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L’impact de la création de la garde nationale sur la doctrine sécuritaire d’Israël

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Le gouvernement israélien a donné son accord de principe dimanche pour la création d’une garde nationale, offrant ainsi une victoire politique au ministre d’extrême droite Itamar Ben-Gvir, qui exigeait depuis longtemps la création d’une milice comme condition de son soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahou.

La forme et la direction de la garde nationale n’ont pas encore été déterminées et il faudra des mois pour qu’un comité de représentants du gouvernement les élabore, avant de soumettre leur proposition à l’approbation du cabinet.

Les experts de l’Institut israélien d’études stratégiques nationales se sont penchés sur le sujet analysant l’impact de la création de cette milice sur la police israélienne et surtout sur la police des frontières.

La décision du gouvernement de créer d’une garde nationale pour répondre aux émeutes et aux tensions entre arabes et juifs, a suscité beaucoup d’inquiétudes aussi bien en Israël qu’auprès la communauté internationale.

Les partisans de la création d’une garde nationale affirment que cette institution améliorerait la réponse de l’État hébreu aux «désordres» internes tels que les émeutes qui ont secoué Israël en mai 2021. Le ministre d’extrême droite Itamar Ben-Gvir, promoteur de cette création, a déclaré que les forces de police existantes n’avaient pas la capacité de juguler les émeutes généralisées et qu’une nouvelle garde comprendrait des troupes à temps plein ainsi que des volontaires qui pourraient être appelés pour des courtes périodes.

Les opposants à la création de cette nouvelle police craignent que la garde nationale ne soit utilisée pour cibler la minorité arabe d’Israël, qui représente environ un cinquième de la population israélienne de neuf millions d’habitants, ainsi que les manifestants et les dissidents juifs. Si Ben-Gvir est placé à la tête de la garde, ses opposants redoutent qu’il ne l’utilise comme une milice personnelle.

Adolescent, Ben-Gvir a été exclu du service militaire en raison de ses opinions extrêmes et a ensuite fait l’objet de plusieurs poursuites pénales. Il a été reconnu coupable d’incitation au racisme et de soutien à une organisation terroriste dont le chef cherchait à priver les Arabes de leur citoyenneté israélienne et prônait la ségrégation dans les espaces publics israéliens. Jusqu’en 2020, Itamar Ben-Gvir a accroché dans son salon le portrait d’un juif qui a abattu 29 Palestiniens en Cisjordanie en 1994.

Les recommandations de l’INSS

l’Institut Israélien d’études stratégiques nationales a réalisé une étude rendue publique ce lundi 3 avril qui a pour objectif «d’examiner les avantages et les inconvénients des changements proposés pour la police des frontières israélienne et ses liens avec la Garde nationale, en termes de faisabilité et d’applicabilité, et par rapport à la mission et aux tâches actuelles de la police des frontières israélienne».

«Les violents affrontements entre Arabes et Juifs en mai 2021, ainsi que l’augmentation de la violence et de la criminalité en Israël, ont fait pression sur l’échelon politique pour qu’il réagisse rapidement et radicalement aux lacunes de l’application de la loi et de la gouvernance sur le terrain, notamment en renforçant les capacités de réaction immédiate de la police israélienne, y compris la police des frontières israélienne», introduit l’INSS sa note.

L”installation du nouveau gouvernement Netanyahu a accéléré les choses et a suscité de nouvelles idées, notamment le rôle de la police israélienne des frontières et la création d’une garde nationale israélienne, destinée à renforcer les capacités d’application dans les domaines de la violence et des troubles à grande échelle, en particulier dans les zones de frictions entre Juifs et Arabes, souligne le Think tank.

De la police des frontières israélienne à la garde nationale ?

Le 23 janvier 2023, le ministre de la sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a déclaré la création d’une Garde nationale dans le cadre de la Police Israélienne, afin de renforcer les forces de police et de doubler les effectifs de la Police des frontières. Le ministre a déclaré que la Garde nationale s’inspirerait des forces des frontières actuellement déployées en Cisjordanie, sous la supervision du commandement de Tsahal. En outre, cette nouvelle force serait renforcée par des policiers supplémentaires, ainsi que par 10 000 vétérans volontaires. En mars 2023, Ben-Gvir a proposé que la Garde nationale soit séparée de la Police des frontières et de la Police Israélienne et qu’elle soit subordonnée au ministère de la sécurité nationale.

Ce n’était pas la première fois que l’idée de créer une Garde nationale était discutée. Un mois après les émeutes de mai 2021, le gouvernement, alors dirigé par Benjamin Netanyahu, a adopté un plan d’urgence (décision 1701) pour renforcer la paix, la sécurité et l’ordre publics.

Cette décision comprenait une série de mesures visant à renforcer le Police et la police des frontières. Un an plus tard, le gouvernement dirigé par Naftali Bennett a décidé de créer une Garde nationale israélienne, basée sur les forces de la police des frontières et des milliers de volontaires. Le gouvernement a également décidé que :

  • Les effectifs réguliers de la division tactique existante de la police des frontières seraient doublés, de même que les effectifs de réserve de la force.
  • La force de volontaires de la police des frontières serait augmentée.
  • Le nombre de volontaires de la Police, qui servent dans la Garde civile (un bras volontaire de la police) dans les postes de police existants, sera augmenté.

Selon un article publié par l’INSS, la mise en œuvre de cette décision aura un impact significatif, car elle :

  1. fournira une réponse professionnelle adéquate et immédiate aux troubles de l’ordre public au sein de la population civile ;
  2. renforcera la gouvernance et le sentiment de sécurité du public ;
  3. permettra à la police de se concentrer sur ses tâches routinières traditionnelles ;
  4. utilisera la Garde nationale comme première force de réponse pour faire face aux catastrophes de masse.

Depuis lors, le ministère de la sécurité publique, la Police et la Police des frontières ont élaboré un concept opérationnel et une ébauche de création de la garde nationale. Cette planification n’est pas encore achevée et le processus de recrutement de nouveaux personnels pour l’IBP n’en est qu’à ses débuts. Depuis la mise en place du gouvernement actuel, des discussions ont eu lieu sur les modèles de la Garde nationale, sur les personnes à qui elle devrait rendre compte et sur les missions qu’elle devrait accomplir.

«La création d’une garde nationale au sein de la police des frontières, ou la transformation de la police des frontières tout entière en une garde nationale est un projet intéressant» affirment les experts de l’INSS.

«Ses principales missions doivent se situer dans la sphère civile, entre les missions militaires de Tsahal et les missions civiles de maintien de l’ordre de la période d’enquête, avec une coordination opérationnelle stricte entre elles», recommandent-ils.

«La Garde nationale devra se concentrer sur les missions de réponse aux troubles violents généralisés, en servant de renfort à la Police, tout en mettant l’accent sur une réponse rapide et systématique aux incidents caractérisés par des tensions nationalistes entre Juifs et Arabes», poursuit le rapport.

«En tout état de cause, le lien entre la PI et la future Garde nationale devrait être maintenu, conformément aux principes de la responsabilité territoriale et de l’unité de la chaîne de commandement»

Les risques de la soustraction des unités de la police des frontières de la juridiction de Tsahal

La proposition de transférer les unités de la police des frontières en Cisjordanie (comprenant quelque 1 700 officiers de police) de la juridiction du commandement central de l’IDF à l’entière responsabilité de la PI a de sérieuses implications. Il s’agit notamment de :

  1. Perturber le principe de l’unité de commandement
  2. Diminuer le lien entre les forces et leur zone d’opération
  3. Compromettre ma capacité opérationnelle et d’intervention de la police des frontières israélienne
  4. Diminuer la motivation des troupes
  5. Entraver l’exécution des tâches de la police en Cisjordanie
  6. Réduire la qualité de la main-d’œuvre

L’armée israélienne a déjà exprimé sa forte opposition à cette proposition, qui perturberait considérablement leur capacité à assumer leur responsabilité dans les opérations des forces en Judée et en Samarie, réduisant ainsi l’efficacité de leurs activités dans cette région sensible.

La principale conclusion de l’INSS est qu’il est effectivement nécessaire de réformer et de renforcer la force pour qu’elle soit en mesure de remplir ses missions difficiles.

Toutefois, le think tank recommande d’agir avec sagesse, prudence et avec une planification minutieuse. Car, comme la police des frontières fait partie de la police israélienne, ces changements doivent être envisagés dans le cadre plus large des réformes nécessaires de la police israélienne, conformément à sa capacité globale à gérer de manière adéquate la loi et l’ordre dans le pays.

«Ce n’est que dans ce contexte que toutes les propositions devraient être examinées et mises en œuvre, y compris celle qui préconise de transformer la police des frontières en une version israélienne de la garde nationale» conclut l’INSS.

La Garde Nationale contre les manifestants anti-gouvernementaux et les citoyens palestiniens d’Israël ?

L’étude de l’INSS ne s’est pas intéressée aux craintes exprimées par les défenseurs des droits de l’homme et les citoyens palestiniens d’Israël d’utilisation abusive de la garde nationale qui mettrait en danger la sécurité des Arabes.

Des craintes alimentées par les propres déclarations de Ben-Gvir sur le projet, dans lesquelles il a dit que la force serait utilisée dans des contextes qui impliquent généralement la minorité arabe d’Israël. Il a suggéré à plusieurs reprises de déployer la garde nationale dans des situations telles que les troubles de mai 2021, qui se sont produits dans des régions à forte population arabe.

Il a également proposé d’utiliser la garde pour lutter contre les vols dans les fermes israéliennes et pour raser les maisons construites sans l’autorisation du gouvernement.

Les démolitions de maisons visent généralement les Arabes qui n’ont pas l’autorisation de construire à Jérusalem et dans le désert du Néguev, tandis que les données de la police suggèrent qu’un nombre disproportionné d’Arabes sont arrêtés pour des accusations de vol de fermes.

«Il est facile de comprendre quel est l’objectif de cette milice», a déclaré Gadeer Nicola, responsable du département arabe de l’Association pour les droits civils en Israël, un organisme indépendant de surveillance des droits de l’homme.

«Elle ciblera les résidents arabes», a-t-elle déclaré.

Le plan suscite également l’opposition des services de sécurité et des ministres modérés du gouvernement, qui ont publié des notes d’information anonymes aux médias israéliens, critiquant la proposition de réorienter des millions de dollars provenant d’autres ministères.

Yaakov Shabtai, l’inspecteur général de la police israélienne, a écrit dans une lettre récente à Ben-Gvir que si la garde est placée hors du contrôle de la police, cela brouillera la chaîne de commandement et créera une ambiguïté opérationnelle.

«L’avantage de la séparer de la police n’est pas clair et peut même créer de graves échecs opérationnels», a écrit l’inspecteur général Shabtai. «Même la répartition des responsabilités entre les organes ne sera pas claire non plus», a-t-il ajouté.

Mais certains anciens dirigeants de la police soutiennent le principe d’une garde nationale indépendante parce que son autonomie pourrait lui permettre de se concentrer sur des opérations à plus long terme.

Uri Bar-Lev, ancien commissaire de police adjoint, a été l’un des premiers à défendre ce projet et a déclaré qu’il était nécessaire de remédier à une réticence de longue date au sein des forces de police à sévir contre «les syndicats du crime arabes».

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