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INSS : La visite de Joe Biden au Moyen-Orient, une occasion en or!

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Il aura fallu près de dix-huit mois au président Joe Biden, qui arrive ce mercredi à Jérusalem au début d’un court voyage régional au Moyen-Orient, pour programmer une visite dans la ville sainte d’Al Qods. Il se rendra ensuite en Arabie saoudite. Son prédécesseur, Donald Trump, avait fait de Jérusalem l’une de ses premières destinations étrangères, s’y rendant quatre mois après son installation à la Maison Blanche. Pour se différencier de Trump, Biden s’est efforcé d’atténuer l’intensité de l’attitude de l’administration précédente à l’égard d’Israël et de rééquilibrer les relations avec les Palestiniens. Dans ce contexte, les chercheurs de l’Institute for National Security Studies (INSS) de l’université de Tel-Aviv, ont publié un rapport sur cette importante visite. Selon l’étude, le voyage du président Biden en Israël, qui vise à souligner l’engagement des États-Unis en faveur de la sécurité d’Israël, offre «une occasion en or pour Jérusalem» sur des questions telles que l’Iran, la campagne de l’entre-deux-guerres et l’Arabie saoudite. Le plus riche pays arabe figure également sur l’itinéraire de Joe Biden durant lequel le président tentera d’obtenir des gains économiques immédiats.

The Institute for National Security Studies (INSS) est classé premier groupe de réflexion en Israël, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Dirigé par l’ancien chef de la direction du renseignement militaire de l’armé israélienne (Tsahal), le général de division Tamir Hayman, l’INSS concentre ses recherches et ses travaux sur la sécurité et les affaires militaires et stratégiques au Moyen-Orient, ainsi que sur la cyberguerre.

Le général de division, Tamir Hayman, Directeur Général de l’INSS.

Dans l’un de ses derniers rapports rendus publics, le centre de recherche explique dans le détail les enjeux de la visite tant attendue du président américain au Moyen-Orient. Joe Biden ayant programmé deux escales importantes, la première en Israël et la seconde en Arabie saoudite, INSS analyse avec beaucoup de pragmatisme l’objectif de chacune de ces escales.

«La prochaine visite du président Biden en Israël reflète son désir de démontrer une fois de plus son engagement exceptionnel envers Israël, tandis que sa visite en Arabie saoudite vise à faire avancer les intérêts américains immédiats : influencer les prix du pétrole, restaurer la position des États-Unis au Moyen-Orient et étendre la coordination militaire régionale vis-à-vis de l’Iran», explique d’emblée le tank tank.

Lors de ses rencontres avec les dirigeants palestiniens, le président réitérera son engagement en faveur d’une solution à deux États, mais on ne s’attend pas à une percée politique, affirme l’INSS. Dans le changement d’approche de l’administration vis-à-vis de l’Arabie saoudite, il existe une opportunité pour Israël de démontrer son potentiel en tant qu’atout et de bénéficier des possibilités qui en découlent.

L’Iran sera au centre de la visite du président dans la région, souligne le rapport. L’avenir de l’accord nucléaire n’est toujours pas clair, et l’administration est consciente de la nécessité de se préparer à une réalité où il n’y aurait pas d’accord et où l’Iran poursuivrait un programme nucléaire actif.

Une coordination étroite entre Israël et les États-Unis est impérative, alertent les rédacteurs du rapport. Israël devrait s’efforcer avec l’administration Biden de définir des lignes rouges, et des réponses politiques, économiques et militaires si elles sont franchies. En outre, Israël devrait s’assurer du soutien continu des États-Unis à la «campagne entre les guerres» et, en coordination avec les États arabes, souligner la valeur de la présence américaine en Irak et en Syrie.

INSS ne croit à aucun développement de la question palestinienne

Le président américain Joe Biden s’envole ce mercredi au Moyen-Orient pour une visite de trois jours du 13 au 16 juillet 2022. Il se rendra en Israël et sur le territoire de l’Autorité palestinienne, puis s’envolera directement pour Djeddah, en Arabie saoudite, où il rencontrera les dirigeants saoudiens et assistera à un sommet du CCG+3, composé des dirigeants du Conseil de coopération du Golfe, auxquels se joindront les chefs d’états égyptiens, jordaniens et irakiens.

INSS estime qu’au vu de la conjoncture internationale et de la fragilité du paysage politique israélien, Biden ne compte pas à arracher une quelconque avancée sur le dossier palestinien.

La décision de Biden de se rendre en Israël, prise il y a quelques mois et avant que l’Arabie saoudite ne soit ajoutée à l’itinéraire, reflète avant tout son désir de souligner une fois de plus son engagement personnel exceptionnel envers Israël, et sa volonté de «renforcer l’engagement inébranlable des États-Unis envers la sécurité et la prospérité d’Israël», écrit INSS.

«L’importance de la visite réside dans son occurrence même, d’où son intention de faire le voyage malgré les développements politiques en Israël» analyse le rapport.

Lors des réunions avec les dirigeants palestiniens, l’administration réitérera son engagement en faveur d’une solution à deux États, mais il n’y a aucune attente d’une percée politique.

Visiter Israël, une importance personnelle de Biden. Visiter l’Arabie saoudite, une priorité pour son administration

Si la visite en Israël est importante pour Biden sur le plan personnel, souligne le rapport de l’INSS, l’administration américaine, attache par contre beaucoup d’importance à la réussite de la visite en Arabie saoudite.

Le président a accepté cette visite après de longues délibérations et conscient des critiques considérables qu’elle suscite, principalement sur la scène intérieure américaine, compte tenu de la position ferme de Joe Biden concernant l’implication du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

Cependant, la réalité géostratégique émergente pousse l’administration à privilégier une approche réaliste plutôt que «l’attachement aux valeurs». La crise économique mondiale, causée en partie par la guerre en cours en Ukraine, affecte directement les États-Unis, faisant atteindre de nouveaux sommets à l’inflation et renforçant les craintes d’une grave récession.

Les élections de mi-mandat au Congrès en novembre 2022 et le risque palpable de perdre la majorité démocrate ont fait comprendre à l’administration Biden qu’un changement d’approche est nécessaire, notamment dans la stratégie concernant le Moyen-Orient, afin d’avoir un impact positif sur les prix du pétrole. Néanmoins, il est encore trop tôt pour évaluer si cela représente un renversement des priorités de l’administration et une nouvelle volonté et capacité à investir des ressources dans la région.

Objectifs de la rencontre Biden-MBS

De nombreuses questions figurent à l’ordre du jour américano-saoudien et il est peu probable qu’il soit possible de toutes les résoudre au cours de la visite, estime l’INSS.

Toujours selon le Think tank, les objectifs de la visite sont les suivants :

Baisse des prix du pétrole

Joe Biden cherche à obtenir une baisse des prix du pétrole grâce à un engagement clair de l’Arabie saoudite à augmenter sa production au fil du temps.

Selon l’administration Biden, un tel engagement, même s’il n’a pas d’impact immédiat sur les prix, véhiculera une stabilité qui aura un impact positif à long terme.

Restaurer la position des États-Unis au Moyen-Orient

L’administration Biden veut restaurer la position des États-Unis au Moyen-Orient et faire comprendre aux pays arabes, et en particulier aux pays du Golfe, qu’ils peuvent compter sur les États-Unis comme principal allié. Cela remettrait en cause l’idée qui s’est développée au cours de l’année écoulée selon laquelle les États-Unis se déconnectent du Moyen-Orient, et l’intention consécutive des pays de la région de se tourner vers l’Est, notamment vers la Chine.

Alignement sur le dossier iranien

Biden souhaite établir un plan pour étendre la coopération avec les pays du Golfe et d’autres pays arabes sur la question de l’Iran, autant que possible en coordination avec Israël.

«Il est clair pour l’administration Biden que dans un contexte où les perspectives de renouvellement de l’accord nucléaire sont minces et où l’Iran continue de progresser dans son programme nucléaire – et même si un accord est conclu – les pays de la région attendent des États-Unis qu’ils présentent un plan d’action qui préservera leurs intérêts», souligne le rapport de l’INSS.

Et d’ajouter : «Il semble que l’administration ait également intérêt à partager la charge du traitement de l’Iran avec les États de la région et à les empêcher de prendre des directions qui ne correspondent pas aux intérêts américains».

Normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël

Selon l’INSS, l’administration américaine voudrait faire progresser les mesures de normalisation régionale, notamment entre l’Arabie saoudite et Israël.

À ce sujet, le think tank rapporte les déclarations de personnalités américaines faisant état d’une feuille de route pour la normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite, qu’aurait préparer l’administration Biden.

De hauts responsables de la défense d’Israël et d’Arabie saoudite se seraient récemment rencontrés en Égypte sous les auspices des États-Unis, révèle l’INSS.

«Il a également été rapporté que, lors de sa visite, le président Biden discuterait avec ses hôtes d’une vision pour une défense antimissile et navale intégrée» affirme la même source.

Une dossier que les rédacteurs de l’INSS croient être d’une grande importance pour le président Biden. Il est primordial qu’avant les élections de mi-mandat, il soit crédité de l’avancement de cette mesure politique réussie, ont-ils écrit.

Recommandations pour Israël

  1. Faire comprendre à la région que les États-Unis ne se désengagent pas de la sécurité d’Israël

La visite du président Biden en Israël est une étape importante qui devrait contribuer de manière significative à faire comprendre dans la région et au-delà que les États-Unis continuent de soutenir Israël et que les dirigeants américains sont engagés dans la sécurité et le bien-être d’Israël.

Ce message revêt une importance particulière à l’heure actuelle, étant donné le sentiment dominant que l’administration est désireuse de se déconnecter de la région. Même si la visite est principalement symbolique, elle s’inscrit dans une longue série d’entretiens tenus au cours de l’année écoulée qui symbolisent la direction que l’administration esquisse et l’importance qu’elle accorde au dialogue permanent à tous les niveaux avec le gouvernement israélien.

  1. Garder de bonnes relations avec l’administration Biden

Israël a un intérêt évident à maintenir le pragmatisme et l’intimité qui caractérisent les relations actuelles, d’autant plus que l’administration Biden a pris soin de ne pas utiliser les désaccords comme un moyen de pression. Pour sa part, Israël doit veiller à ce que sa conduite se poursuive dans cet esprit.

«Le dialogue discret engagé entre Israël et les Etats-Unis depuis un an a permis une présentation franche des positions, même contrastées».

Sans faire référence à la méthode de Benjamin Netanyahu dans la conduite des relations avec Washington, INSS recommande au gouvernement israélien de maintenir le dialogue avec l’administration Biden tout adoptant des positions fermes quand à l’intérêt suprême d’Israël.

«Les deux pays (Israël et les Etats-unis, ndlr) doivent comprendre clairement les intérêts partagés et divergents. Ils doivent se doter de la capacité de surmonter les désaccords et de formuler une politique commune est dans l’intérêt suprême d’Israël» souligne le rapport du Think tank.

Dans ce contexte, il est recommandé que les décideurs en Israël aient une image claire des intérêts et des priorités de l’administration américaine, notamment dans le contexte de la concurrence avec la Chine et de la guerre en Ukraine, et que la politique israélienne tienne compte de ces intérêts autant que possible.

«L’objectif est de renforcer la compréhension de l’administration, et du Congrès, qu’Israël est un allié des États-Unis tout comme les États-Unis sont un allié d’Israël», précise la même source.

  1. Imposer ses lignes rouge à Biden vis-à-vis l’Iran

La question de l’Iran sera au centre de la visite du président dans la région. Malgré la reprise des négociations sur l’accord nucléaire, il est loin d’être certain qu’un accord sera conclu.

L’administration Biden est consciente qu’elle doit se préparer à une réalité où il n’y aurait pas d’accord, alors qu’un programme nucléaire actif se poursuit en Iran.

Une coordination étroite entre Israël et les États-Unis est impérative, et avec l’administration, Israël devrait s’efforcer de définir des lignes rouges ainsi que de convenir à l’avance de réponses politiques, économiques et militaires si elles sont franchies.

En parallèle, il est essentiel d’analyser les risques et les opportunités si l’accord est renouvelé. En même temps, la visite de Joe Biden devrait refléter la poursuite de la planification conjointe concernant une campagne contre l’Iran.

Même si Israël peut développer la capacité d’agir de manière indépendante, il est très important de renforcer la coordination avec les États-Unis dans la sphère opérationnelle et le soutien américain aux actions israéliennes, en partie comme levier sur l’Iran.

La guerre en Ukraine a prouvé qu’il existe sur la scène internationale une intolérance à l’égard des agressions militaires unilatérales (et c’est ainsi que toute opération militaire en Iran sera perçue par ceux qui la regardent depuis les coulisses).

INSS

Que l’accord nucléaire soit renouvelé ou non, la visite du président Biden vise également à renforcer la coordination régionale face aux efforts continus de l’Iran pour s’implanter dans toute la région et pour étendre son utilisation de missiles et de drones. Sur cette question, il est important d’assurer le maintien du soutien américain à la «campagne d’entre-deux-guerres» d’Israël et, en coordination avec les pays arabes, de souligner au président l’intérêt de maintenir la présence américaine en Irak et en Syrie.

Priorité pour la normalisation avec l’Arabie saoudite. L’Otan Moyen-oriental peut attendre

«La visite de Joe Biden a le potentiel d’approfondir la tendance à la normalisation entre Israël et les pays arabes en général, et l’Arabie saoudite en particulier» affirme le rapport de l’INSS.

Même si les chances d’établir une alliance régionale de l’OTAN sont faibles, la formulation d’une feuille de route pour des relations plus étroites entre Israël et l’Arabie saoudite est stratégiquement importante pour toutes les parties.

Pour sa part, Israël ferait bien de s’attacher à trouver des idées de mesures secrètes et publiques qui permettraient aux Saoudiens de franchir plus facilement le Rubicon et de faire progresser les relations bilatérales à un rythme qui leur convient. Une percée dans les relations israélo-saoudiennes serait considérée comme un juste retour des choses pour les efforts du président Biden, recommande l’INSS.

«La visite du président Biden en Israël et dans la région est l’occasion de renforcer la sécurité nationale d’Israël sur la base d’une démonstration claire et prononcée de l’engagement des États-Unis à son égard. Le changement d’approche de l’administration à l’égard de l’Arabie saoudite – bien qu’il soit le résultat de nouvelles circonstances internationales – comprend une opportunité pour Israël de démontrer son potentiel en tant qu’atout et de bénéficier des possibilités que ce changement implique» conclut le rapport.

INSS : Comment la Chine espionne les États-Unis et Israël

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En juillet 2021, le groupe de réflexion américain CSIS a publié un rapport détaillant les activités d’espionnage menées par les services de renseignement chinois aux États-Unis, visant des cibles dans les secteurs du gouvernement, de la défense et du civil. Les efforts d’espionnage comprenaient l’utilisation extensive d’organismes gouvernementaux, de partis politiques, d’entreprises et d’universités chinoises. Il est fort probable que les efforts d’espionnage de la Chine soient également en cours en Israël, que la Chine considère comme une puissance technologique de premier plan. Les capacités avancées d’Israël, notamment en matière de technologie d’élite, de cybernétique, de médecine et d’agriculture, peuvent contribuer à presque tous les aspects des plans de développement de la Chine. Par conséquent, il est impératif de se tenir au courant des modèles d’activité de renseignement de la Chine et de réduire le niveau d’exposition des cibles en Israël à ces efforts.

Source : INSS

Le 14e plan quinquennal de la Chine pour les années 2021-2025 décrit ses principaux objectifs stratégiques et vise l’indépendance technologique et économique, tout en réduisant sa dépendance vis-à-vis des pays du monde. Le plan Made in China 2025 définit des objectifs pour lancer la Chine vers son accession au rang de grande puissance technologique et économique, et définit dix secteurs dans lesquels elle doit devenir un leader mondial, notamment : 

  1. les technologies de l’information,
  2. les réseaux 5G,
  3. les véhicules électriques,
  4. les «nouveaux matériaux»,
  5. l’énergie verte,
  6. la robotique,
  7. les équipements médicaux et agricoles,
  8. l’aviation.

Différents rapports provenant des États-Unis et de nombreux autres pays révèlent qu’en plus d’actions et mesures manifestes, la Chine emploie des outils secrets et dissimulés pour la collecte d’informations, et combine des partenariats civils avec diverses activités de renseignement et d’espionnage menées par ses agences de renseignement. L’effort national chinois d’espionnage et de collecte d’informations comprend l’utilisation extensive d’organismes gouvernementaux, de partis, d’entreprises et d’universités ainsi que de particuliers. Il s’agit d’un effort systématique et à long terme au service des objectifs stratégiques de la Chine, qui visent à atteindre une supériorité technologique, à renforcer sa puissance militaire et à créer une dépendance et une influence parmi les pays et les élites étrangers. Les modi operandi de la Chine – au Royaume-Uni, en Allemagne, en Australie et ailleurs – sont similaires, avec les adaptations nécessaires aux conditions locales de chaque pays. Ces observations ont également des implications pour Israël.

L’espionnage chinois aux États-Unis

En juillet 2021, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) a publié un rapport sur les modes opératoires et les méthodes d’espionnage des services de renseignement chinois aux États-Unis. Le rapport du think tank américain fait référence à quelque 160 incidents d’espionnage survenus entre 2000 et 2021, dont les détails ont été rendus publics. Le rapport ne tient pas compte d’autres incidents d’espionnage contre des cibles et des objectifs américains dans des territoires étrangers, ni des 1 200 incidents présumés de vol de propriété intellectuelle aux États-Unis. Le rapport souligne une augmentation significative des activités d’espionnage aux États-Unis à partir de 2010, avec 76 % des incidents documentés au cours de la décennie suivante et seulement environ un quart au cours de la décennie précédente (figure 1). Cette tendance fait suite à la nomination de Xi Jinping au poste de secrétaire général du Parti communiste chinois, en 2013, date à laquelle 84 incidents ont été documentés.

Figure 1. Activités d’espionnage chinoises aux États-Unis depuis 2000 | Source : CSIS

Les cibles et les méthodes d’espionnage étaient diverses. La plupart des activités visaient des institutions gouvernementales, notamment la Maison Blanche, des organismes gouvernementaux (Département d’État, Département du commerce, Département de la défense, Sécurité intérieure, Département de l’énergie et Département du travail), des branches militaires, des agences de renseignement (CIA, FBI, DIA) et la National Aeronautics and Space Administration (NASA), ainsi que des industries de défense de premier plan (Lockheed Martin, Boeing et Raytheon). Parmi les activités d’espionnage, 34% visaient à obtenir des technologies militaires, 51% visaient à obtenir des technologies à usage civil et les 15% restants visaient à obtenir des informations sur les agences gouvernementales et les politiciens (Figure 2).

Figure 2. Cibles des activités d’espionnage documentées aux États-Unis

Parmi les cibles civiles (figure 3), le rapport cite les secteurs de la haute technologie, de l’énergie, de l’industrie automobile et de la peinture, les universités et les instituts de recherche, l’aviation, la santé, les communications, la presse et, enfin, les personnalités politiques (candidats à la présidence et au Sénat des États-Unis et autres politiciens).

Figure 3. Espionnage chinois dans le secteur civil

Le rapport montre que les services de renseignement chinois ont adopté diverses méthodes d’opération pour atteindre leurs objectifs aux États-Unis. Un effort notable a été fait pour recruter et utiliser des personnalités du gouvernement, de l’industrie et du monde universitaire pour recueillir et obtenir des informations. Certaines des personnes impliquées étaient conscientes dès le premier contact de l’activité d’espionnage et de ses implications, tandis que d’autres ont été recrutées par la ruse et la tromperie, et ont été progressivement « racolés ». Les services de renseignements chinois ont exploité les possibilités de coopération dans le secteur commercial et civil pour créer des entreprises et des sociétés détenues conjointement par des Américains et des Chinois dans le but d’avoir accès à des connaissances et à une influence précieuses. Une autre méthode principale consistait à attaquer des cibles dans le cyberespace et à obtenir l’accès à des réseaux informatiques, des bases de données, des plans de développement et d’approvisionnement et des projets classifiés. La plupart des personnes accusées dans les affaires d’espionnage étudiées dans le rapport étaient des citoyens chinois (74 %), dont 42 % étaient des fonctionnaires ou servaient dans l’armée, et 32 % n’avaient aucune affiliation organisationnelle avec le gouvernement ou l’armée. Vingt-six pour cent (26 %) des personnes accusées d’espionnage et d’avoir aidé la Chine étaient des citoyens américains (figure 4).

Figure 4. Les auteurs des activités d’espionnage aux États-Unis

 Espionnage chinois en Israël ?

Israël est considéré par la Chine comme une puissance technologique de premier plan. Les capacités avancées d’Israël dans les technologies d’élite, la cybernétique, la médecine, l’agriculture et plus encore ont le potentiel de contribuer technologiquement à presque tous les aspects des plans de renforcement de la Chine. Ainsi, Israël est une source attrayante de technologies dont la Chine a besoin, comme l’exprime explicitement le partenariat global pour l’innovation signé entre les deux pays en 2017. Par conséquent, parallèlement à l’activité manifeste et convenue, il est probable que les agences de renseignement de la Chine travaillent en Israël pour atteindre ses objectifs en matière d’espionnage, ainsi que dans d’autres pays de valeur pour elle. Comme aux États-Unis, on ne peut exclure que des ministères, des industries de défense et des entreprises civiles d’Israël aient été attaqués au service des objectifs de la Chine en matière de renseignement. Il est également probable que le système complexe de relations entre Israël et son allié, les États-Unis, constitue un important centre d’intérêt aux yeux des services de renseignement chinois.

L’establishment de la sécurité et l’Armée de défense d’Israël (Tsahal) sont probablement une cible de ces efforts de renseignement chinois, à la fois en eux-mêmes et compte tenu de leurs liens profonds avec leurs homologues aux États-Unis. 

Les objets de ces efforts comprendraient les principaux systèmes d’armes en Israël qui sont développés en coopération avec les États-Unis ou produits par eux, certaines des industries israéliennes ayant des filiales aux États-Unis, tandis que d’autres produisent des composants qui sont intégrés dans les systèmes d’armes américains. Il est probable que la technologie militaire israélienne avancée destinée à l’exportation soit également la cible des activités de renseignement chinoises, y compris sur le territoire des pays qui l’ont acquise.

Comme dans d’autres pays avancés, il est probable qu’en Israël aussi, le milieu universitaire soit une cible attrayante pour les services de renseignement chinois, en raison des nombreux partenariats de ce secteur avec l’establishment de la sécurité, ainsi qu’avec des institutions en Chine, y compris des recherches conjointes et des échanges de chercheurs. L’accès aux réseaux d’information universitaires, aux études, aux chercheurs de premier plan et aux titulaires de postes, et en particulier à ceux qui sont impliqués dans la recherche et le développement de la défense, est relativement simple. Selon les méthodes de collecte de renseignements documentées aux États-Unis, Israël est assez exposé aux cyberattaques qui visent à voler des connaissances. Cela est dû à l’utilisation intensive d’ordinateurs et d’informations numériques, à l’infrastructure de communication bien établie en Israël, ainsi qu’à la facilité relative d’accès à distance, avec peu de risques pour les attaquants. Cependant, l’espionnage basé sur les citoyens chinois est vraisemblablement moins courant en Israël qu’aux États-Unis, avec sa grande population de citoyens chinois (étudiants, enseignants et travailleurs), ainsi qu’une grande population d’Américains d’origine chinoise, qui est une cible des efforts de la Chine.

Au fil des ans, Israël s’est officiellement abstenu d’accuser la Chine ou d’autres puissances étrangères d’espionnage sur son territoire. Les informations publiques sur les activités de renseignement de la Chine en Israël proviennent principalement de publications de sources commerciales et étrangères. En août, la société internationale de cybernétique FireEye a révélé que des dizaines d’organismes privés et gouvernementaux israéliens de divers secteurs ont fait l’objet d’une cyberattaque coordonnée par un groupe d’attaque, dont l’origine se trouve probablement en Chine. L’objectif de ces attaques était l’espionnage technologique, commercial et industriel. La société a noté dans son annonce que l’incident a fait l’objet d’une enquête en coopération avec les autorités en Israël, bien que les sources officielles israéliennes n’aient pas fait état de l’incident et de ses ramifications.

Le rapport du CSIS ne traite pas directement des investissements étrangers, mais ceux-ci pourraient également servir de plate-forme pour l’acquisition de technologies et pour l’espionnage en participant à la mise en place et surtout à l’exploitation de projets d’infrastructures avancées en réseau. Le Conseil consultatif pour l’évaluation des aspects de sécurité nationale des investissements étrangers, qui a été créé en vertu d’une décision du cabinet politico-sécuritaire en octobre 2019, vise également à répondre à une telle menace de renseignement, mais ses pouvoirs sont limités aux domaines qui sont soumis à la réglementation, et il n’est pas autorisé à examiner les conséquences de sécurité des investissements étrangers dans le secteur privé. 

Conclusion et recommandations

La Chine n’est pas un ennemi de l’État d’Israël, et les relations économiques bilatérales présentent des avantages importants. Cependant, la Chine s’efforce ouvertement de devenir une puissance mondiale de premier plan, et elle déploie des efforts considérables pour obtenir les technologies dont elle a besoin par des méthodes dont la légitimité varie. Les méthodes d’opération et les capacités de renseignement et d’espionnage de la Chine, telles qu’elles sont documentées à l’étranger, constituent également un défi important pour Israël, en tant que cible attrayante et source de technologies avancées.

Il y a peu d’indications publiques réelles d’espionnage chinois en Israël, mais il est probable que la communauté du renseignement en Israël voit une image plus large et plus profonde.

L’hypothèse de travail devrait être que les efforts déployés par la Chine en Israël pour faire avancer ses objectifs économiques et technologiques ressemblent à ceux qu’elle emploie dans d’autres pays avancés, et qu’ils sont menés selon des modes opératoires similaires, avec des adaptations locales. En tenant compte des leçons tirées de l’expérience d’autres pays, il est possible d’estimer le défi qui se pose à Israël, son niveau d’exposition et la réponse nécessaire.

La menace que le renseignement fait peser sur le système militaro-industriel, en mettant l’accent sur ses relations avec les États-Unis, est particulièrement importante et exige d’être protégée et d’assurer le plus haut niveau de réponse existant, tout en coopérant et en coordonnant étroitement avec les agences de sécurité des États-Unis. En outre, il est important d’accroître la résilience des systèmes gouvernementaux, industriels, civils et universitaires face aux activités de renseignement étranger, qui entraînent des risques stratégiques et militaires et la perte de capital intellectuel et de technologie, ainsi que des dommages commerciaux et économiques.

Une première étape essentielle pour faire face à ce défi est d’accroître la sensibilisation au risque et à ses implications. Israël serait bien avisé d’observer et d’apprendre de l’expérience des autres pays du monde en ce qui concerne les mesures et les méthodes de renseignement employées par la Chine pour atteindre ses objectifs, ainsi que les moyens de réagir pour réduire leurs dommages. Ce n’est que par une gestion responsable et professionnelle des risques qu’Israël pourra continuer à entretenir des relations productives et sûres avec la Chine et renforcer ses relations stratégiques avec les États-Unis.

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** Nir Ben Moshe est chercheur invité dans le programme Israël-Chine de l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS), et ancien directeur de la sécurité de l’établissement de défense du ministère israélien de la défense.

*** INSS, Institut d’études de sécurité nationale, est un organisme indépendant israélien spécialisé dans les domaines de la sécurité nationale des questions telles que militaires et les affaires stratégiques, le terrorisme et les conflits de faible intensité , l’équilibre militaire dans la Moyen-Orient et cyberguerre. 

Le match des think tanks à l’international : le Maroc se maintien dans le top 10 MENA, grâce au Policy Center for the News South affilié à l’OCP

Le «2020 Global Go-To Think Tanks Index» publié ce weekend est particulièrement intéressant. Il consacre le sérieux du think tank lancé par Mostafa Terrab en 2014, Policy center for The New South, qui se maintient dans la septième place du classement Mena. Lequel classement a connu un chamboulement important avec la montée en puissance des Emirat Arabes Unis et de l’Egypte aux dépends du Qatar.

Le premier think tank marocain, Policy center for The New South qui fête ses 6 ans, se maintient, pour la deuxième année successive, au septième rang sur la région Mena selon le classement de l’Université de Pennsylvanie, derrière la qatarie Brookings Institution.

Ce sont cinq centres de recherches marocains qui figurent toujours dans les cinquante meilleurs think tanks de la région.

Think Tank marocains20192020
Policy Center for the New South- Ex- OCP Policy Center77
Centre d’Etudes et de Recherches en Sciences Sociales1212
Royal Institute for Strategic Studies (IRES)2221
Moroccan Institute for International Relations3332
Amadeus Institute4443
Classement des think tanks marocain selon le 2020 Global Go-To Think Tanks Index

Le Maroc est également présent dans le classement mondial des meilleures conférences :

2020
Policy Center for the New South- Ex- OCP Policy Center16
Amadeus Institute68
Royal Institute for Strategic Studies (IRES)78
Casablanca Institute (Morocco and United Kingdom)94

Emirates Policy Center se hisse de la 6ème à la 2ème place, Al Jazeera Centre for Studies (AJCS) dégringole à la 11ème place

Alors que l’israélien INSS confirme son leadership régional, la libanaise Carnergie Endowment Middle East perd sa deuxième place au profit de l’Emirates Policy Center qui gagne 4 places.

En revanche, Al Jazeera Centre for Studies, think tank de la chaine d’information du même nom s’est fait sortir du top 10 par l’Egyptian Center for Economic Studies.

Think TankPays20192020
Institute for National Security Studies (INSS) Israel11
Emirates Policy Center E.A.U62
Carnegie Endowment for International Peace Middle East CenterLiban23
Al-Ahram Center for Political and Strategic Studies (ACPSS)Egypte34
Egyptian Center for Economic Studies (ECES)Egypte115
Brookings InstitutionQatar56
Policy Center for the New South – EX OCP Policy CenterMaroc77
Rasanah: International Institute for Iranian StudiesArabie
Saoudite
88
Israel Democracy Institute (IDI)Israêl99
Turkish Economic and Social Studies Foundation (TESEV)Turquie1010

Les AD Talks 2020 du Policy Center de l’OCP, un carton

Au total, 17 sessions impliquant 80 intervenants issus de 37 pays sur quatre continents (Afrique, Amériques, Europe, Asie), ont traité de l’impact de la pandémie sur la géopolitique, l’économie et la démocratie, lors de la dernière édition des AD Talks du Policy Center for the New South (PCNS).

Ces débat ont été l’occasion d’effectuer un passage en revue de la Covid-19 au Nord et au Sud, qui a permis de rappeler l’actualité du principe de non alignement en Afrique, un continent qui ne veut pas choisir entre la Chine et l’Occident, dans un monde où les notions d’Ouest, de Nord et de Sud semblent de plus en plus dépassées.

Karim EL Aynaoui hisse l’ex OCP Policy Center, de la 16ème à la 8ème place dans la zone MENA, en 4 ans

Année après année, le Policy center for the New South, l’ex OCP Policy Center, s’impose dans la région Mena comme un centre de réflexion et de production d’études et d’analyses de premier plan. Rigueur, sérieux, ouverture et liberté sans autant de qualificatifs qui ont permis à ce think tank de se hisser à la 8ème place du « 2018 Global Go-To Think Tanks Index », publié annuellement par the Lauder Institute of Pensylvania University.

Lire ici