Iran

Washington accuse Téhéran de la mort «probable» de l’ex agent du FBI, Robert Levinson

L’administration de Donald Trump a accusé lundi pour la première fois l’Iran de la «mort probable» de l’ex-agent du FBI Robert Levinson et a exhorté le futur président Joe Biden à faire de la libération des prisonniers américains une condition de toute négociation avec Téhéran.

Le Trésor américain a dans la foulée annoncé des sanctions contre deux hauts responsables du renseignement iranien, Mohammad Baseri et Ahmad Khazai, pour leur implication présumée.

Le ressortissant américain avait disparu en 2007 dans des circonstances mystérieuses, et Washington avait depuis réclamé l’aide de Téhéran malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays ennemis.

«Le gouvernement iranien s’était engagé à apporter son assistance pour rapatrier Bob Levinson, mais il ne l’a jamais fait. La vérité, c’est que des agents des services de renseignement iraniens, avec le feu vert de hauts responsables iraniens, ont été impliqués dans l’enlèvement et la détention de Bob», a déclaré le directeur de la police fédérale américaine Christopher Wray dans un communiqué.

«Le gouvernement américain est parvenu à la conclusion que toutes les preuves dont nous disposons semblent indiquer que Bob est mort en captivité», a dit un autre haut responsable américain dans un échange avec la presse. «Il est très clair que ce cas était bien connu à des niveaux très élevés du gouvernement iranien», a-t-il insisté.

Dès le mois de mars, après 13 ans d’incertitude, le président Trump avait laissé entendre que son décès était probable. La famille de l’ex-agent du FBI avait alors affirmé avoir été informée par des responsables américains qu’il était «mort alors qu’il était détenu par les autorités iraniennes».

Washington a toujours affirmé que Bob Levinson n’oeuvrait pas pour le gouvernement américain au moment de sa disparition en mars 2007, sur l’île de Kish, dans le Golfe. Il était alors déjà retraité du FBI depuis une dizaine d’années.

Mais selon le Washington Post, il travaillait pour la CIA et devait rencontrer un informateur au sujet du programme nucléaire iranien.

Biden aux antipodes

Les circonstances de la captivité de l’ex-agent, et de son «probable décès», n’ont pas été précisées par les responsables américains. «Nous appelons le régime iranien à fournir un compte-rendu exhaustif de ce qui est arrivé à M. Levinson», a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo dans un communiqué.

Les responsables de l’administration Trump ont assuré que le timing de cette annonce n’avait rien de politique, s’agissant uniquement du résultat d’un “processus complexe”.

Mais cette accusation formelle met davantage encore la pression sur la future administration Biden pour qu’elle se montre intransigeante avec Téhéran.

D’autant qu’elle intervient juste après l’exécution par l’Iran de l’opposant Rouhollah Zam, dénoncée comme «barbare» par Mike Pompeo et que le futur conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden à la Maison Blanche, Jake Sullivan, a aussi qualifiée de «violation horrible des droits humains».

Or l’Iran est un dossier sur lequel le président élu démocrate, qui doit entrer en fonction en janvier, est aux antipodes de son prédécesseur républicain.

Donald Trump a sorti les Etats-Unis de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, jugeant qu’il était insuffisant pour empêcher Téhéran de fabriquer la bombe atomique et pour endiguer son comportement “néfaste” au Moyen-Orient. Il a rétabli puis durci les sanctions américaines levées dans le cadre de cette entente internationale.

Joe Biden veut lui revenir dans cet accord et lever les sanctions, à condition que les autorités iraniennes reviennent de leur côté dans les clous des restrictions nucléaires qu’elles ont commencé à transgresser en représailles à la décision du milliardaire républicain.

Un haut responsable de l’administration sortante a exhorté lundi le prochain gouvernement à “inclure le retour à la maison de tous les Américains injustement détenus” en Iran dans une éventuelle négociation avec la République islamique.

Un commando de 12 professionnels ont assassiné le scientifique iranien dans une opération qui a durée 3 minutes

On en sait davantage sur l’assassinat de l’éminence grise du programme nucléaire iranien, Mohsen Fakhrizadeh, vendredi près de la capitale iranienne. L’Iran pointe du doigt les services secrets israéliens et les fuites de l’enquête évoquent l’implication de 62 agents dont 12 assassins qui auraient attaqué le convois du scientifique en seulement 3 minutes. Une autre version parle d’un tir téléguidé depuis une camionnette bleue.

Alors que l’Iran pleure devant le corps du père de la bombe iranienne, Mohsen Fakhrizadeh, âgé de 59 ans, assassiné vendredi aux abords de Téhéran, exposé devant les fidèles, les informations sur l’opération de sa liquidation font le tour des rédactions.

Version du Samedi

Selon une première version qui a prévalue depuis samedi soir, l’alimentation en courant électrique de toute la région, où allait passer le convoi de la cible, aurait été coupée. Puis une pluie de tirs d’armes à feu et d’explosifs auraient détruit le convoi avant que le corps de Mohsen Fakhrizadeh ne soit traîné de la voiture et liquidé.

Selon cette version 69 agents auraient participé à l’organisation de l’assassinat dont 12 assassins, tous évaporés dans la nature.

C’est un journaliste iranien, Mohamad Ahwaze, qui a publié sur twitter, un compte rendu des événements attribué aux services iranien.

Ahwaze a déclaré que 62 membres étaient impliqués dans l’attaque de Fakhrizadeh. Le convoi de Fakhrizadeh composé de trois voitures blindées a été pris pour cible près d’Absard, à 40Km à l’est de la capitale Téhéran par 12 membres du commando, qu’il a décrit comme étant hautement formés et assistés par des «services de sécurité et de renseignement à l’étranger».

«Plus de cinquante autres personnes auraient apporté un soutien logistique», ajoute Ahwaze.

Il n’a pas précisé s’ils étaient en Iran ou à l’étranger.

Le commando surveillait Fakhrizadeh et savait qu’il allait conduire de Téhéran à Absard vendredi.

Absard est un village montagneux de 10 000 personnes. C’est l’endroit où de nombreux Téhéranais disposent de résidences secondaires, et Fakhrizadeh, 59 ans, y avait une villa.

Le récit du journaliste iranien était particulièrement détaillé : «Une Nissan a été mise en place et gréée pour exploser au passage de Fakhrizadeh et des tireurs d’élite attendaient le convoi, ainsi qu’une voiture Hyundai avec des assassins à l’intérieur. Ils ont planifié l’attaque pour un rond-point à Absard, au pied d’un boulevard bordé d’arbres qui pénètre dans la ville. Une Hyundai Santa Fe avec quatre passagers, quatre motos et deux tireurs d’élite l’attendaient sur les lieux de l’embuscade, avec un pick-up Nissan piégé ».

Sepah Cybery, une chaîne de médias sociaux affiliée au corps des gardiens de la révolution islamique, a dévoilé que les hommes armés du commando auraient ouvert le feu sur les voitures et une intense fusillade s’en aurait suivie.

Ahwaze a rajouté dans sa série de tweet que selon les leaks iraniens, le chef de l’équipe d’assassinat aurait sorti Fakhrizadeh de sa voiture et lui aurait tiré dessus et s’est assuré qu’il était mort. »

«Le commando aurait ensuite disparu sans subir aucune perte», a rapporté Ahwaze.

Version du Dimanche

Dimanche, l’agence de presse iranienne Fars a publié une dépêche dans laquelle a donné quelques nouveaux détails sur l’exécution de Mohsen Fakhrizadeh.

L’agence de presse rapporte que l’opération n’aurait duré que trois minutes et que le convois aurait été la cible de tirs aurait effectués avec une arme téléguidée. Fars affirme qu’aucune trace des assassins n’a été trouvée dans la zone de l’attentat.

Cette camionnette aurait porté une arme téléguidée qui aurait tiré sur le convois de Mohsen Fakhrizadeh

Mais cette version des faits «serait de la pure désinformation» selon des observateurs israéliens. Minimiser la taille de l’opération mettrait moins dans l’embarras les services iraniens accusés d’avoir démontré des failles dans la surveillance du territoire.

Le ministère iranien du renseignement a annoncé plus tard: «Nous avons obtenu les premiers indices de l’attaque et de l’assassinat de Fahrizadeh»

De plus, des informations ont affirmé dimanche soir que l’un des gardes du corps du scientifique, gravement blessé, serait toujours vivant. Son témoignage pourrait éclairer les enquêteurs iraniens.

Les responsables iraniens ont blâmé le Mossad d’Israël pour l’assassinat. Un responsable américain et deux autres responsables du renseignement ont également déclaré au New York Times qu’Israël était derrière l’attaque.

L’Iran a juré des représailles pour le meurtre de son principal scientifique nucléaire

Inquiétudes le la communauté internationale

Les EAU et Oman, deux pays qui se concurrencent dans le rôle de pays tampon de la région, ont gardant des relations ouvertes avec le régime des mollahs de Téhéran, et qui sont tous deux engagés dans le processus de normalisation avec Israël, n’ont pas manqué de condamner l’assassinat de Fahrizadeh.

Alors qu’Abou Dhabi a publié un communiqué de sa diplomatie, décriant «le crime odieux» de l’assassinat du scientifique iranien et mettant en garde du risque d’escalade qui pourrait embraser la région, le ministre omanais des Affaires étrangères Badr al-Hamad al-Busaidi, a appelé son homologue iranien, Javad Zarif, pour condamner cet assassinat. Le ministre a exprimé ses condoléances à l’Iran, affirmant que l’assassinat était «contraire au droit humain et international».

La Jordanie a suivi les pas de ses voisins pour condamner dans un communiqué de sa diplomatie l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh et en appelant à coordonner les efforts pour «pour réduire les tensions, empêcher l’escalade dans la région et protéger la sécurité et la stabilité.»

Samedi, les Nations unies ont tenté de calmer le jeu en «exhortant à la retenue et à la nécessité d’éviter toute action qui pourrait mener à une aggravation des tensions dans la région du Moyen-Orient».

« Bien sûr, nous condamnons tout assassinat ou meurtre illégal », a ajouté Stéphane Dujarric, en réponse à une demande de réaction du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à cet évènement vivement dénoncé par Téhéran qui a menacé de représailles.

Dans une lettre au secrétaire général de l’ONU, l’ambassadeur iranien auprès de l’Organisation, Majid Takht Ravanchi, avait réclamé dès vendredi soir à Antonio Guterres et au Conseil de sécurité une condamnation claire de l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh, chef du département recherche et innovation du ministère de la Défense.

Le porte-parole du Conseil de sécurité nationale et du Conseil de politique étrangère du Parlement iranien a pour sa part affirmé aujourd’hui que le rôle d’Israël aurait été prouvé dans l’assassinat de Fahrizadeh, mais en raison de la complexité de l’opération, d’autres éléments étrangers seraient probablement impliqués. Applaudi par les député, Abolfazl Amouei, a ajouté : «Il est clair qu’il s’agissait d’une opération préplanifiée, et complexe. Nous avons déjà de bons indices pour savoir qui était derrière».

Jared Kushner pour éteindre le feu ?

Aux États-Unis, un haut responsable de la Maison Blanche a déclaré que le conseiller et gendre du président, Jared Kushner, s’était rendu en Arabie saoudite et au Qatar et qu’il devait rencontrer le prince héritier saoudien Ben-Salman dans la ville de Naum. Les envoyés de Trump dans la région, Avi Berkowitz, qui a récemment travaillé à la normalisation des relations d’Israël avec les pays arabes, et Brian Hawke, l’envoyé de l’administration en Iran, se joindront également à la visite.

Sabotage de la diplomatie et de la feuille de route de l’administration Biden

Mais pour la plupart des analystes américains, l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh est dangereux et affaiblit la position de Joe Biden qui, désireux de rompre avec l’unilatéralisme de Donald Trump, a dit vouloir offrir «à l’Iran une voie crédible de retour à la diplomatie» en vue d’une réintégration des Etats-Unis à l’accord sur le nucléaire iranien.

L’éditorialiste, Barbara Slavin a écrit sur The New York Times que le président élu Joe Biden et son équipe ne peuvent pas faire grand chose de plus que «d’envoyer des messages à travers les médias à l’Iran pour qu’il reste patient jusqu’à l’inauguration le 20 janvier – et aux Israéliens pour arrêter leur campagne de sabotage».

Pour John Brennan, ancien patron de la CIA, c’est un «acte criminel et extrêmement dangereux», qui risque d’entraîner des «représailles létales et une nouvelle phase de conflit régional». Brennan, qui était à la tête de l’agence de renseignement américaine de 2013 à 2017, sous la présidence de Barack Obama et alors que Joe Biden était vice-président, a exhorté l’Iran à «résister à l’envie» d’exercer des représailles et d’attendre «le retour de dirigeants américains responsables sur la scène internationale».

Assassinat du père de la bombe nucléaire iranienne aux abords de Téhéran

Le chef du programme militaire nucléaire iranien a été assassiné vendredi aux abords de Téhéran. L’information a été confirmée par le ministère de défense de la république islamique.

Le docteur Mohsen Fakhrizadeh-Mahabadi, professeur de sciences physiques et officier des Gardiens de la révolution, désigné par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, en 2018, comme étant à la tête du projet d’armement nucléaire en Iran, a été abattu en plein rue, dans une ville proche de Téhéran.

Mohsen Fakhrizadeh a été pris en embuscade dans la ville d’Absard, à 70 km à l’est de Téhéran. Quatre assaillants ont ouvert le feu après que des témoins aient entendu une explosion. Les efforts pour réanimer Fakhrizadeh ont échoué et son garde du corps a également été blessé.

Un conseiller du chef suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a promis que le pays exercerait des représailles contre les auteurs. «Nous frapperons comme le tonnerre les assassins de ce martyr opprimé et leur ferons regretter leur action», a tweeté Hossein Dehghan, un commandant militaire.

Le ministère iranien de la Défense a confirmé la mort de Fakhrizadeh dans un communiqué. «Lors de l’affrontement entre son équipe de sécurité et les terroristes, Mohsen Fakhrizadeh a été grièvement blessé et emmené à l’hôpital», a-t-il indiqué. «Malheureusement, l’équipe médicale n’a pas réussi à le faire revivre, et il y a quelques minutes, ce directeur et scientifique, après des années d’efforts et de lutte, a atteint un haut degré de martyre.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a immédiatement identifié Israël comme le coupable probable. «Les terroristes ont assassiné un éminent scientifique iranien aujourd’hui», a-t-il tweeté. «Cette lâcheté – avec des indications sérieuses du rôle israélien – montre un bellicisme désespéré des auteurs. L’Iran appelle la communauté internationale – et en particulier l’UE – à mettre un terme à leur honteux deux poids de mesure et à condamner cet acte de terreur d’État. »

Israël responsable de cet assassinat?

Netanyahu avait révélé en 2018 que l’Etat juif s’était saisi de nombreuses archives dans un entrepôt de Téhéran qui étaient consacrées aux détails de son programme militaire nucléaire, il avait ajouté : « Souvenez-vous bien de ce nom, Fakhrizadeh. »

Un reportage diffusé par la télévision israélienne avait affirmé que l’Etat juif avait décidé de ne pas assassiner Fakhrizadeh dans le passé, préférant le garder en vie pour voir ce qu’il était capable de réaliser.

Israël aurait tué plusieurs éminents scientifiques iraniens au fil des ans pour entraver le programme nucléaire de la république islamique.

Ronen Bergman, expert des renseignements, avait indiqué devant les caméras de la Dixième chaîne, en 2019, que dans la mesure où un grand nombre des proches associés de Fakhrizadeh avaient été tués au cours des années dans des assassinats liés au Mossad, il était « raisonnable de supposer » qu’il serait lui aussi « ciblé » par un assassinat des services secrets israéliens.

Et parce qu’il était encore en vie, avait ajouté Bergman, « on peut se dire qu’apparemment, il y a eu un plan d’assassinat ». Et qu’apparemment, ce plan aurait été abandonné quand Ehud Olmert était Premier ministre, avait poursuivi Bergman, choisissant ses mots avec soin au vu des limitations induites par la censure militaire sur les dossiers de sécurité nationale.

Par ailleurs, en vue de la forte sensibilité de la fin de mandat de Donald Trump, l’armée israélienne s’était préparée à la possibilité que le président américain ordonne une frappe contre l’Iran avant de quitter la Maison Blanche au mois de janvier.

Les responsables israéliens, avaient déclaré que Washington informerait probablement l’Etat juif avant de lancer une action militaire contre la république islamique.

Il est rappeler qu’au mois de janvier 2020, les Etats-Unis avaient assassiné Qassem Soleimani, le puissant dirigeant des forces al-Quds, au cours d’une frappe aérienne perpétrée à l’aéroport international de Bagdad, qui avait failli déclencher un conflit plus important entre les deux pays.

Téhéran dit avoir échangé une Australo-Britannique contre trois Iraniens

Téhéran a annoncé mercredi avoir relâché la chercheuse australo-britannique Kylie Moore-Gilbert, condamnée pour espionnage au profit d’Israël, en échange de trois Iraniens.

Avec AFP

«Un homme d’affaires et deux citoyens iraniens, détenus à l’étranger sur la base de fausses accusations, ont été libérés en échange d’un espion de double nationalité travaillant pour le compte du régime sioniste», a annoncé Iribnews, site internet de la télévision d’Etat, en donnant le nom de Mme Moore-Gilbert.

La télévision ne donne aucune autre précision sur l’échange.

Iribnews publie simplement une vidéo sans commentaires montrant trois hommes non identifiables accueillis avec les honneurs par le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, ainsi que quelques plans de Mme Moore-Gilbert accompagnée par l’ambassadrice d’Australie à Téhéran, Mme Lyndall Sachs.

La ministre des affaires étrangères australienne Marise Payne a confirmé dans la soirée que Kylie Moore-Gilbert est libérée de son incarcération en Iran et sera bientôt réunie avec sa famille.

L’arrestation de Mme Moore-Gilbert, enseignante trentenaire en études islamiques à l’université de Melbourne (Australie), avait été confirmée en septembre 2019. Selon sa famille, elle avait été incarcérée plusieurs mois auparavant.

Condamnée à dix ans de prison pour intelligence avec Israël, la jeune femme a toujours nié être une espionne.

«Une bonne nouvelle en provenance d’Iran, c’est rare», a réagi l’organisation de défense des droits humains Amnesty International sur Twitter, «c’est un énorme soulagement d’entendre parler de sa libération».

La presse iranienne a très peu écrit sur Mme Moore-Gilbert et le peu d’informations disponibles sur elle provient surtout des autorités australiennes, de sa famille et de journaux britanniques ou australiens.

Selon le quotidien britannique The Guardian, elle aurait été arrêtée en septembre 2018 à l’aéroport de Téhéran après avoir participé à une conférence académique en Iran.

Dans des lettres sorties clandestinement de prison et publiées en janvier par le Guardian et le Times, elle disait avoir refusé une offre des Iraniens d’espionner pour leur compte.

Prisonnière politique innocente

Dans l’un de ces dix documents manuscrits adressés dans un persan rudimentaire aux autorités iraniennes, elle faisait part de son “rejet officiel et définitif” de l’offre de “travailler avec le service de renseignement des Gardiens de la Révolution”, armée idéologique de la République islamique, selon les deux quotidiens.

«Je ne suis pas une espionne. Je n’ai jamais été une espionne», écrivait-elle.

Se sentant «abandonnée et oubliée», Kylie Moore-Gilbert évoquait également dans ces missives écrites entre juin et décembre 2019 une existence précaire et faite de privations, sans visites ni appels, ainsi que des problèmes de santé récurrents.

Signant «une prisonnière politique innocente», elle demandait à être transférée dans la section générale des femmes de la prison d’Evine à Téhéran, après des mois en isolement dans une petite cellule éclairée en permanence ayant «porté gravement atteinte» à sa santé.

Finalement transférée dans cette section, elle y a côtoyé l’universitaire franco-iranienne Fariba Adelkhah et l’Irano-Britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe.

Son comité de soutien a indiqué fin octobre qu’elle avait été transférée à la prison pour femmes de Qarchak, réservées aux détenues de droit commun, avant d’être renvoyée à Evine.

Détenue depuis juin 2019 et condamnée à cinq ans de prison pour «collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale» et «propagande contre le système» politique de la République islamique (accusations qu’elle nie), Mme Adelkhah est détenue à domicile sous contrôle d’un bracelet électronique depuis début octobre.

Depuis plusieurs mois, c’est également la situation de Mme Zaghari-Ratcliffe, menacée d’un nouveau procès après avoir été condamnée à cinq ans de prison sur une accusation de complot contre la sûreté nationale, qu’elle nie.

L’Iran, qui ne reconnaît pas la double nationalité, dénonce comme autant de tentatives d'”ingérence inacceptable” les appels de Paris à libérer Mme Adelkhah et de Londres à élargir Mme Zaghari-Ratcliffe.

Au cours des derniers mois, l’Iran a procédé à plusieurs échanges de prisonniers avec des pays détenant des ressortissants iraniens condamnés, en attente de procès, ou menacés d’extradition vers les Etats-Unis.

Depuis le 23 novembre, le ministère des Affaires étrangères allemand déconseille vivement aux binationaux possédant la nationalité iranienne de se rendre en Iran, au risque de s’y faire arrêter “sans raison compréhensible”.

L’ambassadeur d’Iran convoqué au quai d’Orsay, selon des sources

L’ambassadeur d’Iran en France a été convoqué cette semaine au ministère des Affaires étrangères pour un motif lié aux droits de l’Homme, a-t-on appris auprès de trois sources proches du dossier.

Reuters

Le gouvernement français s’exprime rarement sur la question du respect des droits de l’Homme en Iran, mais le chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, a jugé nécessaire de le faire mardi après la dégradation de la situation qui a, selon lui, suivi les manifestations antigouvernementales de novembre 2019.

Prié de dire si la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne avaient décidé d’intervenir conjointement auprès de Téhéran concernant le traitement des prisonniers politiques et des binationaux qui y sont détenus, Agnès von der Muhll, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a éludé la question.

«Les autorités françaises expriment régulièrement leurs inquiétudes concernant les violations graves et constantes des droits de l’Homme en Iran», a-t-elle répondu. «Ces préoccupations sont partagées par de nombreux partenaires, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni.»

Selon l’une des sources, les trois puissances européennes ont bien agi conjointement pour signaler à l’Iran que ses actes nuisaient à leurs relations. D’après les deux autres sources, l’ambassadeur a été convoqué jeudi.

En Grande-Bretagne, le Guardian avait annoncé la veille que les ambassadeurs iraniens à Londres, Paris et Berlin allaient être convoqués spécifiquement pour le traitement des prisonniers politiques et la détention des binationaux.

La décision de Paris, Berlin et Londres intervient alors que les trois pays s’efforcent de maintenir l’accord sur le nucléaire signé en 2015 avec l’Iran, remis en cause par les Etats-Unis.

Jeudi, Washington a mis sur liste noire plusieurs responsables et entités iraniens pour des violations présumées flagrantes des droits de l’Homme. De son côté, l’Union européenne n’a pas imposé de sanctions sur les violations des droits de l’Homme en Iran depuis 2013.

Répondant à l’article du Guardian, et sans les nommer, le porte parle du iranien des Affaires étrangères Saeed Khatibzadeh a indiqué dans un communiqué que certaines puissances européennes interféraient dans les affaires internes de son pays.

«L’Iran estime que le comportement motivé par des raisons politiques et les actions sélectives des Etats-Unis et de certains gouvernements européens ont toujours porté le coup le plus dur au principe des droits de l’Homme», a-t-il dit.

https://twitter.com/IRIMFA/status/1309564711420260353

Washington impose de nouvelles sanctions contre l’Iran

Les Etats-Unis ont imposé lundi de nouvelles sanctions contre le ministère iranien de la Défense et d’autres entités associées aux programmes nucléaire et d’armement de la République islamique.

Avec Reuters

L’administration Trump considère, contre l’avis des autres principales puissances du Conseil de sécurité des Nations unies, que les sanctions internationales qui avaient été levées en contrepartie de l’accord de 2015 encadrant le programme nucléaire iranien sont désormais rétablies.

En application d’un décret présidentiel signé par Donald Trump, les Etats-Unis ont précisé avoir imposé des sanctions au ministère iranien de la Défense ainsi qu’à l’organisation iranienne des industries de défense et son directeur, Mehrdad Akhlaghi-Ketabchi, et à d’autres entités.

«Peu importe qui vous êtes, si vous violez l’embargo de l’Onu sur les armes en Iran, vous risquez des sanctions», a déclaré le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, lors d’une conférence de presse à laquelle participaient également ses homologues au Trésor Steven Mnuchin, à la Défense Mark Esper et au Commerce Wilbur Ross ainsi que Robert O’Brien, le conseiller à la sécurité nationale.

Dans le cadre du Plan d’action global commun (JCPoA) conclu en juillet 2015 à Vienne entre les puissances du P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni + l’Allemagne) et l’Iran, l’embargo de l’Onu sur les armes conventionnelles est censé expirer le 18 octobre, peu de temps avant l’élection présidentielle américaine du 3 novembre.

Les Etats-Unis, que Donald Trump a retiré de l’accord de Vienne en mai 2018, ont enclenché le mois dernier la procédure dite de “snapback”, une disposition du JCPoA qui prévoit le rétablissement automatique des sanctions dans un délai de 30 jours en cas de non respect des dispositions de l’accord.

Ce compte à rebours, selon l’administration américaine, a expiré dimanche à 00h00 GMT. Mais les autres signataires de l’accord, toujours partie prenante eux, réfutent cette lecture américaine du JCPoA.

3.000 nouveaux cas du Coronavirus en 24h en Iran, pic inédit depuis deux mois

L’Iran a annoncé lundi près de 3.000 nouvelles contaminations au nouveau coronavirus au cours des dernières 24 heures, soit la plus forte hausse enregistrée depuis deux mois dans le pays.

«Les gens semblent penser que le coronavirus est terminé» mais il est «loin de l’être» et «nous pourrions assister à tout moment à un (autre) pic dangereux», a mis en garde le ministre de la Santé Saïd Namaki, dans une interview télévisée.

D’après le porte-parole du ministère, Kianouche Jahanpour, 2.979 nouveaux cas ont été enregistrés, ce qui porte le bilan total des malades du Covid-19 à 154.445.

Le virus a en outre fait 7.878 morts dans la République islamique, dont 81 ces dernières 24 heures.

Les provinces du Hormozgan (sud), de Kermanshah (ouest) et du Sistan-Balouchistan (sud-est) connaissent actuellement une résurgence d’infections, a indiqué M. Namaki.

La moitié des victimes enregistrées ces dernières 24h ont été localisées dans trois provinces, a-t-il ajouté, sans les nommer.

«Si cela continue, le nombre de morts pourra revenir à trois chiffres.»

Le nombre de nouveaux cas enregistrés en Iran a connu une hausse quasi constante depuis le 2 mai, date à laquelle le pays avait annoncé avoir atteint un plus bas en deux mois.

D’après certains experts étrangers mais aussi plusieurs responsables iraniens, les chiffres du gouvernement sont largement sous-estimés.

Les autorités sanitaires ont à plusieurs reprises alerté sur la situation dans la province du Khouzestan, dans le sud-ouest du pays.

Le Khouzestan reste classé rouge –plus haut niveau de risque selon le code couleur établi par les autorités–, et est la seule province où ont été réimposées des mesures de confinement pour lutter contre l’épidémie.

«Nous avons imploré les gens de ne pas organiser de mariages ou des funérailles mais ils n’ont pas écouté», notamment dans le Khouzestan, a déclaré M. Namaki.

Avec AFP

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