Il est temps de libérer Akhannouch du fardeau de la politique

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Le ministre et candidat à la chefferie de gouvernement, Aziz Akhannouch, nous a gratifié cette fin de semaine de deux belles sorties médiatiques. Il n’en fallait pas d’ailleurs plus pour donner du grain à moudre aux réseaux sociaux situés en dehors de l’influence du magnat du pétrole. Des buzz inutiles et improductifs qui remettent au grand jour ce gâchis qui est le patriote M. Aziz Akhannouch. La toute jeune promotion de journalistes qui porte désormais le nom de notre commis de l’Etat, ne sait probablement pas qu’elle avait posé hier avec la personnalité préférée des marocains … en 2011. Si Benkirane n’existait pas ou était moins machiavélique, il aurait été sans aucun doute choisi à sa place comme chef de gouvernement. Il était apprécié par les marocains qui le connaissaient, et sa richesse ne posait pas de problème, car disait-on, c’était un homme qui faisait du bien autour de lui. Akhannouch était également adulé et aimé par ses collaborateurs, qui louaient sa générosité, sa disponibilité, sa simplicité, sa confiance et son indulgence. Il était même à l’écoute des doléances des employés de son épouse qui avait la réputation d’être particulièrement colérique et capricieuse. Aussi a-t-il éduqué ses enfants sur la discrétion, d’ailleurs à date d’aujourd’hui, on leur accorde des qualités de simplicité et de gentillesse.

Toutefois, la campagne de boycott a laissé des séquelles irréversibles sur Aziz Akhannouch. Il doute de tout et de tout le monde, avance comme sur un champs de mines et son aversion au risque s’est démultipliée. Une posture qui met en équation tout le potentiel de l’écosystème politique et économique qu’il représente. Des femmes et des hommes qui lui sont affiliés directement ou indirectement et qui peuvent, dans d’autres circonstances, créer la différence dans la célérité de la mise en œuvre des chantiers les plus complexes. Sans le fardeau de la politique, Aziz Akhannouch aurait été très utile pour créer des débouchés aux jeunes marocains ou pour consolider son business afin d’en faire une locomotive nationale au profit du rayonnement du Maroc à l’international.

Après la énième communication malheureuse de cette fin de semaine, de grâce, libérez Aziz Akhannouch du fardeau de la politique, il ne sait pas faire.

Dans sa course aux élections, Aziz Akhnnouch, le plus initié que n’importe quel autre homme politique, a multiplié ses dernières semaines ses sorties après des mois de confinement dans son petit palais de Marrakech.

Il a été le premier chef de parti à réagir sur le débat de la légalisation du cannabis, en usant de sa casquette de ministre de l’agriculture pur visiter, pour la première fois, la région de Chefchaouen.

Ce vendredi, toujours dans l’objectif de devancer ces adversaires, il décide du surprendre le paysage politique en parrainant la toute dernière promotion de Institut Supérieur de Journalisme et de Communication de Casablanca, qui porte désormais son nom. Le mal aimé de la presse, lassé du bashing systématique de la presse, décide d’aller cultiver son image à la source.

«J’espère que cette promotion œuvrera à promouvoir et défendre le pays. Notre pays a besoin de journalistes professionnels, objectifs et crédibles » peut-on lire en darija sur tous les comptes officiels de Aziz Akhannouch, commentant la photo de groupe.

Par cette photo des jeunes lauréats entourant Akhannouch et ces quelques mots l’équipe de communication a réussi l’exploit de se mettre toute la profession des journalistes sur le dos. N’a-t-elle pas sous entendu que les journalistes marocains n’étaient ni objectifs ni professionnels et ne défendaient pas assez leur patrie ?

L’autre soucis avec ce naming de la promotion de journalistes, c’est la casquette avec laquelle Akhannouch s’est vu accorder ce privilège. Est-ce celle de ministre, de candidat aux élections, de Président d’Akwa, de patron du groupe de presse Caractères ou de mécène ?

La cérémonie qui ne respectait pas la distanciation sociale a vu la participation de Moahmed Rahal (candidat RNI), la chanteuse du RNI Saida Charaf, et plusieurs acteurs du monde sportif , Boudrika, Haddaoui et Naybet. Un meeting électoral qui ne dit pas son nom.

Juste après cette polémique, une vidéo surgira et deviendra virale. On y voit et on y entend Aziz Akhannouch entourée d’une armada de gendarmes, s’adressant à un jeune homme : « Tant que tu as le soutien du ministre n’est peur de rien». Une petite phrase qui rappelle celle de Driss Jettou alors qu’il quittait le parlement « Dis lui que Ssi Jettou m’a envoyé, cela suffira».

Aziz Akhannouch était probablement sérieux dans son intention d’aider ce jeune entrepreneur en faisant cette déclaration devant les responsables de l’administration tout en prenant en témoin la caméra. Mais cette déclaration dévoile la culture toujours ancrée chez nos responsables, à savoir le piston, le népotisme et l’interventionnisme comme clés indispensables à faire avancer la machine administrative.

Nous sommes dans le droit de nous interroger si à cause de cette déclaration malheureuse, un autre citoyen n’ayant pas le soutien du ministre verra-t-il son tour remplacé par celui de ce jeune, devenu subitement pistonné ? N’aurait-il pas été plus intelligent de s’adresser au responsable et de l’inviter de respecter la loi et les procédures pour que tous les citoyens en règle peuvent profiter du service public en question?

Libérez Aziz Akhannouch du fardeau de la politique

En acceptant la mission d’animation politique après l’échec d’Ilyas El Omari, Aziz Akhannouch a été d’abord flatté par cette considération puis convaincu d’avoir sacrifié son image et sa quiétude au service de l’Etat.

Mais depuis la première vidéo enregistrée en Tanzanie, la tâche s’est avérée très difficile. En pilotant le parti depuis le siège d’Akwa, les ennuis n’ont fait que se suivre et se succéder. La campagne de boycott l’a rendu paranoïaque le poussant à se renfermer sur son premier cercle de confiance.

Les mois passèrent, son dispositif s’avère aujourd’hui stérile et inefficace. Pire autodestructeur. La politique a besoin de liberté de mouvement et de pensée. Un luxe auquel ne peut prétendre Aziz Akhannouch et que ses adversaires en jouissent publiquement, Nizar Baraka et Abdellatif Ouhabi, pour ne pas les citer. D’ailleurs ce dernier a surpris plus d’un, lors de son dernier passage à l’émission 3issaba de Ridouane Erramdani. Il n’a fallu que quelques mois, pour que celui qui a été destiné à mimer Mohamed Ziane, prenne de la bouteille et s’ajuste dans son costume d’un chef de parti responsable. Certes, il reste toujours désaxé au paysage et à l’ADN de son parti, si on le compare au studieux et sérieux Nizar Baraka, mais il a réussi à ressouder le PAM et à le mettre en ordre de bataille pour les élections, tout en développement un discours politique cohérent.

Aziz Akhannouch aurait pu devenir le Jack Ma marocain, grâce à son empire du Retail. Libre, il n’aurait pas laisser son épouse excentrique gaspiller des milliards dans de l’apparat et aurait par exemple créé le plus grand écosystème du e-commerce en Afrique. Ses liens de sang avec Maersk auraient pu lui procurer une supply chain de niveau mondial capable de faire émerger une plateforme logistique digne de celle d’Amazon. L’impact sur l’emploi, la production locale et l’intégration sud-sud aurait été un cas d’école.

Si Aziz Akhannouch était libéré de la politique, il aurait investit massivement dans la R&D chez MOX et Afriquia pour se positionner sur LE marché qui a le vent en poupe depuis quelques mois, celui de de hydrogène décarboné. A l’image de son concurrent Air Liquide. Aussi n’aurait-il pas été catalyseur d’un champion africain dans la technologie agricole. Une JV avec OCP et CAM bombardée par le savoir-faire technologique israélien, Akhannouch aurait doté le Royaume d’un soft power supplémentaire puissant.

Au lieu de ça, Ssi Aziz perd son temps à exécuter des plans de communication foireux, de répéter des éléments de langages stériles, de stigmatiser l’Etat et de laisser ses affaires en pilotage automatique. Personne n’est gagnant dans cette affaire.

Ceci est un appel pour préserver un homme d’affaires qui pèse lourd dans le paysage économique et social. S’il accède à la fonction de Chef de gouvernement, parce qu’il aurait mobilisé plus de moyens que les autres partis, nous vivrons cinq autre années caricaturales. Le pays a besoin d’un exécutif fort pour accompagner la sortie de crise post-Covid.

Libérez le soldat Aziz!

Nawfal Laarabi

Nawfal Laarabi

Intelligence analyst at UBERAL
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.
Nawfal Laarabi

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