Brahim Fassi Fihri

Brahim Fassi-Fihri : le Maroc, pays souverain et indépendant, n’obéit à aucun diktat

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Les réactions se sont multipliées suite à l’adoption par le Parlement européen, ce jeudi 10 juin, d’une résolution condamnant le rôle du Maroc dans la crise migratoire à Sebta. Brahim Fassi-Fihri président du Think tank Institut Amadeus, a publié sur sa page Facebook, ses remarques sur cette résolution qu’il a qualifié d’une résolution bric-à-brac. Ci après le texte intégral de l’analyse.

Un texte à portée déclarative et non contraignant

Ce texte, qui n’a qu’une portée déclarative et qui n’est en rien contraignant, est avant toute chose le résultat d’une volonté espagnole d’européaniser une crise diplomatique bilatérale dans une tentative de l’instrumentaliser à des fins politiques.

La question migratoire est un prétexte utilisé par le gouvernement espagnol, mais aussi par les eurodéputés qui ont porté le projet de résolution, pour détourner la crise actuelle du véritable fond du problème, à savoir la rupture de confiance avec le Maroc, partenaire important de l’UE et de l’Espagne qui n’assume pas les conséquences d’une crise qu’elle a créé de toutes pièces et dont elle est la seule responsable.

Avec cette résolution, appuyée par des eurodéputés proches de la majorité au pouvoir en Espagne, le gouvernement de ce pays cherche à contraindre l’UE à choisir entre l’un de ses Etats membres et un partenaire privilégié membre de son voisinage immédiat ;

Manque de cohésion de l’UE en matière de politique étrangère

L’esprit de ce texte, qui a certes subi une série d’amendements par rapport à sa mouture initiale, est en totale contradiction avec les déclarations récentes d’apaisement de responsables européens (Commission et Service européen pour l’action extérieure) qui ont loué la qualité des relations stratégiques entre le Maroc et l’UE.

Le texte fait apparaitre une absence évidente de cohérence entre le bras exécutif de l’Union et son bras législatif, qui illustre, une fois encore, le manque de cohésion entre les différentes institutions de l’UE en matière de politique étrangère ;

Manifestation certaine d’un relent colonialiste

Le contenu de ce texte, qui lie « les frontières extérieures » de l’UE à la ville de Sebta et qui « rappelle que l’atteinte à la souveraineté territoriale des États membres ne saurait être tolérée », est à la fois une manifestation certaine d’un relent colonialiste, mais aussi un comble lorsqu’il s’agit d’une part de considérer que des présides occupés, enracinés au Maroc, relèveraient de l’intégrité territoriale de l’Europe et de l’autre de renier le droit au Royaume, partenaire stratégique de l’UE, de considérer que l’Espagne, en agissant dans son dos et en portant atteinte à sa propre souveraineté sur son Sahara, ait agi de manière déloyale et condamnable à son endroit.

Il est d’ailleurs nécessaire de rappeler que le Maroc a, de tout temps dans ses relations avec l’UE et dans chaque accord qui le lie à l’Europe, émis des réserves claires et sans équivoque sur le statut de Sebta et de Melilla, qui ne sont pas des territoires Schengen contrairement à l’Espagne ;

Une époque révolue

Sur la forme, une institution d’une organisation régionale, fût-elle le Parlement européen, ne saurait prendre parti unilatéralement pour l’un de ses Etats-membres en faisant fi des arguments d’un état indépendant et souverain, qui n’est ni membre de cette organisation ni contraint, au moyen d’un instrument juridique et/ou d’un quelconque mécanisme politique, d’être son supplétif en matière migratoire. Interpeller le Royaume de la sorte relève d’une époque révolue et démontre non seulement que les eurodéputés se sont laissé berner par un discours de victimisation loin de la réalité, mais surtout de leur profonde méconnaissance du rôle charnière joué par le Maroc dans la nouvelle dynamique euroafricaine, plus que jamais stratégique pour l’Europe ;

Le Royaume défend légitimement ses intérêts supérieurs

Le Maroc a aujourd’hui une relation totalement décomplexée avec l’UE. Le temps du paternalisme ou celui où l’Europe pouvait, debout sur son piédestal, délivrer des bons ou des mauvais points est, depuis longtemps, révolu. Le temps où l’Europe s’octroyait le droit de remettre des certificats de bonne conduite ou des mentions d’excellence à ses partenaires du Sud de la Méditerranée l’est tout autant.

Le Royaume défend légitimement ses intérêts supérieurs au moment où ils ont été sciemment bafoués par un État membre de l’UE, sans doute celui qui a le plus besoin du Maroc.

Ce n’est pas cette résolution du Parlement européen qui fera changer le Maroc d’un iota, le Royaume ne faisant pas de compromission lorsqu’il s’agit de ses intérêts supérieurs, et plus particulièrement de son intégrité territoriale. Par contre, ce texte voté par le Parlement européen illustre le jusqu’au-boutisme, mais surtout le manque de crédibilité du gouvernement espagnol qui, embourbé dans une crise diplomatique bilatérale, ne cherche en dernier ressort qu’à se réfugier sous le parapluie protecteur de l’UE.

Le Maroc, pays souverain et indépendant, n’obéit à aucun diktat, encore moins à celui du Parlement européen

Bien au-delà de ce texte voté aujourd’hui, dont le contenu est dépourvu d’une vision d’ensemble, pourtant indispensable en pareilles circonstances, et dont la nature est purement contextuelle, l’UE doit comprendre que ses propres intérêts et ceux du Royaume se confondent et convergent. Tout autre raisonnement de la part de l’Europe serait naïf et contre-productif, d’autant plus que le Maroc, pays souverain et indépendant, n’obéit à aucun diktat, encore moins à celui du Parlement européen, dont la logique, à travers cette résolution, est strictement politico-politicienne.

Covid-19 : A partir du jour d’après, une société se jugera à l’état de ses hôpitaux

« Le Monde ne sera jamais plus pareil ». Cette incantation post-apocalyptique, entendue à chaque fois que l’Humanité est marquée par une crise globale soudaine et inattendue, semble raisonner de nouveau dans nos esprits, tel un écho sans fin, dans ce double contexte de chaos sanitaire mondiale et de grave récession économique. Rien, absolument rien, et encore moins les outils de coopération issus des mécanismes multilatéraux post Bretton Woods, n’a pu empêcher la propagation, aujourd’hui planétaire, d’un virus né en Chine ébranlant sur son passage toutes les idées reçues et les certitudes que nous nous faisions sur la réalité de notre Monde. Rien, absolument rien, et encore moins les leçons censées avoir été retenues des expériences passées du SRAS, du MERS, du H1N1 et d’Ebola, n’a permis d’endiguer, de limiter ou de maitriser l’inévitable propagation mondiale d’un virus parti de Chine.

C’est cette mondialisation, sous ses différentes formes dont la libre circulation, certes contrôlée, qui en découle, qui est pointée du doigt et qui est, trop souvent, clouée aux piloris par les observateurs. Il est indéniable que l’effet papillon – un badaud qui se nourri vraisemblablement d’un pangolin acheté sur le marché de Wuhan entraine la mort de milliers de personnes à travers le monde, ou plutôt l’effet domino, causé par une épidémie partie de Chine devenue une pandémie présente dans plus de 170 pays, reflètent l’interdépendance économique induite par la mondialisation. Or de tous temps, c’est cette même interdépendance économique qui a causé les pandémies les plus meurtrières de l’Histoire. Si les tenants du discours un peu trop facile, admettons-le, de la nécessaire démondialisation risquent d’avoir encore de beaux jours devant eux grâce au nouveau Coronavirus, il n’en reste pas moins que la mondialisation, telle qu’on la connait aujourd’hui, telle qu’on la vit, doit être fortement repensée. Nous nous pensions à l’abris d’un tel questionnement, seulement effleuré lors de la crise financière de 2008 et si vite oublié depuis, mais le Covid-19 nous démontre, tous les jours davantage, que les socles sur lesquels repose depuis des décennies notre société de consommation présentent d’importantes fragilités. Cette pandémie nous révèle leur ampleur tout autant qu’elle souligne les limites d’une absence de régulation du marché ou d’économies trop interdépendantes et trop interconnectées, y compris lorsqu’il s’agit de santé publique.

En 2008, c’est la crise des « subprimes » qui avait conduit à la faillite de Leman Brothers puis à la crise du système financier international, ayant par la suite engendré une crise économique ayant principalement impacté les pays membres de l’OCDE. Les Etats (riches) ont choisi de manière coordonnée de sauver leur système financier en injectant de l’argent dans les banques, sans faire évoluer d’un iota les principes macroéconomiques, notamment budgétaires et monétaires, et sans bouleverser les paradigmes financiers.

le Covid-19 nous démontre, tous les jours davantage, que les socles sur lesquels repose depuis des décennies notre société de consommation présentent d’importantes fragilités

En 2020, c’est une crise sanitaire mondiale sans précédent, donc une crise qui touche l’Homme, qui bouleverse les lois du marché, à savoir l’offre et la demande, mais également les principes de base de l’économie ; le capital et le travail. En l’absence de traitement et de vaccin contre le Covid-19, le confinement obligatoire, qui reste à ce jour le seul dogme préventif pour lutter contre la propagation du virus afin d’empêcher la saturation des systèmes nationaux de santé, réduit considérablement l’offre (l’activité productive est au ralenti en Chine, usine du monde et également l’un de ses principaux marchés, mais aussi dans les principales puissances industrielles) et entraine un très fort ralentissement de la demande, qui se focalise essentiellement désormais sur les produits de toute première nécessité. Pour l’ensemble de ces raisons, la crise sanitaire actuelle risque, dans les prochaines semaines, d’avoir des répercussions économiques et sociales au moins toutes aussi importantes dans leur impact que celles vécues lors de la crise de 1929.

Le Coronavirus a brisé les chaines de production et d’approvisionnement mondiales, y compris dans le domaine sanitaire, engendrées par la globalisation et la division internationale du travail. Cette crise, au-delà de ses graves répercussions économiques, à court et à moyen termes, met également en lumière l’absence de souveraineté nationale en matière de produits dits stratégiques ou vitaux pour un Etat. Et c’est sans doute essentiellement dans ce domaine, au-delà des répercussions économiques, sociales ou encore psychologiques, qu’il y aura nécessairement un « avant » et un « après » Covid-19. En effet, cette crise laissera une trace telle dans les esprits que plus jamais une Nation, qui a les moyens de se prémunir contre les risques de pénuries de médicaments, d’appareils de santé, de produits sanitaires ou encore de tests de dépistages, ne se permettra de continuer à sous-traiter ou à déléguer à d’autres son approvisionnement sur le plan de la santé publique. Les stocks sanitaires publiques, jadis décriés voire même caricaturés, seront désormais encouragés et deviendront la norme. Les investissements publics dans le secteur de la santé, qui doit pouvoir relever, au même titre que la défense ou de la sécurité, du domaine régalien de l’Etat se démultiplieront.

La crise sanitaire actuelle risque, dans les prochaines semaines, d’avoir des répercussions économiques et sociales au moins toutes aussi importantes dans leur impact que celles vécues lors de la crise de 1929

Sauver l’économie ou sauver des vies ? Telle est l’équation ou le dilemme auxquels font face quotidiennement de très nombreux dirigeants à travers le monde, d’où le tâtonnement ou les contradictions qui peuvent parfois être relevés dans les discours de certains décideurs politiques occidentaux. Deux doctrines s’affrontent : Celle, d’abord, qui consiste à libérer les Etats en temps de crise, ou en temps de guerre sanitaire contre le Coronavirus, de leur orthodoxie budgétaire en laissant filer les déficits pour faire face aux effets du confinement obligatoire, en venant massivement en aide aux entreprises, en préservant les emplois et en assurant un large éventail de prestations sociales. Elle peut être résumée à l’expression du Président Macron « quoi qu’il en coute ». Selon l’Insee, l’institut de prospective et de statistiques français, chaque mois de confinement coûtera au moins trois points de PIB en moins à la fin de l’année.

Par opposition à cette expression du Président français on pourrait retenir la déclaration du Président Trump « We can’t let the cure be worse than the problem », autrement dit la solution – à savoir le confinement et l’arrêt partiel de l’économie qui en découle est potentiellement destructeur pour la première puissance économique mondiale – ne peut être pire que le problème, à savoir la crise sanitaire. Le Président Trump qui s’oppose à un « lockdown » général du pays, au moment où plus d’une vingtaine d’Etats, dont ceux de New York et de Californie, sont en confinement obligatoire, souhaite « rouvrir » le pays à l’échéance du 12 avril, au moment où l’OMS prédit que les Etats-Unis seront le prochain épicentre de la pandémie. Le rebond des marchés financiers, conséquence de cette déclaration et l’approche de l’échéance électorale du mois de Novembre conforteront davantage le Président américain dans cette position, à moins que la multiplication des contaminations et des décès liés au Covid-19 dans ce pays ainsi qu’une détérioration rapide de la situation sanitaire ne conduisent le Président Trump, qui assure que les Etats-Unis ont les moyens de démultiplier rapidement et efficacement la capacité de réponse de leur système de santé face à la multiplication des cas à venir, à faire de nouveau évoluer sa position. Il n’en serait alors pas à sa première volte-face.

Les investissements publics dans le secteur de la santé, qui doit pouvoir relever, au même titre que la défense ou de la sécurité, du domaine régalien de l’Etat se démultiplieront.

Les hésitations de Boris Johnson qui ont précédé la mise en place du confinement en Grande-Bretagne ou encore le choix de l’Allemagne de miser sur la distanciation sociale mais pas encore sur le confinement obligatoire démontrent la réticence de certaines des principales puissances économiques à mettre en place le confinement obligatoire au risque de déstabiliser fortement leur économie.  Si la France a fait le choix assumé du confinement obligatoire, on assiste en parallèle à l’émergence d’un discours officiel de mobilisation autour du patriotisme économique qui consiste à promouvoir le « consommer français » ou à inviter les français à « aller dans les champs » pour aider les agriculteurs au mépris des règles actuelles de confinement.

Plus globalement, les Etats, pendant que la majorité d’entre eux s’interrogent sur la pertinence du confinement ou sur la nécessité de le lever au plus tôt, ont choisi, au-delà des mesures sanitaires, d’injecter plus de 6000 milliards de dollars (dont 5000 milliards de dollars à travers le G20), soit beaucoup plus qu’en 2008, pour mettre fin à cette crise sanitaire ou pour réduire son impact économique. La crise de 2008 et celle de 1929 venaient de la finance, soit du système économique lui-même. La crise économique actuelle, issue d’un choc sanitaire, n’est pas systémique, même si elle met en lumière de nombreuses fragilités. D’ailleurs l’économie, fortement appuyée par les Etats, repartira sans doute d’elle-même, tout aussi vite qu’elle s’est arrêtée. Les experts prévoient, d’ailleurs, une croissance de l’ordre de 6 ou 7% en 2021.

Mais en l’absence de concertation internationale, au moment où chaque pays, sans doute légitimement, joue sa propre partition, on est en droit de nous interroger sur le caractère obsolète des mécanismes du multilatéralisme face à un tel défi venu se présenter au Monde de manière totalement imprévisible, qui voit non seulement le système international être totalement exsangue et incapable d’endiguer la propagation d’une telle pandémie, mais tout aussi incapable à ce jour de réunir l’ensemble de la communauté international autour d’une base commune de réponses concertées à apporter. Alors qu’il n’y a eu à ce jour aucune réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU, aucune réunion du G7, seulement qu’un Conseil européen tenu en vidéoconférence qui nous parait déjà si lointain et qu’un Sommet virtuel du G20, tenu somme toute assez tardivement dans la chronologie de cette crise, seule la lueur de l’OMS, qui doit être aujourd’hui considérée davantage comme un organe d’autorité sanitaire plutôt qu’une organisation de concertation et de coopération internationale, continue à scintiller dans le ciel bien sombre du multilatéralisme.

La crise économique actuelle, issue d’un choc sanitaire, n’est pas systémique

Au moment où l’Europe est l’actuel épicentre de la pandémie, c’est bien entendu l’Union Européenne, ou plutôt son absence, qui cristallise tous les questionnements. Déjà fragilisée par le Brexit, l’UE, qui s’est doublement construite sur le principe de solidarité d’après-guerre et d’après chute du bloc de l’Est, semble se défaire par son absence de solidarité face cette crise européenne sans précédent. L’appel à l’aide de l’Espagne, qui vient de dépasser la Chine dans le décompte macabre du nombre de morts causées par le Covid-19, à l’OTAN, la Chine qui vient en aide à l’Italie, où les images de remplacement du drapeau européen par le drapeau chinois se multiplient, ou encore le détournement en République Tchèque des masques chinois censés être livrés à l’Italie resteront dans les esprits comme les marqueurs de la faillite de l’Europe. Cette crise mondiale et l’explosion de cette pandémie réduit l’UE à son plus simple appareil, à savoir un mécanisme de concertation budgétaire, monétaire et financier. Et encore, avec l’explosion des déficits à venir dans les Etats membres et la mise en suspens du Pacte de Stabilité ou alors avec l’impossibilité pour la BCE de baisser davantage son taux directeur compte tenu des taux d’intérêts déjà négatifs, que peut-il rester aux institutions financières et monétaires européennes ? Sans doute la capacité certaine de pouvoir sortir le chèque pour financer les plans de relance économique (mais aussi les filets sociaux) une fois la crise sanitaire terminée dans le Vieux Continent, mais nous n’en sommes pas encore là.

Nous l’avons vu plus haut, l’interdépendance dans un Monde globalisé a été un facteur de propagation de la pandémie et d’accélération de la récession économique, or dans ce Monde qui restera in fine globalisé, avec des ajustements qui s’imposeront d’eux-mêmes, seule une réponse globale et concertée pourra contribuer à sortir dans six mois, ou peut-être plus, de la crise sanitaire et dans un an, ou peut-être plus, de la crise économique, de la récession ou, pire encore de la dépression. « C’est à travers la mondialisation de la recherche médicale et à travers le multilatéralisme, la coopération entre Nations, que les maux du Covid-19 seront combattus ». Telle était ma conviction, exprimée, il y a quelques semaines, dans une précédente Tribune. Celle-ci est confortée aujourd’hui malgré l’absence d’avancées en termes de coopération internationale.

C’est, en effet, ce multilatéralisme réinventé qui nous permettra de sortir du spectre du paradigme de la gestion évolutive, seule réelle politique mise en place actuellement dans de nombreux pays. Comment peut-il vraiment en être autrement d’ailleurs ? Deux priorités, plus que toutes autres, semblent être inévitables et doivent pouvoir s’imposer, au plus vite, dans un agenda de concertation globale :

– D’abord, en l’absence de traitement validé par la communauté médicale et de vaccin, il est impératif que les stratégies de sortie du confinement généralisé soient coordonnées à l’échelle internationale. Rien ne pourrait être, en effet, plus grave pour l’économie mondiale qu’une sortie graduelle dans le temps et à géographie variable des Etats de leur confinement obligatoire sans concertation internationale. Si la courbe de la contagion des patients atteints du Coronavirus doit être étalée dans le temps pour préserver les systèmes nationaux de santé et éviter ainsi une situation de saturation désastreuse sur le plan sanitaire, il serait catastrophique pour l’économie mondiale d’observer en corolaire un aplanissement dans le temps de la courbe de la baisse exponentielle de l’activité et de la production industrielle. Cela aurait comme effet d’empêcher un « reboot » complet du système, à moins que les pays qui lèvent leur confinement mettent à profit la relance de leur activité productive pour venir en aide aux Nations toujours en confinement dans un esprit de solidarité et d’interdépendance vertueuse, d’autant plus qu’il sera bénéfique pour leur propre économie.

– Ensuite, la concertation internationale, donc le multilatéralisme, sera évidemment essentielle dans la mise en place d’un plan de relance multidimensionnel de l’économie mondiale. Il faudra aller bien entendu, tant la récession sera globale, au-delà et de la panoplie de mesures efficaces de soutien à l’économie mondiale et à la finance internationale mise en place à travers le G20 lors de la crise de 2008. Ce plan global de relance, contrairement à celui de 2008, ne devrait pas uniquement concerner les économies de l’OCDE mais plutôt celle de l’ensemble des pays touchés par le Covid-19 et par ses conséquences économiques et sociales potentiellement dramatiques. Comme d’habitude le continent africain sera en première ligne des besoins et une attention particulière devra être accordée au soutien des économies africaines (et aux différents systèmes de santé nationaux) dont certaines sont habituées à être confrontées à des crises sanitaires majeures telles qu’Ebola ou le VIH. L’Afrique, qui selon de nombreux experts devrait être le dernier épicentre ou foyer de la pandémie de Covid-19, risque fortement et malgré elle, faute de moyens d’appliquer un confinement généralisé stricte et en l’absence de système de santé capable d’absorber un flux continu de patients, de devenir un réel laboratoire du principe de l’immunité collective – un temps cher à Boris Johnson et toujours appliqué au Pays-Bas et dans une moindre mesure dans certains pays scandinaves – mais au prix d’un désastre humanitaire sans nom. Un de plus.

La concertation et la coopération entre Etats, déjà observées sur le plan médical et scientifique à travers la recherche de vaccin, la mise en place à grand échelle d’essais cliniques de traitement – incluant l’essai européen « Discovery » qui teste actuellement quatre traitements et cinq molécules, dont la fameuse et prometteuse chloroquine – mais aussi la simplification des tests de dépistages, pourraient être élargie à la réflexion autour de la définition d’une procédure de sortie de confinement suffisamment efficace pour annihiler les risques de rebond de la pandémie. Le benchmark chinois s’impose bien entendu, mais le cas coréen peut également être pertinent. Partant de ces deux exemples et du postulat de l’absence prolongée de vaccin ou de traitements disponibles, les confinements généralisés imposés dans de nombreux pays doivent à la fois permettre d’éviter la saturation des systèmes de santé mais aussi de laisser le temps aux différents gouvernements d’être en mesure de proposer une démultiplication des tests de dépistage, qui reste en définitive, sans réponses médicales ou cliniques avérées, la seule mesure permettant de lever le confinement une fois le pic de contamination de la population atteint.

Le dépistage à lui seul ne peut empêcher la diffusion et la propagation massive du virus. Il ne peut pas non plus permettre d’éviter le confinement. Il peut, cependant, lorsqu’il est accompagné d’un contrôle strict et d’une traçabilité complète des déplacements et des contacts des individus testés positifs – qui sont dès lors invités à s’isoler – permettre d’accompagner la levée du confinement obligatoire. Pour éviter d’en arriver là, les coréens qui disposaient d’une importante capacité de production de tests, héritée de l’expérience de ce pays lors des épidémies du SRAS et du MERS, ont accepté de restreindre leur droit à la vie en privée en permettant aux autorités d’avoir accès, à travers l’utilisation des données de leurs smartphones, de leurs informations bancaires et de la méthode de « back tracking », à l’ensemble des personnes avec qui ils sont entrés directement ou indirectement en contact. Ce « tracking » est rendu d’autant plus efficace qu’il est également accompagné de l’utilisation massive en Corée du Sud de caméras de vidéosurveillance.

La Chine, qui sort progressivement du confinement, met en place des mesures similaires pour éviter un redémarrage de l’épidémie. En l’absence de solution sanitaire pour combattre le Covid-19, la restriction des libertés, dans un esprit de contribution volontariste à un effort collectif, semble être, pour le moment, le seul système de réponse valable et efficace. Au-delà des sacrifices économiques et des nombreuses pertes en vies humaines, cette crise sanitaire sans précédent impose aujourd’hui une restriction momentanée des déplacements et des contacts et imposera sans doute demain, dans les pays les mieux organisés et les mieux équipés, une limitation, sans doute plus durable, du droit à la vie privée. C’est le lourd tribut à payer lors de cette guerre mondiale, sans feu nourri, contre un ennemi, sans bannière, sournois et invisible.

Gouverner c’est prévoir, mais face à l’imprévisible gouverner devient agir

A situation exceptionnelle, sacrifices exceptionnels donc. Mais, tout autant, à situation évolutive, gestion évolutive et solutions évolutives. Si la propagation du virus n’est pas figée, donnant l’impression d’avoir toujours une longueur d’avance sur les décideurs politiques, ce qui pourrait d’ailleurs expliquer les hésitations et les improvisations de certains d’entre eux, la doctrine pour faire face à cette crise n’est pas, non plus, figée, tant la vérité du jour peut être différente de celle du lendemain. Gouverner c’est prévoir, mais face à l’imprévisible gouverner devient agir. Face à cette crise il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises décisions mais seulement des décisions nécessaires, prises en conscience et en responsabilité dans un soucis de préserver l’intérêt général. A travers cette crise, comme nul autre événement récent, le décideur public remet naturellement l’Humain au centre de ses actions et de ses décisions.

« Le Monde ne sera jamais plus pareil ». Oui, dans le bon sens, à condition, comme trop souvent par le passé, que nous n’ayons pas la mémoire courte. Mais, au cœur de la tempête, il est tout de même rassurant, même pour les plus libéraux d’entre nous, de voir se dessiner les contours d’un Etat Nation, d’un Etat Social, d’un Etat interventionniste, d’un Etat dirigiste, d’un Etat Protecteur et d’un Etat indépendant dans la nécessaire interdépendance. Ce que nous voyons actuellement du Maroc, sous l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, j’y reviendrai plus longuement dans un prochaine Tribune, correspond, malgré les craintes et les angoisses légitimes liées à la Pandémie du Covid-19, à ce que nous sommes en droit d’imaginer d’un Modèle de développement plus juste, plus solidaire et plus équilibré, où l’Etat, garant des équilibres sociaux, des prestations sociales et des services publics, serait le maître du jeu au bénéfice du citoyen.

Pour conclure, je voudrais adapter au contexte actuel une expression de Camus qui me vient naturellement à l’esprit. Une société se jugera désormais à l’état de ses hôpitaux, donc à la performance de son système de santé.

Brahim Fassi Fihri

Président Fondateur de l’Institut Amadeus

Brahim Fassi Fihri : «Non, Monsieur le Président, le Royaume du Maroc n’est pas le vulgaire supplétif de la France»

Un tweet inutile et déplacé du Président Français envers les autorités marocaines a déclenché une levée de bouclier dans le Royaume. Dans un contexte de crise sanitaire majeure, où des décisions difficiles et inhabituelles devraient être prises, Emmanuel Macron a oublié le temps d’un tweet, le béaba de la diplomatie internationale. «Je demande aux autorités marocaines de veiller à ce que tout le nécessaire soit fait au plus vite» a-t-il écrit.

«Macron est jeune. Très jeune. Trop jeune pour un langage colonialiste» a fustigé la rédaction de Barlamane.com le ton du président français.

Pour sa part, Brahim fassi Fihri, Président de l’Institut Amadeus, s’est fendu d’une publication au vitriol, en direction du président français. «Non, Monsieur le Président, les autorités du Royaume du Maroc, souveraines et indépendantes, ne pourraient être instruites comme le seraient de simples fonctionnaires de l’Hexagone» s’est indigné le fils du conseiller du Roi Mohammed VI.

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De « Think tank » à « Do tank » : La nouvelle vie de l’Institut Amadeus

La complexité de notre ère impose aux acteurs économiques, associatifs et politiques publiques une grande agilité et une remise en question permanente. Les think tanks n’échappent pas à ce mouvement et sont de plus en plus défiés et questionnés sur leur utilité et sur leur impact sur leur environnement. Aux Etats-unis, pays où ils ont vu le jour, il y a un siècle, des voix se sont levées, depuis l’avènement du printemps arabe, pour redéfinir le rôle de ces « réservoirs à pensées » dans un monde en profonde mutation. Dans un article publié par un senior Fellow de l’un des plus anciens think tank des américain, The Hudson Institute, sous le titre « From Think Tank to Do Tank », le chercheur tire la sonnette d’alarme sur le danger, qui plane sur les groupes de réflexion, de devenir « une chambre d’écho intellectuelle de la politique ».

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BFF signe une émouvante liturgie en mémoire des victimes scandinaves

Dans une homélie en hommage aux victimes danoise et norvégienne tombées à Imlil, aux pieds du Toubkal, alors qu’elles visitaient la région en touristes pleines de vie, le président de l’Institut Amadeus, Brahim Fassi Fihri, a dénoncé cet acte barbare qui a bouleversé tous les marocains et expliqué comment le terrorisme était l’expression la plus odieuse de la lâcheté humaine. LE1.


Depuis l’annonce de la tragédie barbare et cruelle d’Imlil et plus largement depuis la mise en lumière du caractère terroriste de ce double meurtre ignoble, les marocains expriment avec force leur émotion unanime, leur choc ainsi que leur indignation sincère et spontanée. Comme pour beaucoup de mes concitoyens, une réelle douleur m’envahit depuis quelques jours tant cet acte est odieux, abominable et traumatisant. En découvrant les photos et les vidéos de ces deux jeunes filles, qui croquaient la vie à pleines dents, j’ai, comme beaucoup de marocains, eu le cœur serré à la vue de ces existences volées et de ces destins brisés. L’espace d’un très court instant, j’ai cru connaitre Maren Ueland et Louisa Vesterager Jespersen, si loin de moi, si loin de nous, mais pourtant si proches depuis qu’une nation musulmane communie dans son ensemble et se retrouve pour pleurer la disparition de deux étrangères, dont le sang a été dramatiquement versé sur nos terres.

En découvrant les photos et les vidéos de ces deux jeunes filles, qui croquaient la vie à pleines dents, j’ai, comme beaucoup de marocains, eu le cœur serré à la vue de ces existences volées et de ces destins brisés

Puis au même moment, en déroulant le fil d’actualité sur l’un des réseaux sociaux, je tombe sur les portraits odieux de ces lâches, de ces traitres à notre Religion, de ces faucheurs de vies, de ces faibles qui s’attaquent en pleine nuit à des « proies » faciles et fragiles, livrées à elles-mêmes et deux fois moins nombreuses. Le contraste entre les photos des deux victimes et celles de leurs bourreaux est bien sûr saisissant. Les images de Maren et Louisa transpirent la vie, le bonheur et l’optimisme tandis que les photos des auteurs de ce crime abjecte et effroyable, issus de la même génération que leurs victimes, dégagent la noirceur, la haine et la mort. Ce sont deux destins opposés, deux trajectoires de vies totalement parallèles qui se sont malheureusement croisés, en ce lieu perdu et isolé des montagnes de l’Atlas, pour ce rendez-vous macabre d’Imlil.

Le contraste entre les photos des deux victimes et celles de leurs bourreaux est saisissant

Le terrorisme n’a pas d’identité. Le terrorisme n’a pas de visage. Le terrorisme n’a pas de couleur. Le terrorisme n’a pas d’odeur. Le terrorisme n’a pas de nationalité. Le terrorisme n’a pas même de religion. Le terrorisme est l’expression la plus odieuse de la lâcheté humaine. Il prend racine dans l’exclusion économique et sociale. Il se renforce dans la diffusion du culte de l’ignorance, alors que notre Religion est bâtie autour du savoir et de l’ « Ijtihad ». Il se cultive dans le terreau fertile de la frustration et dans l’absence d’éducation. Au Maroc, plus que dans tout autre pays musulman, la culture de la haine, le rejet de l’autre et le fondamentalisme religieux ne font pas partie de notre identité. Nous subissons depuis les années 1980 ce discours rigoriste, qu’une infime minorité de marocains a choisi de faire sien. Si les auteurs de la tragédie d’Imlil sont marocains, leur logiciel ne l’est pas et leur référentiel non plus. Leur « allégeance » à « Daech » le démontre.

Si les auteurs de la tragédie d’Imlil sont marocains, leur logiciel ne l’est pas et leur référentiel non plus. Leur « allégeance » à « Daech » le démontre.

Je me refuse de réduire ce double meurtre à un simple fait-divers visant à assouvir une faim de sang de quatre apprentis terroristes ayant eu l’opportunité, sans doute fortuite, laissons l’enquête en décider, de vivre leur « grand soir ». La violence terrible de ce crime filmé et diffusé mais également l’émotion qu’il a suscitée, au Maroc et ailleurs, donne à cet évènement tragique un caractère exceptionnel. De la même manière, je refuse les raccourcis simplistes visant à affirmer que le Maroc se serait radicalisé, que le Wahabisme l’aurait emporté et que beaucoup de marocains seraient des futurs terroristes en puissance.

Je me refuse de réduire ce double meurtre à un simple fait-divers visant à assouvir une faim de sang de quatre apprentis terroristes

Soyons sérieux ! S’il est vrai que dans la société marocaine actuelle s’entrechoquent, voire s’entremêlent, la montée d’un conservatisme latent (mais non violent) et l’expression grandissante d’une volonté réelle d’émancipation, nous sommes tout de même très loin de la réalité « rétrograde » qui prévaut dans beaucoup de pays musulmans, d’autant plus que c’est l’esprit de tolérance séculaire et l’ouverture ancestrale du Royaume qui sont visés par « Daech ».

Je refuse les raccourcis simplistes visant à affirmer que le Maroc se serait radicalisé, que le Wahabisme l’aurait emporté

Cet acte odieux reste, bien entendu, isolé. La réaction sincère et unanime des marocains, toutes couches sociales confondues, et leur rejet, sans équivoque du terrorisme viennent le rappeler à tous ceux qui peuvent en douter. Le Maroc est, et restera, un pays sûr, grâce notamment à l’arsenal de prévention de lutte contre le radicalisme violent déployé dans notre pays à travers la maitrise du champs religieux, contrairement à de très nombreux pays voisins, et à la vigilance, l’expertise et le savoir faire de nos services de sécurité, dont nous pouvons être fiers.

Le Maroc est, et restera, un pays sûr (…) à travers la maitrise et à la vigilance, l’expertise et le savoir faire de nos services de sécurité, dont nous pouvons être fiers.

Je vois depuis 48h, fleurir sur les réseaux sociaux les expressions « Sorry » et « Pardon » à destination du Danemark, de la Norvège et des proches des deux victimes. Je suis fier de cette émotion forte et sincère qui nous porte depuis deux jours et de ce rejet implacable de cette infamie manifesté avec force par les marocains. Mais je me permets d’évoquer ici mon scepticisme sur la pertinence d’exprimer des excuses, même si je comprends, bien sûr, le besoin pour de très nombreux marocains, moi le premier d’ailleurs, d’exorciser ce choc. S’excuser de quoi d’ailleurs ? D’être marocains ? D’être musulmans, alors que ces criminels barbares souillent l’Islam ? De ne pas avoir su protéger Maren et Louisa ? Pourquoi nous excuser alors que le « risque zéro » n’existe pas en matière de lutte contre le terrorisme ? Il n’existe ni au Maroc, ni ailleurs, puisqu’aujourd’hui plus aucun pays ne peut prétendre être à l’abri de cette menace globale. En dix ans le Royaume n’a connu « que » deux actions terroristes ayant entrainé le décès de 19 victimes alors qu’on recense en France, durant la même période, 14 attentats (perpétrés majoritairement par des français, nés en France et ayant toujours vécu dans l’Hexagone) et plus de 230 morts. Pourquoi, donc, nous excuser alors que plusieurs pays occidentaux et musulmans nous envient notre stratégie pertinente de lutte contre le radicalisme violent ainsi que l’efficacité de nos services anti-terroristes ?

Je suis fier de cette émotion forte et sincère qui nous porte depuis deux jours…Mais je me permets d’évoquer ici mon scepticisme sur la pertinence d’exprimer des excuses

Serait-ce une forme de « pardon » inconscient formulé à l’Occident pour éviter qu’il nous amalgame à ces brebis galeuses obscurantistes qui n’ont ni foi ni loi et qui nous ne représentent pas ? Nous devrions, peut-être d’abord, nous excuser, auprès de nous-mêmes, puisqu’à force d’avoir démultiplié les # et les « Je suis » liés aux attentats qui ont endeuillé de très nombreux pays ces dernières années nous avons oublié que cela finirait inéluctablement par nous arriver. Peut-être aussi que certains – refusant, par peur d’une forme de remise en cause, d’affronter cette réalité issue d’une déviance perfide de notre Religion par une insignifiante minorité – devraient s’excuser d’avoir privilégié à outrance les théories conspirationnistes, basées sur une supposée négation du terrorisme islamiste, alors qu’il vient de frapper chez nous dans son expression la plus simple, la plus primitive et la plus barbare.

Nous devrions, peut-être d’abord, nous excuser, auprès de nous-mêmes, puisqu’à force d’avoir démultiplié les # et les « Je suis » (…) Nous avons oublié que cela finirait inéluctablement par nous arriver

En tant que marocain, je suis, comme beaucoup, meurtri par cette tragédie inqualifiable. Ce drame d’Imlil doit être perçu comme un rappel à l’ordre. Il doit renforcer notre détermination à combattre, tous ensemble, la haine et le radicalisme dans leurs différentes formes d’expression, sans complaisance, sans faire d’exceptions, sans faire de concessions et sans accepter de quelconques circonstances atténuantes. « Notre malheur est que nous vivons avec des gens qui pensent que Dieu n’a guidé personne d’autre qu’eux ».  (Avicenne).

Brahim FASSI FIHRI
Président fondateur de l’Institut Amadeus

#MEDays2018 : Le Maroc à la CEDEAO, une candidature disruptive

Repenser le monde avec son imprévisibilité, ses chocs, les nouveaux paradigmes qu’il impose, est le défi que devront relever au cours de quelques jours 3.500 participants dont l’invité d’honneur est le Président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré. « Nous assistons à un renversement des grilles de lecture traditionnellement mises en avant. En matière de relations internationales, cette disruption, une rupture nette qui oblige à la recomposition, est particulièrement sensible.» C’est en ces termes que Brahim Fassi Fihri, Président de l’Institut Amadeus a introduit le thème choisi pour le 11ème Forum MEDays.

Cheikha Hassa Saad Al-Abdallah Al-Salem Al-Sabah reçevant le prix MEDays

La cérémonie d’ouverture des MEDays2018 a été marquée par la remise du Prix MEDays à la présidente du Conseil des femmes d’affaires arabes, Cheikha Hassa Saad Al-Abdallah Al-Salem Al-Sabah, en reconnaissance de ses efforts en faveur de la promotion de la cause féminine dans le monde arabe et en Afrique.

Au cours de cette cérémonie, Mohcine Jazouli, ministre délégué chargé de la coopération africaine a assuré que « l’objectif principal de ces prochains jours de tables-rondes et de débats sera de réfléchir le monde de demain, d’ouvrir le champ des possibles, de participer à l’émergence de nouvelles pistes, porteuses de nombreux espoirs ».

Lors de la première journée de ce Forum, les débats ont porté sur l’adhésion du Maroc à la CEDEAO. Les participants se sont montrés optimistes quant à la demande formulée par le Maroc en 2017. La question est actuellement à l’étude au sein d’un groupe de travail composé d’Etats membres de cette communauté. Au cours des travaux de la journée, Moustapha Cissé Lo, président du Parlement de la CEDEAO, a réaffirmé le soutien de son institution au dossier marocain. «La CEDEAO a déjà donné son accord de principe à l’adhésion du Maroc, la souveraineté de notre communauté ne peut que se renforcer par l’intégration d’un nouveau membre comme le Royaume», a-t-il déclaré. « Le Maroc est un grand pays, sur qui il faut compter pour bâtir une plus grande puissance politique et économique régionale, capable de peser de manière plus accrue lors des négociations internationales », a ajouté l’orateur qui a salué la demande d’adhésion du Maroc à la CEDEAO.

Si certaines ONG et fédérations professionnels ont peur d’une prédation des entreprises marocaines, Brahim Fassi Fihri se veut rassurant. «Il ne faut pas avoir peur du Maroc et de la place qu’il peut occuper en Afrique, car nous sommes déjà le 1er investisseur en Afrique de l’Ouest. La dynamique de l’intégration régionale économique est inéluctable, et les réticences exprimées à l’égard du Maroc émanent pratiquement des mêmes parties qui ont critiqué la création de la ZLECAF (zone de libre-échange africaine)», a-t-il affirmé.

Si le Maroc est intégré dans la CEDEAO, il deviendra la 15ème puissance économique mondiale et la 10ème en 2030. Le Maroc entretient des relations séculaires avec les Etats d’Afrique de l’Ouest et les axes de coopération sont multiples que ce soit dans le domaine industriel, agricole, sécuritaire, politique ou économique. Des domaines où le Maroc a développé une expertise.

Lors de cette édition, plusieurs sujets sont débattus dont l’intégration régionale et continentale, les défis sécuritaires en Afrique, les nouvelles dynamiques de coopération, et les enjeux économiques et diplomatiques face aux disruptions de l’ordre international. 3.500 personnes assistent à cet événement, entre intervenants de renommée mondiale, participants et experts qui travaillent en ateliers pour trouver des pistes pour de meilleures relations de coopération Nord-Sud et Sud-Sud dans le cadre d’un partenariat d’égal à égal et gagnant-gagnant.

MEDays2018 : Le Président du Burkina Faso invité de marque

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La ville du Détroit abritera du 7 au 10 novembre prochain, la 11ème édition des MEDays, organisés par l’Institut Amadeus, dirigé par Brahim Fassi Fihri. Traitant du thème « A l’ère de la disruption, bâtir de nouveaux paradigmes », le forum accueillera plus de 150 intervenants de choix et près de 3 000 participants. Placé sous le Haut patronage du roi Mohammed VI, ce forum international reviendra sur les différentes ruptures et mutations connues par le monde à plusieurs niveaux notamment diplomatiques, sociaux, économiques. « Les évolutions internationales récentes sont porteuses de déstabilisation dont pourraient se prémunir les pays du Sud en renforçant leurs coopérations. », prônent les organisateurs de l’évènement.

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