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FOCAC

Jing Ning : Le Maroc a un marché haut de gamme qui peut accueillir les industries chinoises

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En marge d’une conférence des experts préparatoire du 6ème sommet du Forum de coopération sino-africain (FOCAC), co-organisée, le mardi 6 mars à Rabat, par l’Institut Amadeus avec l’ambassade de Chine , le conseiller économique et commercial de la représentation diplomatique au Maroc, Jing Ning, a accordé à le1.ma une grande interview pour faire le point sur ce séminaire, les relations bilatérales entre les deux pays dans le cadre du partenariat stratégique, le rôle de la Chine en Afrique et bien d’autres questions.


Le1.ma : Monsieur Jing Ning, vous participez ce mardi 6 mars à la conférence préparatoire des experts en vue du prochain sixième sommet prévu l’automne prochain à Pékin. D’abord, pouvez-vous nous faire un bilan des précédents ?

Jing Ning : Je pense que les précédents sommets du FOCAC ont été très réussis et particulièrement celui tenu à Johannesburg en décembre 2015. A cette occasion, le gouvernement chinois avait annoncé 10 projets majeurs de plans de coopération avec des pays africains couvrant 10 secteurs clés, et nous sommes très heureux de voir ce type de coopération consolidé au cours des dernières décennies et surtout depuis l’an 2000 avec l’établissement du FOCAC.

Le1.ma : Quels sont ces secteurs clés auxquels vous avez fait allusion ?

Jing Ning : Nous parlons de l’industrie, des infrastructures, de la modernisation de l’agriculture, le commerce, la santé, le bien-être, la paix et la sécurité.

La Chine a formé 150 mille personnes issues de plusieurs pays africains

Le1.ma : Dans quelle mesure ces projets ont été réalisés ?

Jing Ning : Durant les deux dernières années, le gouvernement chinois en collaboration avec ses homologues africains ont coopéré pour la mise en œuvre de ces plans à l’occasion de la tenue du Sommet de Johannesbourg. J’ai eu quelques informations relevant des ministères chinois concernés par ces projets faisant état que tous les projets ont été menés à bien. Il faut dire que deux ans de coopération économique ne constituent pas une très longue période. Certains projets exigent beaucoup plus de temps pour discuter du mode et des détails mais vous savez que le gouvernement chinois fournit un grand soutien financier pour la coopération.

Le1.ma : Qu’en est-il de cette enveloppe financière ?

Jing Ning : Lors du sommet de Johannesburg, le gouvernement chinois avait annoncé le montant de 60 milliards de dollars américains de soutien financier. Certains projets ont bénéficié de cette enveloppe tels que le projet de chemins de fer reliant Addis Abeba à Djibouti ou bien le réseau ferroviaire reliant Mombassa à Nairobi au Kenya. Ce volet du réseau ferroviaire aidera les pays enclavés à avoir un accès plus facile aux ports pour leurs exportations. Aussi, la Chine a formé 150 milles personnes issues différents milieux pour les pays africains.

Le1.ma : Qu’en est-il des échanges économiques et commerciaux entre la Chine et l’Afrique ?

Jing Ning : En termes d’échanges commerciaux, je pense que la Chine est un marché ouvert au monde entier. De ce fait, les entreprises africaines auront davantage de partie à exporter vers la Chine.

Le1.ma : Quels types de produits l’Afrique pourrait exporter vers la Chine ?

Jing Ning : Des produits minéraux et d’agriculture, etc.

Le1.ma : Vous voulez dire des matières premières ?

Jing Ning : Pas uniquement des matières premières. Certaines autres traitées et exportées vers la Chine.

Le1.ma : Une sorte de plus value ?

Jing Ning : Oui, une valeur ajoutée à travers la coopération. On trouve également des produits agricoles et même certains produits électroniques fabriqués au Maroc ou bien en Afrique du Sud qui ont été exportés vers la Chine. Il ya également le textile et l’habillement. Vous savez, il ya certaines entreprises qui vendent du textile et de l’habillement à la Chine. En même temps, des pays africains achètent du textile et de l’habillement à la Chine. C’est mutuel et c’est un marché mondial.

On trouve des produits agricoles et même certains produits électroniques fabriqués au Maroc ou bien en Afrique du Sud qui ont été exportés vers la Chine

Le1.ma : En votre qualité d’expert, on relève que la Chine est passée par différentes périodes pour réaliser ses projets, comment vous analysez le modèle de développement en Afrique surtout que chaque pays a ses propres spécificités ? Est-ce que l’expérience chinoise peut être facilement dupliquée ?

Jing Ning : Je ne pense pas que le modèle chinois puisse être facilement dupliqué ou copié en Afrique ou ailleurs parce que chaque pays a sa propre civilisation, son propre environnement culturel (cultural background), ses propres ressources naturelles. Par conséquent, nous devrions respecter chaque pays. Je pense qu’en ce qui concerne la coopération, la Chine tire profit et apprend des pays africains et réciproquement pour les Africains qui apprennent de la culture et des entreprises chinoises. C’est vraiment une compréhension mutuelle. Nous tirons bénéfice les uns des autres. Par exemple, pour la main d’œuvre en Chine, certains experts ont déclaré aujourd’hui au cours du Forum que les chinois travaillent dur ; nous estimons que les travailleurs africains aussi travaillent dur pour rendre leur vie meilleure. C’est une force, et le sens commun des êtres humains est de coopérer et d’aider les uns les autres.

Le1.ma : Parfait, c’est très diplomatique de votre part mais pratiquement comment vous percevez les économies africaines et la main d’œuvre africaine, quelles sont les valeurs qui manquent aux économies de ce continent ?

Jing Ning : Jetons un coup d’œil sur la main d’œuvre marocaine. Je pense qu’elle est hautement efficace et en même temps je pense qu’avec le soutien de l’éducation et la formation professionnelle ainsi que le transfert des technologies, cette main d’œuvre ira de l’avant et aura plus d’élan pour s’adapter au processus de l’industrialisation. Cette situation a eu lieu en Chine il ya trente ans. L’organisation et l’industrialisation apporteront davantage d’opportunités pour les gens ordinaires afin d’accéder à l’enseignement supérieur pour acquérir la capacité d’exécuter un travail beaucoup plus compliqué et d’être connectés au monde, ce qui apportera aussi un développement économique.

La Chine abritera la foire internationale d’import-export à Shanghai du 5 au 10 novembre prochain. Nous coopérons pour cela avec le ministère marocain de l’industrie, la CGEM et l’AMDIE.

Le1.ma : Vous avez pris part aujourd’hui à ce Forum (non ouvert aux médias, ndlr). Que pouvez-vous nous dire sur les grands thèmes débattus et qu’est-ce que vous en avez retenu ?

Jing Ning : Je pense que la principale chose est d’écouter les voix des experts, des universitaires et des Think Tanks marocains et africains. Nous sommes venus écouter les propositions et les conseils pour savoir ce que nous devrions faire afin de promouvoir davantage la coopération entre la Chine et les pays africains. J’ai beaucoup profité aujourd’hui des discours, des dialogues et des questions-réponses.

Le1.ma : Quelles sont les idées phares qui ont retenu votre attention ?

Jing Ning : Je peux citer par exemple la coopération en matière de capacité de construction (capacity building) entre la Chine et les pays africains. Il s’agit-là d’un secteur clé pour la Chine au cours de ces dernières décennies que de coopérer avec les pays africains. On voit de nombreux responsables et personnels se rendre en Chine pour assister à des séminaires ou recevoir une formation. Certains experts chinois visitent également le continent pour échanger les idées et les points de vue dans le but d’améliorer la manière de mettre en œuvre la coopération. Il ya également un point très révélateur : certains experts ont déclaré que nous devions essayer de forger un nouveau mécanisme pour exporter les produits africains vers la Chine. Vous savez que la Chine dispose d’un très grand marché. Je peux vous signaler à cet égard que notre pays abritera la foire internationale d’import-export à Shanghai du 5 au 10 novembre prochain. Nous essayons d’avoir une coopération avec le ministère marocain de l’industrie, la CGEM et l’agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) pour promouvoir cet événement. J’espère que les entreprises africaines pourront prendre part à cette foire et essayer d’exporter plus de produits vers la Chine.

Le Maroc a un marché haut de gamme qui peut accueillir les industries chinoises. De plus, le royaume offre également un excellent environnement pour attirer les investissements.

Le1.ma : Est-il facile de démarcher le marché chinois ? Et avec quels de produits ?

Jing Ning : La Chine est très ouverte avec un marché très libre et concurrentiel. Et chaque investisseur devra disposer de sa propre stratégie.

Le1.ma : Quels conseils pourriez-vous donner à la communauté d’affaires africaine ?

Jing Ning : Je pense qu’il faudra étudier le marché chinois et trouver la voie pour la promotion de vos produits et services ciblant la clientèle chinoise. Prenons l’exemple des fruits au Maroc, certains d’entre eux peuvent facilement être exportés vers la Chine.

Le1.ma : Au sujet des relations sino-marocaines, vous êtes en poste à Rabat depuis 5 ans, quel bilan faites vous des relations économiques entre les deux pays ?

Jing Ning : Je pense que les relations économiques et commerciales entre la Chine et le Maroc vont connaître plus d’élan et de dynamisme particulièrement après la visite du Roi Mohammed VI à Pékin. Nous avons signé un accord de coopération pour la route de la soie au mois de novembre 2017. Je pense que ce type de coopération envoie un message clair et fort aux cercles d’affaires, selon lequel les deux pays ont davantage de liens d’affaires qui les unissent et que leurs gouvernements respectifs appuient et soutiennent l’installation des entreprises. Je vois aussi que le Maroc a un marché haut de gamme qui peut accueillir les industries chinoises. De plus, le royaume offre également un excellent environnement pour attirer les investissements.

Le1.ma : Comment jugez-vous le climat des affaires au Maroc pour attirer les investisseurs étrangers et particulièrement chinois ?

Jing Ning : Comme je viens de le dire, le Maroc offre un très bon environnement pour attirer les investissements. Cet environnement s’améliore de plus en plus avec le renforcement de la loi, et les services à l’échelle des autorités locales sont en train de s’améliorer. Je recommande fortement aux entreprises chinoises d’apporter plus de technologie en rapport avec l’industrie au Maroc. Mais en même temps, j’espère que les services au profit des petites et moyennes entreprises s’amélioreront.

Plus de 30 entreprises chinoises opérent actuellement au Maroc principalement dans le BTP, l’industrie du plastique et la pêche

Le1.ma : Avez-vous une idée sur le volume global des investissements chinois au Maroc ?

Jing Ning : En fait, les entreprises chinoises sont à un stade précoce dans leur investissement au Maroc , mais jusqu’à 2016 le montant était autour de cent million de dollars américains en stocks, et elles ont investi pour près de 100 millions de dollars.

Le1.ma : Quel est le nombre des entreprises chinoises implantées au Maroc et leur domaine d’activités ?

Jing Ning : Elles sont plus de 30 entreprises de grandes et moyennes tailles opérant dans l’infrastructure, l’industrie du plastique, de la pêche, alors que d’autres entreprises vont investir dans la construction automobile et les pièces détachées. Elles sont en train de construire leurs usines dans la zone franche de Kénitra telle que l’équipementier Xiezhong Nanjing. Sans oublier les centaines d’hommes d’affaires qui font du commerce.

Le1.ma : Qu’en est-il du projet de la ville intelligente «Cité Mohammed VI Tanger-Tech» ?

Jing Ning : On s’attend à des progrès pour la réalisation de ce projet mais je ne dispose pas de beaucoup d’informations sur ce dossier. Il s’agit d’un très grand projet stratégique et nous espérons que les entreprises chinoises pourront y participer.

Nous devons d’abord commencer par renforcer la compréhension réciproque et essayer de pousser vers l’avant la coopération économique, commerciale et dans d’autres secteurs.

Le1.ma : On parle d’un projet très prometteur à même de générer 100 000 emplois ?

Jing Ning : Oui, et j’espère que les entreprises chinoises y seront associées et qu’elles discuteront avec nos partenaires marocains mais là aussi, je ne dispose pas de beaucoup d’informations.

Le1.ma : Dans le cadre de leur partenariat stratégique, que peuvent faire le Maroc et la Chine en faveur de l’Afrique ?

Jing Ning : Comme vous le savez, la Chine et le Maroc sont des partenaires stratégiques. Par conséquent, nous devons d’abord commencer par renforcer la compréhension réciproque et essayer de pousser vers l’avant la coopération économique, commerciale et dans d’autres secteurs. En même temps, nous sommes ouverts pour accueillir toute idée de coopération avec le Maroc à destination des pays africains. Je pense que les entreprises chinoises sont prêtes. A titre d’exemple, à Ouarzazate, les entreprises chinoises coopèrent déjà aux côtés de compagnies saoudiennes et espagnoles dans le projet de la centrale solaire Noor de MASEN.

Le1.ma : Que pouvez-vous nous dire sur le prochain sommet du FOCAC ?

Jing Ning : Je pense que le prochain sommet couvrira toutes les questions importantes d’ordre politique, économique et de développement social. Tous les aspects liés aux relations sino-africaines seront débattus.

Le1.ma : Egalement les questions de la paix et de la sécurité ?

Jing Ning : Tout à fait.

Le1ma : Qu’avez- vous concrètement tiré de cette conférence aujourd’hui ?

Jing Ning : Je n’ai pas vraiment tiré une conclusion finale mais les experts et les Think Tanks ayant participé à cette conférence ont passé au crible la coopération sino-africaine. Nous pouvons aussi apprendre des choses des apports des gouvernements, notamment en tant que forces de proposition.

Le1.ma : Qu’en est-il du secteur privé ?

Jing Ning : Le séminaire d’aujourd’hui est académique. Nous avons voulu écouter les Think tanks, les universitaires et les chercheurs. En même temps, notre ambassade et notre délégation ont rencontré leurs homologues marocains. Par exemple, au début de février, le vice-ministre chinois du commerce a visité le Maroc et a eu une réunion avec le ministère de l’industrie et du commerce marocain sur la coopération entre nos deux pays. Ils ont échangé les idées quant à la manière de consolider les relations économiques et commerciales. Il a également rencontré la présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc pour écouter les propositions du secteur privé. Ce sont les échanges d’idées à plusieurs niveaux qui nous aideront à réfléchir sur la coopération à l’avenir.

Après 30 ans passés dans l’Empire du Milieu, Ibrahima Diong donne son constat sur la Chine-Afrique

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Ibrahima Cheikh Diong est incontestablement le panafricain le plus chinois spécialisé dans les relations Chine –Afrique. Et pour cause, il a passé 30 ans de sa vie dans l’Empire du Milieu.
Riche d’une carrière politique et économique, il a occupé plusieurs postes clés aussi bien dans son pays natal en qualité de ministre, conseiller à la présidence du Sénégal ou bien à la tête de Senegal Airlines ou à l’international, avant de fonder son propre cabinet de consulting, l’Africa Consulting and Trading, une société panafricaine de conseil en gestion et de facilitation commerciale à Dakar.

Invité à prendre part à la conférence des experts préparatoire du 6ème Sommet du Forum de coopération sino-africain (FOCAC), co-organisée le mardi 6 mars par l’Institut marocain Amadeus et l’ambassade de Chine au Maroc, il a accordé à le1.ma une interview dans laquelle il parle entre autres, de son expérience, des jeux et des enjeux de la coopération sino-africaine et des perspectives d’avenir.

Le1.ma : Ibrahima Cheikh Diong, vous êtes une figure des relations Afrique-Chine surtout que vous avez passé pratiquement 30 ans de votre vie en Chine. Comment est venue l’idée de la part d’un Sénégalais pour atterrir en Chine alors qu’à l’époque de Senghor, c’était la rive gauche ou la rive droite de Paris ? Lire ici

Moussa Mara : Le modèle marocain en Afrique mérite d’être suivi avec attention ( Interview )

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L’ancien Premier ministre malien, Moussa Mara, a participé, le mardi 6 mars, à la conférence des experts préparatoire du 6ème sommet du Forum de coopération sino-africain (FOCAC), co-organisée  par l’Institut Amadeus avec l’ambassade de Chine à Rabat avec trois casquettes, celle d’homme politique, de chef de parti et en sa qualité d’expert comptable. Il a bien voulu répondre aux questions du le1.ma sur différents dossiers de l’heure touchant les relations Chine –Afrique, l’approche africaine du Maroc, la question du terrorisme et la sécurité dans le Sahel. Entretien.

Le1.ma : Pouvez-vous nous parler du thème de votre intervention ?

Moussa Mara : Le thème de l’intervention était de baliser ou d’aider à baliser le chemin vers le Forum sino-africain qui aura lieu en septembre prochain en Chine lequel portera sur l’ensemble des actions à mener pour que l’Afrique puisse bénéficier d’un développement partagé : les questions d’industrialisation, de commerce, d’agriculture, les questions de renforcement des ressources humaines, du renforcement des infrastructures et le financement des différents projets. Toutes ces questions sont traitées pour que la coopération sino-africaine puisse être mutuellement avantageuse comme disent les chinois.

Le1ma : Mais concrètement, vous avez mis le doigt sur quoi ?

Moussa Mara : Moi j’ai mis le doigt sur un certain nombre d’éléments. D’abord, la coopération doit être sérieusement et mutuellement avantageuse. Cela veut dire quoi ? Que la coopération ne doit pas relever seulement de l’exportation des matières premières et d’importation de biens manufacturés. C’est déséquilibré. Il ya le développement de la Chine mais il n’ya pas de développement de l’Afrique, ou très peu. Il faut que nous puissions investir davantage dans l’industrialisation de l’Afrique et le développement de la capacité de l’Afrique à créer de la valeur à partir de ses propres produits. C’est un élément important.

Le deuxième élément est lié au premier. Il s’agit de renforcer le capital humain de l’Afrique, qu’il y ait plus de ressources humaines compétentes, qu’il y ait plus d’ingénieurs, plus de techniciens pour qu’on puisse justement porter l’industrialisation du continent. Le troisième élément sur lequel j’ai insisté, c’est la coopération au niveau politique. Il faut que certaines idées, certaines stratégies, certains processus qui sont en Chine et qui sont porteurs de développement puissent aussi être utilisés comme modèle pour le continent. La Chine, par exemple, en termes de planification du développement et de gestion du territoire, a des capacités et  des réussites importantes. Cela peut aider aussi le continent sur le plan politique, ainsi que sur le plan économique. Certaines idées de coopération peuvent être meilleures en termes de développement inclusif et de partenariat entre la chine et le continent. C’est sur ces éléments que j’ai axé mon intervention.

Le1.ma : En votre qualité d’expert comptable, quel regard portez-vous sur les précédents sommets, et quel bilan en faites-vous ?

Moussa Mara : Ces sommets ont toujours abouti à des grands projets et à de grands programmes. Cette année aussi, je pense.

Le1.ma : Pour quelles réalisations ?

Moussa Mara : Il ya beaucoup de réalisations sur le continent grâce à la coopération sino-africaine. Mais ces réalisations seront davantage fructueuses, si elles portaient sur le renforcement des ressources humaines et de la capacité endogène du continent à s’industrialiser, sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, sur l’énergie, le  solaire et les énergies renouvelables. Il y a quelques chemins utiles et concrets qui ne sont pas encore suffisamment mis en valeur, et ce à côté de grandes réalisations d’infrastructures, de grands financements dont bénéficient le continent et la Chine sur un pied d’égalité.

Le1.ma : Sur le plan financier, lors du sommet de Johannesburg, le président chinois a promis beaucoup d’argent. On a parlé de 20 milliards de dollars et puis de 60 milliards de dollars. On a reproché que ces montants étaient démesurés, vous en pensez quoi ?

Moussa Mara : Ces montants ne sont démesurés par rapport à la réalité. Vous savez que si on prend uniquement les infrastructures, les besoins de l’Afrique sont évalués à au moins 80 milliards de dollars chaque année. Donc les montants ne sont pas faramineux par rapport aux besoins. Et quelqu’un disait à juste titre que les échanges entre la Chine et la Corée  du Sud, c’est plus de 207 milliards de dollars, c’est-à-dire beaucoup plus que la Chine avec l’Afrique dans sa globalité. La Corée du Sud c’est seulement 48 millions d’habitants, soit l’équivalent d’un pays comme l’Afrique du sud. Seulement ce sont les capacités d’absorption qui manquent, parce que quand on dit «projets», il faut avoir la compétence de les préparer, de les planifier, de monter les dossiers, de lancer les appels d’offres, et de collecter les financements ; et très souvent l’Afrique a des difficultés sur ces volets-là. Je pense qu’il faut beaucoup investir : réaliser des infrastructures c’est bien mais investir dans l’élément humain est beaucoup mieux. Et c’est sur ce point que j’ai le plus insisté.

Le1.ma : Est-ce que le partenariat Afrique-Chine ne dérange pas les anciennes puissances coloniales ?

Moussa Mara : Aujourd’hui, il ne doit pas y avoir de concurrence entre les puissances. L’Afrique doit apprendre à connaître ses intérêts et aller les chercher là où il le faut, en Chine, en Afghanistan, aux Etats-Unis ou au Canada. Maintenant c’est à chacun aussi de se battre conformément à ses intérêts et à s’illustrer dans ce sens. Mais quand je dis intérêts, il ne s’agit pas seulement d’intérêts à court terme. Il s’agit d’intérêts stratégiques. Souvent c’est là que beaucoup de puissances oublient et privilégient un peu  le court terme. A mon avis, il ya de la place pour tout le monde sur le continent et l’Afrique a intérêt à travailler avec tous.

Le1.ma : Le Maroc est le deuxième investisseur sur le continent, quel regard portez-vous sur l’approche marocaine en l’Afrique ?

Moussa Mara : C’est une bonne approche qu’il faudrait dupliquer ; en accompagnant d’autres pays africains, comme l’Afrique du Sud, le Nigéria, l’Egypte et l’Algérie en les encourageant à s’inspirer de cette stratégie qui consiste investir dans des filières et secteurs porteurs, de l’étude faisabilité, au financement jusqu’à la réalisation. Ce sont ces  modèles qui à mon avis sont des modèles d’avenir, en plus du renforcement des ressources humaines et la formation professionnelle. Il existe d’autres modèles mais celui-là est à suivre.

Le1.ma : Avec votre casquette d’homme politique et d’ancien premier ministre : le volet sécuritaire dans la région du Sahel, quel regard vous y portez ?

Moussa Mara : La sécurité conditionne tout. Il faut que nous apprenions à traiter cette question de sécurité. Ca passe aussi par offrir de l’emploi aux jeunes. C’est aussi donner de la nourriture à ceux qui ont faim pour qu’ils ne puissent pas aller dans des aventures terroristes. Donc la sécurité est un tout. La question sécuritaire est souvent soit la résultante d’une situation, soit le détonateur d’une autre. Il faut savoir renforcer les forces armées et les forces de sécurité, tout en travaillant sur les questions économiques, de justice sociale, et toutes les autres questions connexes comme la lutte contre la corruption.

Le1.ma : Et la question de gouvernance ?

Moussa Mara : Ah oui, la question de gouvernance constitue vraiment un élément majeur. La mauvaise gouvernance crée des problèmes de déséquilibres ultérieurs. Il faut donc que la bonne gouvernance, le leadership, l’exemplarité des leaders soient des priorités dans toute réforme.

La Chine à l’écoute de l’Afrique qui s’éveille

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Le dynamique Think Tank marocain Amadeus a co-organisé avec l’ambassade de Chine au Maroc, le mardi 6 mars 2018, une conférence des experts préparatoire du 6ème sommet du Forum de coopération sino-africain (FOCAC). Près d’une soixantaine de personnalités et d’experts, venant de pays africains et de Chine, ont répondu présents pour plancher sur quatre axes couvrant le partenariat multiforme sino-africain.


Le format simple choisi par Amadeus est pratique et pragmatique pour une meilleure efficacité dans la gestion des débats. Ouverte par l’ambassadeur de Chine Li Li et Brahim Fassi-Fihri, président de l’institut Amadeus, les deux responsables ont mis en exergue la qualité de la coopération et du partenariat tissés par l’Empire du Milieu avec divers pays africains. Le Maroc en est l’illustration parfaite dans divers domaines.

Par la suite, la conférence est entrée dans le vif des thèmes retenus. Ainsi donc la matinée, la première session a traité de la coopération économique et des investissements. Le deuxième atelier s’est penché sur la coopération et le mécanisme politique.

L’après midi, ont été débattus les deux autres thèmes à savoir le développement humain et les transferts de compétence avec une question lancinante et pertinente : l’Afrique peut-elle importer le modèle de développement chinois ?

Enfin, la quatrième session a planché sur la coopération en matière de paix et de sécurité avec l’interrogation suivante : La Chine future actrice de la nouvelle architecture africaine de paix et de sécurité ?

Cette conférence-débat n’était pas ouverte aux médias. Toutefois, à chaque pause café, les journalistes ont pu réaliser des entretiens ou recueillir quelques «indiscrétions». Ce qui a retenu l’attention côté chinois, c’est leur disponibilité qui entre dans le cadre d’une offensive de charme pour dire que la Chine est désormais ouverte, sans complexe, loin de l’étiquette qui lui collait au dos, plaidant pour un véritable partenariat sud-sud gagnant. Les responsables chinois ont souligné la disponibilité de leur pays à travailler avec les pays africains dans le respect des spécificités de chaque pays sans ingérence ou interférence dans les affaires intérieures.

Les experts africains et loin de toute langue de bois, ont estimé que l’Afrique a beaucoup à gagner en diversifiant ses partenariats en coopérant davantage avec la Chine. Ils demandent un rôle accru au secteur privé et une meilleure gouvernance et la présentation de projets bien étudiés à la partie chinoise. Ils ne veulent pas d’un partenariat où l’Afrique sera perçue comme étant le grenier des matières premières pour les superpuissances. Ils veulent du concret, avec des plus values dans les domaines de la formation et des ressources humaines, du transfert technologique et tout ce qui peut aider le continent à assurer tant soit peu son décollage.

Le dossier de la paix et de la sécurité a été largement débattu, parfois avec passion. Les Africains ont été unanimes pour souligner l’équation entre sécurité, développement et démocratie. Ils savent de quoi ils parlent puisque certains pays n’arrêtent pas malheureusement de payer un lourd tribut au terrorisme, aux guerres civiles ou tribales. Ils ont demandé davantage d’implication de la Chine dans le maintien de la paix dans les régions qui subissent des troubles et non pas se contenter du volet économique. A cet égard, un vibrant hommage a été rendu au Maroc et à son armée royale pour le rôle légendaire dans les opérations de maintien de la paix avec les casques bleus marocains qui ont payé de leur vie l’engagement du Maroc et sa mobilisation pour un continent sûr.

La Chine ne sera pas le gendarme de l’Afrique

Réagissant à une «l’interpellation», le jeune attaché militaire chinois à Rabat a souligné que son pays est le deuxième contributeur après les USA dans le budget des forces de l’ONU relevant que son pays n’épargnera aucun effort mais ne sera aucunement une puissance néocoloniale ou gendarme de l’Afrique. En d’autres termes, la Chine ne sera pas un casse tête pour l’Afrique mais plutôt pour ses concurrents sur le continent, les Etats-Unis et l’Europe en tête !

L’intérêt donc de cette journée est de soulever les véritables questions qui taraudent l’esprit des experts, chacun dans son domaine, et de baliser la route pour le prochain FOCAC prévu en principe au mois de septembre à Pékin.

L’engagement de la Chine en Afrique : ce que nous apprend en 2018 la mobilisation de 60 milliards de dollars

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Il s’agit d’un point de vue tiré du chapitre six du rapport Prospective Afrique 2018 de l’Institut Brookings, une organisation à but non lucratif basée à Washington. Sa mission est de mener des recherches approfondies qui mènent à de nouvelles idées pour résoudre les problèmes auxquels la société est confrontée aux niveaux local, national et mondial.  Le rapport en question explore six thèmes généraux offrant des opportunités pour l’Afrique de surmonter les obstacles et stimuler la croissance inclusive. Lire ici le chapitre dans son intégralité en Anglais sur le changement de la nature des relations extérieures de l’Afrique. Vu l’intérêt de cette analyse postée sur le site de Brookings Institution le 30 janvier dernier pour les décideurs politiques et économiques et dans un souci de vulgarisation, Le 1.ma a jugé utile de la traduire pour ses lecteurs.

Sa publication coïncide avec la tenue ce mardi mars à Rabat de la conférence des experts sur la coopération Sino-africaine Co-organisée par l’Institut Amadeus avec l’ambassade de la République populaire de Chine au Maroc dans la perspective du 6ème Sommet du Forum sur la coopération Afrique-Chine.

Voici donc la traduction de ce décryptage.

Le FOCAC, la diplomatie de prestige du Président Xi Jinping

Depuis l’an 2000, six sommets FOCAC (Forum sur la coopération Chine-Afrique) ont été tenus à 3 ans d’intervalle avec le prochain prévu pour 2018 en Chine si la tradition doit continuer.

FOCAC a été la plateforme institutionnelle fondamentale et le mécanisme pour la coopération entre la Chine et les Etats africains. Faisant probablement partie de la diplomatie de prestige du Président Xi Jinping, le niveau d’engagement que la Chine a fait au sommet 2015 à Johannesburg était étonnamment élevé.

Les 60 milliards de dollars de financement promis ont triplé l’engagement précédent de 20 milliards de dollars pris lors du sommet FOCAC 2012 tenu en juillet à Pékin.

Ces financements sont prévus pour aider à résoudre le goulot d’étranglement de l’économie africaine et du développement social.

En 2015, Xi avait annoncé 10 plans complets et ambitieux couvrant entre autres, l’industrialisation, la modernisation de l’agriculture, le commerce et l’investissement, la santé publique.

La mise en œuvre de ces engagements chinois au cours des deux dernières années est révélatrice de la priorité et de la cadence de l’engagement de la Chine en 2018 au cas où la Chine doit les achever avant le prochain sommet FOCAC.

Les zones prioritaires de l’engagement de la Chine du sommet FOCAC 2015 : industrialisation, modernisation de l’agriculture et infrastructure

La Chine a été ambitieuse en s’engageant en Afrique. En 2018, la Chine continuera à promouvoir le développement des parcs industriels et à leur attirer les investisseurs comme étant ses programmes de fonctionnalité pour l’industrialisation africaine.

La Chine a également mis l’accent sur la coopération dans le domaine du partenariat industriel et de capacité industrielle en Afrique, s’engageant à faciliter l’investissement privé chinois et à former au moins 200.000 travailleurs locaux.

Déjà en Ethiopie, la Chine a achevé le parc industriel de Hawassa d’un coût de 250 millions de dollars en neuf mois entre 2015 et 2016.

Selon les officiels chinois, le parc a attiré 15 grandes entreprises de textile et d’habillement dont six exportent déjà sur le marché international.

La compagnie de construction et de génie civil chinoise (CCECC) construit trois autres parcs industriels dans le pays, financés également par des investissements et des prêts chinois.

Au Kenya, le groupe chinois Guangdong New South Group a ouvert le premier parc industriel privé du pays à Uasin Gishu en juillet 2017 pour un coût de 2 milliards de dollars. Ce parc constituera un élément important de la zone économique spéciale de Zhujiang (ZES) du Kenya, qui s’inspire partiellement du modèle de développement des ZES en Chine. En 2018, la Chine continuera de promouvoir le développement de parcs industriels pour soutenir l’industrialisation de l’Afrique.

L’une des principales caractéristiques de l’aide agricole chinoise à l’Afrique a été les centres de démonstration de technologies agricoles, qui s’intègrent aux industries agricoles locales, mais visent également à créer des points d’ancrage solides pour les entreprises chinoises sur les nouveaux marchés.

La Chine a ciblé l’amélioration des capacités et de la productivité agricoles africaines principalement par le partage d’expériences, le transfert de technologie, l’encouragement des investissements agricoles chinois en Afrique et la mise en place de nouveaux cadres et programmes d’échange pour amener des experts chinois à ces pays africains. L’une des principales caractéristiques de l’aide agricole chinoise à l’Afrique a été les centres de démonstration de technologies agricoles, qui s’intègrent aux industries agricoles locales, mais visent également à créer des bases solides pour les entreprises chinoises sur les nouveaux marchés. En 2017, 23 centres de démonstration opèrent à travers le continent. En plus des centres de démonstration, la Chine a récemment accepté de consentir de nouveaux prêts concessionnels à la Zambie pour améliorer sa capacité agricole ainsi que la formation professionnelle et l’augmentation des investissements chinois dans le secteur. Avec l’Afrique du Sud, la Chine a signé de nouveaux accords relatifs au secteur agricole visant à faciliter l’échange d’experts et de technologie entre les deux pays. Des accords similaires ont également été conclus avec le Nigeria. Il est prévisible que la Chine fera du développement agricole un élément clé de son agenda en 2018 et, espérons-le, sur l’ensemble du continent plutôt que sur quelques pays prioritaires.

L’intérêt de la Chine pour les infrastructures va au-delà d’une augmentation du commerce et du flux de population par le trafic, mais aussi de l’amélioration de la capacité de trafic aérien, des réseaux électriques, des réseaux de télécommunication et de la formation des ressources humaines. Il est important de noter que l’engagement de la Chine en matière d’infrastructures pour 2015 se concentre sur la coopération dans les projets ferroviaires, routiers et portuaires à travers une variété de méthodes de financement. Le lancement réussi en mai 2017 du chemin de fer à voie standard Mombasa-Nairobi (le Madaraka Express) au Kenya ne se poursuivra que dans les années à venir: Si les choses se passent bien, la ligne Mombasa-Nairobi reliera finalement le Kenya et la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et même le Soudan du Sud et l’Ethiopie.

À l’horizon 2018, les infrastructures chinoises se diversifieront de plus en plus dans le domaine de la production et du transport d’électricité. En effet, sans énergie électrique, un plan d’industrialisation ne restera qu’un plan. Associée à la pénurie d’électricité, la Chine semble faire écho à l’appel des pays africains pour le développement des énergies renouvelables comme source alternative, ce qui pourrait être contre-intuitif compte tenu de l’approche pragmatique et très attentive aux investissements en Afrique.

Est-ce que les chiffres s’accordent?

La question la plus intrigante dans l’évaluation de la réalisation par la Chine de l’engagement du FOCAC 2015 réside dans les chiffres: Quelle part du financement engagé a été déboursée? La réponse à cette question déterminera le niveau et le rythme du financement chinois en 2018. Malgré les progrès impressionnants que la Chine a accomplis sur plusieurs fronts, les statistiques du côté chinois sont vagues et peu concluantes. Par exemple, selon le Quotidien du Peuple, 243 accords de coopération ont été signés entre décembre 2015 et juillet 2016, pour un montant total de 50,7 milliards de dollars, dont 46 milliards de dollars pour les investissements directs et commerciaux des entreprises chinoises. En interprétant les chiffres, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères n’a pas expliqué quel pourcentage des 50,7 milliards de dollars provenait de l’engagement officiel de 60 milliards de dollars de financement du gouvernement chinois. Au lieu de cela, l’explication officielle est que l’engagement de 60 milliards de dollars du gouvernement chinois avait eu un effet multiplicateur en inspirant les capitaux privés et les financiers commerciaux. Aussi positif que cela puisse paraître, il ne répond pas à la question.

Certaines statistiques de la Chine sont moins inspirantes. Le Fonds de coopération Chine-Afrique pour la capacité industrielle, rapidement établi après l’annonce de Xi à Johannesburg et avec le capital de démarrage de 10 milliards de dollars du gouvernement chinois, a démarré ses opérations en janvier 2016. Cependant, après 18 mois de fonctionnement officiel, le fonds n’a approuvé que six projets dont l’investissement total s’élevait à 542 millions de dollars, parmi lesquels seulement quatre ont reçu un investissement décaissé de 248 millions de dollars. Selon ses responsables, le fonds privilégie la gestion des risques et les investissements en actions à moyen et court terme sur la vitesse et le volume des investissements. En particulier, le fonds a cité l’investissement en baisse en Afrique sub-saharienne et les intérêts en chute libre des sociétés chinoises en raison du ralentissement économique domestique comme étant les facteurs clés influençant le rythme du fonds. Au rythme actuel, le Fonds de coopération Chine-Afrique pour la capacité industrielle ne devrait pas atteindre l’objectif d’un financement de 10 milliards de dollars d’ici la fin de 2018. La Chine pourrait jouer le jeu des mots en soulignant que le capital est effectivement versé au fonds et compte à peine comme le financement fourni à l’Afrique.

Compte tenu de la popularité du PPP dans la discussion sur les investissements étrangers en Chine, comme dans le cas de l’initiative One Belt, One Road, il serait très intéressant que la Chine expérimente davantage avec le PPP en 2018.

Les statistiques sur les prêts concessionnels engagés de 35 milliards de dollars sont encore moins disponibles. Lors de la Conférence des coordonnateurs de la mise en œuvre des réalisations du FOCAC à Beijing six mois plus tard, il a été révélé que la Banque chinoise d’import-export avait approuvé 4,3 milliards de dollars de prêts concessionnels à l’Afrique après le Sommet du FOCAC. À ce rythme, la Chine devrait être en mesure d’atteindre le seuil de 35 milliards de dollars d’ici la fin de 2018.

Un problème qui mérite d’être observé en 2018 est la manière dont la Chine applique et rend compte du modèle PPP (partenariat public-privé) pour de nouveaux investissements dans des projets d’infrastructure en Afrique. Les acteurs chinois ont pris note des intérêts de divers gouvernements africains dans le modèle PPP pour combler le déficit de financement dans le développement des infrastructures. Cependant, au-delà de la simple observation, la participation réelle des entreprises chinoises à de tels projets n’a pas encore pris de vitesse. Cependant, étant donné la popularité du PPP pour la discussion sur les investissements étrangers en Chine, comme pour l’initiative One Belt, One Road (La nouvelle route de la soie ou la Ceinture et la Route), il sera très intéressant que la Chine expérimente davantage avec le PPP en 2018.

2018 sera la dernière année pour la Chine à remplir ses engagements de Johannesbourg. La Chine a fait des progrès constants dans la réalisation de ses promesses de financement dans des domaines tels que l’industrialisation, le développement agricole et les infrastructures. Compte tenu de son rythme actuel, le respect de l’engagement de financement de 60 milliards de dollars devrait être en bonne voie. Cependant, la Chine devra faire des progrès substantiels dans des catégories spécifiques, telles que le Fonds de coopération Chine-Afrique pour la capacité industrielle en 2018, pour tenir ses promesses. De nouveaux axes, tels que la production, la transmission d’énergie et le modèle PPP seront des domaines intéressants à observer en 2018 pour identifier les prochaines étapes de la priorité de la Chine en Afrique.


Texte original paru sur Brookings Institution (Point de vue) par Yun Sun, membre non résident de l’Africa Growth Initiative, qui se concentre sur les relations de la Chine avec l’Afrique et la coopération entre les États-Unis et la Chine sur le continent. Traduit par la rédaction de Le1.ma.