« Le Maroc regarde vers le sud » : Carnegie Middle East Center décrypte la politique africaine de Rabat

Le Think Tank américain Carnegie Middle East Center a décrypté dans un long document la politique africaine du Maroc. Sous le titre : «Le Maroc regarde vers le Sud», Intissar Fakir, l’auteure de l’analyse, décortique l’engagement marocain sur le continent, guidé par un souci géostratégique avéré, allant de ses relations avec les Etats africains, notamment avec ceux du groupe G5 Sahel, et la guerre d’influence que se livrent Rabat et Alger notamment sur le dossier du Sahara et bien au-delà.

De prime abord, le document relève que le Maroc a renforcé son soutien au groupe des cinq pays du Sahel, visant à concurrencer l’Algérie dans cette région et dans le reste de l’Afrique, en jouant un rôle déterminant dans la sécurité et la stabilité du Sahel vis-à -vis de l’Europe, étant donné ses implications dans la gestion de l’épineuse question migratoire.

L’analyse relève l’existence de gains stratégiques potentiels pour le Maroc mais note que ce dernier a souffert de l’absence de confiance entre Rabat et de nombreux Etats africains, ce qui constitue l’un des plus grands défis à ses efforts de réintégration : «Depuis des décennies, le Maroc entretient avec des États africains postcoloniaux des liens qui n’étaient pas aussi proches, par exemple, que ceux-là avec l’Algérie », souligne l’analyste.

On y apprend que jusqu’à récemment, «le soutien de l’Afrique à l’indépendance du Sahara occidental était également une source de tension entre le Maroc et une grande partie du continent, en particulier au niveau institutionnel où les puissances africaines dominantes restent méfiantes à l’égard du Royaume.»

Pour y faire face, le Maroc a cherché à améliorer ses relations bilatérales avec les pays africains, en particulier en Afrique de l’Ouest et au Sahel, une région où il entretenait depuis longtemps des liens de Soft Power. S’engager avec le G5 Sahel est un moyen de démontrer à l’Afrique que le Maroc s’aligne sur les grandes priorités de sécurité du continent et sur la vision de l’Union africaine (UA) de promouvoir la paix et la coopération régionales. Le G5 Sahel offre une autre opportunité en ce sens que le groupe a exclu l’Algérie de son adhésion formelle, contrairement aux précédentes initiatives de sécurité régionale que l’Algérie avait dirigées ou promues au sein de l’UA.

Pour le Maroc, la conséquence positive la plus probable de son engagement avec le G5 Sahel est l’amélioration des relations avec la Mauritanie, un pays avec lequel Rabat entretient depuis longtemps des relations inégales. L’engagement pourrait également porter ses fruits en ce qui concerne les relations à travers le Sahel et éventuellement permettre au Maroc de s’implanter dans la CEDEAO, un groupe régional de quinze États auquel le royaume souhaite fortement s’arrimer.

Dans l’ensemble, le soutien du Maroc au G5 Sahel constitue une approche relativement peu risquée pour atteindre des objectifs plus larges en Afrique. Il permet également au royaume de devenir un acteur stratégique de la sécurité, les États-Unis et l’Union européenne ne pouvant se permettre une intervention militaire directe, et la coopération du Maroc en matière de lutte contre le terrorisme et de l’extrémisme violent est précieuse à cet égard. Cela donne au Maroc un moyen supplémentaire de gagner du poids dans le dossier du Sahara avec Washington et Bruxelles, pays vis-à-vis duquel le Maroc a été confronté à des défis diplomatiques et juridiques pour exercer son contrôle de facto sur la région.

Les deux principales contributions du Maroc au groupe du G5 Sahel : formation militaire et religieuse

Le Royaume apporte un concours précieux sur le front de la sécurité en en aidant à lutter contre les enseignements islamiques radicaux dans la région de collaboration, notamment le contrôle des frontières, la sécurité alimentaire, le développement social, la formation militaire et la formation religieuse des imams dans la lutte contre la criminalité transnationale.

Carnegie rappelle aussi que le Maroc a longtemps formé de nombreux membres du personnel et des commandants militaires des pays du G5 Sahel, parmi lesquels l’actuel président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, le commandant de la force commune du G5 Sahel, le général Hanena Ould Sidi, lui aussi Mauritanien formé à l’Académie royale militaire de Meknès. L’influence religieuse du Maroc s’étend au Sahel en raison des liens historiques qu’elle entretient avec les souverains du Maroc.

Une coopération bien au-delà de la sécurité

La coopération entre le Maroc et le G5 Sahel s’est également développée au-delà des questions liées à la sécurité. Les universités et les établissements d’enseignement marocains ont été une destination majeure pour les étudiants d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, et cette tendance est appelée à se développer. Le Maroc veut également jouer un rôle important dans d’autres domaines tel que l’énergie et donner accès à son expertise en matière de gestion de l’eau et de l’électricité afin de fournir de l’électricité au Sahel, une région sous-alimentée.

Au cours des dernières années, l’essentiel des relations diplomatiques et économiques du Maroc s’est dirigé vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel en raison de leur proximité et de leurs liens historiques et culturels avec le royaume.

La note de Carnegie a également passé en revue l’état des relations politiques et économiques avec ces pays et les différents accords et conventions qui les lient, tout en relevant que les efforts du Maroc pour s’engager dans la sécurité régionale au Sahel pourraient porter des fruits en termes d’influence régionale, mais cela risque d’être en-deçà des attentes. Les membres du G5 Sahel continuent de concevoir une vision stratégique pour la stabilité régionale. Le Maroc ne peut pas espérer grand-chose en termes de gains tangibles immédiats de son implication dans le Sahel, car la force du G5 pour le Sahel est elle-même confrontée à des défis importants pour la collecte de l’aide annoncée. Ce qui est toutefois important c’est que l’engagement accru des Marocains envers le G5 Sahel a créé une excellente optique pour un pays qui suscite encore des doutes parmi les États africains, conclut l’analyse de Carnegie.

1 Comment

  1. Oui “Le Maroc regarde vers le Sud” et reprend sa place au sein de sa famille africaine, sur son continent l’Afrique.
    Après quelques décennies d’absence dans les instances de l’Union Africaine, le Royaume du Maroc revient, convaincu de sa vision rénovée, fort du droit à son intégrité territorial, et fort de son engagement pour l’avenir et le développement économique et social de l’Afrique. Le Maroc ne peut manquer à ses obligations morales et politiques, envers les peuples de l’Afrique auxquels nous sommes liés par des millénaires de l’Histoire de l’Homo sapiens, et des siècles de l’Histoire contemporaine. Nous partageons le même sang qui coule dans nos artères. Ce ne sont pas ces quelques décennies d’absence forcée, par la conduite inacceptable de ceux qui voulaient porter atteinte à notre intégrité territoriale, qui vont nous faire oublier nos racines profondes, et tourner le dos à l’Afrique notre Continent. Le Royaume du Maroc se devait de signifier à ceux qui voulaient porter atteinte à son intégrité territoriale, qu’il ne pouvait siéger à leur côté. Le Maroc avait continué à marquer une profonde amitié avec plus de vingt pays africains qui avaient fait preuve de clairvoyance et de responsabilité politique, sans ignorer les autres, en leur tendant la main pour une réconciliation basée sur le respect mutuel.
    Sa Majesté le Roi Mohammed VI, conscient de la solidité de Sa proposition quant au règlement définitif de la question dite du Sahara Occidental, S’est mobilisé pour visiter les pays africains, un à un, et les convaincre de la justesse et de la force des propositions marocaines, pour un règlement définitif du retour des Provinces sahariennes à la Mère Patrie.

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