Xi Jinping

La disparation de Jack Ma fait chuter de 3% l’action Alibaba

L’action Alibaba a perdu ce lundi 3% de sa valeur sur les marchés boursiers suite aux inquiétudes que suscitent la mystérieuse absence prolongée de son fondateur Jack Ma. Le milliardaire chinois est en effet porté disparu depuis fin octobre. Son nom a même été retiré du jury de sa propre émission télévisée sur l’entrepreneuriat africain «Africa’s Business Heroes». La disparition de Jack Ma intervient alors que ses sociétés Alibaba et Ant Group font face à une pression réglementaire accrue de la part du gouvernement chinois.

Jack Ma, roi incontesté du e-commerce chinois et 25ème homme plus riche de la planète est porté disparu depuis qu’il a prononcé un discours critique à l’égard du gouvernement chinois, le 24 octobre dernier, alerte le Financial Times.

La Chine repense le modèle Jack Ma

Lorsqu’en 2015, le régulateur chinois des affaires a accusé dans un rapport, Alibaba Group Holding de vendre des produits contrefaits sur Internet, le géant du commerce électronique n’a pas hésité à riposter. Alibaba avait alors ouvertement contesté les résultats de l’enquête et a réussi à gagner son bras de fer avec le gouvernement qui s’est finalement résigné à retirer son rapport incriminant le géant chinois.

Mais depuis, et grâce aux années de croissance continue, les plus grands conglomérats Internet de Chine se sont étendus dans la plupart des secteurs de l’économie de la Chine, du transport, de la logistique à la finance. Mais alors qu’ils jouissaient autrefois d’un sauf-conduit gratuit sur les problématiques de réglementation, ils font désormais l’objet d’un suivi et d’un contrôle sans précédent par lesquels l’État réaffirme sa domination.

Une domination que le gouvernement central de Xi Jingping mettra en application après des déclarations du fondateur d’Alibaba à l’encontre du système bancaire chinois.

Jack Ma va en effet faire les frais de son franc-parler en comparant les banques traditionnelles à des prêteurs sur gages et en qualifiant le cadre réglementaire financier existant de «club des personnes âgées». La réaction sera immédiate, les régulateurs ont subitement suspendu l’introduction en bourse de 34 milliards de dollars de Ant Group, une spin-off d’Alibaba spécialisée dans le payement en ligne, dans laquelle Jack Ma est l’actionnaire majoritaire.

Selon le Nikkei Asia, la décision de bloquer l’IPO d’Ant group est venue du plus haut niveau possible en Chine, du président chinois, Xi Jinping, en personne.

Un mois plus tard, Daniel Zhang, le successeur de Jack Ma à la tête d’Alibaba, fera des déclarations surprenantes. Il va s’engager publiquement au nom du groupe, à l’occasion d’une conférence organisée par le gouvernement dans le Zhejiang, à faire preuve de fidélité aux autorités.

M. Zhang a qualifié les nouvelles directives sur les sociétés Internet d’«opportunes et nécessaires». Il a également souligné l’importance du soutien du gouvernement dans le développement d’Alibaba.

Jack Ma disparaît de sa propre émission de talents africains

La disgrâce de Jack Ma va être poussée au bout en lui interdisant toute apparition publique notamment de son émission «Africa’s Business Heroes». Le milliardaire qui voulait faire de ce concours télévisé destiné aux entrepreneurs africains en herbe, un outil de soft power et de relations publiques, s’est vu retirer sa photo du site web de l’émission et a été exclu d’une vidéo promotionnelle.

La finale de concours, à laquelle il n’a pas participé, a eu lieu en novembre, peu de temps après les fameuses déclarations du milliardaire critiquant les régulateurs chinois et ses banques publiques.

Nouvelle enquête

Le 24 décembre dernier, l’Administration d’Etat a annoncé ouvrir une enquête pour la régulation des marchés contre Alibaba, ce qui a provoqué un plongeon des actions du champion du commerce en ligne.

Pas un cas unique

La disparition de Jack Ma confirme une pratique qui est entrain d’être systématisée par le pouvoir central. En effet, le milliardaire chinois vient s’ajouter à une liste de plusieurs responsables et entrepreneurs chinois ayant subi les foudres de Pékin après qu’ils aient critiqué le pouvoir.

C’est le cas du magnat de l’immobilier Ren Zhiquiang qui a été condamné à 18 mois de prison ou encore Sun Dawu et sa femme, à la tête de Dawu Group qui ont été arrêtés après avoir dénoncé l’intervention de la police sur le réseau social Weibo.

La police chinoise avait même enlevé Xiao Jianhua, un ancien gestionnaire d’actifs, dans un hôtel de Hong Kong en janvier 2017, selon Reuters. Xiao a depuis disparu et le gouvernement a saisi des parties de son entreprise Tomorrow Group/

La colère de Pékin s’est également abattue sur Meng Hongwei, l’ancien chef d’Interpol, en subissant le même procédé, disparition en septembre 2018 lors d’un voyage en Chine depuis la France, puis inculpation de 13 ans et demi de prison pour corruption en janvier 2020.

https://twitter.com/amyyqin/status/1281014162739494912

Enfin, durant la crise sanitaire, le pays a arrêté tous les voix qui avaient critiqué la réponse de la Chine à la pandémie, notamment le professeur de droit Xu Zhangrun et l’avocat des droits humains Zhang Xuezhong.

Séoul et Pékin promettent de collaborer sur le coronavirus

Les ministres sud-coréen et chinois des Affaires étrangères ont promis jeudi de travailler conjointement pour faire avancer les relations bilatérales et s’attaquer à des problèmes régionaux et mondiaux, dont les discussions sur le nucléaire dans l’impasse avec la Corée du Nord et la pandémie de coronavirus.

La cheffe de la diplomatie sud-coréenne Kang Kyung-wha s’est entretenue à Séoul avec son homologue chinois Wang Ji, arrivé dans la capitale sud-coréenne mercredi soir après une visite de deux jours au Japon.

Wang Ji a déclaré que sa venue était destinée à souligner l’importance des relations bilatérales alors que Corée du Sud et Chine coopèrent en tant que «partenaires stratégiques» sur la défense de la paix et de la stabilité régionales et pour promouvoir la gouvernance mondiale.

«Les liens bilatéraux ont surmonté les épreuves du COVID-19 et montrent leur force et toujours plus de vigueur», a-t-il dit en entame de la réunion.

Kang Kyung-wha a remercié son homologue de sa venue et exprimé l’espoir d’une coopération accrue sur des questions incluant la Corée du Nord, la pandémie de coronavirus et le rétablissement économique.

Ces échanges à niveau ministériel interviennent alors que la Corée du Sud et la Chine étudient la possibilité d’une visite du président chinois Xi Jinping à Séoul, qui était attendue plus tôt cette année mais a été reportée à cause de la crise sanitaire.

A l’ONU, Trump persiste et signe : «le coronavirus est un virus chinois»

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Donald Trump a vivement attaqué la Chine mardi à l’Assemblée générale de l’ONU, illustrant le risque de “nouvelle guerre froide” qui menace la planète en pleine pandémie.

Avec AFP

«Les Nations unies doivent tenir la Chine pour responsable de ses actes» au début du Covid-19 et pour avoir «lâché cette plaie à travers le monde», a lancé le président des Etats-Unis, parmi les premiers à intervenir dans une vidéo enregistrée à l’ouverture de cette grand-messe diplomatique annuelle organisée de manière virtuelle en raison de la crise sanitaire.

Qualifiant une nouvelle fois le coronavirus de «virus chinois», une formule qui suscite l’ire de Pékin, il a accusé les autorités chinoises d’avoir, au début de l’épidémie, autorisé “les avions à quitter la Chine et infecter le monde”.

«Le gouvernement chinois et l’Organisation mondiale de la santé, qui est quasiment contrôlée par la Chine, ont déclaré à tort qu’il n’existait pas de preuve de transmission humaine» du virus, a-t-il encore déploré depuis la Maison Blanche, justifiant ainsi le retrait des Etats-Unis de cette agence de l’ONU.

Le milliardaire républicain, dont la gestion du Covid-19 est très contestée – 200.000 morts aux Etats-Unis selon l’université Johns Hopkins – et semble plomber ses chances de réélection à la présidentielle du 3 novembre, a promis de «distribuer un vaccin» et «mettre fin à la pandémie» pour entrer «dans une nouvelle ère inédite de prospérité, de coopération et de paix».

Donald Trump a poursuivi son offensive anti-Chine sur le terrain environnemental et commercial.

La Chine n’a pas l’intention d’entrer dans une guerre froide

Egalement pré-enregistré, le discours du président chinois Xi Jinping ne permettait pas de répondre directement à son homologue américain. Mais son ambassadeur à l’ONU Zhang Jun s’est chargé de «rejeter» de manière outrée ces «accusations infondées».

«La Chine n’a pas l’intention d’entrer dans une guerre froide», a assuré le numéro un chinois dans son message, devant une vaste fresque de la Grande Muraille.

Sans citer les Etats-Unis, il a mis en garde contre «le piège d’un choc des civilisations», appelant à ne pas «politiser» la lutte contre le coronavirus et à «en finir avec la mentalité des blocs et des jeux à somme nulle».

Mais il s’est surtout attardé sur une longue défense de sa gestion de la pandémie, se présentant même en exemple pour le reste du monde.

Face à ce climat qui électrise les relations internationales, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avait lancé au préalable un avertissement inquiet contre une “grande fracture” entre les “deux plus grandes économies”.

«C’est une direction très dangereuse», a-t-il prévenu au sujet de la rivalité sino-américaine croissante. Le monde doit tout faire «pour éviter une nouvelle Guerre froide», a-t-il martelé à la tribune d’un hémicycle clairsemé au siège de l’ONU à New York.

Antonio Guterres a aussi réitéré son appel à un «cessez-le-feu mondial d’ici la fin de l’année», alors que les zones de conflit et de tensions restent nombreuses malgré l’urgence sanitaire.

Une Assemblée générale sans précédent qui s’ouvre

Sur ce front, le président turc Recep Tayyip Erdogan a donné quelques gages en appelant à un «dialogue sincère» pour résoudre le conflit qui oppose la Turquie à la Grèce et l’Union européenne en Méditerranée, tout en rejetant tout «harcèlement» visant Ankara.

Donald Trump s’est lui présenté en «faiseur de paix», une semaine après la signature à la Maison Blanche d’accords historiques entre Israël et deux pays arabes du Golfe, les Emirats arabes unis et Bahreïn.

Aucun dirigeant n’a fait le déplacement — un contraste saisissant avec les années précédentes qui voyaient plus de 10.000 personnes converger vers ce quartier de Manhattan transformé en bunker par la police.

Sur le site web de l’ONU, les discours des 193 membres, enregistrés souvent avec plusieurs jours d’avance, vont s’enchaîner pendant une semaine.

Cela «manque d’émotion», soupire Richard Gowan du centre de réflexion International Crisis Group. Et plusieurs diplomates de renchérir à l’unisson: sans bilatérales, sans «diplomatie sous la table», comment trouver des solutions, des compromis sur les conflits qui secouent la planète, améliorer les relations entre pays?

En 1945, l’ONU avait été créée pour que plus jamais le monde ne connaisse de conflit à l’échelle du globe. Une troisième guerre mondiale ne s’est pas produite mais la pandémie a mis à genoux la planète avec près d’un million de morts depuis fin décembre et un impact économique et social dévastateur.

Face à la crise et à des pays plus enclins aux décisions unilatérales qu’à favoriser le multilatéralisme, l’ONU a «manqué le rendez-vous» pour son 75e anniversaire, ont relevé de nombreux experts, et son Assemblée générale cette année en est l’illustration.

Colère de l’administration Trump après l’annonce du reconduction des accords entre Pékin et le Vatican

Le Saint-Siège et la Chine communiste s’apprêtent à reconduire un accord historique signé voici deux ans, qui accorde au pape le dernier mot pour nommer des évêques chinois, suscitant l’ire du gouvernement américain.

Avec AFP

Aux Etats-Unis, le président Donald Trump brandit la répression anti-religieuse chinoise comme un argument de campagne présidentielle.

Son secrétaire d’Etat Mike Pompeo est passé à l’attaque frontale du Vatican en publiant en fin de semaine un tweet et une tribune où il dénonce les persécutions «horribles» des croyants de toutes confessions en Chine qui «révulsent» de nombreux pays.

«Plus que jamais, le peuple chinois a besoin du témoignage moral et de l’autorité du Vatican», lance-t-il dans la revue religieuse américaine «First Things». Ajoutant que «l’accord entre la Chine et le Vatican n’a pas protégé les catholiques contre les agissements du parti».

Le pape François a certes habitué les fidèles à dénoncer explicitement nombre de persécutions de la planète, mais il a adopté une attitude diplomatique de petits pas avec Pékin, pour recoller une Eglise chinoise scindée en deux.

Les quelque 12 millions de catholiques chinois -très minoritaires dans ce pays de près de 1,4 milliard d’habitants- ont été déchirés pendant des décennies entre une Eglise «patriotique» contrôlée par le régime communiste et une Eglise dite «clandestine» reconnaissant l’autorité du pape et souvent persécutée à ce titre.

Le Vatican avait scellé le 22 septembre 2018 un accord «provisoire» historique avec le régime communiste de Pékin, fruit d’interminables tractations à marche d’escargot, dont le contenu exact n’a jamais été publié.

Seul point tangible alors annoncé: le pape François avait reconnu immédiatement huit évêques chinois nommés par Pékin sans son aval.

Deux ans plus tard, le bilan n’est pas radieux pour la diplomatie vaticane, mais deux nouveaux évêques ont été nommés en Chine avec l’aval final du chef des 1,3 milliard de catholiques de la planète. Au préalable, ils ont dû devenir membres de l’Eglise patriotique officielle, ce que nombre de vieux prélats persécutés dans le passé refusent encore farouchement de faire.

Dans le monde entier, c’est le pape qui décide de la nomination d’évêques, des hommes qu’il a lui-même rencontrés ou qui lui sont recommandés par les conférences épiscopales nationales.

Moment historique en février 2020: des «ministres» des Affaires étrangères de Chine et du Vatican s’étaient rencontrés publiquement dans un événement international, une première en sept décennies.

Mais les relations diplomatiques entre Pékin et le Saint-Siège ont été rompues en 1951, deux ans après l’arrivée au pouvoir des communistes.

Le Vatican continue par ailleurs d’entretenir des relations diplomatiques avec Taïwan. Une situation de blocage, car cette île peuplée de 23 millions d’habitants est considéré par Pékin comme une province chinoise en attente de réunification.

Feu vert du pape pour renouveler l’accord

Le pape François vient de donner son feu vert au renouvellement de l’accord toujours en mode «expérimental» pour deux autres années, précise à l’AFP une source proche du dossier. Un discret échange de notes avec la Chine doit encore le sceller “en octobre”.

Les questions épineuses, comme celles des prêtres catholiques chinois disparaissant brusquement de leurs paroisses pendant des semaines «à l’invitation» des autorités, sont soulevées auprès de Pékin par les diplomates du Vatican, assure cet éminent expert.

Elles font l’objet de critiques récurrentes du vieux cardinal Joseph Zen de Hong Kong, ou encore du père italien Bernardo Cervellera, ancien missionnaire en Chine, qui publie sur son site AsiaNews des témoignages de catholiques chinois très mécontents de l’accord.

«Notre intérêt actuel avec la Chine est de normaliser le plus possible la vie de l’Eglise», a expliqué à la mi-septembre le cardinal Pietro Parolin, bras droit du pape François et principal artisan de l’accord, tout en admettant que les premiers résultats de l’accord “n’ont pas été particulièrement éclatants”.

Quatre jours plus tôt, Zhao Lijian, porte-parole du ministre chinois des affaires étrangères, avait donné une note positive à l’accord bilatéral, «mis en place avec succès».

Un compliment pour un parti communiste chinois qui s’interroge sur toute organisation, notamment religieuse, pouvant menacer son autorité.

Pékin observe depuis plusieurs années une politique de «sinisation» des religions, destinée à les rendre conformes aux objectifs du pouvoir communiste.

La Chine du président Xi Jinping, arrivé au pouvoir en 2012, a en outre accru sa surveillance de l’ensemble des cultes. Des églises ont été détruites, des croix descendues des clochers et des écoles maternelles religieuses fermées.

Washington accroît sa pression sur les médias chinois

Le gouvernement américain a annoncé lundi le renforcement de son contrôle sur quatre nouveaux médias d’Etat chinois aux Etats-Unis, accusés d’être des «organes de propagande», au risque d’alimenter les tensions déjà fortes entre les deux pays. Dorénavant la Télévision centrale de Chine, l’agence China News Service, le Quotidien du peuple et le Global Times devront notifier au département d’Etat la liste de leur personnel et de leurs biens immobiliers.

«Afin d’assurer une plus grande transparence des entités dirigées par le Parti communiste chinois aux Etats-Unis, j’ai demandé de désigner quatre organes de propagande de la République populaire de Chine supplémentaires comme missions diplomatiques étrangères», a annoncé sur Twitter le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Sa décision intervient moins d’une semaine après sa réunion de crise à Hawaï avec le haut responsable chinois Yang Jiechi, qui n’aura donc nullement permis de stopper l’escalade.

Dès la semaine dernière, le secrétaire d’Etat avait donné le ton en prononçant vendredi un de ses réquisitoires les plus sévères contre la Chine, un “acteur voyou” coupable à ses yeux d’innombrables torts.

Mike Pompeo avait assuré avoir tenu ce même message «très franc» à Yang Jiechi, et qu’il l’avait prévenu que son gouvernement observerait de près les prochains pas de Pékin, du coronavirus à Hong Kong jusqu’aux tensions avec l’Inde.

Guerre médiatique

Concrètement, le changement de statut dévoilé lundi signifie pour les médias concernés que «dorénavant, ils devront notifier au département d’Etat la liste de leur personnel» et «de leurs biens immobiliers», a précisé à des journalistes le secrétaire d’Etat américain adjoint pour l’Asie de l’Est, David Stilwell.

Il n’a pas précisé si le gouvernement américain les obligerait à réduire le nombre de leurs correspondants aux Etats-Unis.

Cette mesure contre la Télévision centrale de Chine, l’agence China News Service, le Quotidien du peuple et le Global Times s’ajoute à une décision identique déjà prise en février contre cinq autre médias publics chinois (l’agence Chine Nouvelle, China Global Television Network, China Radio International et les distributeurs américains du Quotidien du Peuple et du China Daily).

A l’époque, elle avait marqué le début d’une escalade sur le terrain des médias entre les deux premières puissances mondiales, déjà aux prises avec des tensions extrêmes sur plusieurs fronts, notamment au sujet de la gestion du nouveau coronavirus.

Fin février, trois journalistes du Wall Street Journal avaient été expulsés de Chine en représailles au titre d’une tribune parue dans le quotidien américain et jugé raciste par Pékin.

Dans la foulée, Washington avait fortement réduit le nombre de Chinois autorisés à travailler pour les médias d’Etat de leur pays aux Etats-Unis.

Les autorités chinoises avaient riposté en expulsant d’autres correspondants américains, travaillant pour le Wall Street Journal et deux autres quotidiens, le New York Times et le Washington Post.

Interrogé sur le risque que l’annonce de lundi conduise, côté chinois, à de nouvelles représailles contre des journalistes américains travaillant en toute indépendance, David Stilwell n’a pas exclu ce scénario.

«Le gouvernement chinois fait ce qu’il fait», et s’il invoque «ce que nous faisons contre lui, ce n’est qu’un prétexte», a-t-il assuré. «Essayer de faire un lien entre ce que nous faisons pour nous défendre et ce qu’ils décident de faire, c’est-à-dire expulser les meilleurs journalistes d’investigation, notamment ceux qui parlent chinois, ça c’est leur responsabilité», a-t-il martelé.

Des défenseurs des droits humains redoutent justement que Pékin invoque ce «prétexte» pour rendre encore un peu plus difficile le travail de la presse internationale dans le pays, au moment où le reste du monde a besoin d’un regard extérieur sur la gestion de la pandémie ou encore sur la répression des musulmans ouïghours.

Désormais Hong Kong est une ville chinoise comme les autres

Le Parlement chinois a adopté jeudi une disposition controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong, en réaction aux manifestations de l’an dernier dans l’ex-colonie britannique, malgré la menace de sanctions américaines.

Sans surprise, les près de 3.000 députés de l’Assemblée nationale populaire (ANP) ont adopté la mesure qui a déjà provoqué un regain d’agitation dans la région autonome du Sud de la Chine.

Seul un député a voté contre et six se sont abstenus. Le vote a été salué par de longs applaudissements dans le cadre solennel du Palais du peuple à Pékin, en présence du président Xi Jinping.

La Chine a fait de cette loi une priorité après les manifestations monstres de 2019 contre le pouvoir central, qui avaient aussi donné lieu à des violences et alimenté un sentiment indépendantiste.

Les opposants démocrates à l’influence de Pékin dans le territoire affirment que la mesure ouvre la voie à une régression sans précédent des libertés dans la métropole financière de 7 millions d’habitants.

«C’est la fin de Hong Kong», a résumé pour l’AFP Claudia Mo, députée pro-démocratie au Conseil législatif hongkongais. «A partir de maintenant, Hong Kong sera une ville chinoise comme les autres».

Joshua Wong, une des figures de l’opposition, a estimé que la future loi allait «tuer les mouvements démocratiques» dans le territoire autonome.

Dans le camp pro-Pékin en revanche, la cheffe de l’exécutif hongkongais Carrie Lam a salué le vote du Parlement chinois. Comme demandé par le projet de loi, elle a promis «de renforcer l’application de la loi et l’éducation afin de défendre la sécurité nationale».

Une loi qui devra empêcher, stopper et réprimer toute action qui menace gravement la sécurité nationale

“Cette décision ne portera pas atteinte aux droits et libertés dont jouissent les Hongkongais”, a assuré le député pro-Pékin Martin Liao.

Alors que l’agitation était retombée ces derniers mois à la faveur des mesures prises contre la pandémie de Covid-19, des milliers de Hongkongais sont à nouveau descendus dans la rue dimanche pour protester contre le projet de loi, annoncé seulement trois jours plus tôt, avant d’être dispersés par la police.

La disposition donne désormais mandat au Comité permanent de l’ANP pour rédiger un projet de loi qui sera incorporé dans la mini-Constitution de Hong Kong, contournant le vote du Conseil législatif local.

Cette loi devra «empêcher, stopper et réprimer toute action qui menace gravement la sécurité nationale, comme le séparatisme, la subversion, la préparation ou la commission d’activités terroristes, ainsi que les activités de forces étrangères qui constituent une ingérence dans les affaires» de Hong Kong, selon le projet soumis à l’ANP.

Pékin a accusé à plusieurs reprises l’an dernier des «forces étrangères», notamment américaines, de fomenter l’agitation à Hong Kong. Il a également accusé les manifestants radicaux de se livrer à des activités “terroristes”.

L’accusation de «subversion» est quant à elle fréquemment utilisée par le gouvernement central pour condamner des opposants.

Le Comité permanent de l’ANP pourrait se saisir du texte dès juin et le projet de loi être adopté fin août, selon le site NPC Observer, spécialiste des arcanes législatives chinoises.

Le projet prévoit aussi d’autoriser des organismes relevant du gouvernement central à ouvrir à Hong Kong des antennes compétentes en matière de sécurité nationale.

Fin du principe «Un pays, deux systèmes»

De l’avis des opposants, le texte signe la fin du principe “Un pays, deux systèmes” qui préside aux relations entre Hong Kong et Pékin depuis la rétrocession du territoire à la Chine en 1997.

L’avenir du grand centre financier asiatique suscite aussi l’inquiétude dans le reste du monde, particulièrement aux Etats-Unis, où, sans attendre le vote du Parlement chinois, l’administration de Donald Trump a ouvert la voie à des sanctions économiques contre Hong Kong.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a annoncé mercredi au Congrès qu’il ne considérait plus le territoire comme autonome vis-à-vis de Pékin.

«Aucune personne sensée ne peut soutenir aujourd’hui que Hong Kong conserve un haut degré d’autonomie par rapport à la Chine», a-t-il déclaré.

Concrètement, l’administration Trump peut désormais mettre fin au statut commercial préférentiel accordé à l’ex-colonie britannique. Mais elle n’a pas encore dit si elle mettrait cette menace à exécution.

La menace américaine a été qualifiée de «barbare» jeudi par la représentation à Hong Kong du ministère chinois des Affaires étrangères.

Le Parlement chinois s’est prononcé au dernier jour de sa session plénière, la grand-messe annuelle du pouvoir communiste, ramenée cette année à sept jours en raison du Covid-19. Le reste de l’année, son Comité permanent, qui compte 175 membres, est chargé de légiférer.

Trump : Pékin est responsable d’une «tuerie de masse mondiale»

Le président américain Donald Trump a encore haussé le ton mercredi sur la gestion du coronavirus par la Chine, affirmant qu’elle portait la responsabilité d’une «tuerie de masse mondiale».

Le locataire de la Maison Blanche martèle depuis plusieurs semaines que le lourd bilan du Covid-19 — plus de 320.000 morts à travers le monde, dont plus de 92.000 aux Etats-Unis — aurait pu être évité si Pékin avait mieux réagi dès l’apparition du virus dans la ville de Wuhan.

Mais l’escalade verbale prend chaque jour un ton plus acrimonieux.

«Un cinglé en Chine vient de publier un communiqué accusant tout le monde à l’exception de la Chine pour le virus qui a tué des centaines de milliers de personnes», a tweeté Donald Trump mercredi matin.

«Merci d’expliquer à cet abruti que c’est “l’incompétence de la Chine”, et rien d’autre, qui a provoqué cette tuerie de masse mondiale!», a-t-il ajouté, sans préciser à qui il faisait référence.

Il y a une semaine, le 45e président des Etats-Unis avait menacé de rompre toute relation avec le géant asiatique et assuré qu’il ne souhaitait plus, pour l’heure, parler à son homologue Xi Jinping.

Pékin assure de son côté avoir transmis le plus vite possible toutes les informations à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le différend entre les deux premières économies mondiales s’est en particulier concentré sur l’attitude de l’agence onusienne face à cette crise sanitaire d’une ampleur inédite.

Accusant l’OMS d’être une «marionnette de la Chine», le président américain Donald lui a donné un mois pour engager des réformes et obtenir des résultats significatifs. Avec, à défaut, la menace de quitter cet organe dont les Etats-Unis étaient traditionnellement le premier contributeur.

Pékin a répliqué en accusant Trump de chercher à «se soustraire à ses obligations» envers l’organisation.

Riposte verbale chinoise

Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a vivement critiqué l’attitude des Etats-Unis, accusés de «salir les efforts de la Chine face à l’épidémie».

M. Zhao a exhorté Washington à «cesser de rejeter la faute» sur son pays et à se concentrer plutôt sur l’endiguement du virus sur son territoire, où plus de 1,5 million de personnes ont été contaminées.

«Il y eu des erreurs et des lacunes du côté américain, leurs mensonges sont toujours plus nombreux», a-t-il asséné, dénonçant avec virulence «ces hommes politiques américains adeptes de la manipulation».

Mi-mars, ce même porte-parole s’était fait l’écho, sans le moindre élément concret à l’appui, d’une théorie selon laquelle l’armée américaine aurait importé le virus en Chine.

Lors d’un point de presse mercredi matin, Mike Pompeo, chef de la diplomatie américaine, a estimé que la crise du Covid-19 marquait la fin des illusions de Washington sur le tissage de liens étroits avec la Chine.

«Nous avons largement sous-estimé à quel point Pékin est, idéologiquement et politiquement, hostile aux pays libres», a-t-il déclaré, martelant que le géant asiatique était dirigé par “un régime brutal, autoritaire”.

«La réponse du Parti communiste chinois à l’épidémie de Covid-19 dans le Wuhan a permis de mieux comprendre la réalité de la Chine communiste», a-t-il ajouté, déplorant, entre autres, «la censure» concernant la pandémie au sein de ce pays.

Avec AFP