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Liban

Les Etats-Unis, l’Iran et l’inertie font obstacles aux plans libanais de la France

Lors d’un dîner privé, le mois dernier à Paris, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, n’a pas fait mystère du mécontentement de Washington au sujet de la stratégie adoptée par la France consistant à tenir compte du Hezbollah pro-iranien dans le processus visant à résoudre la crise économique et politique libanaise.

Reuters

Emmanuel Macron s’est rendu deux fois au Liban depuis l’explosion meurtrière dans le port de Beyrouth en août dernier et il n’a pas ménagé ses efforts pour tenter de sortir le pays, autrefois sous mandat français, de sa crise la plus profonde depuis la guerre civile de 1975-1990.

Le chef de l’Etat tente de jouer de l’influence historique de Paris pour convaincre la classe politique libanaise d’adopter une feuille de route et de former un nouveau gouvernement capable de s’attaquer à la corruption, condition préalable pour que les donateurs internationaux, dont le Fonds monétaire international (FMI), débloquent des milliards de dollars d’aide.

Une troisième visite prévue le 22 décembre a dû être reportée, Emmanuel Macron ayant été testé positif au coronavirus jeudi. Il sera remplacé par le chef d’état-major des armées, François Lecointre, qui va rendre visite aux forces françaises sur place.

Selon un officiel impliqué dans l’organisation de la visite, un entretien téléphonique avec le président libanais Michel Aoun pourrait avoir lieu, mais rien d’autre n’est prévu à ce stade.

Emmanuel Macron est confronté à la fois à l’inertie de la classe politique libanaise – qui a ignoré les messages de la communauté internationale sur la faillite de l’Etat – et aux réserves de Washington sur son plan.

«La classe politique libanaise est coincée dans ses propres contradictions et est heureuse de jouer la montre», observe Nadim Khoury, directeur exécutif du cercle de réflexion Arab Reform Initiative.

«Saad Hariri n’est pas en mesure de former un gouvernement et, sur le plan international, les Etats-Unis ne vont pas faciliter la tâche de la France pour former un gouvernement.»

Les réserves de Washington sur le plan Macron portent essentiellement sur le rôle du Hezbollah, mouvement chiite pro-iranien qui figure sur la liste américaine des organisations terroristes.

L’ancien Premier ministre Saad Hariri, qui a été chargé de former un nouveau gouvernement après la démission de Mustapha Adib en septembre, s’efforce pour l’instant de réunir un cabinet reflétant toutes les composantes politiques libanaises, y compris le Hezbollah.

Nouvelles sanctions en vue

Paris n’était initialement pas favorable à son retour à ce poste, dans la mesure où il n’est pas parvenu par le passé à engager les réformes nécessaires, ont déclaré trois responsables français. Toutefois, faute d’alternative crédible, Emmanuel Macron ne s’est pas opposé à cette nomination.

La France estime que les élus du Hezbollah ont un rôle politique légitime.

Les Etats-Unis ont déjà imposé des sanctions à trois personnalités politiques liées au Hezbollah. Lors d’un dîner à Paris le mois dernier avec huit ambassadeurs, Mike Pompeo a clairement indiqué que d’autres mesures seraient mises en oeuvre si le Hezbollah faisait partie du gouvernement, selon deux personnes ayant eu connaissance de sa visite.

«Le Président Trump et Mike Pompeo ont clairement exprimé et à plusieurs reprises leur soutien à l’initiative française pour la constitution au Liban d’un gouvernement de mission capable de recevoir l’aide internationale», a souligné pour sa part l’Elysée.

«Les Etats-Unis ont d’ailleurs participé aux deux conférences internationales des donateurs organisées par la France avec l’Onu fin août et début décembre», a ajouté l’Elysée.

Influence malveillante

Dans une déclaration faite après la visite de Mike Pompeo à Emmanuel Macron, le Département d’Etat américain a déclaré qu’ils avaient discuté «des menaces importantes pour la sécurité mondiale, des efforts pour contrer l’extrémisme violent, du comportement déstabilisateur de l’Iran et de l’influence malveillante du Hezbollah au Liban».

Sans le soutien des Etats-Unis, les organisations internationales et les donateurs ne fourniront pas au Liban l’aide dont il a besoin pour sortir d’une crise financière qui, selon la Banque mondiale, verra probablement plus de la moitié de la population sombrer dans la pauvreté d’ici 2021.

Pour l’administration américaine sortante, une position ferme à l’égard du Hezbollah est essentielle pour démontrer que sa politique globale au Moyen-Orient a été efficace, notamment contre l’Iran.

Trois diplomates ont déclaré qu’ils ne s’attendaient pas à ce que le président élu Joe Biden change rapidement de politique étant donné la nature bipartisane de la position américaine et des autres priorités de la nouvelle administration.

Joe Biden a déclaré qu’il prévoyait d’abandonner ce qu’il appelle «l’échec dangereux» de la politique de «pression maximale» de Donald Trump à l’égard de l’Iran, mais des proches ont déclaré qu’il n’hésiterait pas à recourir aux sanctions.

Une semaine après la visite de Mike Pompeo à Paris, les Etats-Unis ont ajouté à leur liste noire les noms de deux anciens ministres libanais, dont un appartenant au mouvement chiite Amal, fragilisant ainsi l’approche d’Emmanuel Macron.

«Vous avez raison de dire que la politique de sanctions non-concertée et non-coordonnée avec nous de l’administration américaine sur des dirigeants chiites a sans doute contribué à tendre le jeu», a déclaré le président français peu de temps après.

Depuis lors, Gebran Bassil, gendre de Michel Aoun, qui dirige le Courant patriotique libre (CPL), le plus grand parti chrétien du Liban, a également été sanctionné pour ses liens avec le Hezbollah. Selon des diplomates américains, européens et régionaux, de nouvelles sanctions sont imminentes.

Mesures punitives

Le Hezbollah est devenu la puissance dominante au Liban, avec des membres élus au parlement et des représentants au gouvernement. Bien que le soutien de l’Iran ait été sanctionné par Washington, le groupe reste un pilier de l’influence régionale de Téhéran.

Les responsables français affirment que les sanctions américaines n’ont pas permis de changer la situation sur le terrain. Un membre de l’équipe du président français a déclaré le 2 décembre à la presse: «Ils n’ont rien bloqué (…) mais n’ont rien débloqué non plus.»

Lors d’une conférence en ligne du cercle de réflexion SCRS, l’ambassadrice des Etats-Unis au Liban, Dorothy Shea, a déclaré qu’éviter la faillite de l’Etat était une priorité, mais que Washington jugeait le Hezbollah «entièrement au service de ses maîtres iraniens» et que les mesures américaines avaient un impact.

Israël, l’allié le plus proche des Etats-Unis au Moyen-Orient, considère l’Iran comme sa plus grande menace et le Hezbollah comme le principal danger à ses frontières.

Les responsables iraniens ont déclaré qu’Hassan Nasrallah, chef de file du Hezbollah, était en contact avec Téhéran concernant la façon de gérer l’initiative de Macron, mais qu’ils ne permettraient pas que le Hezbollah soit affaibli.

Les sanctions américaines imposées à des alliées du mouvement chiite n’ont «rien changé sur le terrain», a déclaré Emmanuel Macron le 2 décembre, lors une conférence des donateurs organisée à l’initiative de la France.

«Nous ne lâcherons rien (…) dans nos exigences, qu’elles portent sur les réformes ou l’enquête sur les origines de l’explosion du port», a-t-il ajouté.

Liban: puissante explosion dans un bâtiment du Hezbollah dans le Sud

Une puissante explosion a secoué mardi un bâtiment du Hezbollah aux abords d’un village du Sud du Liban, provoquant d’épaisses volutes de fumée noire.

Avec AFP

Un habitant du village d’Aïn Qana a évoqué une maison faisant office de «centre du Hezbollah», précisant que des membres du mouvement chiite armé avaient bouclé le secteur.

«Tout le village a été secoué», a-t-il dit, rapportant des dommages matériels dans le périmètre de l’explosion.

Un photographe de l’AFP a constaté qu’un cordon sécuritaire avait été érigé par des membres du Hezbollah.

Selon les «informations préliminaires» de source militaire, il s’agit d’un «site du Hezbollah» où «se trouvaient des munitions».

L’armée a indiqué dans un communiqué avoir dépêché des forces sur les lieux de la déflagration et «amorcé une enquête sur les causes de l’explosion».

Une source proche du parti pro-iranien a évoqué un «accident» et indiqué à l’AFP qu’il s’agissait bien « d’un site du Hezbollah » mais «pas d’un entrepôt» d’armes du parti.

Des médias locaux relatant une version «non officielle du Hezbollah» ont évoqué la présence sur le site de mines et obus datant de la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2006, récupérés par des ONG dans les champs voisins en vue de les neutraliser.

Selon l’Agence nationale d’information (ANI), l’explosion, dont les «causes (sont) inconnues, a coïncidé avec le survol de l’aviation ennemie, qui depuis ce matin n’a pas quitté le ciel» de la région où se trouve Aïn Qana, en allusion à Israël.

Le Hezbollah n’a pas encore officiellement commenté l’incident tandis qu’un porte-parole de l’armée israélienne a affirmé à l’AFP «ne pas commenter les informations de médias étrangers».

Dans le sud du Liban, bastion du Hezbollah, des affrontements limités ont opposé ces derniers mois le mouvement chiite au voisin israélien à la frontière.

Poids lourd de la vie politique, représenté au gouvernement et au Parlement libanais, le Hezbollah est militairement engagé aux côtés du régime de Bachar al-Assad dans le conflit en Syrie, où il est régulièrement la cible de frappes israéliennes.

Sans gouvernement, le Liban se dirige «vers l’enfer», prévient le président

Le Liban se dirige vers «l’enfer» si un nouveau gouvernement n’est pas formé dans les plus brefs délais, a averti lundi le chef de l’Etat Michel Aoun, alors que le processus de formation d’un cabinet semble dans l’impasse.

Avec AFP

«Nous sommes confrontés à une crise de formation d’un gouvernement, ce qui n’était pas censé se produire car les échéances qui attendent le Liban ne permettent pas de perdre une seule minute», a affirmé M. Aoun, 85 ans, l’air fatigué, le verbe hésitant.

Les partis politiques libanais s’étaient engagés début septembre à former un cabinet «de mission» composé de ministres «compétents» et «indépendants» dans un délai de deux semaines pour sortir le pays du marasme économique, avait annoncé le président français Emmanuel Macron lors d’une visite à Beyrouth.

Mais le processus piétine en raison de divergences sur l’attribution de portefeuilles ministériels.

Le principal obstacle vient du mouvement chiite armé Hezbollah, poids lourd de la politique libanaise, et de son allié Amal, dirigé par le chef du Parlement Nabih Berri, qui réclament le portefeuille des Finances, une demande rejetée en bloc par leurs détracteurs, dont l’ancien Premier ministre sunnite Saad Hariri.

«Avec le durcissement des positions, il ne semble pas y avoir de solution à l’horizon, car toutes les solutions proposées impliquent des gagnants et des perdants», a regretté le président Aoun. Faute d’accord, le Liban se dirigera «vers l’enfer», a-t-il prévenu.

Le chef de l’Etat a renvoyé dos à dos les «deux camps», soulignant que «les blocs parlementaires ne devaient pas être écartés» du processus, en allusion à la démarche entreprise par le Premier ministre désigné Moustapha Adib qui refuse toute consultation préalable avec les blocs parlementaires pour le choix des ministres comme ce fut le cas ces dernières années.

Fait rare, M. Aoun a aussi critiqué l’insistance de ses alliés, le Hezbollah et Amal, sur le portefeuille des Finances, soulignant qu’aucun ministère ne devait être attribué à une communauté spécifique d’après la Constitution.

Initiative française

Plus tôt dans la journée, Moustapha Adib avait demandé «la coopération de toutes les parties afin de faciliter la formation d’un gouvernement de mission avec un programme spécifique».

Dans un communiqué, il a appelé toutes les forces politiques à «oeuvrer immédiatement et sans délai pour le succès de l’initiative française, qui ouvre la voie au sauvetage du Liban et met fin à la détérioration accélérée» de la situation générale du pays.

Le Liban vit depuis un an l’une des pires crises économiques, sociales et politiques de son histoire, marquée par une dégringolade de sa monnaie nationale, une hyperinflation et une paupérisation à grande échelle de la population.

La crise a été amplifié par la pandémie de Covid-19 et l’explosion tragique le 4 août au port de Beyrouth, qui a catalysé la mobilisation de la communauté internationale.

La communauté internationale, particulièrement la France, exige du Liban des réformes structurelles en contrepartie d’un soutien international de plusieurs milliards d’euros.

Un gigantesque incendie au port de Beyrouth 1 mois après la double explosion

Un énorme incendie s’est déclaré jeudi dans un entrepôt du port de Beyrouth, semant la panique parmi des Libanais encore sous le choc de l’explosion meurtrière et dévastatrice qui a traumatisé la capitale il y a cinq semaines.

AFP

D’épaisses colonnes de fumée noire sont visibles depuis plusieurs quartiers de la capitale. L’incendie a touché un entrepôt où sont stockés des bidons d’huile et des pneus de voiture, a indiqué l’armée libanaise dans un communiqué, appelant les habitants à quitter les quartiers environnants.

Le feu a pris dans la zone franche du port, où étaient stockés des pneus et des huiles alimentaires par une compagnie importatrice, a déclaré de son côté le directeur par intérim du port, Bassem al-Kaissi, à une chaîne de télévision locale.

L’incendie « a commencé avec les bidons d’huile avant de se propager aux pneus », a-t-il ajouté, sans être en mesure d’en préciser l’origine.

« C’est soit à cause de la chaleur soit d’une erreur, il est encore trop tôt pour le savoir », a affirmé M. Kaissi.

Des camions de la défense civile ont été dépêchés sur le site de l’incendie, tandis que l’armée a déployé des hélicoptères pour tenter d’éteindre les flammes.

Sur les réseaux sociaux, nombre de vidéos montrent une grande boule de feu et d’épaisses colonnes de fumée noire. Le mot dièse en arabe #PortdeBeyrouth est parmi les plus repris sur Twitter.

« Feu démentiel au port, provoquant la panique dans tout Beyrouth. On ne peut pas avoir une pause », a déploré sur Twitter une chercheuse de Human Rights Watch (HRW), Aya Majzoub.

Le 4 août, une gigantesque explosion au port, déclenchée par un incendie, a dévasté des pans entiers de la capitale, faisant au moins 190 morts et plus de 6.500 autres.

Trump dit que l’explosion de Beyrouth semble avoir été causée par une bombe

Le président américain Donald Trump a décrit mardi l’explosion massive survenue dans la capitale libanaise Beyrouth comme une possible attaque, malgré les déclarations des dirigeants libanais selon lesquels il s’agirait d’un accident provoqué par le stockage de matériel hautement explosif.

«Les Etats-Unis se tiennent prêts à aider le Liban», a-t-il dit lors d’un point de presse à la Maison blanche à propos de l’explosion survenue quelques heures plus tôt, qui a fait au moins 78 morts et plusieurs milliers de blessés.

«Cela ressemble à une terrible attaque», a ajouté le président américain.

Interrogé par la suite sur l’explosion, Donald Trump a fait savoir qu’il s’était entretenu avec des généraux américains, lesquels estimaient que l’explosion n’était pas accidentelle. Il a déclaré aux journalistes que selon ces généraux, dont il n’a pas donné l’identité, il s’agissait «d’une attaque». «C’était une sorte de bombe», a dit Trump.

Le département américain de la Défense a renvoyé une demande de commentaire à la Maison blanche.

Deux représentants américains, s’exprimant sous couvert d’anonymat, ont déclaré ne pas savoir précisément comment Donald Trump avait reçu cette information, mais que les premiers éléments ne semblaient pas indiquer qu’il s’agissait d’une attaque.

Selon ces représentants, les éléments concordent jusqu’à présent davantage avec les informations communiquées publiquement par les autorités à Beyrouth. Ils ont ajouté que cette position pouvait encore évoluer.

Le président libanais Michel Aoun a déclaré que 2.750 tonnes d’ammonium de nitrate étaient stockées depuis six ans dans le port de Beyrouth sans mesures de sécurité, décrivant cela comme «inacceptable».

Reuters

Beyrouth : une double explosion fait 73 morts et 3.700 blessés

Corps gisant au sol, immeubles dévastés, carcasses de voitures: deux énormes explosions dans le port de Beyrouth ont fait mardi au moins 73 morts et 3.700 blessés, et provoqué des scènes de dévastation et de panique dans la capitale libanaise, déclarée ville «sinistrée».

«C’était comme une bombe atomique. J’ai tout vu (dans ma vie), mais rien de tel», a dit à l’AFP Makrouhie Yerganian, un professeur à la retraite, vivant depuis plus de 60 ans en face du port.

Le Premier ministre Hassan Diab a affirmé que ces déflagrations étaient notamment dues à l’explosion de quelque 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium, substance qui entre dans la composition de certains engrais mais aussi d’explosifs.

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Le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, avait indiqué auparavant que les explosions étaient peut-être dues à des «matières explosives confisquées depuis des années».

Vers 18H00 locales (15H00 GMT), une première explosion a été entendue à Beyrouth, agglomération de quelque deux millions d’habitants, suivie d’une autre, très puissante, qui a provoqué un gigantesque champignon dans le ciel.

Les immeubles ont tremblé et les vitres ont été brisées à des kilomètres à la ronde. Le souffle a été ressenti jusque sur l’île de Chypre, à plus de 200 km.

Selon un dernier bilan provisoire du ministère de la Santé, en fin de soirée, au moins 73 personnes ont été tuées et 3.700 blessées. Les hôpitaux de la capitale, déjà confrontés à la pandémie de Covid-19, sont saturés.

Catastrophe

La mission de l’ONU au Liban a affirmé que des Casques bleus avaient été grièvement blessés à bord d’un navire amarré dans le port. Des membres du personnel de l’ambassade d’Allemagne ont aussi été blessés, selon Berlin.

Dans les rues de Beyrouth, des soldats ont évacué des habitants abasourdis, certains couverts de sang, T-shirt autour du crâne pour panser leurs blessures.

Des voitures, airbags ouverts, mais aussi des bus, ont été abandonnés au beau milieu des routes. Des habitations proches du port ont été rasées ou fortement endommagées.

Un témoin a estimé que l’explosion était «plus forte que celle lors de l’assassinat de Rafic Hariri».

Le 14 février 2005, un attentat spectaculaire provoqué par une camionnette bourrée d’explosifs avait ciblé le convoi de l’ex Premier ministre, le tuant ainsi que 21 autres personnes et faisant plus de 200 blessés. La déflagration avait provoqué des flammes hautes de plusieurs mètres, soufflant les vitres des bâtiments dans un rayon d’un demi-kilomètre.

«C’est une catastrophe à l’intérieur (du port). Il y a des cadavres par terre. Des ambulances emmènent les corps», a indiqué à l’AFP un soldat aux abords du port. Un homme en pleurs tentait d’avoir auprès d’un soldat des nouvelles de son fils présent sur place.

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Inadmissible

Plusieurs heures après le drame, des hélicoptères continuaient de déverser de l’eau pour tenter d’éteindre les flammes.

Le secteur du port a été bouclé par les forces de sécurité, qui ne laissaient passer que la défense civile, les ambulances aux sirènes hurlantes et les pompiers.

Outre les images ahurissantes des explosions, des photos postées sur les réseaux sociaux ont montré des dégâts à l’intérieur du terminal de l’aéroport international de Beyrouth, situé à neuf kilomètres du site.

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Un navire arrimé face au port a pris feu, mais il n’était pas possible de déterminer s’il y avait à son bord des passagers.

Après le drame, le Conseil supérieur de la Défense a déclaré Beyrouth «ville sinistrée», et le président Michel Aoun a déploré «une catastrophe majeure». Le Premier ministre a décrété mercredi jour de deuil national.

Il a promis que les responsables devraient «rendre des comptes».

«Il est inadmissible qu’une cargaison de nitrate d’ammonium, estimée à 2.750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C’est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire», a déclaré Hassan Diab devant le Conseil supérieur de défense, selon des propos rapportés par un porte-parole en conférence de presse.

Hassan Diab a appelé les «pays amis» à fournir une aide d’urgence, alors que ce drame vient s’ajouter à l’immense détresse des Libanais: le pays connaît sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par une dépréciation monétaire inédite, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques.

Paris a annoncé l’acheminement de «secours et moyens français» et les Etats-Unis se sont dit «prêts à fournir (leur) assistance au peuple libanais» pour l’aider à «se remettre de cette horrible tragédie», soulignant qu’il s’agissait d’une «épreuve supplémentaire dans une période de crise déjà profonde».

Avec AFP

Incivisme au Moyen-Orient: gants et masques polluent villes et nature

En se promenant dans les rues désertes de Beyrouth confinée, le photographe libanais, Omar Frangieh, a remarqué autour de lui des masques et des gants en plastique, utilisés pour se protéger du nouveau coronavirus puis jetés sans état d’âme, au risque de polluer les villes et la nature.

Le photographe libanais,Omar Frangieh, a pris plus de 200 photos de ces objets avant de réunir ses clichés sur Facebook en un album intitulé «Les envahisseurs de Beyrouth».

De Bagdad à Gaza, les masques et gants sont en forte demande dans les pays du Moyen-Orient, dont les populations espèrent grâce à eux limiter la propagation de la pandémie de Covid-19.

Mais comme les «envahisseurs» sont souvent à usage unique, ils sont ensuite jetés par leurs utilisateurs, parfois à même le sol.

«Le principal souci, c’est que ce matériel de protection peut devenir un problème de santé en polluant les rues de Beyrouth», s’alarme Frangieh auprès de l’AFP.

Le virus se transmet principalement par les gouttelettes émises par les humains lorsqu’ils parlent, éternuent ou baillent, mais peut aussi survivre sur certaines surfaces pendant plusieurs jours, selon des études scientifiques.

Ceux chargés de nettoyer de ces «envahisseurs» les rues de la capitale libanaise risquent donc d’être contaminés par les masques et gants souillés, estime Frangieh, dont le pays compte officiellement 870 cas de la maladie Covid-19 et 26 décès.

Parkings et plages pollués

En Arabie saoudite, où 40.000 cas ont été recensés par les autorités, certains supermarchés obligent leurs clients à utiliser des gants jetables.

Une fois leurs courses terminées, les Saoudiens les abandonnent sur le parking de l’établissement et le vent chaud du désert les parsème dans les villes.

Mais, alors que les pharmacies du pays font face à des persistantes pénuries de masques et gants, le débat se poursuit sur leur véritable efficacité.

Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il est plus utile de se laver les mains régulièrement, tandis que le Centre américain de prévention des maladies appelle à porter plutôt des masques en tissu, pour laisser leur version jetable aux soignants et autres travailleurs en première ligne de l’épidémie.

Dans l’enclave palestinienne de Gaza sous blocus israélien, la plage, d’ordinaire déjà fortement polluée, est désormais aussi jonchée «d’envahisseurs».

En un coup de vent, ils finissent dans la mer. Non recyclables, ils mettront des années à se dissoudre dans l’eau et risquent d’ici là de mettre en péril la flore et faune maritime.

Quelques commerçants et passants ont pris l’initiative de les collecter pour les jeter dans des bennes à ordures, comme Lina Ouda, venue se promener sur la plage avec son mari.

«J’ai remarqué qu’il y avait des masques et des gants par terre sur la corniche et je les ai mis à la poubelle parce que cela pollue la plage», explique la femme de 30 ans.

«Il n’y a pas d’éducation générale concernant le nettoyage des plages à Gaza, mais certaines personnes le font» d’eux-mêmes, ajoute son mari, Jamal Ouda.

Mais «beaucoup d’autres se baladent en portant des masques et des gants et (à la fin de leur promenade) les jettent sur le sol», déplore-t-il.

Coronavirus : Le Liban ferme tous ses restaurants, pubs et cafés

Après un deuxième décès lié au Coronavirus, le syndicat professionnel des restaurants, cafés, boîtes de nuit et pâtisseries a décidé aujourd’hui la fermeture de tous les restaurants du pays.

Les restaurants de tout le Liban vont fermer leurs portes, afin de lutter contre l’épidémie de coronavirus, a annoncé mercredi Tony Rami, le président du syndicat des propriétaires de restaurants, cafés, boîtes de nuit et pâtisseries.

Seuls les services de livraisons à domicile des restaurants continueront de fonctionner a-t-il précisé. Cette fermeture, qui sera effective «jusqu’à nouvel ordre, dans l’intérêt de tous» s’applique à toutes les régions du pays sans exception, a-t-il ajouté.

Plus de soixante cas de coronavirus ont été détectés au Liban ces dernières semaines. Parmi ces contaminations, deux personnes sont décédées depuis hier. Face à cette épidémie, de nombreuses mesures de protection ont été prises, comme les restrictions des vols vers le Liban en provenance de régions endémiques et la fermeture des écoles et universités.

En pleine crise, les Libanais bataillent avec les banques pour retirer leur argent

Une femme s’emporte et réclame son salaire en criant. Un homme tape du poing sur le comptoir, exigeant qu’on lui donne de l’argent. Au Liban en crise, la colère explose quotidiennement dans les banques qui imposent de sévères restrictions.

Dès le petit matin, des dizaines de clients font le pied de grue devant leur banque, avant de se ruer à l’intérieur pour attendre leur tour devant des guichets débordés qui fournissent les billets verts au compte-goutte et uniquement aux détenteurs de comptes en dollars.

«Vous avez de l’argent sur votre compte, vous allez à la banque pour en retirer et on vous dit non», résume Khaled Taki.

Ce consultant de 68 ans s’est vu refuser des dollars au guichet il y a une semaine. «Ils m’ont dit qu’ils n’en avaient plus», raconte-t-il.

Dans ce pays au bord de l’effondrement économique depuis plusieurs mois, une crise des liquidités étrangle les Libanais, sur fond de manifestations inédites déclenchées le 17 octobre contre une classe politique accusée de corruption et d’incompétence.

Au Liban, le billet vert est utilisé au même titre que la livre libanaise pour tout type de transaction. Certains, par exemple, payent leur loyer ou des crédits en dollars.

Mais depuis septembre, les banques ont imposé des restrictions de plus en plus drastiques sur la conversion de dollars, les retraits et les transferts.

Aucune mesure officielle n’a été décrétée, mais les retraits sont limités à environ mille dollars par mois, pour les banques les plus généreuses.

Conséquence: cris, larmes, marchandages et coups de poing rythment le quotidien des agences bancaires, devenues des arènes de combat même si des policiers ont été déployés pour limiter les débordements.

Les banques s’en moquent

«J’ai vu une femme supplier l’employé de banque, s’agenouiller et embrasser le sol en demandant son argent», s’indigne Taki. Mais «les banques s’en moquent», lâche-t-il.

«Ils ont votre argent et vous le donneront quand ils voudront, comme un père qui donne à son fils son argent de poche.»

Pendant des décennies, les banques commerciales libanaises ont attiré d’importants dépôts, placés par des membres de la diaspora ou des investisseurs étrangers.

Ce flux de devises étrangères, stratégique pour le système monétaire, a connu un fort ralentissement ces dernières années, dans un contexte de marasme économique et de crises politiques à répétition.

En novembre, deux agences de notation financière internationales ont dégradé la note attribuée aux principales banques du pays, invoquant des pressions sur leurs liquidités.

Le même mois, la Bank of America a mis en garde contre un épuisement des réserves en devises étrangères de la Banque centrale d’ici à mi-2020.

Certains experts évoquent un «haircut» de facto, une mesure financière consistant à ponctionner une partie des dépôts des clients.

Pour Sami Halabi, directeur du cabinet d’études Triangle, basé à Beyrouth, les banques «tentent de transférer leurs pertes sur le public7.

«La réputation des banques est complètement ternie7, ajoute Halabi. «Plus personne ne leur fera confiance pendant des années.»

Personne ne peut sortir 1.000 dollars de Beyrouth

Si le taux de change officiel est toujours de 1.507 livres pour un dollar, les restrictions bancaires ont entraîné une dévaluation de fait d’environ 30% de la monnaie nationale dans les bureaux de change. Sur le marché parallèle, le précieux dollar s’achète parfois à plus de 2.000 livres.

https://twitter.com/tafa3olcom/status/1211010563486167040

Les restrictions ont alimenté la colère du public. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre un client sortant une hache à l’intérieur d’une banque, face à des employés qui refusent de lui verser de l’argent.

Des manifestants ont aussi investi à plusieurs reprises certaines succursales pour entonner les traditionnels chants de Noël, modifiant les paroles pour dénoncer le système bancaire.

Installée en Italie, Rana vit pleinement le «cauchemar financier». Depuis octobre, sa banque au Liban a interrompu les transferts envoyés à l’entreprise en Europe qui lui construit une maison. Elle pourrait se retrouver en prison, dit-elle.

Avec les mille dollars par mois qu’elle peut transférer, elle peut à peine couvrir son loyer en Italie, ou rembourser les 30.000 dollars dus à la société de construction.

«Le contrôle de capital a ruiné ma vie», déplore cette employée dans le secteur de la publicité.

Après plusieurs plaintes, sa banque a rétorqué que c’était déjà un «miracle» pour elle d’avoir encore droit d’envoyer de l’argent à l’étranger. «Personne ne peut sortir 1.000 dollars de Beyrouth», lui a-t-on dit.