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Ahmed Charaï : «L’échec de Netanyahu menace la promesse de paix des Accords d’Abraham»

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«De la prospérité partagée à la paix, tel était l’esprit des accords Accords d’Abraham; malheureusement, nous nous en sommes éloignés chaque jour». Ces mots soigneusement pesés sont de celui qui a été proche observateur de l’élaboration de l’engagement tripartite entre le Maroc, les États-unis et Israël en marge des fameux «Abraham Accords» : M. Ahmed Charaï.

L’auteur de ce sérieux constat emprunt d’un brin de gravité a choisi The Jerusalem Post pour éclairer la communauté israélienne et internationale sur les évolutions inquiétantes qui menacent la paix au Proche et au Moyen-Orient. Entre autres, la profonde crise politique qui déchire Israël et le coup de théâtre que fut rapprochement entre l’Arabie saoudite et l’Iran sous l’égide de la Chine.

M. Charaï s’est adressé, dans sa tribune, à Netanyahu et à Biden, deux chefs d’États portant conjointement une responsabilité historique, les invitant à trouver un moyen d’aller de l’avant au risque de sceller l’avenir de toute la région.

L’analyste a signifié au Premier ministre Israélien que son échec dans la gestion de son gouvernement et du dossier iranien condamne toute la promesse de paix des Accords d’Abraham.

Au président américain, M. Charaï suggère de réévaluer les politiques de son administration au Moyen-Orient à la lumière de l’appétit croissant de la Chine et de la Russie pour refaçonner le monde à leur image.

La dernière publication de M. Ahmed Charaï sur The Jerusalem Post a été particulièrement suivie et scrutée. Elle intervient dans un contexte géopolitique marqué par l’éclatement des alliances historiques d’après-Seconde guerre mondiale. Elle s’attarde également sur un sujet cher à l’auteur, à savoir la convergence des idées pour une paix durable au Proche-Orient et le resserrement des liens politiques et économiques et de dialogue entre le Royaume du Maroc d’une part, les États-unis et Israël d’autre part.

Cet engagement de M. Charaï s’est matérialisé en 2021 par la création d’une plate-forme d’idées basée aux États-unis portant la très symbolique dénomination : «The Jerusalem Strategic Tribune». Laquelle plateforme couplée avec le groupe média Global Média Holding s’est illustrée par des prises de positions assumées sur une paix arabo-israélienne délestée des préjugés du passé et une ouverture inédite aux communautés militaires et politiques israéliennes.

Tout cela pour dire que les prises de position de celui qui aurait été aux premières loges du processus d’élaboration des accords d’Abraham et qui a rencontré Benny Gantz au sein de la Knesset alors que les élections battaient leur plein, ont un poids non négligeable.

A ce titre, la Tribune publiée par The Jerusalem Post, ce 24 mars, et signée par M. Charaï n’a d’ailleurs pas échappé à l’ancien Ambassadeur américain et envoyé spécial pour les régions du Sahel et des grands Lacs d’Afrique, Peter Pham. Ce dernier a publié un tweet qualifiant la réflexion de M. Charaï de «sage conseil aux États-unis».

«Le sage conseil d’Ahmed Charai aux #USA🇺🇸 : “Nous assistons à l’émergence du rôle politique de #China🇨🇳 dans la région. C’est un avertissement : Abandonnez les liens avec des alliés arabes parfois frustrants mais de longue date et vous présenterez à la Chine un vide à combler.»

L’éditorialiste du quotidien londonien The Telegraph, Anne-Elisabeth Moutet s’est félicitée sur Twitter de la pertinence de l’analyse de M. Charaï.

«Excellente analyse de Ahmed Charaï» a-t-elle tweeté.

Vous trouverez ci-après l’essentiel de l’analyse de M. Charaï, construite autour de cinq axes :

  1. La «déconstruction» de la paix par Netanyahu
  2. Les ambitions hégémoniques de l’Iran
  3. L’émergence du rôle politique de la Chine au Moyen-Orient
  4. Le «flottement» de la politique étrangère de Biden
  5. Les «Accords d’Abraham», la clé à toute paix

1. La «déconstruction» de la paix par Netanyahu

Benjamin Netanyahu a mis en équation tout le processus de paix engagé entre israéliens et arabes dans l’unique objectif de perpétuer sa longévité politique. Sa majorité gouvernementale issue de la droite dure et ultra-orthodoxe l’a poussé dans un engrenage de violence avec les palestiniens d’une part et avec une grande partie des israéliens d’autre part.

La négation par ses ministres du peuple palestinien et son entêtement à prendre le contrôle du système judiciaire l’ont beaucoup affaibli, ont refroidi les alliés arabes et ont exaspéré son allié historique, les États-unis.

La politique de Netanyahu n’a finalement servi qu’à l’Iran puis à la Chine qui ont profité de la brèche entrouverte par la guerre en Ukraine pour tenter un remodelage du Moyen-Orient.

Netanyahu a échoué lamentablement à maintenir un front international unis contre l’Iran.

«Il n’y a pas d’autre façon de le dire : L’accord conclu entre l’Arabie saoudite et l’Iran sous l’égide de la Chine porte un coup fatal aux efforts déployés par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour isoler l’Iran», écrit Ahmed Charaï.

Les objectifs de politique étrangère de Netanyahu ont été contrariés par les multiples crises intérieures que traverse Israël, qu’il s’agisse de l’opposition inattendue de la gauche aux projets de réforme de la justice de son parti ou de la vague de violence perpétrés dans tout le pays, souligne M. Charaï.

L’analyste marocain nous rappelle que Netanyahu milite depuis longtemps et au niveau international internationaux pour stopper les efforts de l’Iran visant à développer et déployer des armes nucléaires.

Benyamin Netanyahu exhibe sa “ligne rouge” concernant l’Iran devant l’Assemblée générale des Nations unies en 2012.

«Sa motivation n’est pas mystérieuse. L’Iran, dans ses émissions d’État, a appelé à plusieurs reprises à la fin d’Israël et a joint le geste à la parole, notamment en finançant des milices supplétives, dont le Hezbollah et le Hamas, pour qu’elles tuent des Israéliens. L’Iran a également armé des tribus au Yémen pour attaquer l’Arabie saoudite et Abu Dhabi» précise M. Charaï.

Netanyahu s’est efforcé de normaliser les relations avec l’Arabie saoudite, espérant en faire la pièce maîtresse d’une alliance basée sur la sécurité entre les pays arabes sunnites et Israël.

«Aujourd’hui, cela semble moins probable» constate M. Charaï.

2. Les ambitions hégémoniques de l’Iran

Le 6 mars 2023, des officiels de l’Iran et de l’Arabie saoudite se sont rencontrés à Pékin pour des discussions organisées par la Chine. Quatre jours plus tard, Riyad et Téhéran ont annoncé qu’ils avaient décidé de normaliser leurs relations. Cet accord historique a le potentiel de transformer le Moyen-Orient en réalignant ses principales puissances, en remplaçant l’actuel clivage arabo-iranien par un réseau complexe de relations et en intégrant la région dans les ambitions mondiales de la Chine. Pour Pékin, cette annonce constitue un grand pas en avant dans sa rivalité avec Washington.

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L’accord de Pékin avec les Saoudiens est le plus important trophée convoité par l’Iran : une véritable ouverture sur le monde arabe, qui pourrait bientôt s’étendre à Bahreïn et à l’Égypte.

Téhéran se réjouit du rôle croissant de la Chine au Moyen-Orient, car il affaiblit l’influence des États-Unis dans la région et sape le régime de sanctions dirigé par les États-Unis, qui a paralysé l’économie iranienne. À cette fin, de meilleurs liens avec les pays du CCG atténueront la menace posée par les accords d’Abraham, négociés par l’administration Trump, qui ont mis en place une coordination plus étroite en matière de renseignement et de défense entre Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (étendue par la suite au Maroc et au Soudan), étendant ainsi la guerre de l’ombre entre l’Iran et Israël au Golfe. Bien que Téhéran puisse être disposé à accepter des liens bilatéraux entre le CCG et Israël, il ne pourrait tolérer une alliance militaire israélo-arabe anti-iranienne soutenue par les États-Unis.

Une telle alliance serait d’autant plus menaçante pour Téhéran que les négociations nucléaires avec l’administration Biden ont échoué, qu’il y a des protestations politiques internes, que la présence israélienne en Azerbaïdjan et en Irak s’accroît et que le nouveau gouvernement israélien de droite est de plus en plus enclin à envisager une guerre pour arrêter le programme nucléaire iranien.

Toutefois, ce rapprochement de circonstance entre Riyad et Téhéran est, selon plusieurs observateurs, difficile à tenir dans la durée, au vue du clivage profond qui demeure entre les deux pays.

«La circulation plus libre des diplomates entre l’Arabie saoudite et l’Iran n’apaisera pas non plus automatiquement les tensions qui divisent Riyad et Téhéran depuis des décennies» souligne Ahmed Charaï.

Et de préciser : « Chaque nation considère l’autre comme un rival pour la domination régionale ; parfois, ce concours de volontés se transforme en conflit armé, comme en Irak, en Syrie et au Yémen ».

M. Charaï estime que l’Iran reste une menace autoritaire pour son propre peuple et ses voisins. C’est un régime qui, il y a quelques mois à peine, a tué des centaines d’Iraniennes qui cherchaient à découvrir leur visage dans les lieux publics.

«L’accord sur l’Iran négocié par la Chine ne survivra que si Téhéran abandonne sa stratégie hégémonique, qui est la principale cause des tensions sous-jacentes», assure notre analyste.

La légitimité interne du régime iranien dépend de la notion de suprématie régionale chiite, ce que les Arabes sunnites ne pourront jamais accepter.

«L’accord ne durera donc pas», prédit M. Charaï.

3. L’émergence du rôle politique de la Chine au Moyen-Orient

L’implication de la Chine est peut-être la dimension la plus troublante du rapprochement irano-saoudien. Auparavant, Pékin avait pris soin d’éviter tout enchevêtrement au Moyen-Orient. Mais ses intérêts économiques croissants dans cette région ont nécessité l’adoption d’un rôle politique.

«Les décideurs politiques américains ne doivent pas ignorer le rôle joué par la Chine dans la conclusion de l’accord entre saoudiens et iraniens», écrit Ahmed Charaï.

L’Empire du Milieu a des intérêts au Moyen-Orient et entend les protéger, souligne-t-il. «Ses liens commerciaux étendus ont conduit à un engagement politique et à des droits d’accostage pour sa marine en pleine expansion. La coopération en matière de renseignement et de sécurité n’est peut-être pas loin derrière».

En effet, la région est importante pour l’initiative chinoise «la Ceinture et la Route». Le gouvernement chinois a dû s’assurer, par exemple, que ses investissements dans le secteur énergétique saoudien n’étaient pas menacés par les missiles des Houthis.

En outre, la Chine n’a cessé d’étendre son empreinte économique en Iran et souhaite soutenir le projet de Moscou de développer un corridor de transit à travers l’Iran qui permettrait au commerce russe d’atteindre les marchés mondiaux sans passer par le canal de Suez. Le développement de ce corridor permettrait également à la Chine de contourner le détroit de Malacca ( entre l’Indonésie et la Malaisie) face à la formidable armada que les États-Unis et leurs alliés sont en train de construire. Pour faire avancer ces priorités stratégiques, Pékin se prépare maintenant à défier Washington pour l’influence au Moyen-Orient.

La convergence des intérêts stratégiques plus larges de la Chine, de l’Iran et de l’Arabie saoudite suggère que la percée de Pékin avec ce rapprochement entre Téhéran et Riyadh servira probablement de fondement à une nouvelle réalité géopolitique au Moyen-Orient. Cette transformation représente un défi historique pour les États-Unis.

«Nous assistons à l’émergence du rôle politique de la Chine dans la région. Il s’agit là d’un avertissement : Abandonnez les liens avec des alliés arabes parfois décevants mais des alliés de longue date et vous ne ferez qu’offrir à la Chine un vide à comble, écrit M. Charaï.

4. Le «flottement» de la politique étrangère de Biden

Les intérêts des États-unis en matière de sécurité ne se limitent pas au pétrole, affirme M. Charaï. La Chine par contre est un gros client du pétrole saoudien et iranien, tandis que l’Amérique ne reçoit pas de pétrole de l’Iran et relativement peu de l’Arabie saoudite.

Cependant, la nature des marchés pétroliers mondiaux fait que l’économie américaine est toujours influencée par les variations de prix, rappelle-t-il.

Tout aussi important, la sécurité énergétique de leurs alliés, de l’OTAN au Japon, dépend de la libre circulation du pétrole en provenance de pays non sanctionnés. Par conséquent, les États-Unis ont toujours des intérêts substantiels au Moyen-Orient, souligne M. Charaï.

«Ne vous y trompez pas» alerte-t-il. «Un Moyen-Orient dominé par la Chine menacerait le commerce et la sécurité nationale des États-Unis».

«Un Moyen-Orient dominé par la Chine pourrait également envoyer des vagues de réfugiés déstabilisateurs en Europe et garantir un marché pour les armes, le pétrole, les céréales et les biens de consommation russes, ce qui renforcerait la position de Poutine en Ukraine et dans le monde», met en garde notre analyste.

S’adressant au gouvernement américain, Ahmed Charaï estime qu’il n’y pas une troisième voie pour un équilibre des intérêts. Soit une paix fructifiante ou un nouvel ordre imposé par la Chine et le Russie.

«Il est temps pour l’administration Biden de poser des questions difficiles sur les politiques américaines au Moyen-Orient, à commencer par celle-ci :

  1. Devrions-nous revenir aux accords d’Abraham comme base d’un processus de paix au Moyen-Orient parce qu’il est dans l’intérêt de l’Amérique d’approfondir la coopération entre les pays de la région ?
  2. Ou devons-nous laisser la Chine et la Russie écrire l’avenir de la région ?» a-t-il insisté.

5. Les «Accords d’Abraham», la clé à toute paix

Pour trouver une voie à suivre, nous devons revenir à l’esprit des accords d’Abraham, assure Moulay Ahmed. Mais au vu des derniers développements, ce n’est pas gagné d’avance.

«De la prospérité partagée à la paix, tel était l’esprit de ces accords ; malheureusement, nous nous en sommes éloignés chaque jour», constate-il.

Revenir aux accords et animer l’idée d’une prospérité partagée permettrait d’unifier les pays arabes et de briser la résistance de ceux qui sont sceptiques à l’égard des accords avec Israël, tout en suscitant une opinion publique arabe favorable, assure M. Charaï.

«C’est la clé de toute paix!»

Les Accords d’Abraham n’est pas seulement diplomatique ou sécuritaire, rappelle-t-il. Il comprennent un plan de croissance économique massif de 50 milliards de dollars (181,7 milliards de NIS) pour le Proche-Orient.

«Ces fonds permettront de construire des écoles, des routes, des hôpitaux, des installations portuaires et des canalisations d’eau. Ces infrastructures créeront des emplois directs et, indirectement, alimenteront le boom des petites entreprises. Une grande partie de ces projets nécessite le soutien d’Israël, qui doit réduire les impôts et les formalités administratives et financer les projets» explique M. Charaï.

«Netanyahu devrait saisir l’occasion qui lui est donnée de proposer un plan de paix courageux avec les Palestiniens, déjà esquissé dans les accords».

Ahmed Charaï fait un pari sur l’avenir, en s’appuyant sur les jeunes générations pour instaurer une paix durable entre Palestiniens et Israéliens.

«Se concentrer sur la croissance économique aidera tous les Israéliens et leurs voisins palestiniens. De nouveaux emplois et un espoir renouvelé revigoreraient les jeunes Palestiniens, qui veulent fonder ou soutenir de nouvelles familles. C’est la perspective des jeunes générations, qui sont prêtes à mettre de côté les préjugés du passé, qui offre la meilleure voie vers la paix» a-t-il assuré.

Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist
20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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