Le retour de Pascaline Bongo en politique menacé par la relance par le justice française de l’affaire des «biens mal acquis»

Il s’agit d’une révélation choc de nos confrères de « La Lettre du Continent » qui risque de perturber davantage la situation politique au Gabon : le juge d’instruction français, Dominique Blanc, nommé en 2017 auprès du tribunal de grande instance de Paris, a fait perquisitionner le matin du 30 janvier plusieurs appartements de la famille présidentielle gabonaise avenue Foch, relançant ainsi l’affaire connue sous le nom des « biens mal acquis ». Ces perquisitions ont ciblé notamment le logement de Pascaline Bongo, soeur aînée du président gabonais, affaibli après son accident cardiovasculaire dont il a été victime alors qu’il effectuait une visite officielle à Riyadh en octobre dernier. Curieusement, cette procédure judiciaire coïncide avec le retour très remarquée de Pascaline Bongo sur la scène politique et économique du Gabon après plus de deux années d’exil en Californie.

L’affaire des «biens mal acquis» a éclaté en France et au Gabon après le refus du président Ali Bongo de régler, en 2015, des factures mirobolantes de sa soeur aînée et «rivale», Pascaline Mferri Bongo. Des factures atteignant un total de 86 millions de dollars. Alors puissante directrice de cabinet présidentiel de son père, Omar Bongo, Pascaline a fait passer sur le compte de l’Etat gabonais plusieurs factures relevant de ses activités personnelles. Un scandale qui va pousser Ali Bongo à couper les vivres à sa soeur qui trouvera refuge en Californie.

Ce différend va tomber à point nommé puisque la justice française cherchait depuis des années à déterminer si des fortunes de plusieurs familles présidentielles africaines ont pu être bâties en France grâce au détournement de l’argent du pétrole dans leurs pays. Ces enquêtes ont été désignées sous l’expression des « biens mal acquis ».

Pascaline Bongo, l’éternelle rivale

 

Clan. Omar Bongo en 1989. Derrière lui, Ali et, à droite, Pascaline, ex-épouse de Jean Ping. © Bobby Holland

La détérioration des relations entre Pascaline et Ali est un secret de polichinelle. Le président Ali Bongo aurait mal vécu «la manoeuvre» politique dont a usé son père Omar Bongo pour l’exclure de son poste de ministre des affaires étrangères à cause de son âge. Une éviction qui va propulser sa soeur Pascaline au poste de conseillère et directrice de cabinet de son père. Elle aura tellement d’influence sur le palais présidentiel qu’elle va gérer elle-même et en grande opacité le décès et la succession de son père. Un épisode qu’Ali Bongo n’est pas prêt d’oublier.

Quant à Pascaline, chassée du Palais présidentiel, et voyant ses réseaux méthodiquement démantelés, n’a pas cessé de lorgner un retour en politique dans son pays. Et ce n’est pas l’héritage d’Omar Bongo, estimé à plusieurs milliards d’euros et toujours pas soldé à ce jour, ni la candidature de son compagnon et père de ses deux enfants, Jean Ping, aux présidentielles de 2016 qui vont arranger la relation entre frère et soeur.

D’ailleurs, suite aux évènements et les quelques mouvements de foules qui vont accompagner l’annonce de la victoire d’Ali Bongo le 31 août 2016, Pascaline se serait violemment disputée avec son frère et quittera le Gabon pour s’installer aux Etats-unis.

Selon les révélations de la Lettre du continent, la fille aînée d’Omar Bongo et suite à la maladie du président en convalescence au Maroc, multiplierait actuellement les consultations et les rencontres avec des décideurs politiques et économiques gabonais, avec comme objectif de protéger les intérêts de la famille.

D’après ces mêmes révélations, Pascaline Bongo qui serait soutenue discrètement par son compagnon, Paul Toungui, serait en contact avec le nouveau premier ministre, Julien Nkoghé Bekalé, ainsi que d’autres ministres et personnalités politiques, notamment le ministre du Pétrole et des Hydrocarbures, Pascal Houangni Ambouroué, et le secrétaire général du Parti démocratique gabonais, Eric Dodo Bounguendza.

Elle chercherait même à soigner ses rapports avec le président congolais, Denis Sassou Nguesso, ex-gendre de Omar Bongo.

Paris maintient la pression sur le clan Bongo

Pendant les élections présidentielles gabonaises, Paris avait donné l’impression de lâcher son allié Ali Bongo. Après l’immobilisation de l’avion présidentiel, le Boeing 777 -200, immatriculé TR-KPR, et à date d’aujourd’hui toujours bloqué à Paris, la presse française avait déployé une campagne médiatique très négative à l’encontre du président gabonais. Et c’est l’avocat franco-libanais, Robert Bourgi, un pilier de la Françafrique, et celui qui mettra fin à l’avenir politique de François Fillon en fuitant l’affaire des costumes, qui va enchaîner les sorties médiatiques contre son ancien ami Omar Bongo et ses relations avec la classe politique française. D’ailleurs, une chaîne nationale française, poussera le bouchon jusqu’à piéger Ali Bongo qui lui a ouvert les portes de son palais de Libreville.

Aujourd’hui, avec la relance de l’affaire des «biens mal acquis», cela pourrait éventuellement donner lieu à une mise en examen des membres de la famille Bongo, surtout que la pression de Paris n’a jamais été aussi forte sur le clan qui dirige le Gabon. Après le coup d’Etat manqué du début de cette année, il s’agit là d’un autre signal peu rassurant sur la stabilité politique à court terme du Gabon.

Nawfal Laarabi

Nawfal Laarabi

Intelligence analyst at African Research and Publishing Company
Social media strategist / Intelligence analyst. 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisation dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.
Nawfal Laarabi

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