H1N1 et fièvre aphteuse : Quand les départements de Akhannouch et Doukkali ont tenté de flouer les marocains

Il n’a fallu que quelques jours pour que deux des plus importants départements ministériels du royaume se fassent décrédibiliser auprès de l’ensemble de la population marocaine. Pire encore, le manque de courage de leurs responsables respectifs et leur irresponsabilité ont fait plonger l’ensemble des marocains dans une psychose sanitaire alarmante et qu’on aurait pu éviter avec un minimum de lucidité et de sens de l’Etat. Cette situation nous renvoie à cette incapacité de l’Exécutif actuel à gérer le pays dans un environnement et un monde mouvants et dangereux .

Permettez-moi de vous rappeler la chronologie des faits :

Fièvre aphteuse

  • 24 janvier 2019 : l’ensemble de la presse marocaine publiait sur ses unes :« Les foyers de la fièvre aphteuse éradiqués par les services vétérinaires de l’ONSSA ».
  • 26 janvier 2019 : le gouverneur de la province de khouribga ordonne de fermer l’ensemble des grands souks de la province.
  • 30 janvier 2019 : ce même document, va faire le tour des whatsapp et des réseaux sociaux du pays. Le même jour Assabah titrait : «fièvre aphteuse l’armée se mobilise» l’épidémie se répand.

H1N1

  • 26 janvier 2019 : décès d’une femme atteinte de la «grippe porcine » à l’hôpital Cheikh Khalifa Ben Zayed de Casablanca.
  • 28 janvier 2019 : l’école maternelle Charles péguy, publie un communiqué où elle révèle le cas d’un enfant diagnostiqué atteint de la grippe aviaire
  • 29 janvier 2019 : les vidéos des proches de la victime inondent les réseaux sociaux
  • 30 janvier 2019 : le ministre de la santé Anas Doukkali, dément catégoriquement, lors d’une conférence de presse, tout décès causé par le virus H1N1.
  • 31 janvier 2019 : le porte parole du gouvernement confirme le décès de deux femmes du au virus H1N1
  • 01 février 2019 : le gouvernement confirme le décès de 5 personnes à cause de la grippe porcine

Pendant ce temps-là là, que faisaient les ministres Aziz Akhannouch et Anas Doukkali ?

Alors que des dizaines de familles, pris de panique et rongés par la peur de perdre leur bétail et leur commerce, Aziz Akhannouch avait la tête en 2021. Il était fier de présenter à son clan, le commandant en chef du bataillon digital censé mener la bataille finale d’Armageddon 2021, un expert militaire britannique spécialisé dit-on dans la guérilla digitale. Outre le commandant, Aziz Akhannouch passait en revue la même semaine, les lieutenants du bataillon des plumes, jadis virulentes, censés contrer les « chevaliers de l’injustice» au service du marabout Abdelilah Benkirane, gavé de sadakat et de hibat gouvernementales.

Pendant ce temps-là, Aziz Akhannouch et un autre paria de la scène politique marocaine, Mustafa Ramid, se rejetaient la responsabilité sur un article de loi fiscale qui a fait sortir de leurs gonds et dans la rue les petits commerçants, ces anciens encadrants du jeune stagiaire Saad Eddine El Othmani devenu depuis chef du gouvernement. Une loi qui a été pensée, rédigée, votée et publiée avec une célérité remarquable dans le BO avant le 31/12/2018, la majorité gouvernementale étant constituée des clans d’Akhannouch et de Ramid.

Pendant ce temps-là, Ramid, qui ne reconnaît aucune voie officielle de communication autre que sa page Facebook, s’occupe à publier des Tadwinate destinées à son honorable confrère Aziz Akhannouch.

Pendant ce-temps là, alors que des familles, rongées par la douleur et la colère, pleuraient à chaudes larmes, la perte de leurs proches, face au déni, la suffisance et la lâcheté des autorités sanitaires, Anas Doukkali, dans un élan de fuite en avant magistral, s’est offert le luxe de faire du PR (Press Relation), en organisant entre autres une conférence de presse pour présenter dans un Palace 5 étoiles de Casablanca les réalisations de son ministère (sic !)

Pour un exécutif compétent et cohérent

Ce double épisode qui a rythmé nos vies durants ces deux semaines, est un signal extrêmement inquiétant en provenance de l’actuel exécutif. S’il n’y avait encore dans ce pays des femmes et des hommes d’ombre disposant d’une haute conscience haute et d’un sens élevé de l’Etat, on ne peut même pas imaginer où est-ce ce que cet amateurisme et cette irresponsabilité allaient nous mener.

La conjugaison de ces évènements a installé les marocains dans une forme de psychose alarmante. Aujourd’hui, les marocains, très mal informés, évitent de manger de la viande, de peur d’être contaminés par la fièvre aphteuse ! La multiplication des promotions dans les supermarchés cassant les prix de la viande, installe davantage cette psychose sanitaire au sein des familles, qui ne s’informent plus ni d’Al-Aoula ni de 2M mais de Whatsapp. Les répercussions économiques et sociales de cette situation ne peuvent être que négatives.

Dans son édition du 1 février, le magazine l’Observateur du Maroc et d’Afrique a publié un appel solennel pour un Exécutif compétent et cohérent. Et pour cause, l’éditorialiste Ahmed Charaï fait le constat suivant : « Là où on lui [le gouvernement] réclame une vision, 
il répond par des mesurettes incohérentes; là où il faut du courage politique, il privilégie des poncifs. La véritable question est celle de savoir si le Maroc peut se payer le luxe de continuer encore deux ans avec un Exécutif incohérent, empêché par ses divisions, incapable de communiquer avec la population.»

Le monde bouillonne, se métamorphose, se déchire et les cassandres prédisent le pire dont une crise financière et économique d’une rare violence. Les équilibres géopolitiques d’après-guerre se disloquent au profit de nouvelles puissances venues principalement de pays émergents. Le monde et le Maroc de 2021 seront très différents de ceux de 2018, et ce n’est pas avec cet exécutif du temps des cavernes que nous affronterons les démons de l’avenir.

Nawfal Laarabi

Nawfal Laarabi

Intelligence analyst at African Research and Publishing Company
Social media strategist / Intelligence analyst. 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisation dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.
Nawfal Laarabi

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Derniers articles de Notes

Allez en Haut de la page