Rex Tillerson

Bolton à la sécurité nationale : Les va-t-en guerre de retour à la Maison Blanche

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Deux événements ont marqué l’actualité aux Etats-Unis la  semaine écoulée. Le premier a trait à la première visite de Mohammed Ben Salmane à Washington en qualité de prince héritier et la signature de contrats qui  se chiffrent à des dizaines de milliards de dollars. Le deuxième est relatif à la nomination par Donald Trump, le 22 mars, du controversé John Bolton au poste de son conseiller pour la sécurité nationale des Etats-Unis.

Concernant la tournée américaine de MBS, et au-delà des chèques signés qui ont fait couler encre et salive, c’est surtout la présence à ses côtés du prince Bandar Ben Soltane qui a fait soulever moult interrogations. Considéré comme l’un des hommes clés du royaume saoudien et une de ses plus influentes personnalités durant les années 1980 et 1990, jusqu’à son limogeage en avril 2014 du poste de patron des services de renseignement, c’est un éminent spécialiste de la chose américaine. Lire ici

Pourquoi l’Union africaine a besoin d’une Ethiopie stable

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L’institut sud africain d’études de sécurité (ISS) a publié ce vendredi 16 mars une analyse de l’un de ses consultants, Liesl Louw-Vaudran, consacrée à la situation politique en Ethiopie et ses répercussions sur l’Union africaine. Vu sa pertinence, le1.ma l’a traduite pour vous.

Le chef de la Commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, a offert ses bons offices au gouvernement éthiopien suite aux troubles politiques dans le pays. Après des mois de manifestations antigouvernementales et d’actions des forces de sécurité, le gouvernement a décidé cette année de libérer plusieurs prisonniers politiques. Les troubles se poursuivent toutefois dans plusieurs régions du pays.

Dans une déclaration qui a suivi la démission du Premier ministre Hailemariam Desalegn à la fin du mois dernier, Faki Mahamat a déclaré que son bureau se tient à la disposition du gouvernement afin de «relever les défis qui se dressent, approfondir la démocratie et promouvoir le développement».

Mahamat a également rencontré Desalegn après sa démission. Le successeur de Desalegn devrait être bientôt nommé par le parti au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire populaire éthiopien. Il n’est pas surprenant que Mahamat soit préoccupé par la crise en Éthiopie. L’Union Africaine, dont le siège est à Addis-Abeba, a besoin d’une Éthiopie stable.

Jusqu’à présent, l’UA et la plupart des membres de la communauté diplomatique ont gardé le silence sur la situation politique. L’Ethiopie occupe une position stratégique en tant qu’hôte de l’UA et constitue un puissant pouvoir dans une partie instable de l’Afrique.

L’Union européenne considère également l’Éthiopie comme un allié majeur dans sa tentative d’empêcher les migrants africains de fuir vers l’Europe.

L’Ethiopie occupe une position stratégique en tant qu’hôte de l’UA et en tant que puissance dans une partie instable de l’Afrique

Le siège de l’Union Africaine abrite quelque 2 000 membres du personnel travaillant pour l’Organisation panafricaine à Addis-Abeba. En plus des nombreux bureaux des Nations Unies parmi lesquels le siège de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, il y a plus de 100 ambassades dans la ville. C’est grâce à l’importance croissante de l’UA qu’elle est devenue une escale presque obligatoire pour les dirigeants non africains qui visitent le continent, comme l’ancien secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov récemment.

Cette importante présence internationale crée des emplois pour de nombreux Éthiopiens, fait grimper le marché immobilier à Addis-Abeba et contribue à la croissance économique de la ville qui compte près de cinq millions de personnes. Au moins une fois par an, Addis-Abeba accueille un grand sommet de l’UA avec la présence de nombreux chefs d’État, des dignitaires et un important contingent médiatique qui passe du temps dans la ville. Les habitants de la capitale savent d’avance qu’un sommet est sur le point de se produire par le déploiement de forces spéciales le long des routes principales. Jusqu’à présent, l’Union Africaine et les délégations en visite sont reconnaissantes pour la sécurité qui leur est garantie, même si cela signifie de ne pas parler des restrictions entourant la liberté d’expression ou du manque de participation réelle de l’opposition au gouvernement.


Dans un pays limitrophe d’États en proie à des conflits tels que la Somalie et le Soudan du Sud, certains estiment que des mesures de sécurité solides sont justifiées. Au moins pour l’instant, personne ne remet en question le statut d’Addis-Abeba en tant que siège de la seule organisation continentale de l’Afrique. Ceci est en grande partie dû à la prévoyance de l’ancien dirigeant éthiopien Haïlé Sélassié qui a réuni des chefs d’Etat africains du continent à la première réunion de l’Organisation de l’unité africaine à Addis-Abeba en 1963.

L’Ethiopie prétend être le seul pays africain jamais colonisé et possède une fière histoire remontant à l’époque des empires abyssiniens. En 2000 et 2001, lorsque des discussions ont eu lieu autour de la formation de l’Union Africain, très peu ont suggéré un siège alternatif possible.

Plusieurs structures de l’UA se trouvent ailleurs, comme le Parlement panafricain, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs et le secrétariat du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, basé en Afrique du Sud; la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples basée en Gambie; et le Centre africain d’études et de recherches sur le terrorisme basé à Alger. Mais l’Ethiopie a fermement soutenu le maintien du siège de l’organisation à Addis-Abeba. En plus d’être le berceau historique de l’OUA, l’Éthiopie est également un acteur majeur de la Corne de l’Afrique en raison de son rôle militaire important dans la région et des 850 000 réfugiés qu’elle accueille, principalement originaires du Soudan du Sud, de la Somalie, du Soudan et de l’Érythrée.

L’Éthiopie est également l’un des principaux contributeurs aux missions de maintien de la paix de l’ONU et de l’UA dans le monde, notamment à Abyei, au Darfour, au Soudan du Sud et en Somalie. Le statut de l’Éthiopie sur le continent a augmenté au cours des deux dernières décennies, en particulier sous le gouvernement de l’ancien premier ministre Meles Zenawi, en raison de ses taux de croissance économique élevés et de ses politiques axées sur le développement.

Pourtant, avec sa population massive de 102 millions d’habitants, dont la plupart sont des jeunes, la menace d’instabilité politique a été évoquée depuis un certain temps. Les taux de croissance élevés qu’a connus l’Éthiopie au cours des dernières années n’ont pas été partagés par tous, ce qui crée des tensions parmi certaines couches de la population. Dans un rapport publié en mai dernier, l’ISS a souligné que l’amélioration de la gouvernance et de l’inclusivité serait la clé pour l’avenir. Comparé à son passé violent, l’Ethiopie en 2017 est un pays plus stable. L’instabilité dans la région est sans doute également en baisse, y compris en Somalie. Cependant, le passé violent de l’Éthiopie, ses niveaux relativement faibles de développement, son type de régime mixte et sa forte expansion démographique font que le risque d’une future rupture violente reste élevé. La présence de l’UA en Ethiopie pourrait servir de facteur de stabilisation dans une situation très complexe.

La démission de Desalegn et la déclaration d’un état d’urgence pour la deuxième fois depuis 2016 créent une incertitude quant à l’avenir immédiat du pays. Desalegn a déclaré qu’il a démissionné pour que le processus politique, qui a commencé avec la libération des prisonniers politiques, puisse suivre son cours.

Pour les nombreux étrangers vivant en Éthiopie, dont beaucoup sont là parce que l’Union Africaine y a son siège à Addis-Abeba, l’état d’urgence signifie des fermetures périodiques d’Internet dans certains endroits, même si la capitale et le siège de l’UA sont généralement épargnés. Suite à une demande de l’ancien président de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini Zuma, une interdiction temporaire des diplomates voyageant en dehors d’Addis-Abeba dans le cadre de l’état d’urgence précédent a été levée. Cette interdiction n’a pas été rétablie dans l’état d’urgence actuel, mais certaines ambassades découragent toujours leur personnel de voyager à l’extérieur de la capitale.

Cependant, que peut faire l’UA pour aider à atténuer les risques d’instabilité pour elle-même et pour son pays d’accueil? Pas vraiment beaucoup, semble-t-il.

Mahamat Faki a précisé dans sa déclaration soigneusement rédigée qu’il attend avec impatience le renforcement des mesures prises pour répondre aux préoccupations exprimées par des segments de la population dans un esprit de dialogue, de tolérance mutuelle et d’engagement envers les meilleurs intérêts de l’Éthiopie qui transcendent tous les intérêts politiques et autres divergences.

Les analystes s’accordent à dire que l’Éthiopie est traditionnellement beaucoup moins sensible à l’influence extérieure dans ses affaires intérieures que beaucoup d’autres pays africains. La participation de l’UA à la situation politique interne de l’Éthiopie ne semble pas probable. Une discussion sur la situation au sein du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, composé de 15 membres et traitant des conflits sur le continent, n’a jamais eu lieu. La présence importante de l’UA et des organisations internationales, garde cependant le pays et surtout sa capitale à l’honneur.

L’UA est également importante pour l’Éthiopie, compte tenu de sa contribution en termes de création d’emplois et de débouchés économiques à Addis-Abeba. En ce sens, et au strict minimum, la présence de l’UA pourrait servir de facteur de stabilisation dans une situation très complexe.

Gina Haspel à la tête de la CIA : l’espionne controversée qui sort de l’ombre

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Le président américain a surpris tout le monde en limogeant, mardi 13 mars, par un simple tweet matinal, le Secrétaire d’Etat Rex Tillerson et son remplacement par Mike Pompeo, jusque-là patron de l’agence centrale de renseignement et la nomination pour la première fois d’une femme à la tête de la CIA, en la personne de Gina Cheri Haspel qui occupait le poste de directrice adjointe de l’agence.

Dès l’annonce de la nouvelle de la désignation de Gina Cheri Haspel, la presse américaine a été prompte à s’attaquer à sa personne en rappelant une page sombre de sa carrière, en l’occurrence sa participation active au programme de prisons secrètes et de tortures adopté par la CIA au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre 2001 qui avaient ensanglanté les Etats-Unis.

D’aucuns n’ont pas hésité à la qualifier de «tortionnaire» et de «criminelle de guerre». La lecture de la biographie de Haspel nous apprend qu’elle est née le 1er octobre 1956. Elle a rejoint la CIA en 1985 où elle a fait toute sa carrière dans ce monde opaque occupant divers postes de responsabilité. En 2013, l’ex-patron de la CIA la nomme directrice adjointe du NCS, le puissant Service national clandestin, qui mène des opérations secrètes à travers le monde.

Cette espionne controversée dirigeait en 2002 une prison secrète en Thaïlande appelée The Black Site, fermée en 2009 par le Président Obama, où les membres du groupe terroriste d’Al-Qaida subissaient des interrogatoires musclés en utilisant notamment la technique du Waterbording ou le simulacre de noyade.

Gina Haspel a d’ailleurs été épinglée pour ses actes aussi bien par un rapport de la Commission du renseignement du Sénat en 2006 que par les organisations de défense des droits de l’Homme aux Etats-Unis et à l’étranger.

Les méthodes employées par Haspel sont appréciées par Donald Trump qui la bombarde le 2 février 2017 comme directrice adjointe de la CIA et bras droit de Mike Pompeo. Ce dernier, d’ailleurs, partage sa «ligne de conduite» avec le recours à des méthodes peu catholiques lors des interrogatoires des terroristes.

La nomination effective de Haspel à la tête de la CIA doit pour autant avoir le feu vert et la confirmation préalables de la commission du renseignement du Sénat.

Trump remplace le secrétaire d’État Rex Tillerson par le patron de la CIA Mike Pompro

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Le président américain, Donald Trump, a mis fin aux fonctions de son ministre des Affaires étrangères, Rex Tillerson, rentré précipitamment aux États-Unis après avoir interrompu sa tournée africaine.

C’est par la voie de Twitter que le président Trump, qui se trouvait à la frontière avec le Mexique pour s’enquérir de l’état d’avancement des travaux de construction du Mur de sécurité entre les deux pays, a décidé de débarquer Rex Tillerson du Département d’Etat.

Trump a donc utilisé son outil de prédilection et a tweeté que l’ancien congressman et actuel directeur de la CIA remplacera Rex Tillerson.

C’est un secret de polichinelle : le désormais ancien Secrétaire d’Etat avait des “relations tendues” avec le locataire de la Maison Blanche. Son départ était même évoqué depuis des mois mais toujours démenti par Donald Trump.

“Le secrétaire (d’Etat) n’a pas parlé avec le président ce matin et il ignore les raisons, mais il est reconnaissant d’avoir pu servir, et continue à penser que servir dans le public est une tâche noble qu’il ne faut pas regretter”, a déclaré Steve Goldstein, un haut responsable du département d’Etat. Des déclarations qui n’ont visiblement pas plu à Donald Trump qui a également décidé de congédier ce haut fonctionnaire suite à ces propos.

Trump et Tillerson se parlaient souvent mais le président paraissait avoir fréquemment la mainmise sur les grandes décisions en matière de politique étrangère. Un responsable de la Maison Blanche a déclaré que Trump voulait avoir une nouvelle équipe en prévision des futurs pourparlers avec la Corée du Nord et pour les négociations commerciales en cours.

Tillerson, qui était en tournée en Afrique la semaine dernière, a été pris de court par Trump en annonçant avoir accepté une invitation pour rencontrer le dirigeant Nord coréen Kim Jong-Un. Un jour auparavant, Tillerson avait déclaré à la presse que les négociations étaient “lointaines” provoquant l’ire du président.

L’actuel patron de la CIA désormais à la tête de la diplomatie américaine

Tout en remerciant Rex Tillerson pour ses services, le président a également annoncé la nomination de Gina Haspel comme nouvelle directrice de la CIA, première femme à occuper ce poste. Dans son tweet, Trump écrit : ”Mike Pompeo, directeur de la CIA, va devenir notre nouveau secrétaire d’Etat. Il fera un travail fantastique ! Merci à Rex Tillerson pour son travail ! Gina Haspel va devenir la nouvelle directrice de la CIA, pour la première fois dirigée par une femme. Bravo à tous !”

“Nous avons la même façon de penser”, assure le président américain à propos de celui qui était jusqu’alors directeur de la CIA.

A 53 ans, Mike Pompeo a eu un parcours fulgurant. Né en Californie, il est sorti major de sa promotion à la prestigieuse école militaire de West Point en 1986.

Après avoir servi pendant cinq ans dans l’US Army, il a intégré la Harvard Law School, l’une des plus grandes et prestigieuses facultés de droit du pays, par laquelle est aussi passé Barack Obama.

Il a fondé une société d’ingénierie dans le Kansas avant de se lancer dans la politique en 2010 avec le soutien des frères Koch, Charles et David Koch, des milliardaires qui financent à coups de centaines de millions de dollars les causes les plus néolibérales.

Ce fidèle parmi les fidèles de Donald Trump sera “parachuté” à la tête de la CIA le 23 janvier 2017, soit trois jours après l’investiture du président.

La disposition vue “Bouregreg” du nouveau salon de Bourita a incommodé les invités de marque du Maroc

Quand bien même était-il considéré comme l’homme fort du ministère des Affaires étrangères et de la coopération, soit en tant que chef du Cabinet du ministre, puis Secrétaire général, ou encore en qualité de ministre délégué, il manquait à Bourita cette stature de ministre dont il commence à se parer petit à petit.

Depuis sa nomination en avril dernier à la tête de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita semble à la recherche de repères, d’une posture, d’une attitude physique qu’il n’arrive toujours pas à trouver dans son nouveau costume. Dans l’ombre des anciens ministres Mohamed Benaïssa, Taïeb Fassi Fihri et Saâdeddine El Othmani, il a démontré qu’il voulait faire table rase de l’héritage d’un Salaheddine Mezouar qui n’a fait que récolter le travail de l’appareil administratif du ministère.

Manquant d’aplomb et fébrile sur le plan protocolaire, le brillant Secrétaire général qu’il était n’arrivait pas facilement à s’imposer avec son nouveau maroquin. Nasser Bourita n’est pas un politique. C’est un technicien de la diplomatie et un homme de dossiers. En vingt-cinq ans, et sans voir pousser un seul cheveu blanc, il a roulé sa bosse au service central pour y gravir tous les échelons : secrétaire des affaires étrangères, conseiller, directeur, chef de cabinet, directeur général, secrétaire général, ministre délégué pour finir «ministre plein».

La disposition torticolis

Installé dans son vaste bureau qui donne sur la vallée du Bouregreg, Bourita n’a pas supporté longtemps la disposition du salon où il reçoit ses invités de marque.

Héritée du temps de Benaissa, cette disposition plaçait le ministre dos à la baie vitrée qui donne sur le Bouregreg pour permettre à l’invité d’avoir une vue imprenable sur la vallée ainsi que sur les vestiges de Chellah. Bourita tenait à avoir sa vue lui aussi. Il n’en a fallu pas moins de quelques semaines pour que les services généraux du ministère lui accommodent un nouvel agencement avec deux nouveaux grands fauteuils, placés parallèlement l’un à côté de l’autre, au centre du bureau et donnant directement sur la baie. Enfin quelqu’un qui a osé le «changement» murmurait-on dans les allées de la belle bâtisse de verre.

Belle vue certes pour Bourita, mais le ministre avait du mal à communiquer facilement avec ses invités lesquels, souffrant souvent de torticolis et autres lumbagos, étaient obligés de se redresser sur leur côté gauche pour pouvoir regarder leur hôte en face.

Cette situation gênante a duré plusieurs semaines et commençait à faire tache d’huile. Il a fallu beaucoup de tact aux proches collaborateurs du ministre pour le convaincre de «corriger» la disposition des fauteuils et permettre aux invités du Maroc de communiquer fluidement avec le chef de la diplomatie. C’est désormais chose faite depuis quelques jours.

Ca c’était sur la forme, une forme qui compte dans les règles d’étiquette et de préséance diplomatiques où le moindre faux pas ou faux geste peuvent altérer des années d’efforts.

Disposition du MINISTRE : la dernière en date

Disposition enfin corrigée le 04 Octobre 2017 à l’occasion de la visite du coordinateur de l’Union européenne (UE) pour le Sahel, Miguel Angel Losada

Disposition du “MINISTRE EN RODAGE” un fauteuil pour un et tant pis pour le torticolis

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La disposition du”MINISTRE DÉLÉGUÉ”, disposition du malaise, petit coussin derrière le dos et non distinction de la hiérarchie

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Sur le fond, les activités de Nasser Bourita à Washington au début du mois de septembre, où il a rencontré le gratin de l’administration américaine allant du Secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, au sous-secrétaire d’état chargé des affaires du Proche-Orient, David Satterfield, en passant par l’envoyé présidentiel adjoint auprès de la coalition internationale de lutte contre Daesh, Terry Wolff, ainsi qu’avec les Présidents des commissions des Affaires étrangères au Sénat et à la Chambre des représentants du Congrès US, respectivement Bob Corker et Ed Royce, et ses activités marathon aux travaux de la 72ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, où il a rencontré tout le gotha diplomatique mondial, permettraient de faire hisser le ministre des Affaires étrangères en influence et, pourquoi pas, dans les mois et années à venir, le voir également monter en force, en confiance et en maturité.

LE1

Donald Trump vise la Chine en honorant l’Afrique

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Le président américain, Donald Trump, a offert mercredi 20 septembre 2017, à New York, un déjeuner de travail en l’honneur de plusieurs dirigeants Africains. Étaient conviés à ce repas aux relents très économiques, les présidents de la Côte d’Ivoire, d’Ethiopie, du Ghana, de la Guinée, de la Namibie, du Nigeria, du Sénégal, de l’Afrique du Sud et de l’Ouganda. Les neuf chefs d’Etat Africains ont discuté avec leur homologue américain des moyens de promouvoir la paix et la prospérité dans le continent. Pour Washington, il est question de mettre en place avec l’Afrique une stratégie pragmatique axée sur la sécurité, l’infrastructure et l’économie et d’autres intérêts communs. Mais en filigrane il faut comprendre que les Etats-Unis essaient de s’attaquer à un marché conquis par la Chine ce qui donne beaucoup de fil à retordre à Washington.

En l’absence des présidents du Gabon, Ali Bongo, et du Rwanda, Paul Kagame, pourtant présents à New York, les Alassane Ouattara, Mulatu Teshome, Nana Akufo-Addo, Alpha Condé, Hage Geingob, Muhammadu Buhari, Macky Sall, Jacob Zuma et Yoweri Museveni ont, d’une seule voix, portée par le président de Guinée, exprimé leur enthousiasme pour l’approche américaine qui tend à booster la croissance en Afrique, de donner un coup de fouet à l’emploi et combattre le terrorisme. Pour concurrencer Pékin, la politique étrangère américaine en Afrique, dominée traditionnellement par la diplomatie et le militaire, est tenue, en vue de mieux apprivoiser les marchés africains, d’adopter une approche disciplinée priorisant une politique commerciale agressive.

Le président Donald Trump salue le président nigérian Muhammadu Buhari lors d’un déjeuner de travail avec des dirigeants africains à l’Hôtel Palace à New York, le 20 septembre 2017

Le président Donald Trump a exprimé le souhait des Etats-Unis d’élargir la coopération et le commerce avec l’Afrique tant sur le plan bilatéral que global et fait état de l’intérêt de Washington à identifier de nouvelles opportunités mutuellement bénéfiques pour le commerce entre les deux parties. Sauf que la suprématie commerciale de la Chine en Afrique est une réalité. Durant sa campagne électorale et au tout début de son mandat, Donald Trump ignorait l’Afrique, réduisant d’une manière significative les aides financières de son pays à plusieurs capitales africaines.

Donald Trump a cependant surpris son assistance en invitant les dirigeants Africains qui ont partagé son repas à s’inspirer de l’exemple Sud-Africain, dont l’une des grandes société spécialisées en industrie pétrochimique envisage de procéder à des investissements de masse aux États-Unis. En effet, le géant SASOL va construire une usine en Louisiane pour 9 milliards, ce qui créera des centaines d’emplois pour la main d’œuvre américaine. Les chefs d’Etat Africains s’attendaient à entendre parler d’investissements américains dans le continent, pour créer des emplois chez les jeunes en Afrique, et non l’inverse. D’où l’annonce par le président Trump de l’intention du Secrétaire d’Etat Rex Tillerson d’ordonner au Millennium Challenge Corporation de procéder à un investissement de plusieurs centaines de millions de dollars en Côte d’Ivoire pour encourager et soutenir les réformes dans ce pays.

Parce que Washington sait pertinemment qu’elle ne peut pas concurrencer Pékin sur son théâtre de prédilection où elle dispose d’une présence ancienne avec une expérience terrain inégalable.

Il est donc improductif pour l’administration américaine de demeurer en compétition directe avec la Chine dans le continent africain, notamment dans des secteurs d’activité où le géant asiatique est confortablement installé depuis des décennies.

Washington est consciente que la domination chinoise en Afrique, notamment dans l’industrie et les BTP est un cas d’école. Les Etats-Unis sont donc tenus de s’orienter vers des secteurs où ils disposent d’un avantage concurrentiel éprouvé : les services, l’éducation, la finance, les médias, l’agrobusiness et l’ingénierie dans les énergies renouvelables.

Dans ce contexte précis, le président Trump a demandé au Département américain du Commerce de jouer un rôle central dans cette nouvelle vision des marchés africains. A l’instar de la Chine, ce département est appelé à mettre en place des programmes de formation et d’accompagnement des PME américaines en Afrique, principaux relais de croissance après l’épuisement de l’intervention des multinationales et des grands groupes.

En effet, et à la demande expresse des leaders africains conviés au déjeuner, la formation et l’enseignement demeurent les nerfs de la guerre et constituent des leviers fondamentaux à chaque niveau de la stratégie de pénétration du continent africain.

Abdellah EL HATTACH

Bourita, un ministre sacrément seul

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Nasser Bourita a retardé son déplacement officiel à Washington de quelques semaines pour une seule raison : il devait connaître auparavant l’identité du nouvel ambassadeur américain à Alger et celle du secrétaire adjoint pour les affaires africaines au Département d’Etat. Si la nomination de John Desrocher comme nouveau CMD à Alger, en remplacement de Joan Polaschik, en poste depuis août 2014, n’affectera en rien la position de Rabat quant à ses relations avec Washington, en revanche la désignation de Donald Yamamoto en tant que monsieur Afrique au sein du Département d’Etat, si elle n’inquiète pas, elle impose un certain statu quo que le Maroc voulait voir évoluer. En effet, la diplomatie marocaine tablait sur la nomination de Peter Pham, un «ami» du Maroc, mais le puissant lobbying du sénateur de l’Oklahoma, James Inhofe, proche de l’Algérie, a fait obstruction à cette nomination que le Polisario considérait comme trop favorable au Maroc. D’ailleurs, Donald Yamamoto qui connaît très bien l’Afrique pour avoir dirigé auparavant ce bureau, a été rappelé de sa douce retraite en vue de combler ce vide, pour au moins une année, en attendant que l’administration Trump y voit plus clair dans ses relations avec l’Afrique.

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C’est en concomitance avec la nomination de ce polyglotte –Yamamoto parle en effet couramment le chinois, le japonais, l’arabe, le français, en plus de l’anglais-, que Nasser Bourita a effectué sa première visite aux Etats-Unis d’Amérique en tant que ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale du gouvernement El Othmani.

L’administration américaine, qui lui a déroulé le tapis rouge, a d’emblée souligné son attachement au renforcement du partenariat stratégique avec le Maroc et le rôle de celui-ci dans les questions liées au monde arabe, à l’Afrique, à la paix et à la sécurité internationales.

Sur deux jours, Nasser Bourita a ainsi eu des discussions politiques marathons avec le Secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, le sous-secrétaire d’état chargé des affaires du Proche-Orient, David Satterfield, l’envoyé présidentiel adjoint auprès de la coalition internationale de lutte contre Daesh, Terry Wolff, ainsi qu’avec les Présidents des commissions des Affaires étrangères au Sénat et à la Chambre des représentants du Congrès US, respectivement Bob Corker et Ed Royce.

Ces discussions, qui ont porté sur le partenariat stratégique multiforme entre Rabat et Washington, ont confirmé la volonté des deux pays de consolider davantage leurs relations sur les plans politique, économique, de la sécurité et de lutte contre le terrorisme. Les entretiens ont également abordé la situation au Maghreb, notamment le dossier libyen, au Sahel ainsi que la question du Sahara.

Plus tard, à la Maison-Blanche, Nasser Bourita a été reçu par Jared Kushner, conseiller principal du président Donald Trump et son homme de confiance, en présence de Dina Powell, conseiller adjoint à la sécurité nationale, de Jason Greenblatt, assistant du président Trump et représentant spécial pour les négociations internationales, ainsi que de Cyril Sartor, ancien de la CIA et désormais directeur principal pour l’Afrique au Conseil national de sécurité.

S’il est vrai que, durant sa mission, Nasser Bourita était régulièrement briefé par le service central à Rabat par quelques notes, en plus de l’excellent travail d’intelligence et de prospective des services de la DGED, nous avons à vu à Washington un ministre seul. Pas épaulé. Sans soutien. Aucun des directeurs généraux du ministère des Affaires étrangères n’a accompagné le ministre et, fait curieux, les différentes audiences avec les hautes personnalités américaines se sont déroulées en l’absence de l’ambassadeur du Maroc à Washington.

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Et cela se répète assez souvent. Nasser Bourita qui dirigeait sous l’ancien gouvernement, et avec brio, tout le département des Affaires étrangères (alors que Mezouar en récoltait les fruits sans réel valeur ajoutée mis-à-part une capacité importante à la restitution), donne l’impression aujourd’hui de tout centraliser à son niveau et de ne déléguer que très rarement ses prérogatives, alors qu’il dirige un département immense, un mastodonte administratif, tant au niveau central qu’au niveau du dense réseau diplomatique à travers le monde. Ayant gagné la confiance du Roi Mohammed VI et l’appui du conseiller Fouad Ali El Himma, qui ont personnellement piloté les dossiers géopolitiques les plus chauds ces trois dernières années, Bourita hérite d’un département non encore homogène ni au fait de tous les dossiers. Architecte du plus vaste mouvement dans les rangs des ambassadeurs dans l’histoire diplomatique du Royaume, Bourita a besoin d’au moins trois ou quatre secrétaires d’Etat à ses côtés, avec des prérogatives bien précises et des dossiers clairs à gérer. Le monde bouillonne, l’information circule à la vitesse de la lumière, les foyers de tension sont légion, et pour gérer tout cela, un ministre ne peut pas demeurer seul.

Le Maroc n’a pas des voisins faciles que ce soit au nord, à l’est ou au sud. La Mauritanie, par exemple, semble ne pas vouloir valider l’accréditation de Hamid Chabar, nouvel ambassadeur du Maroc à Nouakchott. Avec l’Algérie, c’est la mort clinique. Avec l’Espagne, c’est mi-figue, mi-raisin, surtout après le quiproquo de la nomination de Fadel Benyaïch à Bucarest. Les relations du Maroc avec les pays du CCG sont en dents de scie et la crise du Qatar ne fait que compliquer la donne. L’offensive israélienne en Asie, en Afrique et aujourd’hui en Amérique latine chamboule la donne géopolitique classique. Comment est-ce qu’un ministre, super-puissant soit-il, peut-il gérer tous ces volets s’il n’est pas armé d’une équipe étoffée, compétente et polyvalente à l’instar des David Satterfield, Dina Powell, Jason Greenblatt entre autres Cyril Sartor ou Terry Wolff que le ministre a rencontrés à Washington.

Le gouvernement marocain est tenu de soutenir ce jeune ministre travailleur et militant, une compétence que le pays ne peut pas se permettre de griller pour cause de défaut de ressources, de moyens et d’appui.

Car avec une seule secrétaire d’Etat et des directeurs centraux sans prérogatives, la diplomatie marocaine ne peut aller correctement de l’avant ni être performante. De plus, l’affaire Valyans est venue fragiliser le travail de Nasser Bourita qui se retrouve seul aux manettes face aux différents défis : sa mésaventure à Maputo en est la triste illustration.

Abdellah El Hattach