Analysis - Page 3

GlaxoSmithKline dit que le «tsar du vaccin de Trump» est accusé de harcèlement sexuel

/

KEY POINTS :

  • Moncef Slaoui a été licencié ce mercredi de son poste de président du conseil d’administration de sa filiale Galvani Bioelectronics, une joint-venture avec Alphabet’s Verily.
  • Il est accusé de harcèlement sexuel et de conduite inappropriée à l’égard d’un employé alors qu’il dirigeait auparavant la recherche et le développement chez GSK jusqu’en 2017.
  • Une enquête menée par un cabinet d’avocats aurait corroboré les allégations, qui concernaient des incidents survenus il y a plusieurs années.

Que se passe-t-il ?

«Moncef Slaoui, devenu le tsar des vaccins de l’administration Trump, a été accusé de harcèlement sexuel et de conduite inappropriée à l’égard d’un employé pendant son séjour chez un fabricant de médicaments britannique» a écrit le Financial Times ce mercredi.

Le fabricant britannique n’est autre que GlaxoSmithKline (GSK) multinationale britannique, l’un des dix géants de l’industrie pharmaceutique mondiale. Lequel laboratoire a publié un communiqué de presse, disponible sur son site internet, qui confirme l’information du FT et annonce le licenciement de Moncef Slaoui.

«Le conseil d’administration de GlaxoSmithKline plc («GSK»), l’actionnaire majoritaire de Galvani Bioelectronics («Galvani»), a annoncé aujourd’hui le licenciement de Moncef Slaoui en tant que président du conseil d’administration de Galvani, avec effet immédiat» affirme le communiqué.

«Le licenciement fait suite à la réception d’une lettre contenant des allégations de harcèlement sexuel et de conduite inappropriée envers un employé de GSK par le Dr Slaoui, survenue il y a plusieurs années alors qu’il était employé de GSK», précise la même source.

Dès réception de la lettre, le conseil d’administration de GSK a immédiatement ouvert une enquête auprès d’un cabinet d’avocats expérimenté pour enquêter sur les allégations. L’enquête sur la conduite du Dr Slaoui a corroboré les allégations et se poursuit toujours, révèle le communiqué.

Dans les coulisses :

Selon le Financial Times, Emma Walmsley, PDG de GSK, a écrit une lettre aux employés disant que la société avait reçu en février dernier, un courrier détaillant les allégations de harcèlement sexuel contre Moncef Slaoui. Elle a dit dans sa lettre qu’elle était «choquée» et «en colère».

«Depuis février, les plus hauts responsables de notre entreprise s’efforcent de comprendre et de résoudre ce qui s’est passé», a-t-elle écrit. «La protection de la femme qui s’est manifestée et de sa vie privée a été une priorité essentielle tout au long de cette période. Cela va continuer. Je respecte et admire son courage et sa force. Ces derniers temps, j’ai passé de nombreuses nuits à me mettre à sa place. Plus que tout, cela n’aurait tout simplement pas dû se produire.»

Moncef Slaoui avec la directrice générale de Glaxo, Emma Walmsley, lors de la cérémonie d’ouverture du Slaoui Center for Vaccines Research à Rockville, en 2016

En quoi est-ce significatif ?

Moncef Slaoui a été choisi par Donald Trump pour diriger le programme gouvernemental américain Operation Warp Speed et réaliser ce qu’on croyait impossible: le développement d’un vaccin contre le Covid-19, en moins d’un an.

Le chercheur biologiste d’origine marocaine et ancien chef de la Recherche et Développement de GSK, devient après la fameuse conférence de presse aux côtés de Trump et Fauci, l’avatar de la course mondiale au vaccin, dopée par une collaboration inédite entre le secteur pharmaceutique, les scientifiques et les institutions publiques, financée par un budget de pas moins de 14 milliards de dollars.

L’opération Warp Speed ​​a été saluée comme un point positif dans la réponse de l’administration Trump à la pandémie de coronavirus. Un projet qui sera mis à la trappe après la prise de contrôle de l’administration Biden.

Le divorce brutale entre Dr Slaoui et GSK survient au moment où la guerre des vaccins a atteint à son paroxysme. Alors qu’AstraZeneca subit une pression mondiale suite à la polémique sur ses effets secondaires et son efficacité contre les variants et que Pfizer et Moderna continuent de fournir les américains et les israéliens, GSK a annoncé, le 22 février 2021, sa collaboration avec le laboratoire français Sanofi Pasteur pour développer un candidat-vaccin anti-Covid-19 fondé sur la technique de fabrication à base de protéines recombinantes. Ce vaccin devrait être disponible au quatrième trimestre de 2021.

Moncef Slaoui dont le nom est lié à vie au vaccin Moderna est devenu récemment le directeur scientifique de Centessa, un roll-up biotech créé à partir de 10 entreprises soutenues par Medicxi, une société européenne de capital-risque dont il est associé. Ni Centessa ni Medicxi n’ont répondu à une demande de commentaire.

Cette nouvelle voie choisit par Slaoui l’éloigne de GSK, qui ne va pas hésiter de profiter de ces graves accusations d’harcèlement pour dissocier définitivement le nom du chercheur marocain de celui de la multinationale britannique.

En effet, en déclarant dans un communiqué que le comportement de Slaoui était «totalement inacceptable» et en faisant appel à Grace Speights, associée du cabinet d’avocats Morgan Lewis, basé à Washington, pour diriger l’enquête, GSK annonce la couleur. Speights est connue pour son travail de haut niveau dans les affaires d’inconduite en milieu professionnel, en particulier à l’ère de #MeToo. D’ailleurs, la machine est déjà lancée, la société a annoncé :

  1. d’ores est déjà, que son centre de R&D sur les vaccins, ne porterait plus le nom de Slaoui.
  2. qu’elle examine également les stocks options de Slaoui, qui, l’année dernière, valaient environ 10 millions de dollars. Il avait précédemment refusé de les abandonner en rejoignant l’opération Warp Speed, arguant qu’il s’agissait de ses économies de retraite.
  3. le remplacement de Slaoui par Christopher Corsico, vice-président senior chez GSK et membre actuel du conseil d’administration de Galvani.

[Analysis Paper] Ahmed Charaï plaide pour une «Biden’s own policy» libérée des poids du passé

Depuis l’installation de Joe Biden à la Maison Blanche, le monde entier suit avec attention et souvent avec appréhension, les moindres paroles, faits et gestes du président américain mais aussi de sa task-force diplomatique. Si la Chine constitue une priorité géostratégique pour les États-Unis, c’est sur le Moyen-Orient que les projecteurs sont braqués. Biden découvre une région transformée mais dont le processus de reconfiguration n’est pas totalement abouti. Les décisions se font attendre et les quelques actions entreprises souvent timides accentuent l’inquiétude de par le monde. «Biden est tiraillé par son positionnement électoral anti-Trump, par l’ombre persistante de Barack Obama et par le risque de reconduction de solutions peu adaptées au contexte actuel», analyse Ahmed Charaï dans deux éditoriaux publiés sur les prestigieuse revues américaines, National Interest et The Hill. Par ailleurs, International Crisis Group, ONG internationale à but non lucratif, dont la mission est de prévenir et d’aider à résoudre les conflits meurtriers grâce à un travail de recherche sur le terrain, des analyses et des recommandations indépendantes, et dans laquelle siège M. Charaï, a disséqué pour sa part les dernières évolutions du dossier du Sahara appelant un réengagement de l’administration Biden. Ces réflexions et productions intellectuelles «dépassionnées» est un apport important à la compréhension des enjeux géostratégiques dans notre région du monde.

  1. Ahmed Charai a publié un analysis paper sur la revue américaine «The Hill» dont laquelle il met en gade sur le risque d’une politique de Biden au Moyen-Orient marquée uniquement par de l’anti-trumpisme et/ou d’une répétition de celle d’Obama.
  2. Sur The National Interest, M. Charaï réalise une monographie de l’équipe diplomatique de Joe Biden, met en avant sa compétence incontestée et s’interroge sur le poids de son expérience passée dans ses décisions futurs concernant le Moyen-Orient.
  3. M. Charaï estime que se contenter uniquement de faire le contraire de l’administration Trump, risque de faire reculer certaines réalisations positives et d’affaiblir les États-Unis aux yeux du monde.
  4. L’éditorialiste note que la guerre au Yémen s’est nourrie des excès des deux administrations antérieures. Il s’interroge par ailleurs sur l’efficacité de la décision de retirer les Houthis de la liste des organisations terroristes du département d’État américain.
  5. Tout en reconnaissant une certaine témérité de MBS qui s’est manifestée tragiquement au Yémen ainsi que sur sa «responsabilité morale» concernant le meurtre de Khashoggi, M. Charai met en garde sur la volonté américaine de «réinitialisation» de l’Arabie Saoudite. Une pression excessive qui la pousserait à se tourner vers Moscou et Pékin.
  6. Au sujet des accords d’Abraham, l’éditorialiste présente le rapprochement entre Israël et les E.A.U comme une fusion de deux écosystèmes, donnant lieu à un modèle de modernité, d’économie diversifiée et de tolérance interreligieuse
  7. Sur le dossier du Sahara, les experts de l’International Crisis Group excluent tout revirement de Biden sur la reconnaissance de l’administration sortante de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur le Sahara.

Le plus grand défi de l’équipe de politique étrangère de Biden: peuvent-ils adapter les solutions de leur expérience antérieure sans y être piégés?

Ahmed Charaï : «L’équipe de politique étrangère de Joe Biden est la plus expérimentée réunie par n’importe quel président»

«Les partisans de Joe Biden ont l’espoir que la nouvelle politique étrangère soit équivalente à une troisième administration d’Obama. La nomination d’anciens de l’équipe du prédécesseur de Trump semble répondre à cette aspiration.» écrit Ahmed Charaï dans The The National Interest.

En effet, à Washington il y a un courant qui pousse le candidat puis le président Biden à s’inscrire dans un projet global de revenir au statu quo ante pré-Trump, celui d’Obama.

«Un danger» selon M. Charaï qui y voit un gaspillage inutile d’énergie et de temps. «Le monde n’est pas resté immobile de 2016 à 2020, de nombreuses réalités fondamentales et vérités de terrain ont complètement changé» a-t-il écris sur «The National Interest».

L’éditorialiste marocain s’inscrit donc en faux à cette projection simpliste qui réduirait le Président Biden en un intendant de son ancien patron. « C’est oublier qu’Obama était la recrue politique et son vice-président le Washingtonien aguerri », rappelle M.Charaï.

Et d’ajouter « L’hypothèse selon laquelle les anciens piliers d’Obama qui ont été reconduit sous Biden, pousseraient à adopter les mêmes politiques, faisant fi des leçons du passé, est très peu envisageable. Des diplomates chevronnés comme Bill Burns et Tony Blinken et des professionnels de la sécurité et du renseignement comme Jake Sullivan et Avril Haines ont tous un point commun: une carrière d’ouverture et d’évolution».

«Biden dispose de l’équipe de politique étrangère la plus expérimentée jamais réunie par n’importe quel président», reconnait M. Charaï. Une dream team qui est désormais confrontée à plusieurs dossiers brûlants, notamment au Moyen-Orient : l’Iran, le Yémen, l’Arabie Saoudite et les accords d’Abrahams.

« Le monde a radicalement changé au cours des quatre dernières années, peut-être plus qu’au cours des trente dernières années. Le plus grand défi de l’équipe de politique étrangère de Biden: peuvent-ils adapter les solutions de leur expérience antérieure sans y être piégés? » s’interroge notre éditorialiste.

Homme d’état aguerri et pragmatique, Biden peut façonner sa propre politique étrangère libérée des poids du passé

«La plus grande source de préoccupation réside dans la question de savoir si le mépris pour l’héritage de Trump devient le propre guide de l’administration Biden» alerte Ahmed Charaï. « Faire le contraire de l’administration qu’elle a vaincu, risque de faire reculer certaines réalisations positives et d’affaiblir les États-Unis en montrant au monde que leurs politiques ne durent pas», poursuit-il dans son éditorial paru sur The Hill.

Selon notre analyste, au milieu des crises internationales en cascade, la nouvelle direction doit tenir compte de tous les précédents valables sans se soucier de qui les a créés, trouver des moyens d’en assurer la continuité lorsque cela est possible et tracer une voie parfaitement adaptée au moment.

M. Charai reconnait que cet exercice d’équilibriste est peu enviable. Certes, poursuit-il, les engagements envers les alliés étrangers et les promesses aux partisans américains peuvent parfois se heurter, mais d’innombrables amis des États-Unis à travers le monde pensent que Biden et son équipe sont à la hauteur du défi.

Hier comme aujourd’hui, Biden possède toute une vie d’expérience et de leadership. Le président américain a un esprit qui lui est propre, écrit M. Charaï.

Les chantiers brûlants qui attendent le président Biden au Moyen-Orient

Dans son argumentaire, le président du groupe média GMH a identifié et disséqué 4 dossiers brûlants sur le bureau de Joe Biden.

1. L’Iran : devrions-nous réduire les problèmes avec l’Iran au seul problème nucléaire ?

«Certes, l’Iran est un grand pays, une grande civilisation avec laquelle il faudrait négocier, mais devrions-nous réduire les problèmes avec l’Iran au seul problème nucléaire?», s’est interrogé Ahmed Charaï sur les colonnes de «The National Interest» au sujet de l’Iran, premier dossier traité par la nouvelle administration Biden.

L’Iran est un problème difficile, poursuit l’éditorialiste. Les responsables américains devront d’abord affronter l’avenir de l’accord nucléaire, mais tôt ou tard, Téhéran et Washington devront parler de la poussée expansionniste de l’Iran dans la région au sens large et de ses missiles balistiques.

Biden a la possibilité de tirer profit des deux politiques de ses prédécesseurs, «pression maximale» de Donald Trump et «l’accord sur le nucléaire» d’Obama.

«Si Washington renouvelle la diplomatie directe ou négociée par l’Europe avec Téhéran, les leçons de deux administrations appellent à une nouvelle approche holistique» écrit Ahmed Charaï.

«Les démocrates estiment que la politique de Trump n’a pas dissuadé les iraniens de construire leur bombe, n’empêche que celle d’Obama n’a fait qu’encourager les milices par procuration iraniennes disséminées dans toute la région créant une vive tension chez les alliés vitaux des États-Unis» analyse M. Charaï.

«Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis restent méfiants à l’égard des intentions de l’Iran. Ils ont d’ailleurs signifié qu’ils ne seraient ouverts à un accord avec l’Iran que s’il allait bien au-delà du précédent – régulant son programme de missiles balistiques, son ingérence dans d’autres pays, et les milices qu’il soutient en Irak , au Liban, au Yémen et ailleurs, en plus de son programme nucléaire.» souligne M. Charaï.

«A ce titre, les États-Unis devraient faciliter et soutenir la maîtrise de l’Iran et ses proxys au Moyen-Orient en limitant leurs missiles grâce à un contrôle régional des armements et à la construction d’une architecture de sécurité régionale.» recommande M. Charaï.

2. Yémen : S’attendre à une solution facile, basée en grande partie sur les compromis américains et alliés, est une erreur

Biden a raison de vouloir mettre fin à la misère humaine au Yémen, reconnait M. Charaï. Plus d’un quart de la population nationale est déplacée. La maladie et la faim frappent les survivants de l’un des conflits les plus brutaux de la région depuis la guerre Iran-Irak des années 80.

«Mais en retirant les Houthis de la liste des organisations terroristes du département d’État américain, qu’ont-ils fait en réponse? Les rebelles houthis ont poursuivi leur offensive, mettant en péril plus d’un million de personnes, dont beaucoup étaient déjà déplacées ailleurs au Yémen, et menaçant de nouvelles catastrophes humanitaires.» s’est désolé l’éditorialiste.

S’attendre à une solution facile, basée en grande partie sur les compromis américains et alliés, est une erreur, estime M. Charaï. Ce que l’équipe chevronnée de Biden doit faire, c’est définir une position commune entre les alliés de l’Amérique et s’y tenir simplement, recommande-t-til. Finalement, l’Iran se lassera de financer sa coûteuse guerre au Yémen.

3. Arabie Saoudite : «Froideur» d’Obama, «Etreinte sans précédent» de Trump et «opération réinitialisation» de Biden

Le royaume pétrolier est un allié fidèle des États-Unis depuis près de cent ans, écrit Ahmed Charaï sur The National Interest. Ce n’est pas le pétrole qui a scellé cette alliance, mais le temps et des objectifs communs. Cependant, avoir des objectifs partagés ne veut pas nécessairement dire avoir des valeurs partagées.

«La témérité du prince héritier Mohammed ben Salmane s’est manifestée tragiquement à une échelle massive au Yémen et ailleurs dans la région, ce qui suscite de graves inquiétudes quant à ce que des décennies de son règne apporteront encore», souligne M. Charaï dans son éditorial du The Hill. Et de poursuivre, Biden a eu raison de réintroduire les principes des droits de l’homme dans la discussion de la politique saoudienne et d’envoyer un message dur à la monarchie sur le penchant de Mohammed ben Salmane pour la brutalité.

Toutefois, le réalisme oblige également les États-Unis à accepter certains faits saoudiens, affirme M. Charaï. Quel que soit le résultat d’une enquête, étrangère ou nationale, poursuit-il, le prince héritier continuera de régner et deviendra éventuellement roi lui-même. Soit l’Amérique a une relation de travail avec l’énergique jeune homme, soit elle l’évite et tente d’influencer, le poussant à se tourner vers la Chine et la Russie. Ce qui coûtera à l’Amérique un allié clé au cœur du Moyen-Orient.

«L’administration Biden doit penser à la réforme en Arabie saoudite» estime M. Charaï. Les réalités intérieures saoudiennes exigent une grande prudence de la part des États-Unis. L’administration américaine devrait à ce titre, se concentrer sur la défense de la cause des groupes saoudiens prônant la démocratie, les droits de l’homme et la tolérance religieuse.

«Riyad peut être pardonnée d’avoir été malmenée par les administrations américaines : la froideur de l’administration Obama envers le royaume a cédé la place à une étreinte sans précédent de celle Trump, puis à une nouvelle « réinitialisation saoudienne » sous Biden. Toutefois, le Royaume doit assumer sa part de responsabilité dans ces changements» synthétise M. Charaï.

4. Accord d’Abraham : Sans le soutien actif de l’administration Biden, il sera beaucoup plus difficile de forger les mêmes gains récoltés avec Abu-Dhabi dans les pays arabes les plus peuplés

«Israël et les Émirats arabes unis sont deux écosystèmes qui fusionnent» affirme M. Charaï. Cette ouverture est un élément clé de la stratégie de croissance des EAU pour ce millénaire. La pays envisage de devenir le modèle arabe de modernité, de tolérance intra-religieuse et d’une économie diversifiée.

La nouvelle administration Biden peut aider en adoptant une nouvelle approche du rétablissement de la paix qui tire les leçons de la nouvelle vague de résultats diplomatiques, considère-t-il. Il est temps de mettre à profit la promesse des nouveaux accords – pour tous leurs signataires, les Palestiniens et la région au sens large. Si la vague de rétablissement de la paix se traduit par un avantage tangible pour la jeunesse arabe, le soutien panarabe à la paix avec Israël ne fera que croître.

«Plus de 130.000 Israéliens ont visité les EAU depuis la signature des accords de paix. Les partenariats et le volume des échanges se développent à une échelle qui éclipse ceux des accords de «paix froide» ratifiés avec la Jordanie et l’Égypte le siècle dernier», recense M. Charaï.

«Il sera beaucoup plus difficile de forger les mêmes gains dans les pays arabes les plus peuplés – en particulier si l’administration Biden ne soutient pas activement le processus. Ne pas le faire, privera des millions de jeunes de la promesse d’un avenir meilleur que le partenariat avec Israël et ses alliés peut apporter» alerte-t-il.

Un appui de Biden à ces accords et à la réalisation des promesses économiques qui ont découlent, inspirera les jeunes Arabes du bassin de la mer Rouge et du Sahel, où les conditions sont mûres pour des relations diplomatiques israélo-arabe, d’exiger que leurs dirigeants rejoignent le cercle de la paix, considère M. Charaï.

Néanmoins, l’éditorialiste tire la sonnette d’alarme au cas où la Maison Blanche dédaignerait ou désavouerait les accords d’Abraham, comme le veulent certains partisans de Biden. Le retour en arrière pourrait annuler une percée historique et diminuer la crédibilité américaine dans la région.

Rapport de Crisis Group sur le Sahara : Biden ne reviendra pas sur la reconnaissance des États-Unis de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur le Sahara.

«Réengager des efforts internationaux au Sahara occidental» est le titre d’un rapport de vingt et une pages élaboré par International Crisis Group (ICG), publié le 11 mars en trois langues. ICG est une ONG internationale à but non lucratif, dont la mission est de prévenir et d’aider à résoudre les conflits meurtriers grâce à un travail de recherche sur le terrain, des analyses et des recommandations indépendantes dont laquelle Ahmed Charaï siège depuis janvier 2019.

«Fidèle à sa vocation d’outil de réflexion pour la prévention et la résolution des conflits armés, l’International Crisis Group (ICG) a livré une analyse actualisée du conflit du Sahara, qu’il qualifie de «dormant» tout en le jugeant «menaçant». Ses experts préviennent d’une escalade entre le Maroc et le Polisario, qui aurait, selon eux, des conséquences désastreuses non seulement au Maghreb, mais dans toute la région du Sahel», résume l’Observateur du Maroc et d’Afrique la portée du rapport du très influent Think Tank américain dans son édition du 11 mars.

Le Briefing Moyen-Orient et Afrique du Nord de Crisis Group N°82 sur le Sahara a été construit autour de trois axes :

  1. Historique du conflit
  2. Menaces et opportunités
  3. Recommandations

En rapportant avec fidélité l’historique du conflit, les analystes de l’ICG ont bien identifié les parties prenantes du dossier du Sahara. A ce titre, on peut lire sur le rapport « L’administration Biden, en étroite collaboration avec la France, la Russie et l’Algérie, les principaux acteurs extérieurs du conflit, devraient inciter les deux parties à accepter une trêve et à reprendre les négociations».

Si le rôle de la Mauritanie a été reconsidéré par l’ICG après la démission soudaine à l’envoyer spécial de l’ONU de Horst Köhler en mai 2019, mettant fin aux tables de rondes de Genève, les experts du think tank ont bel et bien pointé du doigt l’ingérence militaire de l’Algérie qui risque d’intensifier la menace d’un conflit armée.

«Les combats pourraient s’intensifier au moindre incident militaire, tel qu’une ingérence algérienne – par exemple, des transferts d’armes plus importants entre Alger et le Polisario – ou un changement de tactique militaire au sein du mouvement indépendantiste», a mis en garde le rapport de Crisis Group.

«Le moment de se réengager» : l’appel de Crisis Group à l’attention de l’administration Biden et du Conseil de sécurité de l’ONU

«La faible intensité du conflit au Sahara occidental ne devrait pas justifier l’inaction. Le risque d’une forte escalade militaire entre le Maroc et le Front Polisario reste limité, mais il n’est pas négligeable pour autant», analyse le rapport.

Alors que l’administration Biden et le Conseil de sécurité semblent peu pressés à prendre en main le dossier, l’ICG met en garde la communauté internationale sur les menace du statut-quo.

«Le désintérêt de la communauté internationale pour ce conflit pourrait également avoir des conséquences à long terme pour la stabilité régionale. Sans solution diplomatique, les Sahraouis désabusés, surtout les jeunes, pourraient contraindre le Front Polisario à changer de tactique» alerte le rapport.

L’ICG revient également sur la reconnaissance des États-Unis de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur le Sahara. Le think tank estime que l’administration Biden est réticente à Réengager des efforts internationaux au Sahara à l’idée de revenir sur la reconnaissance par l’administration Trump de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.

Les experts de Criss Group ont évalué par ailleurs les réalisations diplomatiques du royaume. «Le Maroc a accéléré sa politique du fait accompli. La stratégie principale de Rabat était d’inviter des Etats amis d’Afrique et du Moyen-Orient à ouvrir des consulats au Sahara occidental», souligne le rapport.

Crisis Group juge cette offensive marocaine d’ouverture des consulats comme étant une résultante d’une stratégie marocaine ambitieuse visant à renforcer les liens politiques et économiques avec l’Afrique subsaharienne. Ces
dernières années, rappelle-t-il, Rabat a fortement intensifié ses investissements et ses relations commerciales avec le reste du continent, surtout avec l’Afrique de l’Ouest.

Le dossier du Sahara n’est pas moins important que d’autres sujets brûlants que la communauté internationale dirigée par le nouveau président est appelée à considérer sérieusement. A l’image de toute la stratégie américaine au Moyen-Orient, le retour au statu quo ante pré-Trump sur ce dossier, serait une erreur, pire un danger.

A la complexité politique et sécuritaire de la géopolitique mondiale s’ajoute les effets de la crise sanitaire. Biden dispose de tous les leviers et de toutes les compétences pour déployer sa propre politique étrangère. Une politique à son image, juste, éclairée et pragmatique.

«Mariage de raison», l’appel d’Ahmed Charai, sur El Mundo, pour des relations hispano-marocaines pragmatiques et sereines

//

C’est sur El Mundo, le deuxième quotidien le plus lu en Espagne, après le sportif Marca, qu’Ahmed Charai a publié une radioscopie des relations maroco-espagnoles dans un éditorial sous le titre «Mariage de raison». L’éditorialiste marocain s’est adressé à une opinion publique ibérique qui a subit durant plusieurs semaines une avalanche de fake-news et une stratégie de désinformation d’un groupuscule séparatiste qui terrorise le peuple sahraoui, viole les résolutions onusiennes et qui tente de saboter les relations économiques marocaines et espagnoles séculaires avec l’Afrique subsaharienne.

C’est une plaidoirie que tout patriote animé par la défense de la cause nationale et la promotion de l’image d’un Maroc moderne, responsable, fiable, ambitieux et respectueux du droits international et des accords bilatéraux devrait lire et en extraire les éléments de langages qui donnent à tout discours, sérénité, sagesse et puissance.

Il faut revenir au contexte dans lequel intervient l’éditorial d’Ahmed Charai, le patron de presse marocain actif dans plusieurs centres de réflexions notamment aux États-Unis.

Aujourd’hui, les marocains ne sont pas peu fiers de l’habilité, la fermeté, l’intelligence, la retenue avec laquelle le pays sous la direction du Roi Mohammed VI a réussi à mettre à nu devant l’opinion publique internationale «une alliance du mal», composée de mercenaires hors la lois et un régime militaire en décomposition. Le temps est désormais révolu où certains pays et certains groupe de pression refusaient de reconnaitre le développement économique et social des populations des provinces du sud marocaines, sous le roi Mohammed VI.

Les investissements dans les infrastructures depuis au moins 2015 et phénoménal et les projets économiques font pâlir d’envie l’alliance du mal et ne cessent d’attirer investisseurs, diplomates et compétences. Outre la présence symbolique de la franchise du fast-food américaine, McDonalds, au cœur de la ville de Laâyoune, la France a ouvert deux bureaux de sa Chambre d’Industrie et de Commerce, plusieurs entreprises européennes, turques, et chinoises veulent s’implanter dans les zones industrielles en cours de réalisation dans les 3 régions du sud et les bailleurs de fonds internationaux participent au financement des grands projets structurants notamment le port de Dakhla.

La réalité économique, politique et sociale sur le terrain a renforcé la position du royaume sur le Sahara dans le concert des nations éprises de paix et de démocratie. Un succès qui s’est matérialisé par l’ouverture de plusieurs représentations diplomatiques à Laayoune et à Dakhla. Les pays africains avec qui le Maroc entretient des relations fortes et durables, arrivent en tête avec pas moins de quinze consulats ouverts en moins de 12 mois.

L’Espagne qui n’est pas totalement remise du séisme provoqué par la crise sécessionniste catalane, a tenu une position ambiguë sur le sujet du passage frontalier de Guerguerat, en dépit de l’impact économique qu’ont subit les entreprises espagnoles à cause de l’obstruction du trafic commercial terrestre entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest par les mercenaires financés par l’armée algérienne.

Une position qui trouve son explication par l’instabilité politique qui est loin d’être réglée deux ans et demi après le référendum d’autodétermination de la catalogne du 1er octobre 2017.

Une ambiguïté qui donne peu de crédit au gouvernement de Madrid qui tout en qualifiant l’indépendantisme catalan d’illégal, laisse faire cette même mouvance séparatiste qui fait du dossier Sahara marocain, une caisse de résonnance au projet similaire du polisario au cœur du pays membre de l’Union Européenne.

Ahmed Charai sur El Mundo : «Les relations hispano-marocaines, essentielles pour la géostratégie mondiale»

«Le monde des émotions mettent en péril l’empire de la raison». Ces mots, ce sont ceux de l’éditorialiste marocain Ahmed Charaï, écrits dans les colonnes du quotidien centriste «El Mundo». Un appel à la raison et au pragmatisme dans un contexte international dangereux.

Une situation géopolitique dont il fait référence dès l’introduction de son article d’opinion : «L’Espagne et le monde entier traversent un moment délicat dans lequel il semble que des valeurs et des principes, inconditionnellement assumés jusqu’à présent, soient remis en question.»

Ce contexte, poursuit l’auteur, fait courir le risque d’une mauvaise lecture des enjeux géostratégiques, ce qui impacterait des relations hispano-marocaines, «essentielles pour les deux pays, bien sûr, mais aussi essentielles en termes géostratégiques mondiaux; essentielles pour l’Europe et essentielles pour l’Afrique».

Ahmed Charaï rappelle que les relations entre Rabat et Madrid ont la particularité d’être stables depuis des décennies et ceci quel que soit le détenteur de la majorité parlementaire en Espagne.

Cette stabilité a pour moteur de puissantes «raisons» objectives mais que la complexité du contexte géopolitique, économique et sanitaire dans le monde risque de mettre en équation à cause des relents du monde des émotions qu’occasionne la crise.

«Cependant, émanent des sentiments qui correspondent davantage au monde des émotions qui mettent en péril l’empire de la raison et qui continuent à empêcher l’extension de cette coopération à des domaines importants tels que le social et la culture, ce qui permettrait une humanisation de la relation.», souligne M. Charaï.

«Dans les années 1970, les économies du Maroc et de l’Espagne étaient à égalité. Aujourd’hui, cela est de l’Histoire» – Ahmed Charaï

Pour illustrer la nature des relations hispano-marocaines, l’éditorialiste va faire la part entre l’économique, le sécuritaire et le socio-culturel.

M. Charaï va étayer l’évolution de l’économie espagnole qui est passée d’une économie comparable à celle du Maroc à une position qui dispute la première place du principal partenaire économique du Royaume.

«Dans les années 1970, les deux économies étaient à égalité. Les productions industrielles apportaient très peu de valeur, tandis que l’agriculture et la pêche étaient très compétitives, notamment par rapport au marché européen.» a-t-il rappelé.

Mais entre temps le dialogue entre les deux pays est passé par des moments complexes surtout après l’entrée de l’Espagne en Europe, souligne l’article. Un dialogue qui se limitait à la pêche hauturière, car le Maroc s’est retrouvé en position désavantageuse face à une l’Espagne privilégiée par l’accord d’association avec l’UE.

«C’était une période très complexe où les deux pays, qui étaient à la recherche d’une voie vers la modernisation structurelle de leurs économies et du système politique, ont été submergés par la faiblesse de leurs économies respectives et la lutte contre la pauvreté, en particulier pour l’Espagne forcée d’atteindre les niveaux du marché européen.» affirme, M. Charaï.

«Mais tout cela est déjà de l’Histoire . Les mutations de l’économie marocaine ont été telles que l’Espagne est désormais en concurrence avec la France pour le rôle de principal partenaire économique.» constate-t-il.

«Le Maroc se montre comme un partenaire très fiable dans le domaine de la sécurité. Ce sont les dirigeants espagnols eux-mêmes qui l’affirment depuis le début de ce siècle» – Ahmed Charai

Même durant les périodes de froid diplomatique, la coopération sécuritaire entre Rabat et Madrid est resté constamment stable. Une fiabilité et une responsabilité que les responsables espagnols reconnaissent devant l’Union européenne où ils s’érigent en tant que défenseur du royaume.

«Les deux pays sont nécessairement préoccupés par la sécurité, la lutte contre le terrorisme, le trafic international de drogue et l’immigration clandestine. Le Maroc se montre comme un partenaire très fiable. Ce sont les dirigeants espagnols eux-mêmes qui l’affirment depuis le début de ce siècle.» rappelle M. Charaï.

La position géostratégique du Royaume s’est davantage renforcée grâce à l’incroyable dynamique enclenchée par le Roi Mohammed VI depuis au moins 2008. Le succès de la stratégie royale a imposé le Royaume comme un leader incontesté du continent.

«L’Espagne, le pays le plus proche de l’Afrique, en est très conscient et promeut par conséquent la coopération bilatérale dans ce sens» assure M. Charaï.

«La politique culturelle déployée depuis Madrid reste trop timide» – Ahmed Charaï

«Il est incompréhensible que les relations culturelles soient à un niveau aussi bas» s’indigne M. Charaï en évoquant le troisième volet de la coopération hispano-marocaine.

Une timidité qui se reflète sur le terrain avec des initiatives qui se comptent sur le bout des doigts et qui ne reflètent pas la hauteur de ce que représente le passé des deux nations, avec un patrimoine fortement basé sur la civilisation islamique et la renaissance européenne.

Pour palier à ce déficit, M. Charaï recommande: 1) le développent d’un système de bourses pour les étudiants marocains, 2) l’amélioration de l’image des émigrants marocains, 3) le renforcement de la présence linguistique, 4) la simplifications des échanges, 5) l’implications des universités, des partis politiques, des médias et des agences gouvernementales.

«Oublier et vouloir changer le fait que le Sahara fait partie de la nation marocaine serait un véritable cataclysme» – Ahmed Charai

Partenaire économique de premier plan; partenaire sécuritaire, fiable, responsable et indispensable; voisin avec des liens historiques et culturels séculaires; terre ferme la plus proche du continent «avenir de la planète», sont des fait qui font perdre à la question du Sahara beaucoup de sa pertinence, auprès de l’ancienne puissance coloniale qui connaît très bien la dossier.

«Madrid a rejoint le processus politique, a soutenu la proposition du Maroc pour une autonomie élargie, la qualifiant de sincère et crédible et le Maroc en a pris note. Que le parti Podemos puisse continuer avec ses positions idéologiques anciennes et usées n’est pas pertinent.» écrit M. Charaï.

«Oublier et vouloir changer le fait que le Sahara fait partie de la nation marocaine serait un véritable cataclysme.» poursuit-il. Car d’une part ceci annoncerait des troubles et des conflits sans fin dans une région du sud de la Méditerranée où le Maroc et l’Espagne sont deux nations très attachées à leur unité et à leur intégrité territoriale.

D’autres part, cette région ne peut se permettre aucun effondrement économique. Bien au contraire affirme M. Charaï : «elle a besoin de plus d’intégration, d’un marché plus profond, pour assurer son décollage et satisfaire les aspirations de sa population majoritairement jeune

Des arguments qui trouvent toute leur pertinence dans l’affaire El Guergarat qui a été un laboratoire de gestion de crise où ont été testés et approuvées, la retenue du Royaume du Maroc, son rôle de défenseur actif de la stabilité régionale, sa position névralgique pour le commerce Nord-Sud, ses efforts de lutte contre la banditisme et le terrorisme ainsi que son soft power»

« L’Espagne en convient et cela renforce la permanence et le renforcement de ce mariage de raison », conclut Ahmed Charaï une analyse et une plaidoirie qui restera sans aucun doute une référence dans la timeline des relations hispano-marocaines.


M. Ahmed Charai est éditorialiste et éditeur de presse, Administrateur de Plusieurs Think tank à Washington – Membre du Conseil d’Administration du “Center for Strategic and International Studies” à Washington, – – Membre du Directoire de l’ONG “Search for Common Ground” à Washington, – Membre du Conseil du Directoire de ” The Atlantic Council of United States” à Washington – Membre du Conseil Editorial Consultatif de “The National Interest’s Magazine” à Washington. – Membre du Conseil d’Administration du “The Foreign Policy Research Institute” à Philadelphia– Membre du Conseil d’Administration du International Crisis Group. Mr Charai est aussi membre du conseil Consultatif de Gatestone Institute à New York. Mr Charai, s’exprime souvent dans de grands journaux et médias américains dont le Wall Street Journal, New York Times, Le Monde, Fox News, National Interest Magazine, Huffington Post.

Ahmed Charaï : «Ceux qui annonçaient l’apocalypse aux USA, en ont eu pour leurs frais»

/

Soutenu par les médias et les big tech, Biden a gagné les élections mais n’a pas réussi à terrasser un Trump qui a gardé une puissance électorale surprenante. Au Maroc, après l’annonce des résultats et le consensus mondial qui s’établie progressivement autour du ticket Biden-Harris, les regards sont désormais dirigés vers le département de Bourita, mais également vers les analyses qui donnent à l’opinion publique des clés de lectures des enjeux de ces élections pour le Royaume. Ahmed Charaï, observateur avisé de la politique américaine et éditorialiste dans de prestigieuses publications outre-Atlantique, a souligné dans sur un édito paru ce dimanche sur L’Observateur, les faits importants à retenir de cette bataille électorale. M. Charaï a tenu à mettre en exergue la solidité des institutions américaines qui a porté la victoire de la démocratie et qui a désenchanté les cassandres qui «pariaient sur les divisions, et annonçaient l’apocalypse».

«Au milieu de tant d’acrimonie, d’angoisse et de peur pour l’avenir, certains Américains ont perdu de vue ce que nous autres citoyens du monde voyons clairement: un pays étonnant et résilient qui reste le pivot du monde, le grand inspirateur des jeunes esprits et le grand espoir des idéaux nobles.» affirme Ahmed Charaï dans son éditorial, consacré aux élections américaines.

«Les institutions américaines sont solides et l’ont démontré, ceux qui pariaient sur les divisions, annonçaient l’apocalypse, en ont eu pour leurs frais», martèle l’éditorialiste qui se réjouit de la sérénité dont ont fait preuve les électeurs et qui a renforcé la grande démocratie américaine.

Victoire de la démocratie

« Le taux de participation élevé et le record des voix obtenus dans les deux camps est un fait notable dans un contexte socio-économique en berne en raison du coronavirus et malgré une campagne harassante et clivante », affirme M. Charaï.

En effet, les derniers résultats non définitifs du scrutin montrent que sur 239,2 millions de personnes éligibles au droit de vote, entre 149,1 millions et 165 millions ont voté. Soit un taux de participation situé entre 62,3 % et 69 %.

Le taux de participation de 1960 à 2020 aux élections présidentielles américaines, en pourcentage du corps électoral.

Avec cette participation historiquement haute, le nombre de voix recueillies par les deux candidats n’a jamais été aussi élevé. Donald Trump, a dépassé en 2020 le record détenu en 2008 par Barack Obama, qui avait recueilli 69,5 millions des suffrages.

Le président élu, le démocrate Joe Biden, a rassemblé 75,6 millions de voix contre 71,0 millions pour le républicain Donald Trump.

«La démocratie américaine sort renforcée de cette séquence. Comme d’habitude, les Américains ont tenu à renforcer les contre-pouvoirs, puisque le sénat reste rouge. C’est un équilibre des pouvoirs qui permet à toutes les institutions de jouer leur rôle, sans bloquer la marche du pays.», souligne M. Charaï.

Ces élections de tous les superlatifs, ont également été marquées par la consécration de la sénatrice californienne Kamala Haris en tant que première femme, noire et asiatique, vice-présidente des États-Unis.

«Cette élection est historique. Elle a mis pour la première fois une femme à la Vice-Présidence. Kamala Harris est une métisse, produit du rêve américain. Elle est le symbole que dans ce pays tout est possible. » appuie l’éditorialiste.

«Cela s’appelle une grande démocratie» s’est-il exclamé.

A quoi s’attendre avec Joe Biden?

A l’interrogation que tout le monde se pose: « Que va faire Joe Biden ? », Ahmed Charaï , ne s’est pas lancé dans de l’anti-trumpisme primaire et émotionnel qui pilule sur les réseaux sociaux et les médias. Il va ainsi rappeler le fait central de ces élections : « La campagne a été plutôt un vote pour ou contre Trump ».

M. Charaï note ensuite que la gestion de la pandémie a indéniablement coûté très cher au président sortant, tout en reconnaissant son bilan économique positif.

Pour rappel, à fin 2019, le chômage était au plus bas depuis cinquante ans, y compris pour les Afro-Américains, le taux de pauvreté absolue était le plus faible depuis les années 1960, un revenu médian record et une croissance supérieure à celle de l’Europe. La crise liée à la pandémie a tout anéantie.

«Joe Biden n’a pas développé réellement un programme économique. Est-ce qu’il va garder le cap protectionniste ? En vérité on n’en sait rien», estime Ahmed Charaï. «Revenir sur des décisions qui ont relancé la machine parait très difficile, surtout en ces temps d’incertitude.», poursuit-il.

Au sujet des relations internationales et diplomatiques, M. Charai est formel: « On est sûr que les USA vont revenir au multilatéralisme. Le Président élu a annoncé qu’il reviendra à l’accord de Paris sur le climat. Ce n’est pas une mince affaire parce que cela touchera des secteurs productifs. Il veut aussi apaiser les relations internationales avec la Chine, la Russie, l’Iran

«C’est une diplomatie plus classique qui se mettra en place.» a-t-il affirmé.


M. Ahmed Charai est éditorialiste et éditeur de presse, Administrateur de Plusieurs Think tank à Washington – Membre du Conseil d’Administration du “Center for Strategic and International Studies” à Washington, – – Membre du Directoire de l’ONG “Search for Common Ground” à Washington, – Membre du Conseil du Directoire de ” The Atlantic Council of United States” à Washington – Membre du Conseil Editorial Consultatif de “The National Interest’s Magazine” à Washington. – Membre du Conseil d’Administration du “The Foreign Policy Research Institute” à Philadelphia– Membre du Conseil d’Administration du International Crisis Group. Mr Charai est aussi membre du conseil Consultatif de Gatestone Institute à New York. Mr Charai, s’exprime souvent dans de grands journaux et médias américains dont le Wall Street Journal, New York Times, Le Monde, Fox News, National Interest Magazine, Huffington Post.

Crise sanitaire : Ahmed Charaï appelle les politiques à prendre leur responsabilité face aux scientifiques en mal de data

Dans une tribune parue dans la revue américaine The National Interest et dans un dossier spécial de l’Observateur du Maroc, Ahmed Charaï s’est interrogé sur le rôle des politiques face aux scientifiques dans la gestion de la crise sanitaire du Coronavirus. Et il n’y va pas par quatre chemins : «Sommes-nous otages des scientifiques ? », «Les politiques ont-il abdiqué face à la communauté scientifique, fortement liée, aux intérêts de puissants laboratoires ?» s’est-il indigné.

Ahmed Charaï qui avait fustigé dans un édito paru sur le quotidien espagnol «La Razón», au tout début de la pandémie, la panique et l’égoïsme des pays européens dans leur gestion de la crise, appelle aujourd’hui les politiques à ne plus se cacher derrière les scientifiques et à prendre leur responsabilité dans un contexte économique et social mondial très inquiétant.

L’éditorialiste estime que la communauté scientifique, au lieu de rassurer, «renforce les incertitudes, crée le désarroi, la panique» et qu’elle est encore dans le stade de compilation des flots de données. Il a dans ce sens souligné que le rôle des dirigeants politiques est de rassurer le public en fixant des normes et en arbitrant entre une santé publique efficace et une économie saine et non pas d’annihiler un risque sanitaire qu’ils ne peuvent gérer.

Lire ici

L’entreprise face au COVID-19 : «Quels rôles de la fonction Ressources Humaines ?» par Kamal Fahmi, Directeur Général de Progress Consulting

Depuis l’éclatement de la crise sanitaire du Covid-19, la fonction RH est sur tous les fronts : mise en place de mesures de protection des collaborateurs, organisation du travail à distance, gestion administrative des impératifs des organismes de sécurité sociale et surtout le maintien d’une communication interne permanente. Bref, les responsables des ressources humaines sont au coeur de la crise, jonglant au mieux entre obligations et prévention. Kamal Fahmi, un professionnel des ressources humaines, Risk Management et RSE, Directeur Général du cabinet conseil Progress Consulting, nous livre dans une tribune, les mesures clés qu’il préconise aux responsables des ressources humaines pour faire face à cette situation inédite.

Lire ici

Covid-19 : A partir du jour d’après, une société se jugera à l’état de ses hôpitaux

« Le Monde ne sera jamais plus pareil ». Cette incantation post-apocalyptique, entendue à chaque fois que l’Humanité est marquée par une crise globale soudaine et inattendue, semble raisonner de nouveau dans nos esprits, tel un écho sans fin, dans ce double contexte de chaos sanitaire mondiale et de grave récession économique. Rien, absolument rien, et encore moins les outils de coopération issus des mécanismes multilatéraux post Bretton Woods, n’a pu empêcher la propagation, aujourd’hui planétaire, d’un virus né en Chine ébranlant sur son passage toutes les idées reçues et les certitudes que nous nous faisions sur la réalité de notre Monde. Rien, absolument rien, et encore moins les leçons censées avoir été retenues des expériences passées du SRAS, du MERS, du H1N1 et d’Ebola, n’a permis d’endiguer, de limiter ou de maitriser l’inévitable propagation mondiale d’un virus parti de Chine.

C’est cette mondialisation, sous ses différentes formes dont la libre circulation, certes contrôlée, qui en découle, qui est pointée du doigt et qui est, trop souvent, clouée aux piloris par les observateurs. Il est indéniable que l’effet papillon – un badaud qui se nourri vraisemblablement d’un pangolin acheté sur le marché de Wuhan entraine la mort de milliers de personnes à travers le monde, ou plutôt l’effet domino, causé par une épidémie partie de Chine devenue une pandémie présente dans plus de 170 pays, reflètent l’interdépendance économique induite par la mondialisation. Or de tous temps, c’est cette même interdépendance économique qui a causé les pandémies les plus meurtrières de l’Histoire. Si les tenants du discours un peu trop facile, admettons-le, de la nécessaire démondialisation risquent d’avoir encore de beaux jours devant eux grâce au nouveau Coronavirus, il n’en reste pas moins que la mondialisation, telle qu’on la connait aujourd’hui, telle qu’on la vit, doit être fortement repensée. Nous nous pensions à l’abris d’un tel questionnement, seulement effleuré lors de la crise financière de 2008 et si vite oublié depuis, mais le Covid-19 nous démontre, tous les jours davantage, que les socles sur lesquels repose depuis des décennies notre société de consommation présentent d’importantes fragilités. Cette pandémie nous révèle leur ampleur tout autant qu’elle souligne les limites d’une absence de régulation du marché ou d’économies trop interdépendantes et trop interconnectées, y compris lorsqu’il s’agit de santé publique.

En 2008, c’est la crise des « subprimes » qui avait conduit à la faillite de Leman Brothers puis à la crise du système financier international, ayant par la suite engendré une crise économique ayant principalement impacté les pays membres de l’OCDE. Les Etats (riches) ont choisi de manière coordonnée de sauver leur système financier en injectant de l’argent dans les banques, sans faire évoluer d’un iota les principes macroéconomiques, notamment budgétaires et monétaires, et sans bouleverser les paradigmes financiers.

le Covid-19 nous démontre, tous les jours davantage, que les socles sur lesquels repose depuis des décennies notre société de consommation présentent d’importantes fragilités

En 2020, c’est une crise sanitaire mondiale sans précédent, donc une crise qui touche l’Homme, qui bouleverse les lois du marché, à savoir l’offre et la demande, mais également les principes de base de l’économie ; le capital et le travail. En l’absence de traitement et de vaccin contre le Covid-19, le confinement obligatoire, qui reste à ce jour le seul dogme préventif pour lutter contre la propagation du virus afin d’empêcher la saturation des systèmes nationaux de santé, réduit considérablement l’offre (l’activité productive est au ralenti en Chine, usine du monde et également l’un de ses principaux marchés, mais aussi dans les principales puissances industrielles) et entraine un très fort ralentissement de la demande, qui se focalise essentiellement désormais sur les produits de toute première nécessité. Pour l’ensemble de ces raisons, la crise sanitaire actuelle risque, dans les prochaines semaines, d’avoir des répercussions économiques et sociales au moins toutes aussi importantes dans leur impact que celles vécues lors de la crise de 1929.

Le Coronavirus a brisé les chaines de production et d’approvisionnement mondiales, y compris dans le domaine sanitaire, engendrées par la globalisation et la division internationale du travail. Cette crise, au-delà de ses graves répercussions économiques, à court et à moyen termes, met également en lumière l’absence de souveraineté nationale en matière de produits dits stratégiques ou vitaux pour un Etat. Et c’est sans doute essentiellement dans ce domaine, au-delà des répercussions économiques, sociales ou encore psychologiques, qu’il y aura nécessairement un « avant » et un « après » Covid-19. En effet, cette crise laissera une trace telle dans les esprits que plus jamais une Nation, qui a les moyens de se prémunir contre les risques de pénuries de médicaments, d’appareils de santé, de produits sanitaires ou encore de tests de dépistages, ne se permettra de continuer à sous-traiter ou à déléguer à d’autres son approvisionnement sur le plan de la santé publique. Les stocks sanitaires publiques, jadis décriés voire même caricaturés, seront désormais encouragés et deviendront la norme. Les investissements publics dans le secteur de la santé, qui doit pouvoir relever, au même titre que la défense ou de la sécurité, du domaine régalien de l’Etat se démultiplieront.

La crise sanitaire actuelle risque, dans les prochaines semaines, d’avoir des répercussions économiques et sociales au moins toutes aussi importantes dans leur impact que celles vécues lors de la crise de 1929

Sauver l’économie ou sauver des vies ? Telle est l’équation ou le dilemme auxquels font face quotidiennement de très nombreux dirigeants à travers le monde, d’où le tâtonnement ou les contradictions qui peuvent parfois être relevés dans les discours de certains décideurs politiques occidentaux. Deux doctrines s’affrontent : Celle, d’abord, qui consiste à libérer les Etats en temps de crise, ou en temps de guerre sanitaire contre le Coronavirus, de leur orthodoxie budgétaire en laissant filer les déficits pour faire face aux effets du confinement obligatoire, en venant massivement en aide aux entreprises, en préservant les emplois et en assurant un large éventail de prestations sociales. Elle peut être résumée à l’expression du Président Macron « quoi qu’il en coute ». Selon l’Insee, l’institut de prospective et de statistiques français, chaque mois de confinement coûtera au moins trois points de PIB en moins à la fin de l’année.

Par opposition à cette expression du Président français on pourrait retenir la déclaration du Président Trump « We can’t let the cure be worse than the problem », autrement dit la solution – à savoir le confinement et l’arrêt partiel de l’économie qui en découle est potentiellement destructeur pour la première puissance économique mondiale – ne peut être pire que le problème, à savoir la crise sanitaire. Le Président Trump qui s’oppose à un « lockdown » général du pays, au moment où plus d’une vingtaine d’Etats, dont ceux de New York et de Californie, sont en confinement obligatoire, souhaite « rouvrir » le pays à l’échéance du 12 avril, au moment où l’OMS prédit que les Etats-Unis seront le prochain épicentre de la pandémie. Le rebond des marchés financiers, conséquence de cette déclaration et l’approche de l’échéance électorale du mois de Novembre conforteront davantage le Président américain dans cette position, à moins que la multiplication des contaminations et des décès liés au Covid-19 dans ce pays ainsi qu’une détérioration rapide de la situation sanitaire ne conduisent le Président Trump, qui assure que les Etats-Unis ont les moyens de démultiplier rapidement et efficacement la capacité de réponse de leur système de santé face à la multiplication des cas à venir, à faire de nouveau évoluer sa position. Il n’en serait alors pas à sa première volte-face.

Les investissements publics dans le secteur de la santé, qui doit pouvoir relever, au même titre que la défense ou de la sécurité, du domaine régalien de l’Etat se démultiplieront.

Les hésitations de Boris Johnson qui ont précédé la mise en place du confinement en Grande-Bretagne ou encore le choix de l’Allemagne de miser sur la distanciation sociale mais pas encore sur le confinement obligatoire démontrent la réticence de certaines des principales puissances économiques à mettre en place le confinement obligatoire au risque de déstabiliser fortement leur économie.  Si la France a fait le choix assumé du confinement obligatoire, on assiste en parallèle à l’émergence d’un discours officiel de mobilisation autour du patriotisme économique qui consiste à promouvoir le « consommer français » ou à inviter les français à « aller dans les champs » pour aider les agriculteurs au mépris des règles actuelles de confinement.

Plus globalement, les Etats, pendant que la majorité d’entre eux s’interrogent sur la pertinence du confinement ou sur la nécessité de le lever au plus tôt, ont choisi, au-delà des mesures sanitaires, d’injecter plus de 6000 milliards de dollars (dont 5000 milliards de dollars à travers le G20), soit beaucoup plus qu’en 2008, pour mettre fin à cette crise sanitaire ou pour réduire son impact économique. La crise de 2008 et celle de 1929 venaient de la finance, soit du système économique lui-même. La crise économique actuelle, issue d’un choc sanitaire, n’est pas systémique, même si elle met en lumière de nombreuses fragilités. D’ailleurs l’économie, fortement appuyée par les Etats, repartira sans doute d’elle-même, tout aussi vite qu’elle s’est arrêtée. Les experts prévoient, d’ailleurs, une croissance de l’ordre de 6 ou 7% en 2021.

Mais en l’absence de concertation internationale, au moment où chaque pays, sans doute légitimement, joue sa propre partition, on est en droit de nous interroger sur le caractère obsolète des mécanismes du multilatéralisme face à un tel défi venu se présenter au Monde de manière totalement imprévisible, qui voit non seulement le système international être totalement exsangue et incapable d’endiguer la propagation d’une telle pandémie, mais tout aussi incapable à ce jour de réunir l’ensemble de la communauté international autour d’une base commune de réponses concertées à apporter. Alors qu’il n’y a eu à ce jour aucune réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU, aucune réunion du G7, seulement qu’un Conseil européen tenu en vidéoconférence qui nous parait déjà si lointain et qu’un Sommet virtuel du G20, tenu somme toute assez tardivement dans la chronologie de cette crise, seule la lueur de l’OMS, qui doit être aujourd’hui considérée davantage comme un organe d’autorité sanitaire plutôt qu’une organisation de concertation et de coopération internationale, continue à scintiller dans le ciel bien sombre du multilatéralisme.

La crise économique actuelle, issue d’un choc sanitaire, n’est pas systémique

Au moment où l’Europe est l’actuel épicentre de la pandémie, c’est bien entendu l’Union Européenne, ou plutôt son absence, qui cristallise tous les questionnements. Déjà fragilisée par le Brexit, l’UE, qui s’est doublement construite sur le principe de solidarité d’après-guerre et d’après chute du bloc de l’Est, semble se défaire par son absence de solidarité face cette crise européenne sans précédent. L’appel à l’aide de l’Espagne, qui vient de dépasser la Chine dans le décompte macabre du nombre de morts causées par le Covid-19, à l’OTAN, la Chine qui vient en aide à l’Italie, où les images de remplacement du drapeau européen par le drapeau chinois se multiplient, ou encore le détournement en République Tchèque des masques chinois censés être livrés à l’Italie resteront dans les esprits comme les marqueurs de la faillite de l’Europe. Cette crise mondiale et l’explosion de cette pandémie réduit l’UE à son plus simple appareil, à savoir un mécanisme de concertation budgétaire, monétaire et financier. Et encore, avec l’explosion des déficits à venir dans les Etats membres et la mise en suspens du Pacte de Stabilité ou alors avec l’impossibilité pour la BCE de baisser davantage son taux directeur compte tenu des taux d’intérêts déjà négatifs, que peut-il rester aux institutions financières et monétaires européennes ? Sans doute la capacité certaine de pouvoir sortir le chèque pour financer les plans de relance économique (mais aussi les filets sociaux) une fois la crise sanitaire terminée dans le Vieux Continent, mais nous n’en sommes pas encore là.

Nous l’avons vu plus haut, l’interdépendance dans un Monde globalisé a été un facteur de propagation de la pandémie et d’accélération de la récession économique, or dans ce Monde qui restera in fine globalisé, avec des ajustements qui s’imposeront d’eux-mêmes, seule une réponse globale et concertée pourra contribuer à sortir dans six mois, ou peut-être plus, de la crise sanitaire et dans un an, ou peut-être plus, de la crise économique, de la récession ou, pire encore de la dépression. « C’est à travers la mondialisation de la recherche médicale et à travers le multilatéralisme, la coopération entre Nations, que les maux du Covid-19 seront combattus ». Telle était ma conviction, exprimée, il y a quelques semaines, dans une précédente Tribune. Celle-ci est confortée aujourd’hui malgré l’absence d’avancées en termes de coopération internationale.

C’est, en effet, ce multilatéralisme réinventé qui nous permettra de sortir du spectre du paradigme de la gestion évolutive, seule réelle politique mise en place actuellement dans de nombreux pays. Comment peut-il vraiment en être autrement d’ailleurs ? Deux priorités, plus que toutes autres, semblent être inévitables et doivent pouvoir s’imposer, au plus vite, dans un agenda de concertation globale :

– D’abord, en l’absence de traitement validé par la communauté médicale et de vaccin, il est impératif que les stratégies de sortie du confinement généralisé soient coordonnées à l’échelle internationale. Rien ne pourrait être, en effet, plus grave pour l’économie mondiale qu’une sortie graduelle dans le temps et à géographie variable des Etats de leur confinement obligatoire sans concertation internationale. Si la courbe de la contagion des patients atteints du Coronavirus doit être étalée dans le temps pour préserver les systèmes nationaux de santé et éviter ainsi une situation de saturation désastreuse sur le plan sanitaire, il serait catastrophique pour l’économie mondiale d’observer en corolaire un aplanissement dans le temps de la courbe de la baisse exponentielle de l’activité et de la production industrielle. Cela aurait comme effet d’empêcher un « reboot » complet du système, à moins que les pays qui lèvent leur confinement mettent à profit la relance de leur activité productive pour venir en aide aux Nations toujours en confinement dans un esprit de solidarité et d’interdépendance vertueuse, d’autant plus qu’il sera bénéfique pour leur propre économie.

– Ensuite, la concertation internationale, donc le multilatéralisme, sera évidemment essentielle dans la mise en place d’un plan de relance multidimensionnel de l’économie mondiale. Il faudra aller bien entendu, tant la récession sera globale, au-delà et de la panoplie de mesures efficaces de soutien à l’économie mondiale et à la finance internationale mise en place à travers le G20 lors de la crise de 2008. Ce plan global de relance, contrairement à celui de 2008, ne devrait pas uniquement concerner les économies de l’OCDE mais plutôt celle de l’ensemble des pays touchés par le Covid-19 et par ses conséquences économiques et sociales potentiellement dramatiques. Comme d’habitude le continent africain sera en première ligne des besoins et une attention particulière devra être accordée au soutien des économies africaines (et aux différents systèmes de santé nationaux) dont certaines sont habituées à être confrontées à des crises sanitaires majeures telles qu’Ebola ou le VIH. L’Afrique, qui selon de nombreux experts devrait être le dernier épicentre ou foyer de la pandémie de Covid-19, risque fortement et malgré elle, faute de moyens d’appliquer un confinement généralisé stricte et en l’absence de système de santé capable d’absorber un flux continu de patients, de devenir un réel laboratoire du principe de l’immunité collective – un temps cher à Boris Johnson et toujours appliqué au Pays-Bas et dans une moindre mesure dans certains pays scandinaves – mais au prix d’un désastre humanitaire sans nom. Un de plus.

La concertation et la coopération entre Etats, déjà observées sur le plan médical et scientifique à travers la recherche de vaccin, la mise en place à grand échelle d’essais cliniques de traitement – incluant l’essai européen « Discovery » qui teste actuellement quatre traitements et cinq molécules, dont la fameuse et prometteuse chloroquine – mais aussi la simplification des tests de dépistages, pourraient être élargie à la réflexion autour de la définition d’une procédure de sortie de confinement suffisamment efficace pour annihiler les risques de rebond de la pandémie. Le benchmark chinois s’impose bien entendu, mais le cas coréen peut également être pertinent. Partant de ces deux exemples et du postulat de l’absence prolongée de vaccin ou de traitements disponibles, les confinements généralisés imposés dans de nombreux pays doivent à la fois permettre d’éviter la saturation des systèmes de santé mais aussi de laisser le temps aux différents gouvernements d’être en mesure de proposer une démultiplication des tests de dépistage, qui reste en définitive, sans réponses médicales ou cliniques avérées, la seule mesure permettant de lever le confinement une fois le pic de contamination de la population atteint.

Le dépistage à lui seul ne peut empêcher la diffusion et la propagation massive du virus. Il ne peut pas non plus permettre d’éviter le confinement. Il peut, cependant, lorsqu’il est accompagné d’un contrôle strict et d’une traçabilité complète des déplacements et des contacts des individus testés positifs – qui sont dès lors invités à s’isoler – permettre d’accompagner la levée du confinement obligatoire. Pour éviter d’en arriver là, les coréens qui disposaient d’une importante capacité de production de tests, héritée de l’expérience de ce pays lors des épidémies du SRAS et du MERS, ont accepté de restreindre leur droit à la vie en privée en permettant aux autorités d’avoir accès, à travers l’utilisation des données de leurs smartphones, de leurs informations bancaires et de la méthode de « back tracking », à l’ensemble des personnes avec qui ils sont entrés directement ou indirectement en contact. Ce « tracking » est rendu d’autant plus efficace qu’il est également accompagné de l’utilisation massive en Corée du Sud de caméras de vidéosurveillance.

La Chine, qui sort progressivement du confinement, met en place des mesures similaires pour éviter un redémarrage de l’épidémie. En l’absence de solution sanitaire pour combattre le Covid-19, la restriction des libertés, dans un esprit de contribution volontariste à un effort collectif, semble être, pour le moment, le seul système de réponse valable et efficace. Au-delà des sacrifices économiques et des nombreuses pertes en vies humaines, cette crise sanitaire sans précédent impose aujourd’hui une restriction momentanée des déplacements et des contacts et imposera sans doute demain, dans les pays les mieux organisés et les mieux équipés, une limitation, sans doute plus durable, du droit à la vie privée. C’est le lourd tribut à payer lors de cette guerre mondiale, sans feu nourri, contre un ennemi, sans bannière, sournois et invisible.

Gouverner c’est prévoir, mais face à l’imprévisible gouverner devient agir

A situation exceptionnelle, sacrifices exceptionnels donc. Mais, tout autant, à situation évolutive, gestion évolutive et solutions évolutives. Si la propagation du virus n’est pas figée, donnant l’impression d’avoir toujours une longueur d’avance sur les décideurs politiques, ce qui pourrait d’ailleurs expliquer les hésitations et les improvisations de certains d’entre eux, la doctrine pour faire face à cette crise n’est pas, non plus, figée, tant la vérité du jour peut être différente de celle du lendemain. Gouverner c’est prévoir, mais face à l’imprévisible gouverner devient agir. Face à cette crise il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises décisions mais seulement des décisions nécessaires, prises en conscience et en responsabilité dans un soucis de préserver l’intérêt général. A travers cette crise, comme nul autre événement récent, le décideur public remet naturellement l’Humain au centre de ses actions et de ses décisions.

« Le Monde ne sera jamais plus pareil ». Oui, dans le bon sens, à condition, comme trop souvent par le passé, que nous n’ayons pas la mémoire courte. Mais, au cœur de la tempête, il est tout de même rassurant, même pour les plus libéraux d’entre nous, de voir se dessiner les contours d’un Etat Nation, d’un Etat Social, d’un Etat interventionniste, d’un Etat dirigiste, d’un Etat Protecteur et d’un Etat indépendant dans la nécessaire interdépendance. Ce que nous voyons actuellement du Maroc, sous l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, j’y reviendrai plus longuement dans un prochaine Tribune, correspond, malgré les craintes et les angoisses légitimes liées à la Pandémie du Covid-19, à ce que nous sommes en droit d’imaginer d’un Modèle de développement plus juste, plus solidaire et plus équilibré, où l’Etat, garant des équilibres sociaux, des prestations sociales et des services publics, serait le maître du jeu au bénéfice du citoyen.

Pour conclure, je voudrais adapter au contexte actuel une expression de Camus qui me vient naturellement à l’esprit. Une société se jugera désormais à l’état de ses hôpitaux, donc à la performance de son système de santé.

Brahim Fassi Fihri

Président Fondateur de l’Institut Amadeus