Mossad

Qui est Roy Shaposhnik, l’israélien qui a compromis le demi-frère du roi Abdallah II

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C’est l’homme le plus googlé de la soirée du dimanche de Pâques. Roy Shaposhnik, est l’israélien qui a été accusé par le gouvernement jordanien d’être impliqué dans l’affaire de déstabilisation de la sécurité du Royaume Hachémite. Amman a fait fuiter plus tôt dans la journée, l’identité et la fonction de celui qui a proposé une opération de l’exfiltration de la famille du demi-frère dissident du Roi, Hamza ben Hussein. C’est agent du Mossad écrit le journal proche des services de renseignement jordanien, Ammon. Roy Shaposhnik, décide de sortir de l’ombre et répond à ces accusations en publiant un communiqué sur Associated Press et en répondant aux questions de son compatriote le journaliste Ravid Barak. «Oui j’ai contacté mon amie la Princesse Basmah Bani Ahmad. Non je ne suis pas un agent du Mossad», a-t-il déclaré. Mais qui est ce fameux Roy Shaposhnik dont l’appel téléphonique a compromis davantage Hamza ben Hussein?

Roy Shaposhnik, un soldat de Tsahal, qui pilonnait avec sa Merkava les positions du Hezbollah durant la deuxième guerre du Liban en juillet 2006

Parmi les rares traces sur la toile de Roy Shapshnik figure un interview qu’il avait donné à la presse le 14 août 2006, commentant la «défaite» israélienne face au Hezbollah dans la guerre de Juillet de la même année. Il était soldat réserviste et était âgé de 27 ans.

« “Nous sommes un peu confus car nous n’avons rien obtenu du tout du cessez-le-feu“, a déclaré le lieutenant de l’armée israélienne Roy Shaposhnik, 27 ans, réserviste, appelé la semaine dernière avec son ancienne unité de chars. “Je pense que c’est la première fois qu’Israël perd une guerre.” », peut-on encore lire sur des journaux américains du 14 août 2016 tels que The Miami Herald ou The Sacraento Bee.

Le journal local américain MCCLATCHY WASHINGTON BUREAU publiera pour sa part l’intégralité de son témoignage au sujet de cette guerre :

« Les Israéliens interrogés le long de la frontière nord ont offert un mélange de perplexité et de colère face à ce que le pays avait tiré d’un mois de guerre déclenché le 12 juillet par la capture par le Hezbollah de deux soldats en Israël.

Nous sommes un peu confus parce que nous n’avons rien obtenu du tout du cessez-le-feu“, a déclaré le lieutenant de l’armée israélienne Roy Shaposhnik, 27 ans, réserviste appelé dans la semaine dernière avec son ancienne unité de chars. “Je pense que c’est la première fois qu’Israël perd une guerre.”

(…) Shaposhnik a déclaré qu’Israël n’aurait pas dû accepter un accord qui n’incluait pas le retour des deux soldats, qui ont été arrachés lors d’une audacieuse incursion du Hezbollah lors de leur dernier jour de service de réserve.

Personne ne veut entrer au Liban, mais si vous y réfléchissez, nous avons eu plus de 30 jours de combats et je ne peux pas vraiment comprendre ce que nous avons accompli“, a-t-il déclaré. »

Le témoignage du soldat Roy Shaposhnik qui exprimait les fractures au sein de l’armée israélienne après la décision du cessez le feu, ne figure nul part sur la presse israélienne.

Après la guerre, le dialogue avec les palestiniens

Roy Shaposhnik reparait dans la presse deux années plus tard. Il a laissé tombé son treillis et a rejoint Kadima, le parti d’Ariel Sharon, de Tzipi Livni et d’Ehud Olmert alors premier ministre.

Shaposhnik participait en 2008 à une réunion de jeunes dirigeants politiques européens, israéliens et palestiniens qui ont travaillé ensemble au Parlement européen du 25 au 28 mai 2008. Il représentait de la délégation israélienne et donnera la déclaration suivante à l’issue de ce meeting : « des questions normalement non soulevées ont été débattues, telles que les options pour Jérusalem

Sur son compte Linkedin, on apprend qu’à cette période il occupait le poste de Conseiller principal au bureau du Premier ministre Ehud Olmert. Il était en charge entre autres de l’élaboration d’initiatives de coopération internationale avec les pays voisins «dans la poursuite du développement économique en tant que moteur de la stabilité régionale». C’est dire que les Abrahams Accords sont le fruits d’une stratégie qui ne datait pas d’hier!


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Retour sur le terrain de la guerre en tant Conseiller stratégique d’Erik Prince, fondateur de la controversée armée privée Black Waters

Sentant la fin d’Ehud Olmert, le jeune Roy Shaposhnik, probablement initié, se décide de se focaliser à 100% sur l’Afrique. Il crée alors une société de relations publiques «Faith Based Endeavours», littéralement «Efforts basés sur la foi».

Selon sa présentation sur Linkedin, FBE Ltd. est un « cabinet de conseil international dont l’objectif est de permettre un développement commercial de qualité dans le monde avec un accent sur l’Afrique, tout en adhérant à des normes morales élevées». Depuis 2008, FBE aide les clients de divers secteurs à naviguer dans les environnements politiques, commerciaux et médiatiques souvent difficiles de l’Afrique subsaharienne.

En 2011, il crée une deuxième société RS Logistical Solutions Ltd. (RSLS) qui opère dans les domaines de l’assistance vie et mission, de la logistique, de l’aviation et de l’assistance en escale, des relations gouvernementales et de l’intelligence d’affaires. RSLS intervient dans divers territoires, notamment en Afrique de l’Ouest, en Israël, en Palestine et aux États-Unis.

Derrière ces activités affichées sur Linkedin, les digital footprints de Roy Shaposhnik révèlent une autre discrète activité, que l’intéressé n’a pas caché dans sa déclaration de ce dimanche au journaliste Ravid Barak. Shaposhnik est un proche collaborateur d’Erik Prince, fondateur de l’armée privée Black Waters, accusés de crimes contre l’humanité durant la guerre du Golfe.

Erik Prince, ancien membre de la Navy SEALs, la principale force spéciale de la marine de guerre des États-Unis, a fondé en 1997 une société militaire privée américaine qui portera le nom de Blackwater. Empêtrée dans le meurtre de civils iraquiens elle sera rebaptisée XE Services en 2009.

Aujourd’hui la société a plusieurs visages et plusieurs noms, Academi, Constellis Group et Oliv group.

Olive Group, vaisseau amiral d’Erik Prince a installé son siège social à Abu Dhabi. Ami intime de Mohammed ben Zayed, l’ancien marine est considéré comme le véritable ministre de Guerre du prince héritier émirati.

Conseiller de l’ombre de Donald Trump, il a été associé entre autres par le FBI au piratage des comptes d’Hillary Clinton et aux contacts secrets entre le président sortant et Vladimir Poutine. D’ailleurs, les anciens collaborateurs de Blackwater, impliqués dans les meurtres d’Irakiens en 2007 ont été gracié fin décembre par Trump. L’un de ces gardes de sécurité, Nicholas Slatten, a été condamné à une peine de prison à vie.

C’est chez Constellis Group, société mère d’Oliv Group, que Shaposhnik a trouvé sa place en tant que Conseiller stratégique. Son terrain d’action était essentiellement en Irak.

Dans le cadre d’un effort américain pour promouvoir le développement économique en Irak et obtenir une influence dans le pays après la fin de la lutte contre l’État islamique, le gouvernement américain a aidé à négocier un accord entre l’Irak et Oliv Group d’Erik Prince, pour établir et sécuriser la première autoroute à péage du pays.
Des soldats Constellis Group devant l’ambassade américaine, à Bagdad, en Irak, le mercredi 1er janvier 2020, sécurisant le bâtiment assiégé par des manifestants pro-iraniens. (Photo AP / Nasser Nasser)

Fournisseurs de services au département d’Etat américain et à Erik Prince

Sous la casquette RS Logistical Solutions, Roy Shaposhnik a fourni durant des années des services au Département d’État américain et à d’autres gouvernements du monde entier.

Il ne cache pas d’ailleurs avoir eu comme client Olive Group d’Erik Prince qui formait des soldats irakiens en Jordanie.

«C’est à ce moment-là qu’il a rencontré le prince Hamzah par l’intermédiaire d’un ami commun. Le couple et leurs familles sont devenus des amis proches.», révèle en exclusivité Ravid Barak.

Et parait-il c’est dans ce cadre qu’il a noué son amitié avec l’ancien prince héritier de Jordanie, Hamza ben Hussein.

Après la logistique dans les territoires de guerre, la cybersécurité dans les Balkans

Le 15 septembre 2020, Roy Shaposhnik se laisse prendre en photo dans le bureau du Ministre du développement scientifique et technologique, de l’enseignement supérieur de Bosnie-Herzégovine, le serbe Milorad Dodik.

Shaposhnik représentait la société israélienne «ELTA Systems» à l’occasion de la signature d’une convention avec la république serbe de Bosnie visant à la création d’une académie de Cybersécurité à la capitale Banja Luka.

ELTA Systems, l’un des plus grands fabricants israéliens de radars, de systèmes basés sur des capteurs électromagnétiques, d’autres types d’équipements militaires et des fournisseurs de services de surveillance électronique et de cybersécurité et de défense, s’est engagée à former des profils de cybersécurité et de défense.

ELTA est une branche du groupe Israel Aerospace Industries (IAI), leader mondial dans le développement et la mise en œuvre de cyber-systèmes nationaux. Chef de file d’IC3, le consortium israélien des entreprises cybernétiques, et d’IAC3, le consortium israélien des cyberentreprises aéronautiques, tous deux créés sous les auspices du ministère israélien de l’Économie.

Sur la photo (de droite à gauche): Roy Shaposhnik, Elta, Milorad Dodik, président de la Bosnie-Herzégovine, et Srdan Rajcevic, ministre du Développement scientifique et technologique.

Par instruction du Mossad ou par pure amitié, l’appel téléphonique Shaposhnik a enfoncé davantage le prince dissident

Après la lecture de ce CV particulièrement fourni, il serait naïf de croire que M. Roy Shaposhnik est une personnalité ordinaire. Ancien soldat, ancien homme politique et homme de contacts et de logistique opérant dans les endroits les plus dangereux du monde sait très bien ce qu’il fait.

Qu’il soit agent du célèbre Mossad ou pas n’est pas important. Lieutenant réserviste, il répondra toujours présent aux sollicitations de son pays.

L’appel téléphonique, qu’il a reconnu, à l’épouse du prince jordanien accusé de comploter contre son pays a davantage compromis son ami. Une communication présentée comme preuve de trahison suprême et d’intelligence avec «l’ennemie» dans un pays peuplé à 75% de palestiniens.

Un appel qui a également impliqué l’Etat hébreux et ses services de renseignement, mettant en équation les avancées enregistrées durant l’année écoulée sur le plan de la confiance entre les pays arabes et Israël.

«Mister D» le nouveau espion en Chef d’Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé cette semaine la nomination du remplaçant de Yossi Cohen, l’un des architectes des «Abrahams Accords» et le responsable des opérations spéciales contre le nucléaire iranien, à la tête du Mossad. Mais on sait peu de choses sur le mystérieusement nommé «D» qui dirigera l’agence d’espionnage.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré mardi que son choix a été fait concernant le prochain chef du Mossad.

Identifié uniquement par la lettre hébraïque «Dalet», le successeur de Yossi Cohen, serait l’ancien directeur adjoint du Mossad, responsable de l’unité en charge de la collecte de renseignements, des opérations secrètes et de la lutte contre le terrorisme en Israël. «D» avait occupé ce poste durant deux ans.

L’actuel chef des renseignement, Yossi Cohen, a fait l’exception dans les pratiques de l’agence d’espionnage de l’Etat hébreu.

En effet, Israël ne divulgue pas habituellement les noms des hauts responsables du Mossad pour des raisons de sécurité. Ce qui n’a pas été le cas pour Cohen qui a été largement considéré comme ayant un profil public plus important que de nombreux anciens chefs des services de renseignement étrangers.

Que connait-on de «Mister D» ou «Dalet»

«“D” est un vétéran accompli du Mossad», a déclaré un communiqué du bureau du Premier ministre israélien.

Selon le journal israélien le Jerusalem Post, “D” a servi dans une unité d’élite de reconnaissance des Forces de défense israéliennes.

Le nouveau directeur aurait également servi dans plusieurs divisions du Mossad, y compris en tant que chef de la division Tsomet qui recrute des espions et en tant que chef adjoint de la section des écoutes électroniques de Keshet.

L’ancien chef du Mossad, Danny Yatom, et l’ancien chef adjoint du Mossad, Ram Ben Barak, ont tous deux salué cette nomination, a rapporté le Jerusalem Post.

Remplacement de Cohen : «Pressions iraniennes» ou «Mission accomplie»

Yossi Cohen a été nommé à la tête du Mossad en 2015 après avoir été conseiller à la sécurité nationale de Netanyahu et auparavant chef adjoint de l’agence d’espionnage.

Le nom de Yossi Cohen est devenue publique depuis ces voyages médiatisés dans le monde arabe pour préparer le fameux deal du siècle. Il a effectué des visites clés aux Émirats arabes unis et à Bahreïn dans le cadre des accords de normalisation négociés par Israël et les États-Unis.

Son dernier déplacement a eu lieu le mois dernier en Arabie Saoudite, accompagnant Netanyahu pour des entretiens secrets avec le prince héritier Mohammed Ben Salman.

Si Cohen a joué un rôle politique majeur dans ses discussions avec les dirigeants du monde arabe, rôle qui lui ouvre la porte à reprendre les rênes du Likoud, son nom a également été lié aux opérations de liquidation du général iranien Qassem Soleimani et du scientifique nucléaire Mohsen Fakhrizadeh.

Certains analystes avancent que le «limogeage» de Yossi Cohen serait une conséquence de pressions iraniennes suite à l’assassinat de Fakhrizadeh au cœur de son territoire, l’ultime opération après des mois d’autres opérations tactiques contre le dispositif nucléaire de la république islamique.

L’annonce du départ de Cohen seraient également en anticipation de la nouvelle stratégie de l’administration Biden sur le dossier du nucléaire iranien.

Que se passe-t-il ensuite?

Le remplacement de Cohen doit être approuvé par le Comité consultatif de la fonction publique, dirigé par l’ancien juge de la Cour suprême Eliezer Goldberg, indique le communiqué du gouvernement. Le Jerusalem Post a rapporté que, s’il était approuvé, l’installation de «Mister D» à la tête du Mossad aurait lieu en juin 2021.

«Le Mossad a de grands et importants défis à relever pour préserver la sécurité de l’État d’Israël. Nous attendrons l’approbation de la Commission Goldberg et souhaitons à Dalet plein de succès dans ses fonctions», a affirmé le ministre de la Défense, Benny Gantz.

Les EAU condamnent l’assassinat attribué au Mossad, du scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh

La diplomatie émiratie vient de prendre ses distances avec l’assassinat du scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh de peur de représailles de l’Iran avec qui MBZ entretient des relations ambiguës. Alors que le pays du Golf accélère la mise en œuvre des accords d’Abrahams signés avec Trump et Netanyahu, dans le but de mettre devant le fait accompli la nouvelle administration Biden, les rumeurs de la liquidation du père du programme iranien par le Mossad, non démenties par Tel-Aviv, compliquent la position de l’émirat qui se préparait à reprendre son rôle de facilitateur des négociations sur le nucléaire iranien voulues par Biden et l’Europe.

L’agence de presse officielle WAM, vient de publier un communiqué de la diplomatie des EAU, dans lequel elle condamne l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh qu’elle a qualifié de «crime odieux» et met en garde sur les risques d’escalade dans la région.

«Le Ministère des affaires étrangères et de la coopération internationale a affirmé que l’instabilité de notre région et les problèmes de sécurité auxquels elle est confrontée nous incitent tous à œuvrer pour éviter les actions qui conduiraient à une escalade, qui menace la stabilité de toute la région», met en garde Abdallah ben Zayed, ministre des affaires étrangères dans son communiqué.

« Les Émirats arabes unis, fondés sur leur ferme conviction de la nécessité de rechercher tous les éléments de stabilité dans la région, condamnent le crime odieux d’assassinat qui a visé M. Mohsen Fakhrizadeh, qui conduirait à un état d’alimenter le conflit dans la région.» a déclaré le ministère dans le même document.

Avant de rajouter que «compte tenu de ce que traverse la région, les Émirats arabes unis appellent toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue pour éviter que la région ne sente à de nouveaux niveaux d’instabilité et menace la paix.».

Israël a placé du matériel d’espionnage à la Maison Blanche et à Washington

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Les services de renseignements américains ont accusé Israël d’avoir placé des dispositifs de surveillance par téléphone portable près de la Maison-Blanche pour espionner Donald Trump, selon une enquête publiée aujourd’hui par Politico. Trois anciens responsables américains auraient déclaré au site d’information que de minuscules dispositifs de surveillance avaient été installés dans des endroits sensibles autour de Washington, dans le but d’espionner les communications du Président. Cependant, même si les services de renseignement américains ont conclu qu’Israël était responsable des dispositifs d’espionnage, l’administration Trump n’aurait apparemment pas reproché ni pris de mesures contre le gouvernement israélien. «Il était clair que les Israéliens étaient responsables», a déclaré un ancien haut responsable des services de renseignement. Un porte-parole de l’ambassade israélienne a qualifié les allégations de “non-sens absolu”.

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Israël favorable à une intervention de l’Egypte en Syrie pour limiter l’influence de l’Iran

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Terrain militaire et diplomatique privilégié de la Russie, de la Turquie, de l’Iran et de l’Arabie saoudite, la Syrie voit entrer, pour la première fois, l’Egypte en tant qu’acteur actif dans les négociations diplomatiques entre les parties belligérantes dans la guerre qui déchire le pays depuis six ans. Sur instigation américaine et saoudienne et avec l’aval de Moscou, cette intervention du Caire est très bien acceptée voire encouragée par Israël qui ne désire pas que la solution passe uniquement par l’axe Ankara-Téhéran sous égide russe. Partenaire privilégié de Tel-Aviv dans la lutte anti-terroriste, aux côtés de Ryad et de Amman, Le Caire tente de juguler la menace iranienne sur les intérêts israéliens et stopper toute hégémonie future de l’Iran sur la Syrie.

Les négociations entre les milices rebelles et le régime syrien à Ghouta al-Sharqiya et les quartiers nord de la ville de Homs sont du fait des services secrets égyptiens qui ont réussi à obtenir un accord de cessez-le-feu dans cette partie sensible et importante du pays.

Et le Mossad israélien suit de très près et protège ces mouvements égyptiens notamment depuis la rencontre entre Benjamin Netanyahu et le président russe Vladimir Poutine et suite à la rencontre à Washington du patron des services secrets israéliens au Pentagone et au siège de la CIA. Yossi Cohen a tenté de convaincre ses partenaires américains de faciliter l’action égyptienne en Syrie en vue de couper la voie à l’Iran qui règne en maître presqu’absolu dans le pays de Bachar al-Assad.

«Assad fait partie de la solution»

C’est le leitmotiv cher au Rais égyptien, le maréchal Abdelfattah al-Sissi. Pour lui, l’Egypte continue de soutenir «les armées nationales dans la résolution des crises et le maintien de la sécurité dans la région», un appui clair au régime de Bachar al-Assad et de son armée.

Déjà, en octobre 2016, le patron des services secrets égyptiens avait reçu au Caire son homologue syrien, Ali Mamlouk. Et, plus récemment, une délégation d’hommes d’affaires égyptiens se trouvait à Damas pour y rencontrer le ministre syrien des Affaires étrangères. Il s’agit d’un signal diplomatique clair en faveur du pouvoir en place malgré le boycott des pays arabes.

Une réhabilitation de la République arabe unie ?

Il serait peut-être prétentieux de penser à une réhabilitation de la défunte et éphémère République arabe unie qui a réuni entre 1958 et 1961, et en un seul Etat, les régimes socialistes pro-Moscou en Syrie et en Egypte. Mais le rapprochement aujourd’hui entre ces deux pays peut annoncer la réactivation de l’axe Damas-Le Caire tant sur le plan militaire que diplomatique. Sauf veto israélien, le projet est viable techniquement.

Même l’Arabie saoudite ne réclame plus le départ de Bachar al-Assad comme condition sine qua non de la résolution de la crise en Syrie. Depuis le limogeage du puissant prince héritier saoudien Mohammed Ben Nayef et son remplacement par son cousin Mohammed Ben Salmane, la politique de Ryad vis-à-vis du dossier syrien a changé de fond en comble.

Le rapprochement des points de vue entre Ryad et le Caire sur ce dossier-là est intervenu quand l’Egypte s’est alignée sur la position de l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis dans les sanctions contre le Qatar et, aussi, pour réduire l’influence iranienne grandissante en Syrie et celle de la Turquie qui occupe une partie non négligeable du territoire syrien dans le cadre d’une alliance tripartite entre la Turquie, l’Iran et la Russie, dans laquelle l’Arabie saoudite, comme les États-Unis, tentent, difficilement, de se frayer une place. Mais grâce à l’intercession de Tel-Aviv, Ryad et Washington se permettent un léger droit de regard sur le dossier syrien, avec bien sûr l’indulgence de Bachar al-Assad qui réclame, en contrepartie, un rôle fondamental en tant qu’acteur de la solution, ce qu’il a presque obtenu, du moins sur le terrain.

Abdellah El Hattach