Photo : Paul Langrock / Zenit / Laif

Plusieurs milliards de dollars investis dans les Énergies renouvelables, partis en fumée. Une bérézina planétaire

Le plus prestigieux des hebdomadaires allemands, Der Spiegel, a consacré la couverture de son premier numéro du mois de mai à l’échec du plus grand projet planétaire de transition énergétique, Energiewende. On y apprend que malgré que l’Allemagne ait dépensé, depuis 2010, plus de 240 milliards de dollars en énergies renouvelables, ses émissions de gaz à effet de serre sont restées au même niveau… qu’en 2009. En fait le grand gagnant de cette mobilisation mondiale de la transition énergétique s’est avéré être le GNL, Gaz Naturel liquéfié, ainsi que l’armada des méthaniers américains qui irriguent depuis 5 ans, en toute discrétion, toute la planète en Gaz de schiste. Le monde a changé depuis le célèbre documentaire d’Al Gore «Une vérité qui dérange» diffusé en 2006. Les climatosceptiques logent à la Maison Blanche, les mines de charbon reprennent leurs activités de plus belle, les découvertes des gisements de pétroles et de gaz n’ont jamais été aussi nombreuses et d’aucuns n’envisagent d’arrêter le nucléaire. La transition vers les énergies renouvelables est vouée à l’échec car les industriels modernes ne veulent tout simplement pas pas retourner à la vie prémoderne.

Ce constat alarmant de l’Allemagne sur sa stratégie énergétique, va sans aucun doute impacter les politiques publiques des prochaines années de l’ensemble de la zone euro en matière d’investissement dans l’énergie. Une tendance confirmée par l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA), dans son dernier rapport annuel publié le 21 mai courant. La conclusion est surprenante, le monde n’investit pas assez dans les éléments “traditionnels” (les énergies fossiles) pour perpétuer le modèle actuel, et n’investit pas non plus dans des technologies énergétiques plus propres pour financer la transition énergétique.

Variations des investissements globaux en 2018 vs 2017 – source IEA

En 2018, le montant total des investissements dans l’énergie est resté pratiquement au même niveau qu’en 2017, soit 1.8 trillion de dollars. Mais, contre toute attente, la part de ces investissements dans les énergies renouvelables a chuté, pour atteindre son plus bas niveau depuis 2014, à 265 milliards de dollars.

Un mois avant la publication de ce rapport, l’agence internationale de l’énergie avait alerté les gouvernements sur la stagnation du développement des énergies renouvelables dans le monde en 2018. Une première depuis 2001.

L’Allemagne, le cas d’école

Au cours de la dernière décennie, le projet de la transition énergétique allemande, Energiewende, a été considéré comme un modèle environnemental pour toute la planète.

En 2014, le New York Times, qui ne tarissait pas d’éloges à l’égard du projet allemand, affirmait que «de nombreux pays pauvres ou en voie de développement, qui avaient projeté de construire des centrales à charbon pour fournir de l’électricité à leur population, envisageaient, grâce à Energiewende, la possibilité de sauter l’âge du fossile et d’investir les énergies propres dès le départ».

Energiewende a d’ailleurs inspiré les Nations Unies et la Banque mondiale qui ont investi des milliards de dollars dans les énergies renouvelables telles que l’énergie éolienne, solaire et hydraulique dans des pays en développement.

Mais en 2018, l’enthousiasme écologique des dix années passées a cédé la place à une évaluation plus rationnelle du ROI de chaque énergie et du bien-fondé de la transition.

L’augmentation de la part de l’électricité générée par les énergies renouvelables de 35% à 100% entre 2025 et 2050 coûtera à l’Allemagne 3 à 4 milliards de dollars

Un pragmatisme qui va pousser l’Allemagne à prendre des décisions radicales, repousser l’abandon du charbon et revoir ses objectifs en termes de réduction des gaz à effet de serre. Dans la foulée, le gouvernement Merkel va rendre public son intention de détruire au bulldozer une ancienne église et une forêt afin de pouvoir exploiter une mine de charbon.

Cette décision du gouvernement allemand a provoqué une levée de boucliers de la part des défenseurs de l’environnement, notamment Al Gore et Greenpeace, qui ont sévèrement critiqué le pays. La presse allemande a curieusement réagi en faveur de son gouvernement, en déclarant que «l’Allemagne n’a pas atteint ses objectifs en matière d’émissions, en partie à cause de ses objectifs ambitieux» et que «si le reste du monde ne faisait que la moitié des efforts de l’Allemagne, l’avenir de la planète serait moins sombre».

Cette correction de la stratégie énergétique de Berlin va pousser Der Spiegel, le plus grand magazine hebdomadaire du pays, à réaliser une enquête dont les résultats vont jeter un grand froid dans la communauté «verte» de la planète. L’enquête va paraître en Une du numéro du 3 mai 2019, sous l’intitulée «Gabegie en Allemagne». La couverture du magazine montre des éoliennes brisées et des pylônes de transmission électriques déconnectés avec un arrière plan sombre de Berlin.

Gabegie en Allemagne – «L’Energiewende – le plus grand projet politique depuis la réunification – menace d’échouer» – Der Spiegel 03/05/2019

«L’Energiewende – le plus grand projet politique depuis la réunification – menace d’échouer», ont écrit Frank Dohmen, Alexander Jung, Stefan Schultz, Gerald Traufetter de Der Spiegel dans leur article d’investigation. « Aujourd’hui, les experts sont en mesure de dresser un bilan des huit premières années de la transition accélérée voulue par Berlin, et le bilan est désastreux. Tout le projet est en train de dérailler», s’alarme le Spiegel.

L’Allemagne a investi depuis 2010 plus de 30 milliards d’euros par an pour financer la transition énergétique. Un investissement constitué en partie de subventions et crédits publics, et le reste de la hausse des prix supportée par les ménages et les entreprises. Et si l’Allemagne persiste dans son intention d’accroissement de la part du solaire et de l’éolien dans son mix énergétique, la facture pourrait se chiffrer à plus de 3.000 milliards d’euros d’ici à 2050, rapporte le Der Spiegel. Surtout que le résultat de ces investissements colossaux est spécialement calamiteux : les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne sont au même niveau… qu’en 2009, s’alarme le plus plus prestigieux des hebdomadaires allemands.

Signal d’alerte pour les pays en voie de développement

Der Spiegel, cite dans son enquête le Kenya comme modèle de pays en voie de développement qui a bénéficié du projet «Energiewende» et s’interroge : «si les énergies renouvelables ne peuvent pas, à moindre coût, alimenter l’Allemagne, l’un des pays les plus riches et les plus avancés au monde sur le plan technologique, comment un pays en développement comme le Kenya pourrait-il espérer qu’il lui permette de «sauter» les combustibles fossiles ?»

Pour répondre à cette interrogation, le journal a fait appel à un expert qui porte un avis tranché : « Le Kenya ne pourra pas «sauter» les combustibles fossiles avec son parc éolien. Au contraire, toute cette énergie éolienne peu fiable est susceptible d’augmenter le prix de l’électricité et de ralentir encore la lente sortie du Kenya de la pauvreté.»

L’âge d’or du GNL

Alors que le monde entier découvrait les très impressionnantes fermes d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques qui naissaient un peu partout, et que les médias considéraient le 21 siècle comme l’ère de l’énergie propre, le gaz s’est imposé en moins de dix années, comme le grand gagnant de tous ces efforts planétaires pour une transition énergétique.

Durant cette période, la production massive de gaz de schiste aux États-Unis a fait baisser drastiquement le coût de son exploitation mais également le prix du gaz qui est venu remplacer progressivement le charbon pour produire de l’électricité. Et afin de ne plus dépendre des gazoducs majoritairement sous l’influence de l’union européenne et de ses voisins, l’Algérie, la Norvège et la Russie, les américains ont décidé de le liquéfier afin de pouvoir le transporter par des bateaux. Un investissement colossale a été consenti dans des gigantesques installations portuaires de liquéfaction américaines et dans un impressionnant réseau de tuyaux qui sillonnent tout le pays.

Face à cette montée en puissance des Etats-unis dans le GNL, et la pression de Donald Trump de vouloir envoyer ses bateaux vers le vieux continent, l’Allemagne sous la pression de ses lobbies, à changer son fusil d’épaule, et s’active à constituer une Europe du Gaz, avec l’aide de la Russie qui va bientôt se défaire de la dépendance turque, grâce au gazoduc Nord stream 2 qui va la relier dès cette année directement à l’Allemagne par la mer Baltique.

Tout porte à croire que la communauté internationale ne met pas les moyens nécessaires pour réaliser ses objectifs en matière d’environnement, pourtant plébiscités par la planète à l’occasion de la Cop21 et la Cop22. La transition vers les énergies renouvelables n’est-elle pas vouée à l’échec pour la simple raison que le citadin moderne, l’agriculteur moderne, les industriels modernes, ne veulent pas retourner à la vie prémoderne et préfèrent rêver du jour où ils pourrait fuire vers une nouvelle planète pour y vivre pleinement leur modernité ?

Nawfal Laarabi

Nawfal Laarabi

Intelligence analyst at African Research and Publishing Company
Social media strategist / Intelligence analyst. 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisation dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.
Nawfal Laarabi

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