Rapprochement UMA/UpM, le jeu d’influence entre Macron et Sissi

Affaiblie, inaudible et surtout en panne, l’Union du Maghreb arabe, la région la moins intégrée d’Afrique et du monde, a signé la semaine dernière un partenariat avec l’UpM, dirigée depuis peu par l’égyptien Nasser Kamel. Un partenariat visant selon un communiqué conjoint à “créer des synergies entre les deux parties au bénéfice des populations de la région du Maghreb”. Mais que cache ce rapprochement et cet intérêt subit entre ces deux organisations ? S’agit-il des préparatifs au grand sommet sur la méditerranée de cet été, voulu par Président Emmanuel Macron, afin “retrouver le fil d’une politique méditerranéenne” ? Ou bien une ambition égyptienne d’accroître son influence dans une zone qui connaît de profondes mutations, notamment en ce qui concerne la situation libyenne, face à laquelle l’Egypte, la Tunisie et l’Algérie se sont constitué en un front uni contre l’accord de Skhirat?

Créée à Marrakech il y a bientôt 30 ans, le 17 février 1989, l’Union du Maghreb Arabe connaît, après trois décennies d’existence, une crise majeure symbolisée par un bilan désastreux sur son intégration régionale. Principalement dû à la cupidité du plus vaste pays de l’Union et d’Afrique, l’Algérie, supportant financièrement, militairement et diplomatiquement un groupuscule armé, tout en l’hébergeant, et ce contre un voisin historique, le Maroc, dans le seul espoir de se garantir un passage vers l’Atlantique.

De son côté, l’Union pour la Méditerranée, initiée par l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, et qui a été lancée en 2008 par les pays de l’Union européenne et 15 pays méditerranéens d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient ou d’Europe du sud non-membres de l’UE, subit une forte pression de la France. En effet, dès son accession au pouvoir, Emmanuel Macron a fait de la Méditerranée, lieu traditionnel d’influence pour la France, en plus du Sahel, l’une de ses principales priorités diplomatiques. Le nouveau président français, estimant que l’UpM avait perdu de son influence, surtout avec les crises majeures qui frappent la Libye et les pays du levant, a annoncé en août 2018 la tenue d’un sommet sur la Méditerranée, prévu pour l’été 2019. La nouveauté, c’est qu’il a choisi Marseille pour ce grand rendez-vous au lieu de Barcelone, siège de l’UpM.

Dix ans après l’Union pour la Méditerranée, il nous faut retrouver le fil d’une politique méditerranéenne différente en tirant tous les enseignements de ce que nous avons réussi et de ce que parfois nous ne sommes pas parvenus à faire en impliquant toutes les sociétés civiles, mais en refondant une politique méditerranéenne plus inclusive qui est aussi sans doute l’une des conditions à la reconsolidation du Maghreb. ” avait lancé Emmanuel Macron lors du traditionnel discours de la Conférence des ambassadeurs français à la fin de l’été 2018. Avant d’ajouter : “ Je souhaite que ce sommet soit aussi l’occasion de parler de la jeunesse, de la mobilité, de l’énergie des échanges universitaires entre les deux rives de la Méditerranée.

Le Président français est pressé et inquiet car il fait face à une levée des boucliers inattendue des ses alliés, au sujet de l’influence de son pays en Afrique et en méditerranée. L’Italie par exemple ne veut plus subir le diktat français dans la région et veut désormais avoir son mot à dire dans la crise libyenne, entre autres, et le fait savoir publiquement de la bouche de ses nouveaux dirigeants.

D’ailleurs, sur le dossier libyen, la France, le Maroc et l’alliance Egypte-Algérie-Tunisie y sont partis en ordre dispersé. Alors que le Maroc était le premier à parrainer une des premières pistes de réconciliation politique, Le Caire, Alger et Tunis ont souhaité jouer une autre partition. Une partition morte-née, quand, Macron, pressé de retrouver le leadership sur le dossier, et souhaitant doubler les italiens, avait essayé de pousser à l’organisation des premières élections en décembre 2018. L’initiative a bien sûr échoué.

Le partenariat UpM/UMA, prémisses de la nouvelle UpM de Marseille ?

Le tunisien Taieb Baccouche, Secrétaire Général de l’UMA, accompagné de sa directrice de cabinet et des affaires politiques et de l’information, Besma Soudani Belhadj, ont visité pour la première fois, le 23 janvier courant, le Secrétariat de l’UpM à Barcelone où il a rencontré son Secrétaire général, l’égyptien Nasser Kamel.

L’objet de cette rencontre était “d’exposer les moyens de créer des synergies entre les deux parties au « bénéfice des populations de la région du Maghreb dans plusieurs domaines comme l’enseignement supérieur, les migrations, le développement durable et les transports » , cite un communiqué conjoint publié sur le site web de l’UpM. Un partenariat qui s’exprimerait sur le terrain par un soutien technique et un transfert de connaissances actif à l’UMA et à ses membres mais également en améliorant les synergies par des visites d’étude et la participation des experts techniques de l’UMA en tant qu’observateurs aux groupes de travail de l’UpM.

En signant ce partenariat, la veille de la visite officielle d’Emmanuel Macron en Egypte, le secrétaire égyptien de l’UpM, semble annoncer la couleur pour la nouvelle UpM de Marseille. En intégrant davantage l’Egypte dans cet outil d’influence, Emmanuel Macron souhaite, d’une part, intégrer géographiquement la Libye dans le dispositif, en garantissant l’alliance de tous ses pays frontaliers et, d’autre part, rester dans la course dans le très compliqué dossier syrien.

Rachid Maaninou, secrétaire général adjoint de l’UpM, le cordon ombilical avec le Maroc

Nommé en juillet 2018 au poste de secrétaire général adjoint de l’UpM chargé du Développement des Entreprises et de l’Emploi, Rachid Maaninou, ancien chef de la Division des études économiques au ministère marocain des Affaires étrangères et de la coopération internationale, constitue le cordon ombilical du royaume du Maroc avec cet organe d’influence méditerranéen.

En effet après deux mandats et demi à la tête de l’UpM, assurés par Youssef Amrani et Fathallah Sijilmassi, le Maroc veut continuer à participer activement aux travaux de l’UpM en mandatant un de ses jeunes diplomates dans la gouvernance exécutive de cette organisation.

En dix ans, la méditerranée a changé de visage, le Maroc un pays pivot

En dix années, le pourtour méditerranéen a complètement changé de visage. D’une zone d’échanges commerciaux et de tourisme, la Méditerranée s’est transformée en un grand champs de luttes d’influences.

Sur le plan militaire, et en plus de la prestigieuse VIe Flotte américaine basée à Naples, la méditerranée abrite au moins une nouvelle base militaire US sur le sol tunisien, en tant que PC avancé de l’Africom, alors que la Russie, et en faveur du conflit syrien, a consolidé méthodiquement sa base de Tartous, jusqu’à y baser deux sous-marins équipés de missiles de croisière et en organisant en septembre dernier un des plus importants exercices navals opérés par Moscou en Méditerranée orientale, durant une semaine, en déployant 25 navires et 34 aéronefs.

La présence navale internationale en Méditerranée

Sur le plan économique, le côté oriental du bassin méditerranéen a connu des découvertes successives d’importants gisements de gaz offshore : Tamer en large de Haïfa en palestine occupée et Zohr en large de l’Egypte. Des découvertes qui changent complètement la donne pour l’ensemble des pays du pourtour méditerranéen. Sur la rive nord, la crise financière, économique et sociale fragilise les gouvernements, notamment en Grèce, en Italie, en Espagne et plus récemment en France suite au mouvement des Gilets Jaunes.

Enfin, la crise migratoire n’a jamais été aussi dramatique en méditerranée, et constitue un réel sujet de stabilité de l’ensemble de la région.

Le Maroc, grâce à sa position géographique, et aux efforts réalisés jusqu’alors pour le développement économique et le maintien de la paix de la sécurité dans la région, constitue un pays pivot et incontournable pour l’avenir du pourtour méditerranéen.

Nawfal Laarabi

Nawfal Laarabi

Intelligence analyst at African Research and Publishing Company
Social media strategist / Intelligence analyst. 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisation dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.
Nawfal Laarabi

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