Liban

Liban: puissante explosion dans un bâtiment du Hezbollah dans le Sud

Une puissante explosion a secoué mardi un bâtiment du Hezbollah aux abords d’un village du Sud du Liban, provoquant d’épaisses volutes de fumée noire.

Avec AFP

Un habitant du village d’Aïn Qana a évoqué une maison faisant office de «centre du Hezbollah», précisant que des membres du mouvement chiite armé avaient bouclé le secteur.

«Tout le village a été secoué», a-t-il dit, rapportant des dommages matériels dans le périmètre de l’explosion.

Un photographe de l’AFP a constaté qu’un cordon sécuritaire avait été érigé par des membres du Hezbollah.

Selon les «informations préliminaires» de source militaire, il s’agit d’un «site du Hezbollah» où «se trouvaient des munitions».

L’armée a indiqué dans un communiqué avoir dépêché des forces sur les lieux de la déflagration et «amorcé une enquête sur les causes de l’explosion».

Une source proche du parti pro-iranien a évoqué un «accident» et indiqué à l’AFP qu’il s’agissait bien “d’un site du Hezbollah” mais «pas d’un entrepôt» d’armes du parti.

Des médias locaux relatant une version «non officielle du Hezbollah» ont évoqué la présence sur le site de mines et obus datant de la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2006, récupérés par des ONG dans les champs voisins en vue de les neutraliser.

Selon l’Agence nationale d’information (ANI), l’explosion, dont les «causes (sont) inconnues, a coïncidé avec le survol de l’aviation ennemie, qui depuis ce matin n’a pas quitté le ciel» de la région où se trouve Aïn Qana, en allusion à Israël.

Le Hezbollah n’a pas encore officiellement commenté l’incident tandis qu’un porte-parole de l’armée israélienne a affirmé à l’AFP «ne pas commenter les informations de médias étrangers».

Dans le sud du Liban, bastion du Hezbollah, des affrontements limités ont opposé ces derniers mois le mouvement chiite au voisin israélien à la frontière.

Poids lourd de la vie politique, représenté au gouvernement et au Parlement libanais, le Hezbollah est militairement engagé aux côtés du régime de Bachar al-Assad dans le conflit en Syrie, où il est régulièrement la cible de frappes israéliennes.

Sans gouvernement, le Liban se dirige «vers l’enfer», prévient le président

Le Liban se dirige vers «l’enfer» si un nouveau gouvernement n’est pas formé dans les plus brefs délais, a averti lundi le chef de l’Etat Michel Aoun, alors que le processus de formation d’un cabinet semble dans l’impasse.

Avec AFP

«Nous sommes confrontés à une crise de formation d’un gouvernement, ce qui n’était pas censé se produire car les échéances qui attendent le Liban ne permettent pas de perdre une seule minute», a affirmé M. Aoun, 85 ans, l’air fatigué, le verbe hésitant.

Les partis politiques libanais s’étaient engagés début septembre à former un cabinet «de mission» composé de ministres «compétents» et «indépendants» dans un délai de deux semaines pour sortir le pays du marasme économique, avait annoncé le président français Emmanuel Macron lors d’une visite à Beyrouth.

Mais le processus piétine en raison de divergences sur l’attribution de portefeuilles ministériels.

Le principal obstacle vient du mouvement chiite armé Hezbollah, poids lourd de la politique libanaise, et de son allié Amal, dirigé par le chef du Parlement Nabih Berri, qui réclament le portefeuille des Finances, une demande rejetée en bloc par leurs détracteurs, dont l’ancien Premier ministre sunnite Saad Hariri.

«Avec le durcissement des positions, il ne semble pas y avoir de solution à l’horizon, car toutes les solutions proposées impliquent des gagnants et des perdants», a regretté le président Aoun. Faute d’accord, le Liban se dirigera «vers l’enfer», a-t-il prévenu.

Le chef de l’Etat a renvoyé dos à dos les «deux camps», soulignant que «les blocs parlementaires ne devaient pas être écartés» du processus, en allusion à la démarche entreprise par le Premier ministre désigné Moustapha Adib qui refuse toute consultation préalable avec les blocs parlementaires pour le choix des ministres comme ce fut le cas ces dernières années.

Fait rare, M. Aoun a aussi critiqué l’insistance de ses alliés, le Hezbollah et Amal, sur le portefeuille des Finances, soulignant qu’aucun ministère ne devait être attribué à une communauté spécifique d’après la Constitution.

Initiative française

Plus tôt dans la journée, Moustapha Adib avait demandé «la coopération de toutes les parties afin de faciliter la formation d’un gouvernement de mission avec un programme spécifique».

Dans un communiqué, il a appelé toutes les forces politiques à «oeuvrer immédiatement et sans délai pour le succès de l’initiative française, qui ouvre la voie au sauvetage du Liban et met fin à la détérioration accélérée» de la situation générale du pays.

Le Liban vit depuis un an l’une des pires crises économiques, sociales et politiques de son histoire, marquée par une dégringolade de sa monnaie nationale, une hyperinflation et une paupérisation à grande échelle de la population.

La crise a été amplifié par la pandémie de Covid-19 et l’explosion tragique le 4 août au port de Beyrouth, qui a catalysé la mobilisation de la communauté internationale.

La communauté internationale, particulièrement la France, exige du Liban des réformes structurelles en contrepartie d’un soutien international de plusieurs milliards d’euros.

Un gigantesque incendie au port de Beyrouth 1 mois après la double explosion

Un énorme incendie s’est déclaré jeudi dans un entrepôt du port de Beyrouth, semant la panique parmi des Libanais encore sous le choc de l’explosion meurtrière et dévastatrice qui a traumatisé la capitale il y a cinq semaines.

AFP

D’épaisses colonnes de fumée noire sont visibles depuis plusieurs quartiers de la capitale. L’incendie a touché un entrepôt où sont stockés des bidons d’huile et des pneus de voiture, a indiqué l’armée libanaise dans un communiqué, appelant les habitants à quitter les quartiers environnants.

Le feu a pris dans la zone franche du port, où étaient stockés des pneus et des huiles alimentaires par une compagnie importatrice, a déclaré de son côté le directeur par intérim du port, Bassem al-Kaissi, à une chaîne de télévision locale.

L’incendie “a commencé avec les bidons d’huile avant de se propager aux pneus”, a-t-il ajouté, sans être en mesure d’en préciser l’origine.

“C’est soit à cause de la chaleur soit d’une erreur, il est encore trop tôt pour le savoir”, a affirmé M. Kaissi.

Des camions de la défense civile ont été dépêchés sur le site de l’incendie, tandis que l’armée a déployé des hélicoptères pour tenter d’éteindre les flammes.

Sur les réseaux sociaux, nombre de vidéos montrent une grande boule de feu et d’épaisses colonnes de fumée noire. Le mot dièse en arabe #PortdeBeyrouth est parmi les plus repris sur Twitter.

“Feu démentiel au port, provoquant la panique dans tout Beyrouth. On ne peut pas avoir une pause”, a déploré sur Twitter une chercheuse de Human Rights Watch (HRW), Aya Majzoub.

Le 4 août, une gigantesque explosion au port, déclenchée par un incendie, a dévasté des pans entiers de la capitale, faisant au moins 190 morts et plus de 6.500 autres.

Trump dit que l’explosion de Beyrouth semble avoir été causée par une bombe

Le président américain Donald Trump a décrit mardi l’explosion massive survenue dans la capitale libanaise Beyrouth comme une possible attaque, malgré les déclarations des dirigeants libanais selon lesquels il s’agirait d’un accident provoqué par le stockage de matériel hautement explosif.

«Les Etats-Unis se tiennent prêts à aider le Liban», a-t-il dit lors d’un point de presse à la Maison blanche à propos de l’explosion survenue quelques heures plus tôt, qui a fait au moins 78 morts et plusieurs milliers de blessés.

«Cela ressemble à une terrible attaque», a ajouté le président américain.

Interrogé par la suite sur l’explosion, Donald Trump a fait savoir qu’il s’était entretenu avec des généraux américains, lesquels estimaient que l’explosion n’était pas accidentelle. Il a déclaré aux journalistes que selon ces généraux, dont il n’a pas donné l’identité, il s’agissait «d’une attaque». «C’était une sorte de bombe», a dit Trump.

Le département américain de la Défense a renvoyé une demande de commentaire à la Maison blanche.

Deux représentants américains, s’exprimant sous couvert d’anonymat, ont déclaré ne pas savoir précisément comment Donald Trump avait reçu cette information, mais que les premiers éléments ne semblaient pas indiquer qu’il s’agissait d’une attaque.

Selon ces représentants, les éléments concordent jusqu’à présent davantage avec les informations communiquées publiquement par les autorités à Beyrouth. Ils ont ajouté que cette position pouvait encore évoluer.

Le président libanais Michel Aoun a déclaré que 2.750 tonnes d’ammonium de nitrate étaient stockées depuis six ans dans le port de Beyrouth sans mesures de sécurité, décrivant cela comme «inacceptable».

Reuters

Beyrouth : une double explosion fait 73 morts et 3.700 blessés

Corps gisant au sol, immeubles dévastés, carcasses de voitures: deux énormes explosions dans le port de Beyrouth ont fait mardi au moins 73 morts et 3.700 blessés, et provoqué des scènes de dévastation et de panique dans la capitale libanaise, déclarée ville «sinistrée».

«C’était comme une bombe atomique. J’ai tout vu (dans ma vie), mais rien de tel», a dit à l’AFP Makrouhie Yerganian, un professeur à la retraite, vivant depuis plus de 60 ans en face du port.

Le Premier ministre Hassan Diab a affirmé que ces déflagrations étaient notamment dues à l’explosion de quelque 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium, substance qui entre dans la composition de certains engrais mais aussi d’explosifs.

Le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, avait indiqué auparavant que les explosions étaient peut-être dues à des «matières explosives confisquées depuis des années».

Vers 18H00 locales (15H00 GMT), une première explosion a été entendue à Beyrouth, agglomération de quelque deux millions d’habitants, suivie d’une autre, très puissante, qui a provoqué un gigantesque champignon dans le ciel.

Les immeubles ont tremblé et les vitres ont été brisées à des kilomètres à la ronde. Le souffle a été ressenti jusque sur l’île de Chypre, à plus de 200 km.

Selon un dernier bilan provisoire du ministère de la Santé, en fin de soirée, au moins 73 personnes ont été tuées et 3.700 blessées. Les hôpitaux de la capitale, déjà confrontés à la pandémie de Covid-19, sont saturés.

Catastrophe

La mission de l’ONU au Liban a affirmé que des Casques bleus avaient été grièvement blessés à bord d’un navire amarré dans le port. Des membres du personnel de l’ambassade d’Allemagne ont aussi été blessés, selon Berlin.

Dans les rues de Beyrouth, des soldats ont évacué des habitants abasourdis, certains couverts de sang, T-shirt autour du crâne pour panser leurs blessures.

Des voitures, airbags ouverts, mais aussi des bus, ont été abandonnés au beau milieu des routes. Des habitations proches du port ont été rasées ou fortement endommagées.

Un témoin a estimé que l’explosion était «plus forte que celle lors de l’assassinat de Rafic Hariri».

Le 14 février 2005, un attentat spectaculaire provoqué par une camionnette bourrée d’explosifs avait ciblé le convoi de l’ex Premier ministre, le tuant ainsi que 21 autres personnes et faisant plus de 200 blessés. La déflagration avait provoqué des flammes hautes de plusieurs mètres, soufflant les vitres des bâtiments dans un rayon d’un demi-kilomètre.

«C’est une catastrophe à l’intérieur (du port). Il y a des cadavres par terre. Des ambulances emmènent les corps», a indiqué à l’AFP un soldat aux abords du port. Un homme en pleurs tentait d’avoir auprès d’un soldat des nouvelles de son fils présent sur place.

Inadmissible

Plusieurs heures après le drame, des hélicoptères continuaient de déverser de l’eau pour tenter d’éteindre les flammes.

Le secteur du port a été bouclé par les forces de sécurité, qui ne laissaient passer que la défense civile, les ambulances aux sirènes hurlantes et les pompiers.

Outre les images ahurissantes des explosions, des photos postées sur les réseaux sociaux ont montré des dégâts à l’intérieur du terminal de l’aéroport international de Beyrouth, situé à neuf kilomètres du site.

Un navire arrimé face au port a pris feu, mais il n’était pas possible de déterminer s’il y avait à son bord des passagers.

Après le drame, le Conseil supérieur de la Défense a déclaré Beyrouth «ville sinistrée», et le président Michel Aoun a déploré «une catastrophe majeure». Le Premier ministre a décrété mercredi jour de deuil national.

Il a promis que les responsables devraient «rendre des comptes».

«Il est inadmissible qu’une cargaison de nitrate d’ammonium, estimée à 2.750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C’est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire», a déclaré Hassan Diab devant le Conseil supérieur de défense, selon des propos rapportés par un porte-parole en conférence de presse.

Hassan Diab a appelé les «pays amis» à fournir une aide d’urgence, alors que ce drame vient s’ajouter à l’immense détresse des Libanais: le pays connaît sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par une dépréciation monétaire inédite, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques.

Paris a annoncé l’acheminement de «secours et moyens français» et les Etats-Unis se sont dit «prêts à fournir (leur) assistance au peuple libanais» pour l’aider à «se remettre de cette horrible tragédie», soulignant qu’il s’agissait d’une «épreuve supplémentaire dans une période de crise déjà profonde».

Avec AFP

Incivisme au Moyen-Orient: gants et masques polluent villes et nature

En se promenant dans les rues désertes de Beyrouth confinée, le photographe libanais, Omar Frangieh, a remarqué autour de lui des masques et des gants en plastique, utilisés pour se protéger du nouveau coronavirus puis jetés sans état d’âme, au risque de polluer les villes et la nature.

Le photographe libanais,Omar Frangieh, a pris plus de 200 photos de ces objets avant de réunir ses clichés sur Facebook en un album intitulé «Les envahisseurs de Beyrouth».

De Bagdad à Gaza, les masques et gants sont en forte demande dans les pays du Moyen-Orient, dont les populations espèrent grâce à eux limiter la propagation de la pandémie de Covid-19.

Mais comme les «envahisseurs» sont souvent à usage unique, ils sont ensuite jetés par leurs utilisateurs, parfois à même le sol.

«Le principal souci, c’est que ce matériel de protection peut devenir un problème de santé en polluant les rues de Beyrouth», s’alarme Frangieh auprès de l’AFP.

Le virus se transmet principalement par les gouttelettes émises par les humains lorsqu’ils parlent, éternuent ou baillent, mais peut aussi survivre sur certaines surfaces pendant plusieurs jours, selon des études scientifiques.

Ceux chargés de nettoyer de ces «envahisseurs» les rues de la capitale libanaise risquent donc d’être contaminés par les masques et gants souillés, estime Frangieh, dont le pays compte officiellement 870 cas de la maladie Covid-19 et 26 décès.

Parkings et plages pollués

En Arabie saoudite, où 40.000 cas ont été recensés par les autorités, certains supermarchés obligent leurs clients à utiliser des gants jetables.

Une fois leurs courses terminées, les Saoudiens les abandonnent sur le parking de l’établissement et le vent chaud du désert les parsème dans les villes.

Mais, alors que les pharmacies du pays font face à des persistantes pénuries de masques et gants, le débat se poursuit sur leur véritable efficacité.

Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il est plus utile de se laver les mains régulièrement, tandis que le Centre américain de prévention des maladies appelle à porter plutôt des masques en tissu, pour laisser leur version jetable aux soignants et autres travailleurs en première ligne de l’épidémie.

Dans l’enclave palestinienne de Gaza sous blocus israélien, la plage, d’ordinaire déjà fortement polluée, est désormais aussi jonchée «d’envahisseurs».

En un coup de vent, ils finissent dans la mer. Non recyclables, ils mettront des années à se dissoudre dans l’eau et risquent d’ici là de mettre en péril la flore et faune maritime.

Quelques commerçants et passants ont pris l’initiative de les collecter pour les jeter dans des bennes à ordures, comme Lina Ouda, venue se promener sur la plage avec son mari.

«J’ai remarqué qu’il y avait des masques et des gants par terre sur la corniche et je les ai mis à la poubelle parce que cela pollue la plage», explique la femme de 30 ans.

«Il n’y a pas d’éducation générale concernant le nettoyage des plages à Gaza, mais certaines personnes le font» d’eux-mêmes, ajoute son mari, Jamal Ouda.

Mais «beaucoup d’autres se baladent en portant des masques et des gants et (à la fin de leur promenade) les jettent sur le sol», déplore-t-il.