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5G: Macron ne veut pas exclure Huawei

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La France a choisi de privilégier une politique de souveraineté européenne pour le déploiement de la 5G, la technologie mobile de nouvelle génération, même s’il ne s’agit pas d’exclure des entreprises comme le chinois Huawei, à l’image de l’approche retenue par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, a déclaré vendredi Emmanuel Macron.

Reuters

“Aucune entreprise, quelle que soit sa nationalité, n’est visée mais la volonté est affirmée, alors que nous avons deux fournisseurs européens – Ericsson et Nokia – d’avoir une vraie solution industrielle européenne, pleinement sécurisée, sous nos législations parce qu’il en va de la sécurité de nos communications et de la sécurité de nos réseaux 5G”, a dit le président de la République devant 70 journalistes de l’Association de la presse présidentielle (APP).

“Il est normal que sur les parties les plus critiques et les plus stratégiques, nous voulions avoir une solution européenne sécurisée”, a-t-il ajouté, précisant avoir défendu cette position auprès du président chinois, Xi Jinping.

Le président d’Orange prend ses distances avec Huawei

Orange va probablement avoir moins recours aux équipements de Huawei en Europe et il est possible que l’opérateur télécoms français se passe du groupe chinois pour le déploiement de son réseau mobile de nouvelle génération 5G en Pologne et en Belgique, a déclaré jeudi son PDG Stéphane Richard.

Les pays européens sont soumis à une forte pression des Etats-Unis qui les exhortent à exclure Huawei de leur réseau 5G, Washington accusant le groupe chinois de servir aux activités d’espionnage de Pékin. Huawei et la Chine rejettent ces accusations.

La Grande-Bretagne a annoncé mi-juillet qu’elle n’utiliserait plus aucun équipement de Huawei pour son réseau 5G d’ici 2027 et des sources ont déclaré la semaine dernière à Reuters que la France allait aussi exclure de facto le groupe chinois d’ici 2028.

«Il y a une partie du réseau 5G qu’on fera avec Huawei en Espagne», a dit Stéphane Richard, en soulignant que ce pays avait déjà choisi ses partenaires pour le déploiement de cette nouvelle technologie.

«Dans les autres pays, je pense notamment à la Belgique et à la Pologne, on n’a pas encore pris de décision finale. Mais c’est évident qu’on sera amenés à prendre en compte le contexte général, politique (et) géopolitique, que nous voyons en Europe. Et donc, en effet, il est probable que, à terme, la part des équipements Huawei en Europe va diminuer», a-t-il ajouté lors d’une conférence téléphonique avec des analystes, à la suite de la publication des résultats du groupe.

Orange, contrôlé par l’Etat français, n’utilise pas les infrastructures de Huawei sur son réseau en France et il est l’un des opérateurs européens les moins exposés au groupe chinois, a souligné Stéphane Richard.

Interrogé sur les conséquences éventuelles des pressions subies actuellement par le groupe chinois sur le partenariat avec Orange dans les servies d’informatique dématérialisée «cloud», Stéphane Richard a déclaré que cet accord ne conservait pas forcément de «pertinence» en Europe.

«C’est clair que cette infrastructure cloud Huawei n’est aujourd’hui pas forcément celle qu’on va mettre en avant en Europe», a-t-il dit.

Il a ajouté que l’offre d’Orange Business Services, en partenariat avec Huawei, pouvait toutefois encore convenir à des clients hors d’Europe, notamment en Asie.

Orange a annoncé mardi un partenariat stratégique avec Google, filiale d’Alphabet, dans les données, l’intelligence artificielle et les services “cloud”.

Le Royaume-Uni banni Huawei du déploiement de la 5G : Ericsson et Nokia prêts à le remplacer

La crise de Hong Kong qui a envenimé les relations entre Londres et Pékin a fini par précipiter la décision du Royaume-Uni sur la 5G de Huawei. Désormais, l’achat de nouveaux équipements Huawei sera interdit après le 31 décembre 2020 et les équipements existants devront être retirés d’ici 2027.

C’est la fin de ce que l’ancien Premier ministre David Cameron avait qualifié «d’âge d’or» des relations entre la Grande-Bretagne et la Chine.

Après l’entrée en vigueur d’une loi controversée sur la sécurité, imposée par Pékin à Hongkong, Londres. a répliqué ce mardi en décidant d’exclure le géant chinois des équipements télécoms, Huawei, en raison d’un risque pour la sécurité du pays.

Un durcissement de position qui a plu à l’administration Trump qui s’est félicitée de l’émergence d’un « consensus international » concernant Huawei.

« La décision du Royaume-Uni reflète un consensus international grandissant sur le fait que Huawei et d’autres acteurs représentent une menace pour la sécurité nationale car ils restent redevables au Parti communiste chinois », a indiqué mardi Robert O’Brien, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump.

Huawei a jugé la décision britannique de « politisée » et de « décevante » car «elle risque de ralentir l’avancée digitale du pays, d’augmenter les factures et d’accroître la fracture numérique». De quoi exacerber aussi les tensions avec Pékin. L’ambassadeur chinois au Royaume-Uni juge «discutable» le fait que «le Royaume-Uni puisse encore offrir un environnement commercial ouvert, juste et sans discrimination aux entreprises venues d’autres pays ».

Lundi, Huawei a fait état pour le premier semestre d’un ralentissement de la croissance de son chiffre d’affaires, à 13,1%, sous l’effet des pressions américaines sur ses clients et fournisseurs.

Ericsson et Nokia prêts à le remplacer

Sollicité par l’AFP, Nokia a affirmé «avoir la capacité et l’expertise nécessaires pour remplacer tous les équipements Huawei des réseaux britanniques à l’échelle et à la vitesse voulues».

Son concurrent Ericsson a dit lui posséder «la technologie, l’expérience et la capacité de la chaîne d’approvisionnement nécessaires pour parvenir» à créer un réseau 5G de «premier plan» au Royaume-Uni.

«La décision d’aujourd’hui lève l’incertitude qui ralentissait les décisions d’investissement autour du déploiement de la 5G au Royaume-Uni», a jugé Arun Bansal, président d’Ericsson pour les régions Europe et Amérique latine.

En outre, le ministre britannique chargé de la Culture et du Numérique, Oliver Dowden, a déclaré que le gouvernement était en pourparlers à un «niveau technique» avec les quatre principaux rivaux de Huawei, dont Nokia, Ericsson, mais aussi Samsung en Corée du Sud et NEC en Japon.

Actuellement, Huawei, Ericsson et Nokia se partagent 80% des réseaux télécoms commerciaux 5G dans le monde. Mais le groupe chinois est largement considéré comme le fournisseur le plus avancé en termes de 5G, avec une technologie permettant des transferts de données ultra-rapides, nécessaires aux voitures à conduite autonome et aux robots télécommandés dans les usines ou les salles d’opération.

Xavier Niel, PDG de Free, avocat de Huawei en France

«Le mouvement de protestation contre le déploiement de la 5G en France pourrait nuire à l’attractivité de la France auprès des investisseurs étrangers», a mis en garde mardi Xavier Niel, fondateur et principal actionnaire de la maison mère de l’opérateur Free.

La dernière génération de technologie mobile suscite un climat de méfiance alimenté par des interrogations sur les risques potentiels qu’elle induirait pour la santé, son impact sur l’environnement ou sur son utilité même.

La 5G, qui promet des débits dix fois plus rapides que la technologie précédente, est également la cible de théories complotistes l’associant à l’épidémie de coronavirus, au point que des dizaines d’antennes de téléphonie ont été incendiées en France ces derniers mois comme dans d’autres pays européens, dont le Royaume-uni.

La convention nationale pour le climat, dont Emmanuel Macron s’est engagé à reprendre l’essentiel des propositions, s’est prononcée pour un moratoire le temps d’une évaluation et plusieurs maires élus à la faveur de la «vague» verte des élections municipales de juin ont demandé l’ouverture d’un débat.

Le gouvernement a pour sa part réaffirmé au début du mois que les enchères pour l’attribution des fréquences 5G aux opérateurs télécoms se tiendraient en septembre, alors qu’elles avaient été reportées à plusieurs reprises.

«La 5G est un élément d’attractivité pour notre territoire», a déclaré Xavier Niel à des journalistes en marge de la présentation de la nouvelle «box» de l’opérateur, dénommée «Freebox Pop».

«Il y a un moment, quand même, où il va falloir qu’on génère des emplois dans ce pays, donc on a besoin d’étrangers et d’investisseurs qui viennent ici», a-t-il ajouté.

Le PDG d’Orange, Stéphane Richard, s’est également prononcé pour le maintien des enchères tout en se disant ouvert à un débat sur le démarrage effectif des chantiers de déploiement.

«Aux États-Unis, on a déjà démarré depuis un moment le déploiement de la 5G, en Asie aussi. Mais c’est vrai qu’en Europe, il y a des questions», a-t-il dit sur FranceInfo.

«Nous, ce qu’on souhaiterait, c’est bien sûr entendre ces questionnements, mais en même temps, essayer de poser un débat objectif basé sur des faits, de façon à prendre des décisions responsables.»

Avec Reuters

L’Italie envisagerait d’exclure Huawei de la 5G

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L’Italie étudie la possibilité d’exclure le groupe de télécommunications chinois Huawei des appels d’offres sur la construction de son réseau de téléphonie mobile de cinquième génération (5G), rapporte mercredi le quotidien La Repubblica, sans citer de sources. 

Huawei est au coeur d’un différend de longue date avec Washington qui tente de convaincre ses alliés d’exclure le géant chinois de la 5G en arguant du fait que ses infrastructures pourraient faciliter les activités d’espionnage chinoises. Le groupe rejette les accusations portées à son encontre. 

Aucune réaction n’a pu être obtenue dans l’immédiat auprès du gouvernement italien. Une source politique a déclaré que le sujet faisait l’objet de discussions. 

Selon La Repubblica, le ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio s’est entretenu la semaine dernière à Rome avec l’ambassadeur des Etats-Unis au sujet de Huawei. 

«Le gouvernement italien prépare un changement de cap comme bon nombre de ses partenaires européens», écrit le quotidien, ajoutant que le ministre de l’Economie, Roberto Gualtieri, et le ministre de la Défense, Lorenzo Guerini, ont évoqué le sujet de manière informelle. 

D’après la source politique, Lorenzo Guerini est le plus favorable à la position américaine. 

Les membres du Mouvement 5 étoiles (M5S), composante de la coalition au pouvoir dirigée par le président du Conseil Giuseppe Conte, qui défendaient initialement Huawei, sont en train de revoir leur position, ajoute La Repubblica. 

Reuters

Sanctions américaines: Huawei prudente au Royaume-Uni, inquiète en France et optimiste au Maroc

Les nouvelles sanctions américaines contre Huawei Technologies n’ont pas pour le moment d’incidence sur la capacité du groupe chinois à fournir des équipements pour les futurs réseaux de téléphonie mobile de cinquième génération (5G) à la Grande-Bretagne, a déclaré mercredi son vice-président, Victor Zhang à Reuters. Le ton est moins optimiste en France qui fait monter les enchères. Quant au Maroc, Huawei surf sur la dynamique du Royaume en Afrique.

« Il faudrait des mois pour mesurer l’impact de la décision prise en mai par l’administration Trump de restreindre les livraisons de semi-conducteurs d’origine américaine à Huawei». a déclaré le responsable de Huawei à l’agence Reuters.

Il est à rappeler que cette mesure oblige les fournisseurs à obtenir une licence des Etats-Unis pour pouvoir vendre certains composants au groupe chinois.

«Ces restrictions n’ont pour l’instant pas eu d’impact sur la capacité de Huawei à fournir (les équipements) pour le déploiement de la 5G et de la fibre au Royaume-Uni», a déclaré Victor Zhang, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes. «Nous devons discuter de l’impact à long terme et ça prend du temps, ça prend des mois

Huawei est depuis longtemps au coeur d’un différend entre les Etats-Unis et la Chine sur le contrôle des hautes technologies. Washington tente de convaincre ses alliés d’exclure le groupe chinois de la 5G en arguant du fait que ses équipements pourraient faciliter les activités d’espionnage chinoises, ce que le groupe chinois conteste.

Prudence de Londres

Tiraillée entre la pression de l’administration Trump et la demande du secteur des Telecoms, Londres a accordé un rôle limité à Huawei dans le déploiement de la 5G, tout en faisant savoir que cette décision pourrait être revue en fonction des répercussions des nouvelles sanctions américaines, qui pourraient pénaliser sa capacité à fournir des équipements fiables.

Alors que le Premier ministre Boris Johnson devrait trancher sur ce dossier d’ici la fin du mois, Victor Zhang a déclaré que les autorités britanniques devraient y réfléchir à deux fois avant de prendre une décision qu’il juge cruciale à long terme.

«Nous pensons qu’il est important d’attendre que tous les faits et implications soient connus», a-t-il prévenu. «Ce n’est pas le moment de prendre une décision aussi cruciale concernant Huawei

Paris fait monter les enchères

LesEchos dans son édition du 6 juillet, rapporte l’autre combat que mène l’équipementier chinois en France. «La pression monte avant la décision française sur la 5G» a rapporté le quotidien économique.

A la fois technique, économique et politique, le dossier est suivi de très près à Pékin où le sort du champion national Huawei intéresse au premier chef.

Selon la même source, on apprend que la Chine a appelé lundi la France à garantir un environnement « équitable et non discriminatoire », après la décision de l’Agence nationale de sécurité des systèmes informatiques (Anssi) de restreindre les autorisations d’exploitation des opérateurs s’équipant chez Huawei.

Dans un entretien aux « Echos », le directeur général de l’ANSSI, Guillaume Poupard, a annoncé que Huawei ferait à la fois l’objet de refus sur certaines zones et d’autorisations sur d’autres, mais qui seront limitées entre trois et huit ans, pour ceux qui, comme Bouygues Telecom et SFR, utilisent déjà le chinois.

A Rabat, Huawei marque des points

Au Maroc, le géant chinois marche sur des oeufs et s’investie dans les relations publiques avec le gouvernement dirigé par le parti islamiste, le PJD. Les responsables de Huawei ont pu rencontrer à plusieurs reprises le Chef de gouvernement Saad Eddine Elotmani et le ministre de l’Éducation Nationale Saeed Amzazi. Avec ce dernier les chinois ont choisi d’investir les universités marocaines en y installant 14 ICT Academy ce qui a permis de former 700 étudiants et 90 enseignants-chercheurs. Et plus récemment Huawei a lancé la campagne «GO Digital» de formation des étudiants à distance suite à la pandémie du Covid-19.

Outre les relations privilégiées qu’entretient l’équipementier chinois avec les opérateurs télécom marocain, Maroc Telecom, Orange et Inwi, Huawei a misé sur l’une des principales banques du Royaume, la Banque centrale populaire. En effet, le chinois vient de signer un MoU en vue de consolider leur coopération stratégique à l’échelle du continent africain, tant sur le volet bancaire que celui des solutions technologiques. Un évènement de haute importance vu le contexte géopolitique.

Amzazi ouvre les portes des universités marocaines au très controversé équipementier télécom chinois Huawei

Le jour même où le Pentagone américain épingle Huawei en le déclarant être sous le contrôle de l’armée chinoise, notre ministre de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Saaïd Amzazi, reçoit en grandes pompes le Directeur Général de Huawei Technologies, Zhao Guohui pour lui dérouler le tapis rouge devant des portes grandes ouvertes des universités marocaines, afin d’y installer, entre autres, un système d’éducation cloud dont les serveurs sont hébergés en Chine.

Le gouvernement marocain, à travers son porte parole, a-t-il officiellement décidé de choisir le camps chinois malgré les pressions de l’administration Trump? Ou s’agit-il d’une énième preuve de la déliquescence du gouvernement Saad Eddine El Otmani qui n’arrête pas de briller par son cafouillage et son manque de cohérence laissant les départements ministériels proies faciles aux lobbies économiques et politiques?

L’autre danger d’un gouvernement aussi faible que celui de Saad Eddine El Otmani c’est qu’il ouvre l’appétit aux lobbies pour arracher une loi, un appel d’offre ou une position géopolitique. Le phénomène a été constaté au ministère de la Santé au sujet des équipements médicaux puis plus récemment concernant le projet d’amendement de l’article 29 de la loi 17.04 régissant la prescription du médicament générique.

Mercredi dernier, le porte-parole du gouvernement en sa qualité de ministre de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a publié un communiqué sur sa page Facebook, repris par l’agence de presse gouvernementale MAP, dans lequel il annonce fièrement avoir tenu un point d’étape sur l’avancement de la coopération avec Huawei Technologies.

Le ministre Amzazi nous informe «qu’en présence du directeur général de Huawei Technologies, Zhao Guohui, lundi à Rabat, la lumière a été jetée sur les 14 ICT Academy installés dans les Universités, les 700 étudiants et les quelque 90 enseignants-chercheurs formés».

Il nous apprend également que «43 stagiaires issus des universités ont été retenus chez Huawei, après 35 roadshows dans 17 établissements universitaires qui ont donné lieu à la présélection de 2.000 étudiants. (Imaginez la data collectée!)

Après cette mise en bouche censée nous rassurer sur le sérieux et l’engagement de Huawei, la MAP va nous développer l’argumentaire «Relations Publiques» du géant chinois et nous expliquer son engagement social au Maroc et sa contribution à la lutte contre les effets de la pandémie. Un argumentaire qui bien évidement va contenir l’acronyme magique : «5G».

«Par ailleurs, dans le cadre du lancement du processus d’enseignement à distance, à la lumière de la propagation de la Covid-19, Huawei ICT Academy Maroc a lancé la campagne “GO Digital” de formation des étudiants à distance, a relevé Huawei Technologies dans un communiqué.» écrit l’agence gouvernementale.

«Ainsi, différents outils ont été déployés, notamment le site de l’académie, des groupes Facebook, des échanges avec les enseignants ou encore des Moocs.» poursuit la même source.

«En outre, et compte tenu de la situation particulière liée à la Covid-19, Huawei a également renforcé son programme de formations certifiantes pour les enseignants, explique l’entreprise chinoise, précisant que 81 formations ont été organisées pour la période allant d’avril à novembre 2020»…. Battement de tambour … : «Ainsi, pour le mois de juin, 44 enseignants ont été formés en 5G, 20 en Cloud Computing, 20 en Cloud Service et 6 en sécurité, conclut le communiqué», conclut la MAP.

Rencontre avec le ministre, post Facebook, dépêche MAP, photos à l’appui, la ou le responsable relations publiques de Huwaei peut demander une augmentation à Xi Jinping.

Contexte géopolitique

Le monde vit depuis le deuxième mandat de Barack Obama le début d’une guerre froide qui ne dit pas son nom. Une rivalité stratégique entre la superpuissance mondiale, les États-unis et l’outsider, la Chine.

Avec l’arrivée de Donald Trump l’affrontement est monté d’un cran. Le nouveau locataire de la Maison blanche va enchainer déclarations de guerre commerciale et pressions médiatiques.

En difficulté depuis l’éclatement de la pandémie du Covid-19, Trump va faire de la dénonciation de la Chine son principal argument électoral pour la présidentielle de novembre prochain. Il va également pousser son administration à exiger de l’ensemble de ses partenaires dans le monde de se prononcer officiellement sur le camps qu’ils vont choisir : Washington ou Pékin.

Mais la pandémie du Coronavirus semble avoir joué en faveur de la Chine. En effet, la crise économique majeure qui se profile et l’accélération du virage digital imposé par la propagande de l’industrie #StayHome, ont rendu les gouvernements peu chauds à signer un chèque en blanc à Washington. Surtout qu’elle persiste et signe qu’elle était décidée à prioriser le «Make America Great Again» au dépens de la coopération internationale.

Toutefois une dépendance technologique forte à la Chine, la 5G par exemple, couplée à la dépendance industrielle actuelle représentent une menace réelle à l’ensemble des économies du globe. Les gouvernements sont tiraillés entre l’apport évident de la 5G et d’autres équipements chinois sur la croissance mondiale et les risques de cyber-conflictualité et de guerre de l’information.

Dans le cadre de cette lutte, le Pentagon va pousser le bouchon encore plus loin en déclarant, ce mercredi, que Huawei et quatre autres sociétés chinoises avaient des liens directs avec l’armée chinoise. Washington va officiellement soupçonner l’entreprise de télécommunications d’espionnage au profit des autorités chinoises.

Au Canada par exemple, les dénonciations ont fusé dès la publication de l’information. Un ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), s’est confié à la presse de son pays pour fustiger son gouvernement : « Le gouvernement canadien est coupable de n’avoir jamais sensibilisé le secteur privé aux dangers des vols d’informations que font régulièrement les Chinois», a-t-il déclaré.

« Est-ce que le réseau wifi du train et les caméras auront des portes cachées pour épier les passagers ? C’est une opportunité en or pour les services secrets chinois », a prévenu un autre spécialiste en cybersécurité Steve Waterhouse, réagissant au marché gagné par le fabricant chinois CRRC pour la livraison de wagons de trains.

En Europe, la Belgique a annoncé le jour même, sans la nommer, que Huawei sera exclue du cœur de notre futur réseau 5G. Sachant qu’en janvier 2019, l’Union Européenne avait mis en place une « boîte à outils » devant permettre aux États membres de poser les bons choix « dans les meilleures conditions de sécurité possible » en matière de 5G.

L’inquiétude s’étend aussi aux universités désormais identifiées aux États-unis comme un maillon faible de la sécurité nationale. « L’utilisation de collecteurs non traditionnels, en particulier dans le milieu universitaire – qu’il s’agisse de professeurs, de scientifiques ou d’étudiants – se retrouve dans presque tous les bureaux locaux du FBI », a déclaré le directeur du FBI, Christopher Wray, lors d’une audience du Comité sénatorial du renseignement en 2019.

Qu’en est-il du Maroc ?

Rabat a choisi de gérer avec prudence sa relation avec Pékin. Au moment où les relations diplomatiques et la coopération militaire ses sont renforcées avec Washington, les autorités marocaines ont décidé de ne pas intervenir dans les décisions des opérateurs économiques privés tout en gardant la bonne distance écologique qui s’avère être salutaire.

Sur la 5G par exemple le secteur privé à l’image des opérateurs télécoms ont annoncé depuis plusieurs mois être prêts pour adopter la technologie chinoise.

Concernant les acteurs publics, l’investissement dans la technologie Huawei n’est pas encore tranchée. Le cas de l’Administration des Douanes et Impôts Indirects est très parlant. En effet, même si elle a déjà opéré des tests pour adopter la technologie 5G pour profiter des économies et de la valeur ajoutée que pourrait lui procurer la mise en oeuvre de l’internet des objets, la décision finale sera politique. Huawei compte pour faire pencher la balance en sa faveur et se positionner sur les grands chantiers de transformation digitale du Royaume sur son partenaire Said Rkaibi, patron de MedTech Group, d’Omnidata et de Dial Technologies qui distribue dans depuis 2017 ses outils de vidéosurveillance.

Notons aussi que les grands projets chinois annoncés en grandes pompes n’ont pas encore vu le jour. On peut en citer, la Cité Mohammed VI Tanger Tech et la deuxième ligne à grande vitesse Marrakech-Agadir.

C’est dans ce contexte national et international particulièrement tendu et complexe que le porte-parole du gouvernement, qui jouit d’une bonne presse malgré un démarrage difficile, s’affiche et défend Huawei Technologies, objet de toutes les controverses.

Huawei a pour sa part réussi à marquer un point face à un Trump déchainé, en publiant son communiqué dans le fil des dépêches de l’agence de presse gouvernementale, MAP, le mercredi, le jour où elle est attaquée par le Pentagon. Sachant que la réunion avec Amzazi s’est déroulée deux jours plutôt.

Est-ce que Amzazi est dans son rôle ? Oui dirait-on. N’ayant aucun background politique, ni d’affiliation partisane et ne recevant aucune note, ni recommandation, ni de son Chef de gouvernement ni de son collègue aux affaires étrangères, oui il est tout à fait dans son rôle de ministre de trouver des solutions pour un secteur sinistré tel que l’Éducation.

Toutefois, comment a-t-il pu trouver du temps pour un sujet aussi peu prioritaire, à quelques jours des épreuves du bac ?

Pourquoi Driss Ouaouicha, ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, n’a pas assisté à la réunion alors qu’il est le premier concerné ? Américanophile, serait-il en désaccord avec son ministre sur le projet Huawei ICT Academy Maroc ?

Malheureusement il est peu probable qu’on sache davantage sur ce sujet. La communication n’est pas le fort de ce gouvernement et le parlement censé contrôler l’action gouvernementale ne joue plus son rôle depuis bien longtemps.

Vivement le changement!