Mohamed Hassad

Trêve d’espérance, l’heure est à l’exigence

Il n’y a pas plus désolant qu’une élite qui espère au lieu d’exiger un droit acquis et reconnu. La décision de mettre fin aux mandats de quelques ministres, suite au rapport de la Cour des comptes, a effectivement été accueillie positivement. Les commentaires des Marocains lambda confirment ce sentiment de satisfaction. Et comme tout sentiment de satisfecit, sa durée de vie dépendra de la suite des évènements.

L’analyse à froid ne laisse aucun doute sur les raisons de ce revirement brusque dans la gestion de la chose publique. Le Hirak d’El Hoceima a dévoilé les limites de ce qu’il est pertinent d’appeler « une structure de gestion sous parapluie ». Une structure qui nous projette dans le labyrinthe d’un système à la fois complexe et sophistiqué. Et notre seule guide, pour explorer les vaines tentaculaires de cet organisme politique, demeure la réponse à une question centrale : qui décide au Maroc?

Comme tout sentiment de satisfecit, sa durée de vie dépendra de la suite des évènements

Sans aucun détour, la décision au Maroc revient au roi, que nous appelons souvent Palais pour inclure toutes les personnes qui s’investissent dans la construction conceptuelle et managériale de la décision. Le centre de décision est là et nulle part ailleurs. L’exécution, elle, revient au gouvernement ou à l’un des appendices de l’Etat (armée, Offices Nationales, CDG…)>

Dans un système basé sur la reddition des comptes, entre le centre de décision et son exécution, pullule un large panel d’outils de contrôle. Les inspections générales, les inspections ministérielles, le Parlement… en forment l’ossature. Sur le papier, le Maroc dispose de ces outils, sans tirer fierté de leur efficience. Il ne s’agit donc pas d’un manque de compétence ou d’un vide juridique, mais d’une panne de l’engrenage général, ces petits éléments qui lient les turbines les unes aux autres pour en faire une machine qui tourne à plein régime. Pour faire simple, imaginons un corps humain magistralement bien doté, mais la connexion entre ses attributs ne fonctionne pas. Il est inerte car son âme est en panne, atrophiée, confuse jusqu’à la paralysie.

La prise de conscience de ce trou béant dans le fonctionnement du système politique marocain, pousse une partie de la population, appuyée par une élite à raisonnement simpliste, à exiger l’impossible. Y en a qui vont jusqu’à reprocher au roi ses absences répétés ou ces longs séjours à l’étranger. Mais ils omettent qu’en terme d’image, ces absences transmettent un message subliminal. Le roi dit au monde entier que le Maroc dispose d’institutions stables pour gérer le pays dans un climat de paix politique et social. Sans oublier aussi que personne ne peut exiger d’un politique, aussi monarque soit-il, de contrôler physiquement un pays grand de plus de 700.000 km2, comprenant 12 régions, plus de 75 préfectures et provinces et plus de 1500 communes.

L’intermédiation politique est, elle aussi, en panne. Les partis politiques et organismes étatiques vieillissent à vue d’œil. Le renouvellement des élites politiques, bien que amorcé selon certains, se concrétise dans une logique dépassée par l’évolution de la société. Les jeunes introduits à coup de quota perpétuent la tradition déjà existante, ils la rendent plus « sexy », mais sont incapables de la chambouler, la secouer ou, à juste titre, lui rappeler sa superbe d’Antan.

Comme la nature a horreur du vide, une réaction sociale (chimique) latente mais réelle est née et a grandi sans contrôle. Tel un volcan, elle a bouillonné loin des yeux avant de révéler sa première alerte. El Hoceima fut cette alerte et le bouillonnement continue, dégageant de temps en temps des îlots de feu isolés. Zagora, qui a marché pour l’eau, en est la preuve.

La décision du Palais de limoger des membres du gouvernement et prochainement des hauts commis de l’Etat, fait office de sapeur pompier. Sa décision va, certainement, éteindre ces îlots de feu, mais n’agira point sur le bouillonnement latent. Celui-là a besoin de solutions pérennes. Celles où « le fait du prince » est traduit, au quotidien, à travers des automatismes qui fonctionnent sans son intervention, lui ou toute autres personnes incluses dans ce que la constitution appelle l’institution monarchique. Un fonctionnement presque mathématique et où tout manquement de quelque nature que ce soit est puni sur la base de lois claires et égalitaires.

Ces solutions, l’élite, qui se dit engagée, ne les espère pas, elle les exige au nom de cette patrie que nous aimons tous et au nom du peuple marocain qui a payé et qui paie toujours le tribut d’une gestion défaillante à tous les niveaux (éducation, santé, justice, économie, culture médias..).

Khalid Tritki | Éditorialiste et producteur de contenu et d’idées 

Séisme politique : le communiqué du bannissement est tombé

Dans un long communiqué publié ce soir, le Cabinet royal détaille les grandes lignes du rapport de la Cour des Comptes sur le projet «Al Hoceima, Phare de la Méditerranée» remis cet après-midi au Roi Mohammed VI. Lu devant le souverain par le Premier président de la Cour, le document souligne que les investigations et enquêtes que la Cour a menées ont confirmé l’existence de plusieurs dysfonctionnements enregistrés sous le précédent gouvernement.

Le rapport a également révélé que plusieurs secteurs ministériels et établissements publics n’ont pas honoré leurs engagements dans la mise en œuvre des projets et que les explications qu’ils ont fournies ne justifient pas le retard qu’a connu l’exécution de ce programme de développement.

Se basant sur les différents rapports soumis à l’appréciation royale, et en application des dispositions de l’article 47 de la Constitution, le Roi Mohammed VI a décidé de mettre fin aux fonctions de plusieurs responsables ministériels.

Texte intégral du communiqué Cabinet royal

«SM le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a reçu, mardi 24 octobre 2017 au palais royal à Rabat, le Premier président de la Cour des comptes, en présence du chef du gouvernement, et des ministres de l’Intérieur, et de l’Economie et des Finances.

Au cours de cette audience, le Premier président de la Cour a présenté devant Sa Majesté le Roi un rapport comportant les résultats et conclusions de la Cour sur le programme « Al Hoceima : Manarat Al Moutawassit».

Le rapport de la Cour des comptes a souligné que les investigations et enquêtes qu’elle a menées ont confirmé l’existence de plusieurs dysfonctionnements enregistrées sous le précédent gouvernement.

Le rapport a également révélé que plusieurs secteurs ministériels et établissements publics n’ont pas honoré leurs engagements dans la mise en œuvre des projets et que les explications qu’ils ont fournies ne justifient pas le retard qu’a connu l’exécution de ce programme de développement. Le rapport a en outre démontré qu’il n’existait ni malversations ni détournements.

Concernant la gouvernance, et à titre d’illustration, la commission centrale de suivi, composée des responsables gouvernementaux concernés, ne s’est réunie qu’en février 2017, soit 16 mois après la signature de la convention, au moment où la commission locale de contrôle et de suivi, présidée par le gouverneur de la province d’alors, a démontré son incapacité à mobiliser et à encourager les différents partenaires, et à imprimer le dynamisme nécessaire pour le lancement des projets sur des bases solides.

Le rapport ajoute que devant le non-respect des engagements et le retard évident dans le lancement des projets, certains secteurs concernés ont transféré une partie de leurs contributions financières à l’Agence de développement des provinces du Nord comme moyen de se dérober à leurs responsabilités.

Et eu égard à l’importance de ce programme de développement, et à la multiplication des intervenants, il était nécessaire que le gouvernement et la commission ministérielle du suivi assument la mission de supervision directe, à l’initiative du ministère de l’Intérieur, notamment durant sa phase de lancement.

S’agissant de l’exécution des projets programmés, il a été constaté un grand retard dans le lancement des projets, pis encore la grande majorité de ces projets n’avait même pas été lancée, avec l’absence d’initiatives concrètes de la part de certains intervenants concernés pour leur lancement effectif.

– De par les prérogatives constitutionnelles de Sa Majesté le Roi en tant que garant des droits des citoyens et protecteur de leurs intérêts;

En application des dispositions de l’article 1 de la constitution, notamment dans son alinéa 2, relatif à la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes ;

– Se basant sur les différents rapports soumis à la Haute appréciation du Souverain par l’Inspection générale de l’administration territoriale, l’Inspection générale des finances et la Cour des Comptes et après détermination des responsabilités, de manière claire et précise, prenant en considération le degré de manquement dans l’exercice de la responsabilité, SM le Roi, que Dieu L’assiste, a décidé un ensemble de mesures et sanctions à l’encontre de plusieurs ministres et hauts responsables.

Dans ce cadre, et en application des dispositions de l’article 47 de la Constitution, notamment dans son alinéa 3, et après consultation du chef du gouvernement, Sa Majesté le Roi a décidé de mettre fin aux fonctions de plusieurs responsables ministériels. Il s’agit de :

Mohamed Hassad, ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en sa qualité de ministre de l’Intérieur dans le gouvernement précédent ;

Mohamed Nabil Benabdellah, ministre d’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, en sa qualité de ministre de l’Habitat et de la Politique de la ville dans le gouvernement précédent ;

El Houcine Louardi, ministre de la Santé, en sa qualité de ministre de la Santé dans le gouvernement précédent ;

Larbi Bencheikh, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, chargé de la formation professionnelle, en sa qualité d’ancien directeur général de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail ;

Sa Majesté a décidé également de mettre fin aux fonctions de Ali Fassi Fihri, directeur général de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable.

Pour ce qui est des autres responsables dans le gouvernement précédent également concernés par ces dysfonctionnements, Sa Majesté le Roi, que Dieu Le préserve, a décidé de leur notifier Sa non satisfaction, pour n’avoir pas été à la hauteur de la confiance placée en eux par le Souverain et pour n’avoir pas assumé leurs responsabilités, affirmant qu’aucune fonctions officielle ne leur sera confiée à l’avenir. Il s’agit de :

  • Rachid Belmokhtar Benabdellah, en sa qualité d’ancien ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle ;
  • Lahcen Haddad, en qualité d’ancien ministre du Tourisme ;
  • Lahcen Sekkouri, en sa qualité d’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports ;
  • Mohamed Amine Sbihi, en sa qualité d’ancien ministre de la Culture ;
  • Hakima El Haiti, ancien secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, chargé de l’Environnement ;

Par la suite, SM le Roi a chargé le chef du gouvernement de soumettre des propositions de nomination de nouveaux responsables dans les postes vacants.

En ce qui concerne le reste des responsables administratifs au sujet desquels les rapports ont relevé des manquements et des dysfonctionnements dans l’exercice de leurs fonctions, et qui sont au nombre de 14, Sa Majesté le Roi a donné Ses Hautes Instructions au chef du gouvernement en vue de prendre les mesures nécessaires à leur encontre, et de soumettre un rapport à ce sujet à Sa Majesté.

D’autre part, les résultats et les conclusions du rapport de la Cour des comptes ont montré que, suite aux Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi lors du Conseil des ministres tenu le 25 juin 2017, une nouvelle dynamique a été enregistrée au niveau de la mobilisation des différents intervenants, de même qu’un progrès notable a été réalisé au niveau de la mise en œuvre des projets.

Dans ce cadre, Sa Majesté le Roi, tout en se félicitant des efforts déployés par le gouvernement actuel en vue d’accélérer la mise en œuvre des projets programmés, a donné Ses Hautes Orientations pour tirer les leçons des difficultés qu’a connues le programme de développement Manarat Al Moutawassit afin d’éviter les dysfonctionnements et les obstacles qui pourraient entraver la réalisation des chantiers de développement dans les différentes régions du Royaume.

Sa Majesté le Roi a également réitéré Ses Hautes Instructions en vue de prendre toutes les mesures organisationnelles et réglementaires visant à améliorer la gouvernance administrative et territoriale et interagir de manière positive avec les revendications légitimes des citoyens, dans le respect strict de la loi et de l’Etat de droit.

Il est de notoriété publique que Sa Majesté le Roi, depuis Son accession au Trône, veille personnellement au suivi des projets lancés par le Souverain, adoptant une approche spécifique basée sur l’efficience, l’efficacité et la célérité dans l’exécution, et sur le strict respect des engagements.

Il est à souligner que ces décisions royales s’inscrivent dans le cadre d’une nouvelle politique qui ne se limite pas uniquement à la région d’Al Hoceima, mais englobe toutes les régions du Maroc, et qui concerne tout responsable, tous niveaux confondus, en application du principe de corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, d’encouragement des initiatives constructives et de promotion des valeurs de patriotisme sincère et de citoyenneté engagée au service de l’intérêt général.

Dans ce contexte, Sa Majesté le Roi a donné Ses Hautes Instructions au ministre de l’Intérieur en vue de mener les investigations nécessaires au niveau national au sujet des responsables relevant du ministère de l’Intérieur à l’Administration territoriale, tous grades confondus.

Sa Majesté le Roi a donné également Ses Hautes orientations au Premier président de la Cour des comptes pour l’examen et l’évaluation de l’action des conseils régionaux d’investissement.

LE1

Hassad, Benabdellah, Louardi, Bencheikh et Ali Fassi-Fihri limogés !

Selon un communiqué du Cabinet royal, le Roi Mohammed VI a décidé de démettre de leurs fonctions trois ministres, un Secrétaire d’Etat et un directeur général d’un établissement public. De plus, le souverain a exprimé son mécontentement et sa disgrâce à l’encontre de plusieurs autres hauts responsables qui ne jouissent plus désormais de la confiance de Sa Majesté. Ceux-là ne pourront plus aspirer à aucune fonction publique dans l’avenir. D’autre part, le Roi Mohammed VI a chargé le chef du Gouvernement de lui soumettre les candidatures potentielles des successeurs des ministres démis.

Les ministres démis de leurs fonctions:

  • Mohamed Hassad, ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en sa qualité d’ancien ministre de l’Intérieur ;
  • Mohamed Nabil Benabdellah, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’habitat ;
  • El Houssaine Louardi, ministre de la Santé ;
  • Larbi Bencheikh, ministre de la Formation professionnelle.

Les ministres en disgrâce ne jouissant plus de la confiance du souverain :

  • Rachid Belmokhtar, ancien ministre de l’Education nationale ;
  • Lahcen Sekkouri, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports ;
  • Lahcen Haddad, ancien ministre du Tourisme ;
  • Hakima El Haité, ancien secrétaire d’Etat chargée de l’Environnement.

Le directeur général de l’Office national de l’Eau et de l’Electricité, Ali Fassi-Fihri, a également été démis de ses fonctions.

Nous y reviendrons plus en détail.

LE1

Après celle de la région, les instances du PAM réclament une démission écrite de Ilyas El Omari

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Si la démission de Ilyas El Omari de ses fonctions de Secrétaire général du Parti authenticité et modernité n’a pas eu de réel retentissement sur la classe politique nationale vu le timing dans lequel elle s’est produite, à cause de la situation tendue dans le Rif et les vacances d’été, le microcosme du PAM, quant à lui, est totalement bouleversé, comme si un cataclysme l’avait touché. Et même si les cadres du parti tentent d’en atténuer l’impact arguant que la démission de leur secrétaire général est un acte de courage et de bravoure politique, et un précédent dans l’histoire du royaume (alors que ce n’en est pas un), l’événement se veut être le nouveau maillon d’une recomposition en profondeur de la classe politique marocaine après l’arrivée de Aziz Akhannouch à la tête du RNI et de, bientôt, Mohamed Hassad à la tête du Mouvement Populaire. Il était donc nécessaire, voire urgent, de chercher un autre profil pour gérer les affaires du PAM.

Peu habitués à des rebondissements de la sorte, les militants du PAM se retrouvent orphelins du jour au lendemain. Et pour parer à toute éventualité et lever tout équivoque, les instances du parti ont demandé à Ilyas El Omari de soumettre sa démission par écrit et ne pas se limiter à ses déclarations orales lors de la tenue du bureau politique le lundi 7 août et de la conférence de presse organisée le lendemain matin. Car tant que la démission n’est pas notifiée par écrit selon les règlements en vigueur, elle demeure nulle et non avenue.

C’est la présidente du Conseil national du PAM, Fatima-Zahra Mansouri, qui est chargée d’accuser réception de ce document pour le soumettre aux membres du conseil dont elle préside aux destinées.

D’autre part, l’on apprend de sources concordantes que Ilays El Omari a également remis sa démission de la présidence de la région du Nord et qu’elle ne sera pas rendue publique tant que la ville de Tanger, qui rentre dans son périmètre de commandement, accueille des invités de marque de Mohammed VI, comme le Roi d’Arabie saoudite Salmane Ben Abdelaziz et les multiples convives qui se relaient pour rendre visite au souverain saoudien.

Démissionnaire ou démis ?

Le débat qui secoue aujourd’hui le landerneau politique est de savoir si Ilyas El Omari a démissionné de son propre chef ou a-t-il été débarqué ? Des éléments d’agenda et d’activités protocolaires de l’intéressé nous permettent d’affirmer que Ilyas El Omari a maintenu ses rendez-vous jusqu’au bout sans en annuler aucun. Quelques heures seulement avant son “départ” du navire PAM, il recevait le nouvel ambassadeur de Chine à Rabat qui lui rendait une visite de courtoisie. Ni Ilyas El Omari allait s’engager et recevoir l’ambassadeur d’une superpuissance mondiale membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU s’il se savait partant dans la soirée même, ni le chef de mission diplomatique chinois allait rendre visite au premier cité s’il était informé par ses services d’un départ imminent. C’est que le départ, à juste titre, s’est décidé, en toute vraisemblance, juste après la rencontre avec l’ambassadeur de Chine.

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Abdellah El Hattach

Cité Mohammed VI Tanger Tech, mobilisation sans réserve de BMCE Bank of Africa et détermination réitérée des partenaires chinois

En mars dernier, LE1.ma s’interrogeait sur les tenants d’un article de la plateforme Quartz, où l’auteur d’un article publié à l’occasion glissait un commentaire «envenimé» de Deborah Brautigam, directrice du “The China Africa Research Initiative” affilié à l’université John Hopkins dans lequel la Cassandre américaine prédisait la non réalisation du projet Cité Mohammed VI Tanger Tech et, au mieux, une lenteur de réalisation. L’importance géostratégique d’un tel projet d’envergure, pour l’Afrique, l’Europe et même les Etats-Unis a suscité beaucoup de remous et de commentaires dans les milieux médiatiques intéressés jusqu’à faire douter, au Maroc aussi, et jusqu’à ces derniers temps, la faisabilité de ce projet titanesque.

L’engagement de plusieurs autorités nationales et territoriales sont autant de gages de la réussite future, de la réalisation et du sérieux garanti de la mise en œuvre du projet

Pour faire taire ces soupçons ou, au moins, rassurer les investisseurs, les opérateurs économiques et l’opinion publique, Othmane Benjelloun, Président de BMCE Bank of Africa, a tenu a publier une déclaration –dont LE.ma dispose d’une copie- dans laquelle il précise le rôle du groupe dans le projet de la Cité Mohammed VI Tanger Tech. On y apprend que BMCE Bank of Africa participe à ce projet d’envergure au titre de «banquier, d’assureur, et de promoteur des investissements prévus d’y être opérés.»

Le projet d’envergure inédite «dans les annales économiques du Royaume», regroupe une cité industrielle moderne, futuriste, écologique, connectée aux nouvelles et futures technologies, et une Cité résidentielle prévoyant pour ses habitants, un mode de vie sain autant que productif.

Othmane Benjelloun explique dans sa mise au point que la Cité devrait accueillir plus de 200 entreprises chinoises et ainsi, permettre d’employer dans le secteur industriel, de l’Habitat, de la Santé et de l’Éducation, plus de 200 000 personnes dans les 10 ans à venir, et que «2000 ha de terrain sont identifiés et en cours de et en cours de cession par l’État aux promoteurs Sino-Marocains.»

Cette réalisation futuriste impliquera un investissement colossal de l’ordre de 10 à 11 Milliards de dollars, soit plus de 105 Milliards de dirhams.

Selon le Président de BMCE Bank of Africa, «la mise en œuvre de ce projet est en bonne voie», tient-il à affirmer solennellement

Toutes ces données, en plus de l’appui personnel du souverain, «sont autant de gages de la réussite future de sa réalisation et du sérieux garanti de sa mise en œuvre», de plus de l’engagement de plusieurs autorités nationales et territoriales, au même titre que deux grands groupes privés.

Le projet, dont les travaux devraient débuter au courant du second semestre 2017, engage «sans réserve» la mobilisation du groupe BMCE Bank of Africa, et la «détermination des partenaires chinois est régulièrement réitérée

Abdellah El Hattach

Mohammed VI désigne un gouvernement d’action

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Le Roi Mohammed VI a nommé, ce mercredi, les membres du nouveau gouvernement. Après un blocage institutionnel qui a duré près de six mois, l’équipe de l’Exécutif est fin prête. De prime abord, la principale observation relevée dans la composition de l’équipe proposée par le Chef du Gouvernement Saad-Eddine El Othmani, est son architecture réorientée en pôles de compétences.

Composé de 39 membres, dont 2 (deux) ministres délégués auprès du Chef du Gouvernement (Défense et Affaires générales), 2 (deux) ministres délégués (Intérieur et Affaires étrangères) et 12 (douze) Secrétaires d’Etat, le nouvel exécutif est un véritable gouvernement d’action.

Nabil Benabdallah, facilitateur auprès de l’Etat et grand architecte de cette nouvelle formation pour avoir été durant des mois au four et au moulin en vue de faire réussir l’expérience d’un second gouvernement PJD, est propulsé à la tête d’un grand département qui réunit l’Aménagement du territoire national, l’Urbanisme, l’Habitat et la Politique de la ville, alors que dans le gouvernement sortant il était en charge uniquement de l’Habitat et de la Politique de la ville. Il dispose d’une Secrétaire d’Etat sous son autorité, en la personne de Fatna Lkhiyel membre du bureau politique du Mouvement Populaire.

De son côté, Aziz Akhannouch hérite lui aussi d’un super-ministère. Outre l’Agriculture et la pêche maritime, le département de Akhannouch englobe désormais le développement rural et les eaux et forêts. Avec en prime deux Secrétaires d’Etat sous ses ordres : Mbarka Bouaida du Rassemblement National des Indépendants qui quitte les Affaires étrangères et Hamou Ouheli du Mouvement Populaire, un grand revenant après avoir siégé au gouvernement de Abderrahmane Youssoufi. Une question reste posée : est-ce que ce nouveau format mettra fin à l’existence du Haut Commissariat aux Eaux et Forêts dirigé par Abdeladim Lhafi ? Les semaines à venir nous le diront.

Toujours dans le volet superstructures, Mohamed Hassad est désigné à la tête d’un département englobant tous les niveaux de l’Enseignement, fondamental et supérieur, en plus de la Formation professionnelle et la Recherche scientifique. Deux Secrétaires d’Etat serviront sous les ordres de l’ancien ministre de l’Intérieur (remplacé par le wali de Rabat Abdelouafi Laftit), à savoir Khalid Samadi et l’ancien puissant Directeur général de l’OFPPT, Larbi Bencheikh, qui a été de tous les voyages du roi Mohammed VI en Afrique.

Mohamed Hassad travaillera en bonne intelligence avec le conseiller royal Omar Azziman, Président délégué du Conseil Supérieur de l’Enseignement, aux côtés duquel il tentera de mettre en oeuvre les recommandations ad hoc du Conseil supérieur notamment en termes de programmes et de vision stratégique mais également en ce qui concerne la gestion à bon escient des actifs immobiliers et du foncier dont jouit le département.

En revanche, la grande surprise reste l’éjection de Charki Draiss de son poste de «numéro deux de l’Intérieur». Il fait apparemment les frais de sa gestion «trop sécuritaire» de la situation dans le Rif. C’est Noureddine Boutayeb, Wali-Secrétaire général du ministère de l’Intérieur qui lui succède à cette fonction charnière et sensible. Et c’est une première : le ministre délégué est d’habitude un «monsieur sécurité». Là c’est différent. Il s’agit d’une transformation en profondeur dans l’approche de ce département. Le duo Laftit-Boutayeb est davantage porté sur la gestion du territoire, le développement local et humain et les montages financiers, compétences idoines pour accompagner la régionalisation avancée.

Si des ministres de souveraineté comme Ahmed Taoufiq et Abdellatif Loudiyi ont été maintenus, respectivement aux Affaires islamiques et à l’Administration de la Défense nationale, Driss Dahhak, par contre, quitte le Secrétariat général du gouvernement. Ce haut magistrat de carrière, compétent et intègre, est pressenti président-délégué du Conseil supérieur de la Magistrature. Dahhak, est remplacé par Mohamed El Hajjoui, grand commis de l’Etat et longtemps secrétaire général de la Primature. Il connaît parfaitement les rouages et les arcanes de l’Administration.

De son côté, l’équipe gouvernementale qui a piloté la COP22, à sa tête Salaheddine Mezouar et Hakima El Haité, n’a pas été retenue par El Othmani. Et le département de l’Environnement disparaît de la nouvelle architecture pour laisser place à un autre chargé du «développement durable». Il s’agit-là d’un signal fort qui met en exergue une réorientation de l’Etat dans son approche globale de la gestion de l’environnement. Une collaboration étroite avec la Fondation Mohammed VI pour le développement durable n’est pas à exclure.

Mustapha El Khalfi, quant à lui, quitte le ministère de la Communication hérité par un inconnu du bataillon, Mohamed Laaraj, mais demeure Porte-parole du gouvernement en plus d’être ministre chargé des relations avec le parlement et la société civile.

Et au moment où Aziz Rabbah et Abdelkader Amara se sont échangés les maroquins, la patronne de la banque d’affaires Capital Trust, Lamia Boutaleb, pilotera la département du Tourisme sous la tutelle de Mohamed Sajid. Son alter ego, la Pjdiste Jamila El Moussali, hérite de son côté du portefeuille de l’économie sociale, également sous l’autorité du patron de l’Union Constitutionnelle qui, après une gestion en dents de scie du Conseil de la Ville de Casablanca, se retrouve à la tête d’un grand ministère qui réunit le Tourisme, le Transport aérien, l’Artisanat et l’Economie sociale, aura des défis énormes à relever et une situation complexe à gérer.

Enfin, si Mohamed Boussaid et Moulay Hafid Elalamy sont des «intouchables», un jeune loup fait son entrée dans le gouvernement de El Othmani. Othmane El Ferdaous, ancien directeur-chargé de mission chez Mena Media Consulting, travaillera sous l’aile de MHE en tant que Secrétaire d’Etat en charge de l’Investissement.

 

Abdellah EL HATTACH.