CEDEAO

Stratfor : Les sanctions de la CEDEAO contre le Mali risquent de renforcer sa dépendance à l’égard de la Russie

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La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, a décidé dimanche 9 janvier, d’imposer des sanctions sévères à l’encontre du Mali. Un acte inattendu qui intervient 10 jours après l’annonce des autorités maliennes de transition de la mise en place d’un nouveau calendrier électoral qui repousse l’organisation des élections à décembre 2025 au lieu de février 2022 comme initialement prévu. Cependant le fond de crise est essentiellement sécuritaire et géostratégique. La tension a émergé après l’annonce du retrait de l’armée française du Sahel ayant perdu tout contrôle sur la région. Un vide immédiatement remplacé par les mercenaires russes de Wagner qui assurent désormais la sécurité de la junte militaire malienne. Dans son «snapshot» du 10 janvier, la société d’intelligence économique et de renseignement, Stratfor, analyse les risques de l’opération d’asphyxie du Mali. Le rapport estime que les sanctions de la CEDEAO réduiraient davantage l’influence française au profit d’une influence russe. Du pain béni pour Moscou qui pourrait jouer la carte de la promotion d’une stabilité accrue indépendamment d’une transition démocratique du Mali.

Lundi 10 janvier, les autorités de transition maliennes étaient encore sous le choc de la décision surprise annoncée dimanche par les pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, de fermer leurs frontières, de rompre leurs relations diplomatiques, d’imposer des sanctions économiques sévères, de suspendre les transactions financières non essentielles et de geler des avoirs de l’Etat malien dans les banques commerciales de l’organisation panafricaine.

Un porte-parole du président malien par intérim a déclaré que ces sanctions étaient illégales et illégitimes et que le report des élections était dû à la violence de l’insurrection islamiste. Et qu’en réponse, le Mali fermerait ses frontières terrestres avec les États voisins de la CEDEAO (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Niger et Sénégal).

De leur part, les responsables de la CEDEAO ont déclaré qu’ils ne lèveraient pas les sanctions à moins que les responsables maliens ne proposent un calendrier électoral acceptable.

Il s’agit de la deuxième vague de sanctions contre le Mali par la CEDEAO depuis le coup d’État de 2020. Elle avait suspendu l’adhésion du pays, gelé les actifs de l’autorité de transition, imposé des interdictions de voyager, fermé les frontières et interrompu les flux financiers vers le pays. Les importations du Mali en provenance de ses deux principaux partenaires commerciaux, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, ont fortement diminué à la suite de ces mesures, entraînant des pénuries de carburant et de médicaments dans le pays.

Les principales importations du Mali sont les produits pétroliers raffinés, le coton et les médicaments conditionnés.

La nouvelle décision de la CEDEAO a été soutenue par les États-unis qui dans un communiqué publié moins de 24h plus tard «saluent les actions [l’organisation] pour défendre la démocratie et la stabilité au Mali à la suite de son Sommet extraordinaire du 9 janvier 2022».

Le «statement» du département d’Etat américain était clair et sans ambiguïté au sujet de la situation au Mali et la présence des militaires du groupe russe Wagner.

«Nous partageons la profonde déception de la CEDEAO face au manque d’action ou de progrès du gouvernement de transition du Mali dans l’organisation d’élections, comme il s’était engagé à le faire après le coup d’État d’août 2020. Nous soutenons la décision de la CEDEAO d’imposer des sanctions économiques et financières supplémentaires pour inciter le gouvernement de transition à tenir sa promesse au peuple malien de ramener son pays à la démocratie», déclare Ned Price porte-parole du département d’Etat.

Et d’alerter : «Nous nous faisons également l’écho des préoccupations de la CEDEAO quant à l’impact déstabilisant probable des forces du groupe Wagner soutenues par la Russie au Mali. Comme indiqué dans la déclaration du Département du 15 décembre 2021, ces forces n’apporteront pas la paix au Mali et détourneront des ressources de la lutte contre le terrorisme menée par les forces armées maliennes

Stratfor : l’isolement du Mali est profitable à la Russie

Quelques semaines après le retrait de la France de sa dernière base militaire au Mali, située à Tombouctou, un porte-parole militaire malien a confirmé la présence de troupes russes le 6 janvier. Les responsables n’ont pas donné de détails sur le nombre de forces de sécurité russes présentes sur la base de Tombouctou, mais ont déclaré qu’elles participaient à la formation sur place des équipements militaires russes récemment acquis. Cette présence militaire au Mali en plus de celle en Centre d’Afrique, est en passe de reconfigurer les équilibres géostratégiques au Sahel. Surtout avec une junte militaire aux abois.

«Les sanctions de la CEDEAO vont exacerber l’isolement du Mali vis-à-vis des États de la région et de la France, alors que les troupes françaises sont en train de se retirer du pays et que des troupes russes ont été récemment déployées à Tombouctou», écrit la société d’intelligence économique et de renseignement Stratfor dans un snapshot en date du 11 janvier 2022.

«L’isolement régional résultant des sanctions accélérera le passage du Mali d’une dépendance à l’égard de la France à une dépendance à l’égard de la Russie en matière de soutien militaire et de sécurité, car Moscou n’a pas les mêmes attentes en matière d’élections et de gouvernance démocratique que la CEDEAO ou Paris», analyse Stratfor.

La rupture du Mali avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) va probablement renforcer sa dépendance à l’égard de la Russie, ce qui réduira encore la probabilité d’élections démocratiques imminentes, augmentera les difficultés économiques et posera des risques pour les opérations antiterroristes en cours dans le pays.

Stratfor, 11 janvier 2022

Au Mali, souligne Startfor, la détresse économique supplémentaire provoquée par les sanctions de la CEDEAO aggravera le mécontentement populaire à l’égard du maintien de l’autorité de transition au-delà de son mandat initial, ce qui entraînera probablement une diminution des importations et des pénuries de produits de base.

N’étant plus contraint par les partenariats avec les démocraties régionales ou la France, le président malien Assimi Goita – qui s’est emparé du pouvoir pour la deuxième fois lors d’un coup d’État en mai 2021 – sera peu enclin à ne pas répondre aux troubles par des mesures de sécurité.

«Le recul politique et économique augmentera probablement aussi les risques pour les opérations antiterroristes au Mali. Si la présence militaire russe s’étend pour inclure l’introduction de groupes paramilitaires russes comme Wagner, et si ces groupes déploient une force aveugle contre les civils (ce que Wagner a la réputation de faire dans des pays comme la République centrafricaine), cela pourrait favoriser le recrutement de militants et saper les missions anti-insurrectionnelles existantes au Mali et dans l’ensemble de la région». écrit Stratfor.

L’influence russe visera très probablement à promouvoir une stabilité accrue indépendamment d’une transition démocratique, bien que les contraintes de capacité et les menaces d’insurrection de longue date empêcheront probablement le succès.

Stratfor, 11 janvier 2022

Aux Nations Unies, la Russie décrie les ingérences étrangères au Mali

Mardi 11 janvier, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Mali et Chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, El-Ghassim Wane a présenté devant le Conseil de sécurité le rapport trimestriel du Secrétaire général sur la situation au Mali. Seule la Russie a condamné les sanctions de la CEDEAO, décriant des ingérences étrangères excessives « qui ne font que compliquer la situation ».

En effet, la Chine a invité les deux parties à trouver un terrain d’entente et les trois pays africains membres du Conseil -les A3 (Ghana, Gabon et Kenya)- ont exhorté le Conseil de sécurité à accueillir favorablement le communiqué final du Sommet de la CEDEAO et à appuyer les sanctions prises.

De leurs parts, la France, l’Albanie et les États-Unis ont fustigé la présence des forces russes sur le sol malien y voyant même une menace pour la MINUSMA et le peuple malien.

La France a en effet déploré le fait que les autorités de transition utilisent des fonds publics déjà limités pour rétribuer des mercenaires étrangers au lieu de soutenir les forces nationales et les services publics au bénéfice du peuple malien.  Le représentant français a fermement condamné le déploiement sur le territoire malien de mercenaires du groupe Wagner, assurant qu’ils sont « connus pour menacer les civils, violer le droit international et la souveraineté des États ».  

La terre malienne mérite mieux qu’être un terrain de règlements de comptes politiques et d’affrontement des puissances mondiales

Mme ADAM DICKO,  (AJCAD)- Conseil de Sécurité 11/01/2022

Le gouvernement malien a confirmé pour la première fois la présence de troupes russes dans le pays le 25 décembre, mais le 6 janvier a marqué la première confirmation de la présence de ces troupes à Tombouctou. Des paramilitaires déployés par Wagner qui selon un rapport daté du e 27 octobre 2021 par le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme ont commis des abus en République centrafricaine, notamment les détentions arbitraires, la torture, les disparitions, les exécutions sommaires et les violences sexuelles.

Double jeu de l’Algérie

Alger par le biais de son président a publié un communiqué très ambiguë sur la situation malienne. Une ambiguïté qui semble être résultat d’une pression de l’Élysée qui s’est précipité à communiquer sur une «triple pression» de la France, les Etats-unis et l’Algérie sur la junte.

Quand on lit le communiqué de Tebboune il n’en est absolument rien. L’Algérie propose sa médiation, qualifie les sanctions de la CEDEAO de porter des «risques graves et d’épreuve» pour le pays et exprime son «attachement indéfectible de l’Algérie à la souveraineté, à l’unité et l’intégrité territoriale de la République du Mali».

«Le Président de la République a réitéré l’attachement indéfectible de l’Algérie à la souveraineté, à l’unité et l’intégrité territoriale de la République du Mali, et a encouragé les dirigeants de la transition à l’adoption d’une attitude responsable et constructive», poursuit le communiqué de Tebboune.

«Devant les risques graves et les épreuves que portent en elle la panoplie de sanctions massives annoncées par le sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la CEDEAO ce 9 janvier à Accra, ainsi que les contre-mesures annoncées par le gouvernement de la République du Mali, l’Algérie appelle toutes les parties à la retenue et au réengagement dans le dialogue en vue d’éviter à la région un engrenage de la tension et une exacerbation de la crise», précise la même source.

Pour comprendre la position de l’Algérie il faut regarder de plus prés sa longe relation ainsi que son son principal parti politique, le FLN, avec la Russie, qui remonte à l’époque soviétique.

Les bonnes relations entre les deux pays se traduisent notamment par la livraison à l’Algérie d’équipements militaires russes dans un contexte de tension entre Alger et Rabat. A la fin des années 1970, 90% du matériel militaire algérien était d’origine russe. Les relations algéro-soviétiques vont au-delà des livraisons d’armes. Moscou contribue au développement du secteur minier en Algérie et ouvre ses centres de formation et ses universités aux jeunes diplômés algériens. De nombreux cadres, ingénieurs et officiers de la jeune république algérienne bénéficient de la formation soviétique, qui s’accompagne de rapprochements matrimoniaux (mariages mixtes) et culturels (apprentissage des langues).

Si l’influence russe est peu palpable sur des secteurs comme l’énergie, et plus précisément du géant pétrolier Sonatrach fondé en 1963, sa présidence est régulièrement confiée à des ingénieurs formés aux Etats-Unis (Chakib Khelil, notamment), les cadres formés en Russie sont en revanche bien représentés dans l’état-major de l’armée. L’actuel chef d’état-major, Saïd Chengriha, a été formé à l’académie russe de Vorochilov dans les années 1970. Son prédécesseur, Ahmed Gaïd Salah (décédé fin 2019), homme fort du pouvoir algérien après les premiers mois du soulèvement populaire (Hirak) et artisan de l’éviction d’Abdelaziz Bouteflika, a également été formé en Union soviétique. De tous les centres du pouvoir algérien, l’armée – qui reste le premier d’entre eux – semble être celui où l’influence russe dure le plus longtemps.

Comme mentionné ci-dessus, l’Algérie est un client précieux de l’industrie militaire russe. Après l’Inde (25% des exportations russes) et la Chine (16%), l’Algérie est le troisième client de Moscou (14%). À elle seule, l’Algérie achète environ la moitié des armes russes exportées vers le continent africain. Avec 67% des importations algériennes, la Russie est de loin le principal fournisseur de l’Algérie.

Les ambitions russes en Afrique centrale et au Sahel et la présence de forces paramilitaires non conventionnelles offrent une opportunité inespérée à l’Algérie pour tirer profit du choc des hyperpuissances dans la région. Surtout que le retour d’expérience de la Libye a démontré comment la Turquie, membre de l’Otan, a mis fin aux ambitions russes mais également au rôle que souhaitait jouer l’Algérie dans le processus de paix libyen.

ZLECA : Sa ratification par Rabat n’est pas une reconnaissance de la pseudo-RASD

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«La signature par le Royaume du Maroc de l’accord établissant la Zone de libre-échange continentale africaine, le 21 mars 2018 à Kigali, ne peut en aucun cas être comprise ou interprétée comme une reconnaissance d’un fait, d’une réalité, d’une situation ou d’une entité non reconnue par le Royaume susceptible de porter atteinte à son intégrité territoriale ou à son unité nationale ». Allusion faite à la fantomatique république sahraouie qui n’existe que sur le papier. C’est par cette importante précision que le porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, a expliqué que la ratification de cet accord «vise à faciliter l’intégration entre les marchés africains, tout en considérant que les zones des communautés économiques régionales demeurent les piliers de l’accord établissant la ZLECAF ».

C’est acté et entériné. Le Maroc a ratifié l’accord de création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Au cours de sa réunion hebdomadaire, le Conseil de gouvernement a adopté le projet de loi relatif à la ZLECA. Cet accord a été signé le 21 mars 2018 à Kigali au Rwanda. La ZLECAF a pour objectif de booster les échanges interafricains. Valeur d’aujourd’hui, seulement 16% des flux commerciaux se font entre pays du continent contre 70% pour les pays de l’Union européenne. La ZLECAF devra à terme créer une zone tripartite de libre-échange. Elle comprendra le marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et la communauté de développement d’Afrique australe (SADC) d’un côté, la communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de l’autre, ainsi que l’Union du Maghreb arabe et la communauté des États sahélo-sahariens.

Signé par 44 Etats africains, la ZLECA crée un marché unique du Cap au Caire et de Djibouti à Dakar. Tous ces pays se sont engagés à éliminer les droits de douane entre eux et à améliorer l’efficacité des postes-frontières et 27 d’entre eux ont signé un second protocole pour entériner la libre circulation des personnes. Si l’accord vient à être appliqué par les signataires, il révolutionnera les échanges commerciaux en Afrique. L’Union africaine (UA) qui supervise ce processus d’intégration régionale ambitionne de créer une Communauté économique africaine à l’horizon 2028. Elle s’appuie pour ce faire sur les communautés économiques régionales (CER). Huit d’entre elles ont déjà été identifiées comme des piliers de l’intégration régionale. Tout est beau sur le papier, reste à le traduire en actes et en politiques communes. Or, c’est à ce niveau que le bât blesse en Afrique. Plusieurs groupements régionaux sont soit des doublons comme la CEN-SAD, la COMESA ou des coquilles vides comme l’UMA.

Sérieux handicaps à l’intégration panafricaine

Autrement dit, l’Afrique part avec un handicap sérieux. Il faudra d’abord travailler sur ces ensembles pour les rendre apte à passer au stade de l’intégration complète. En outre, les luttes pour le leadership au sein de ces organisations peuvent s’avérer pénalisantes. Enfin, dernière limite, l’existence de plusieurs Afriques appelle une mise à niveau de chaque organisation régionale et à une réduction de leur nombre pour éviter les doublons et les chevauchements.

Une intégration par le marché

Aujourd’hui, c’est par les mécanismes du marché que les Etats africains essaient d’atteindre l’intégration économique. La formation d’ensembles économiques plus puissants et la réduction du coût des échanges transfrontaliers sont les priorités des communautés régionales. La régionalisation est avant tout économique. Elle vise la formation, à terme, d’une union économique et monétaire. Un objectif qui reste lointain en raison des intérêts divergents des Etats. En raison de la fragilité de certains d’entre d’eux et de leur hétérogénéité, l’intégration régionale peine à fonctionner à plein régime.

« Le Maroc regarde vers le sud » : Carnegie Middle East Center décrypte la politique africaine de Rabat

Le Think Tank américain Carnegie Middle East Center a décrypté dans un long document la politique africaine du Maroc. Sous le titre : «Le Maroc regarde vers le Sud», Intissar Fakir, l’auteure de l’analyse, décortique l’engagement marocain sur le continent, guidé par un souci géostratégique avéré, allant de ses relations avec les Etats africains, notamment avec ceux du groupe G5 Sahel, et la guerre d’influence que se livrent Rabat et Alger notamment sur le dossier du Sahara et bien au-delà.

De prime abord, le document relève que le Maroc a renforcé son soutien au groupe des cinq pays du Sahel, visant à concurrencer l’Algérie dans cette région et dans le reste de l’Afrique, en jouant un rôle déterminant dans la sécurité et la stabilité du Sahel vis-à -vis de l’Europe, étant donné ses implications dans la gestion de l’épineuse question migratoire.

L’analyse relève l’existence de gains stratégiques potentiels pour le Maroc mais note que ce dernier a souffert de l’absence de confiance entre Rabat et de nombreux Etats africains, ce qui constitue l’un des plus grands défis à ses efforts de réintégration : «Depuis des décennies, le Maroc entretient avec des États africains postcoloniaux des liens qui n’étaient pas aussi proches, par exemple, que ceux-là avec l’Algérie », souligne l’analyste.

On y apprend que jusqu’à récemment, «le soutien de l’Afrique à l’indépendance du Sahara occidental était également une source de tension entre le Maroc et une grande partie du continent, en particulier au niveau institutionnel où les puissances africaines dominantes restent méfiantes à l’égard du Royaume.»

Pour y faire face, le Maroc a cherché à améliorer ses relations bilatérales avec les pays africains, en particulier en Afrique de l’Ouest et au Sahel, une région où il entretenait depuis longtemps des liens de Soft Power. S’engager avec le G5 Sahel est un moyen de démontrer à l’Afrique que le Maroc s’aligne sur les grandes priorités de sécurité du continent et sur la vision de l’Union africaine (UA) de promouvoir la paix et la coopération régionales. Le G5 Sahel offre une autre opportunité en ce sens que le groupe a exclu l’Algérie de son adhésion formelle, contrairement aux précédentes initiatives de sécurité régionale que l’Algérie avait dirigées ou promues au sein de l’UA.

Pour le Maroc, la conséquence positive la plus probable de son engagement avec le G5 Sahel est l’amélioration des relations avec la Mauritanie, un pays avec lequel Rabat entretient depuis longtemps des relations inégales. L’engagement pourrait également porter ses fruits en ce qui concerne les relations à travers le Sahel et éventuellement permettre au Maroc de s’implanter dans la CEDEAO, un groupe régional de quinze États auquel le royaume souhaite fortement s’arrimer.

Dans l’ensemble, le soutien du Maroc au G5 Sahel constitue une approche relativement peu risquée pour atteindre des objectifs plus larges en Afrique. Il permet également au royaume de devenir un acteur stratégique de la sécurité, les États-Unis et l’Union européenne ne pouvant se permettre une intervention militaire directe, et la coopération du Maroc en matière de lutte contre le terrorisme et de l’extrémisme violent est précieuse à cet égard. Cela donne au Maroc un moyen supplémentaire de gagner du poids dans le dossier du Sahara avec Washington et Bruxelles, pays vis-à-vis duquel le Maroc a été confronté à des défis diplomatiques et juridiques pour exercer son contrôle de facto sur la région.

Les deux principales contributions du Maroc au groupe du G5 Sahel : formation militaire et religieuse

Le Royaume apporte un concours précieux sur le front de la sécurité en en aidant à lutter contre les enseignements islamiques radicaux dans la région de collaboration, notamment le contrôle des frontières, la sécurité alimentaire, le développement social, la formation militaire et la formation religieuse des imams dans la lutte contre la criminalité transnationale.

Carnegie rappelle aussi que le Maroc a longtemps formé de nombreux membres du personnel et des commandants militaires des pays du G5 Sahel, parmi lesquels l’actuel président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, le commandant de la force commune du G5 Sahel, le général Hanena Ould Sidi, lui aussi Mauritanien formé à l’Académie royale militaire de Meknès. L’influence religieuse du Maroc s’étend au Sahel en raison des liens historiques qu’elle entretient avec les souverains du Maroc.

Une coopération bien au-delà de la sécurité

La coopération entre le Maroc et le G5 Sahel s’est également développée au-delà des questions liées à la sécurité. Les universités et les établissements d’enseignement marocains ont été une destination majeure pour les étudiants d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, et cette tendance est appelée à se développer. Le Maroc veut également jouer un rôle important dans d’autres domaines tel que l’énergie et donner accès à son expertise en matière de gestion de l’eau et de l’électricité afin de fournir de l’électricité au Sahel, une région sous-alimentée.

Au cours des dernières années, l’essentiel des relations diplomatiques et économiques du Maroc s’est dirigé vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel en raison de leur proximité et de leurs liens historiques et culturels avec le royaume.

La note de Carnegie a également passé en revue l’état des relations politiques et économiques avec ces pays et les différents accords et conventions qui les lient, tout en relevant que les efforts du Maroc pour s’engager dans la sécurité régionale au Sahel pourraient porter des fruits en termes d’influence régionale, mais cela risque d’être en-deçà des attentes. Les membres du G5 Sahel continuent de concevoir une vision stratégique pour la stabilité régionale. Le Maroc ne peut pas espérer grand-chose en termes de gains tangibles immédiats de son implication dans le Sahel, car la force du G5 pour le Sahel est elle-même confrontée à des défis importants pour la collecte de l’aide annoncée. Ce qui est toutefois important c’est que l’engagement accru des Marocains envers le G5 Sahel a créé une excellente optique pour un pays qui suscite encore des doutes parmi les États africains, conclut l’analyse de Carnegie.

Mohcine Jazouli plaide pour une rupture créative de la politique économique du Maroc en Afrique

La onzième édition du Forum international MEDays a été marquée cette année par la présence active du ministre délégué chargé de la Coopération Africaine, Mohcine Jazouli. Participant à la cérémonie de lancement officiel de l’événement mais également à l’accueil du président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, invité d’honneur des MEDays2018, Mohcine Jazouli a choisi les MEDays pour distiller, dans son discours d’ouverture, et dans un style policé, sa vision disruptive de la politique économique du royaume en Afrique. Immigration, digitalisation, financements, autant de sujets sources d’inquiétudes pour les gouvernements africains dans lesquels l’ancien consultant en stratégie voit des gisements extraordinaires de développement, plaidant pour une rupture créative avec le référentiel du monde passé.

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#MEDays2018 : Le Maroc à la CEDEAO, une candidature disruptive

Repenser le monde avec son imprévisibilité, ses chocs, les nouveaux paradigmes qu’il impose, est le défi que devront relever au cours de quelques jours 3.500 participants dont l’invité d’honneur est le Président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré. « Nous assistons à un renversement des grilles de lecture traditionnellement mises en avant. En matière de relations internationales, cette disruption, une rupture nette qui oblige à la recomposition, est particulièrement sensible.» C’est en ces termes que Brahim Fassi Fihri, Président de l’Institut Amadeus a introduit le thème choisi pour le 11ème Forum MEDays.

Cheikha Hassa Saad Al-Abdallah Al-Salem Al-Sabah reçevant le prix MEDays

La cérémonie d’ouverture des MEDays2018 a été marquée par la remise du Prix MEDays à la présidente du Conseil des femmes d’affaires arabes, Cheikha Hassa Saad Al-Abdallah Al-Salem Al-Sabah, en reconnaissance de ses efforts en faveur de la promotion de la cause féminine dans le monde arabe et en Afrique.

Au cours de cette cérémonie, Mohcine Jazouli, ministre délégué chargé de la coopération africaine a assuré que « l’objectif principal de ces prochains jours de tables-rondes et de débats sera de réfléchir le monde de demain, d’ouvrir le champ des possibles, de participer à l’émergence de nouvelles pistes, porteuses de nombreux espoirs ».

Lors de la première journée de ce Forum, les débats ont porté sur l’adhésion du Maroc à la CEDEAO. Les participants se sont montrés optimistes quant à la demande formulée par le Maroc en 2017. La question est actuellement à l’étude au sein d’un groupe de travail composé d’Etats membres de cette communauté. Au cours des travaux de la journée, Moustapha Cissé Lo, président du Parlement de la CEDEAO, a réaffirmé le soutien de son institution au dossier marocain. «La CEDEAO a déjà donné son accord de principe à l’adhésion du Maroc, la souveraineté de notre communauté ne peut que se renforcer par l’intégration d’un nouveau membre comme le Royaume», a-t-il déclaré. « Le Maroc est un grand pays, sur qui il faut compter pour bâtir une plus grande puissance politique et économique régionale, capable de peser de manière plus accrue lors des négociations internationales », a ajouté l’orateur qui a salué la demande d’adhésion du Maroc à la CEDEAO.

Si certaines ONG et fédérations professionnels ont peur d’une prédation des entreprises marocaines, Brahim Fassi Fihri se veut rassurant. «Il ne faut pas avoir peur du Maroc et de la place qu’il peut occuper en Afrique, car nous sommes déjà le 1er investisseur en Afrique de l’Ouest. La dynamique de l’intégration régionale économique est inéluctable, et les réticences exprimées à l’égard du Maroc émanent pratiquement des mêmes parties qui ont critiqué la création de la ZLECAF (zone de libre-échange africaine)», a-t-il affirmé.

Si le Maroc est intégré dans la CEDEAO, il deviendra la 15ème puissance économique mondiale et la 10ème en 2030. Le Maroc entretient des relations séculaires avec les Etats d’Afrique de l’Ouest et les axes de coopération sont multiples que ce soit dans le domaine industriel, agricole, sécuritaire, politique ou économique. Des domaines où le Maroc a développé une expertise.

Lors de cette édition, plusieurs sujets sont débattus dont l’intégration régionale et continentale, les défis sécuritaires en Afrique, les nouvelles dynamiques de coopération, et les enjeux économiques et diplomatiques face aux disruptions de l’ordre international. 3.500 personnes assistent à cet événement, entre intervenants de renommée mondiale, participants et experts qui travaillent en ateliers pour trouver des pistes pour de meilleures relations de coopération Nord-Sud et Sud-Sud dans le cadre d’un partenariat d’égal à égal et gagnant-gagnant.

MEDays2018 : Le Président du Burkina Faso invité de marque

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La ville du Détroit abritera du 7 au 10 novembre prochain, la 11ème édition des MEDays, organisés par l’Institut Amadeus, dirigé par Brahim Fassi Fihri. Traitant du thème « A l’ère de la disruption, bâtir de nouveaux paradigmes », le forum accueillera plus de 150 intervenants de choix et près de 3 000 participants. Placé sous le Haut patronage du roi Mohammed VI, ce forum international reviendra sur les différentes ruptures et mutations connues par le monde à plusieurs niveaux notamment diplomatiques, sociaux, économiques. « Les évolutions internationales récentes sont porteuses de déstabilisation dont pourraient se prémunir les pays du Sud en renforçant leurs coopérations. », prônent les organisateurs de l’évènement.

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