’une vingtaine d’Etats, dont ceux de New York et de Californie, sont en confinement obligatoire, souhaite « rouvrir » le pays à l’échéance du 12 avril, au moment où l’OMS prédit que les Etats-Unis seront le prochain épicentre de la pandémie. Le rebond des marchés financiers, conséquence de cette déclaration et l’approche de l’échéance électorale du mois de Novembre conforteront davantage le Président américain dans cette position, à moins que la multiplication des contaminations et des décès liés au Covid-19 dans ce pays ainsi qu’une détérioration rapide de la situation sanitaire ne conduisent le Président Trump, qui assure que les Etats-Unis ont les moyens de démultiplier rapidement et efficacement la capacité de réponse de leur système de santé face à la multiplication des cas à venir, à faire de nouveau évoluer sa position. Il n’en serait alors pas à sa première volte-face.

Les investissements publics dans le secteur de la santé, qui doit pouvoir relever, au même titre que la défense ou de la sécurité, du domaine régalien de l’Etat se démultiplieront.

Les hésitations de Boris Johnson qui ont précédé la mise en place du confinement en Grande-Bretagne ou encore le choix de l’Allemagne de miser sur la distanciation sociale mais pas encore sur le confinement obligatoire démontrent la réticence de certaines des principales puissances économiques à mettre en place le confinement obligatoire au risque de déstabiliser fortement leur économie.  Si la France a fait le choix assumé du confinement obligatoire, on assiste en parallèle à l’émergence d’un discours officiel de mobilisation autour du patriotisme économique qui consiste à promouvoir le « consommer français » ou à inviter les français à « aller dans les champs » pour aider les agriculteurs au mépris des règles actuelles de confinement.

Plus globalement, les Etats, pendant que la majorité d’entre eux s’interrogent sur la pertinence du confinement ou sur la nécessité de le lever au plus tôt, ont choisi, au-delà des mesures sanitaires, d’injecter plus de 6000 milliards de dollars (dont 5000 milliards de dollars à travers le G20), soit beaucoup plus qu’en 2008, pour mettre fin à cette crise sanitaire ou pour réduire son impact économique. La crise de 2008 et celle de 1929 venaient de la finance, soit du système économique lui-même. La crise économique actuelle, issue d’un choc sanitaire, n’est pas systémique, même si elle met en lumière de nombreuses fragilités. D’ailleurs l’économie, fortement appuyée par les Etats, repartira sans doute d’elle-même, tout aussi vite qu’elle s’est arrêtée. Les experts prévoient, d’ailleurs, une croissance de l’ordre de 6 ou 7% en 2021.

Mais en l’absence de concertation internationale, au moment où chaque pays, sans doute légitimement, joue sa propre partition, on est en droit de nous interroger sur le caractère obsolète des mécanismes du multilatéralisme face à un tel défi venu se présenter au Monde de manière totalement imprévisible, qui voit non seulement le système international être totalement exsangue et incapable d’endiguer la propagation d’une telle pandémie, mais tout aussi incapable à ce jour de réunir l’ensemble de la communauté international autour d’une base commune de réponses concertées à apporter. Alors qu’il n’y a eu à ce jour aucune réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU, aucune réunion du G7, seulement qu’un Conseil européen tenu en vidéoconférence qui nous parait déjà si lointain et qu’un Sommet virtuel du G20, tenu somme toute assez tardivement dans la chronologie de cette crise, seule la lueur de l’OMS, qui doit être aujourd’hui considérée davantage comme un organe d’autorité sanitaire plutôt qu’une organisation de concertation et de coopération internationale, continue à scintiller dans le ciel bien sombre du multilatéralisme.

La crise économique actuelle, issue d’un choc sanitaire, n’est pas systémique

Au moment où l’Europe est l’actuel épicentre de la pandémie, c’est bien entendu l’Union Européenne, ou plutôt son absence, qui cristallise tous les questionnements. Déjà fragilisée par le Brexit, l’UE, qui s’est doublement construite sur le principe de solidarité d’après-guerre et d’après chute du bloc de l’Est, semble se défaire par son absence de solidarité face cette crise européenne sans précédent. L’appel à l’aide de l’Espagne, qui vient de dépasser la Chine dans le décompte macabre du nombre de morts causées par le Covid-19, à l’OTAN, la Chine qui vient en aide à l’Italie, où les images de remplacement du drapeau européen par le drapeau chinois se multiplient, ou encore le détournement en République Tchèque des masques chinois censés être livrés à l’Italie resteront dans les esprits comme les marqueurs de la faillite de l’Europe. Cette crise mondiale et l’explosion de cette pandémie réduit l’UE à son plus simple appareil, à savoir un mécanisme de concertation budgétaire, monétaire et financier. Et encore, avec l’explosion des déficits à venir dans les Etats membres et la mise en suspens du Pacte de Stabilité ou alors avec l’impossibilité pour la BCE de baisser davantage son taux directeur compte tenu des taux d’intérêts déjà négatifs, que peut-il rester aux institutions financières et monétaires européennes ? Sans doute la capacité certaine de pouvoir sortir le chèque pour financer les plans de relance économique (mais aussi les filets sociaux) une fois la crise sanitaire terminée dans le Vieux Continent, mais nous n’en sommes pas encore là.

Nous l’avons vu plus haut, l’interdépendance dans un Monde globalisé a été un facteur de propagation de la pandémie et d’accélération de la récession économique, or dans ce Monde qui restera in fine globalisé, avec des ajustements qui s’imposeront d’eux-mêmes, seule une réponse globale et concertée pourra contribuer à sortir dans six mois, ou peut-être plus, de la crise sanitaire et dans un an, ou peut-être plus, de la crise économique, de la récession ou, pire encore de la dépression. « C’est à travers la mondialisation de la recherche médicale et à travers le multilatéralisme, la coopération entre Nations, que les maux du Covid-19 seront combattus ». Telle était ma conviction, exprimée, il y a quelques semaines, dans une précédente Tribune. Celle-ci est confortée aujourd’hui malgré l’absence d’avancées en termes de coopération internationale.

C’est, en effet, ce multilatéralisme réinventé qui nous permettra de sortir du spectre du paradigme de la gestion évolutive, seule réelle politique mise en place actuellement dans de nombreux pays. Comment peut-il vraiment en être autrement d’ailleurs ? Deux priorités, plus que toutes autres, semblent être inévitables et doivent pouvoir s’imposer, au plus vite, dans un agenda de concertation globale :

– D’abord, en l’absence de traitement validé par la communauté médicale et de vaccin, il est impératif que les stratégies de sortie du confinement généralisé soient coordonnées à l’échelle internationale. Rien ne pourrait être, en effet, plus grave pour l’économie mondiale qu’une sortie graduelle dans le temps et à géographie variable des Etats de leur confinement obligatoire sans concertation internationale. Si la courbe de la contagion des patients atteints du Coronavirus doit être étalée dans le temps pour préserver les systèmes nationaux de santé et éviter ainsi une situation de saturation désastreuse sur le plan sanitaire, il serait catastrophique pour l’économie mondiale d’observer en corolaire un aplanissement dans le temps de la courbe de la baisse exponentielle de l’activité et de la production industrielle. Cela aurait comme effet d’empêcher un « reboot » complet du système, à moins que les pays qui lèvent leur confinement mettent à profit la relance de leur activité productive pour venir en aide aux Nations toujours en confinement dans un esprit de solidarité et d’interdépendance vertueuse, d’autant plus qu’il sera bénéfique pour leur propre économie.

– Ensuite, la concertation internationale, donc le multilatéralisme, sera évidemment essentielle dans la mise en place d’un plan de relance multidimensionnel de l’économie mondiale. Il faudra aller bien entendu, tant la récession sera globale, au-delà et de la panoplie de mesures efficaces de soutien à l’économie mondiale et à la finance internationale mise en place à travers le G20 lors de la crise de 2008. Ce plan global de relance, contrairement à celui de 2008, ne devrait pas uniquement concerner les économies de l’OCDE mais plutôt celle de l’ensemble des pays touchés par le Covid-19 et par ses conséquences économiques et sociales potentiellement dramatiques. Comme d’habitude le continent africain sera en première ligne des besoins et une attention particulière devra être accordée au soutien des économies africaines (et aux différents systèmes de santé nationaux) dont certaines sont habituées à être confrontées à des crises sanitaires majeures telles qu’Ebola ou le VIH. L’Afrique, qui selon de nombreux experts devrait être le dernier épicentre ou foyer de la pandémie de Covid-19, risque fortement et malgré elle, faute de moyens d’appliquer un confinement généralisé stricte et en l’absence de système de santé capable d’absorber un flux continu de patients, de devenir un réel laboratoire du principe de l’immunité collective – un temps cher à Boris Johnson et toujours appliqué au Pays-Bas et dans une moindre mesure dans certains pays scandinaves – mais au prix d’un désastre humanitaire sans nom. Un de plus.

La concertation et la coopération entre Etats, déjà observées sur le plan médical et scientifique à travers la recherche de vaccin, la mise en place à grand échelle d’essais cliniques de traitement – incluant l’essai européen « Discovery » qui teste actuellement quatre traitements et cinq molécules, dont la fameuse et prometteuse chloroquine – mais aussi la simplification des tests de dépistages, pourraient être élargie à la réflexion autour de la définition d’une procédure de sortie de confinement suffisamment efficace pour annihiler les risques de rebond de la pandémie. Le benchmark chinois s’impose bien entendu, mais le cas coréen peut également être pertinent. Partant de ces deux exemples et du postulat de l’absence prolongée de vaccin ou de traitements disponibles, les confinements généralisés imposés dans de nombreux pays doivent à la fois permettre d’éviter la saturation des systèmes de santé mais aussi de laisser le temps aux différents gouvernements d’être en mesure de proposer une démultiplication des tests de dépistage, qui reste en définitive, sans réponses médicales ou cliniques avérées, la seule mesure permettant de lever le confinement une fois le pic de contamination de la population atteint.

Le dépistage à lui seul ne peut empêcher la diffusion et la propagation massive du virus. Il ne peut pas non plus permettre d’éviter le confinement. Il peut, cependant, lorsqu’il est accompagné d’un contrôle strict et d’une traçabilité complète des déplacements et des contacts des individus testés positifs – qui sont dès lors invités à s’isoler – permettre d’accompagner la levée du confinement obligatoire. Pour éviter d’en arriver là, les coréens qui disposaient d’une importante capacité de production de tests, héritée de l’expérience de ce pays lors des épidémies du SRAS et du MERS, ont accepté de restreindre leur droit à la vie en privée en permettant aux autorités d’avoir accès, à travers l’utilisation des données de leurs smartphones, de leurs informations bancaires et de la méthode de « back tracking », à l’ensemble des personnes avec qui ils sont entrés directement ou indirectement en contact. Ce « tracking » est rendu d’autant plus efficace qu’il est également accompagné de l’utilisation massive en Corée du Sud de caméras de vidéosurveillance.

La Chine, qui sort progressivement du confinement, met en place des mesures similaires pour éviter un redémarrage de l’épidémie. En l’absence de solution sanitaire pour combattre le Covid-19, la restriction des libertés, dans un esprit de contribution volontariste à un effort collectif, semble être, pour le moment, le seul système de réponse valable et efficace. Au-delà des sacrifices économiques et des nombreuses pertes en vies humaines, cette crise sanitaire sans précédent impose aujourd’hui une restriction momentanée des déplacements et des contacts et imposera sans doute demain, dans les pays les mieux organisés et les mieux équipés, une limitation, sans doute plus durable, du droit à la vie privée. C’est le lourd tribut à payer lors de cette guerre mondiale, sans feu nourri, contre un ennemi, sans bannière, sournois et invisible.

Gouverner c’est prévoir, mais face à l’imprévisible gouverner devient agir

A situation exceptionnelle, sacrifices exceptionnels donc. Mais, tout autant, à situation évolutive, gestion évolutive et solutions évolutives. Si la propagation du virus n’est pas figée, donnant l’impression d’avoir toujours une longueur d’avance sur les décideurs politiques, ce qui pourrait d’ailleurs expliquer les hésitations et les improvisations de certains d’entre eux, la doctrine pour faire face à cette crise n’est pas, non plus, figée, tant la vérité du jour peut être différente de celle du lendemain. Gouverner c’est prévoir, mais face à l’imprévisible gouverner devient agir. Face à cette crise il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises décisions mais seulement des décisions nécessaires, prises en conscience et en responsabilité dans un soucis de préserver l’intérêt général. A travers cette crise, comme nul autre événement récent, le décideur public remet naturellement l’Humain au centre de ses actions et de ses décisions.

« Le Monde ne sera jamais plus pareil ». Oui, dans le bon sens, à condition, comme trop souvent par le passé, que nous n’ayons pas la mémoire courte. Mais, au cœur de la tempête, il est tout de même rassurant, même pour les plus libéraux d’entre nous, de voir se dessiner les contours d’un Etat Nation, d’un Etat Social, d’un Etat interventionniste, d’un Etat dirigiste, d’un Etat Protecteur et d’un Etat indépendant dans la nécessaire interdépendance. Ce que nous voyons actuellement du Maroc, sous l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, j’y reviendrai plus longuement dans un prochaine Tribune, correspond, malgré les craintes et les angoisses légitimes liées à la Pandémie du Covid-19, à ce que nous sommes en droit d’imaginer d’un Modèle de développement plus juste, plus solidaire et plus équilibré, où l’Etat, garant des équilibres sociaux, des prestations sociales et des services publics, serait le maître du jeu au bénéfice du citoyen.

Pour conclure, je voudrais adapter au contexte actuel une expression de Camus qui me vient naturellement à l’esprit. Une société se jugera désormais à l’état de ses hôpitaux, donc à la performance de son système de santé.

Brahim Fassi Fihri

Président Fondateur de l’Institut Amadeus

Ahmed Charaï pour The National Interest : «Coronavirus une menace pour les pays africains sous emprise de la Chine»

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Ahmed Charaï, membre du Conseil d’administration du prestigieux Think tank américain Atlantic Council, a publié lundi dernier une note sur la revue «The National Interest» analysant l’impact du Coronavirus sur le continent africain. M. Charaï a exprimé ses inquiétudes quant à l’apparente immunité de l’Afrique face au Covid-19 et l’impact de la pandémie sur les pays fortement dépendants de la Chine.
«Dans les capitales africaines, les interrogations sur la Chine se multiplient. Est-elle honnête avec ses partenaires commerciaux africains ?» s’est-il interrogé. L’éditorialiste estime que les mesures de quarantaine ainsi que les perturbations commerciales en Chine sont entrain de ralentir durablement la croissance économique de l’Afrique. Une situation qui conduira inévitablement les africains à chercher de nouer de nouvelles formes de relations aussi bien avec les États-Unis qu’avec l’Union européenne, prédit M. Charaï.

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Trois journalistes convoqués par la DGSI pour avoir dévoilé l’usage massif des armes françaises dans la guerre au Yémen

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Après avoir révélé un rapport confidentiel affirmant que les armes vendues aux Emirats et à l’Arabie Saoudite étaient utilisées dans les combats et les bombardements au Yémen y compris sur des zones civiles, trois journalistes français indépendants font l’objet d’une action en justice pour atteinte au « secret défense » par le ministère des Armées et ils ont même été convoqué par la DGSI. Cela a suscité une levée de boucliers en France surtout que la Cour européen de justice a consacré le principe du secret des sources des journalistes.

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Ahmed Charai : l’Alliance transatlantique inefficace face à l’Empire du Milieu

Soixante-quatorze ans après la conférence de Yalta, ayant réuni les Présidents, américain Roosevelt, britannique Churchill et soviétique Staline pour préparer l’après 2ème guerre mondiale, trois conférences se sont succédées durant ce mois de février 2019 à savoir : le Sommet de Varsovie, le Sommet de Sotchi et le Sommet de Munich sur la Sécurité. Trois rencontres de très haut niveau qui ont dévoilé au monde entier les divergences profondes qui séparent et minent les relations entre les grandes puissances. Devant le flux considérable d’informations contradictoires que continue de diffuser chacune des parties prenantes, un climat d’inquiétude s’est installé depuis, de par le monde, jetant l’ombre grandissante d’un avenir incertain et dangereux, un monde au bord d’un conflit majeur au coeur de l’Europe, au Moyen Orient et en Amérique latine.

Au #MSC2019 de Munich, un marocain a pu observer de près les coulisses de la conférence qui a été le théâtre de confrontation entre l’Europe et l’administration Trump. Il s’agit d’Ahmed Charai, patron de presse et membre de prestigieux think-tanks américains,- le dernier en date qu’il ait rejoint est le prestigieux International Crisis Group (IGG)-. Il livre une analyse qu’il a publiée dans les colonnes de la célèbre revue américaine, The National Interest, où il apporte quelques clés de lectures pour tenter d’y voir un peu plus clair dans la cacophonie ambiante. Et il n’ira pas de main morte. Pour Ahmed Charai, « L’Europe est lilliputienne et, même unie, elle ne peut retenir un Gulliver déterminé comme la Russie ». Elle est, à ses yeux, incapable de rivaliser avec la puissance militaire américaine. Quand à la Russie, malgré sa puissance de feu, elle ne dispose que d’une petite économie et d’une faible influence culturelle. Enfin, Ahmed Charai va relever un fait majeur: ni Varsovie, ni Munich n’ont été capables de mettre sur la table le véritable casse-tête, qui n’est autre que celui de l’Empire du Milieu, la Chine.

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