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Mossoul

Crise libyenne ou comment Macron cherche à faire cavalier seul

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Paris a accueilli le mardi 29 mai une réunion des différents protagonistes de la crise libyenne et les représentants de plusieurs pays concernés ou intéressées par ce conflit. Le but de Macron est d’accélérer la mise en place d’une feuille de route et un mode opératoire pour l’organisation d’élections présidentielles qu’il souhaite voir se dérouler d’ici la fin de l’année. Mais ni le leadership contesté que veut imposer unilatéralement le président français au nez et à la barbe de l’Italie et du Maroc sur ce dossier, ni la réalité militaire du terrain en Libye ne permettent un tel optimisme.

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Indépendance du Kurdistan, le jour d’après

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Les autorités fédérales du Kurdistan d’Irak ont ​​commencé ce soir le dépouillement des bulletins de votes du référendum organisé pour l’indépendance du Kurdistan. Avec un taux de participation record qui a atteint 72% des kurdes d’Irak, l’issue du scrutin est presque pliée en faveur de l’indépendance.

Baghdad a mis en état d’alerte ses unités d’élite et fermé ses frontières avec la région indépendantiste du nord. Même réaction du côté syrien, turc et iranien. Les trois pays voisins, qui ont exprimé leur refus catégorique à toute idée d’indépendance, ont mis en état d’alerte leurs forces armées en prévision de tout développement dans ce sens, dès cette nuit ou, au plus tard, à l’annonce des résultats dans trois jours.

Condamné par la communauté internationale, le référendum risque de faire tache d’huile et pousser les kurdes de Turquie (15 millions de personnes), de Syrie (2 millions) et d’Iran (4 millions), à réclamer l’indépendance à leur tour.

Mais à Erbil, à Souleimaniyeh, à Dohouk, à Kirkouk, on s’attend à une victoire du oui qui scellerait la fin de la tutelle de Baghdad sur une région très riche en hydrocarbures et dont le sous-sol abrite le quart des réserves mondiales en pétrole et gaz.

Madrid, qui fait face à la crise Catalane, est officiellement opposée à toute idée d’indépendance de la région du Kurdistan. Moscou et Téhéran ont activé le téléphone rouge entre les deux capitales et suivent la situation de très près. Le Maroc, à travers son chef de la diplomatie, a insisté sur l’attachement de Rabat à l’intégrité territoriale de l’Irak. Les pays du CCG soutiennent le gouvernement central à Baghdad et sont allergiques à toute idée de séparatisme. Washington, en difficulté dans la région du Moyen-Orient au profit de la superpuissance russe, préfère tempérer son discours. Le seul pays à soutenir solennellement l’indépendance du Kurdistan demeure israël.

Devant l’«unanimité» internationale contre l’indépendance de cette région historiquement rebelle, comment le Kurdistan gérera-t-il ses relations et alliances avec les puissances mondiales ? Le lendemain du scrutin nous le dira.

Abdellah El Hattach 

[Photo du Jour] BHL s’affiche au référendum du Kurdistan

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Les Kurdes irakiens tiennent aujourd’hui leur référendum d’indépendance suspendu par la Cour suprême irakienne la semaine dernière, et ce malgré l’opposition du Secrétaire Général des Nations Unies Antonio Guterres et celle des États-Unis.


Cependant, une présence durant cette journée haute en tension ne va pas sans rappeler l’épisode dramatique de l’invasion de la Libye, et qui suscite de fortes passions, c’est celle de Bernard-Henri Levy qui s’est investi dans le Kurdistan depuis 2015. Il s’était affiché depuis le temps aux côtés du général Barzani à Mossoul sur la ligne de front où les peshmergas faisaient face aux combattants de Daech.

LE1

Libye : Quand Macron récupère l’Accord de Skhirat et agace l’Italie

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Rien ne va plus entre Rome et Paris, et pour cause. La France joue les missi dominici dans le dossier libyen, historiquement chasse gardée de l’Italie, laissant sur la touche le gouvernement Renzi. Ni l’Italie, ancienne puissance coloniale, ni le Maroc, qui a accueilli les négociations et l’Accord de Skhirat, n’ont été conviés au sommet tripartite du Château de La Celle Saint-Cloud le 25 juillet dernier ayant réuni autour du président français Emmanuel Macron, le premier ministre libyen Fayez el-Sarraj et le maréchal Khalifa Haftar commandant en chef de l’Armée nationale libyenne.


Le 25 juillet 2017, une réunion interlibyenne sous l’égide du gouvernement français se tient au Château de La Celle Saint-Cloud, en présence du président français, Emmanuel Macron, et du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. La réunion se conclut par la signature d’un accord entre Fayez el-Sarraj, premier ministre libyen et le maréchal Haftar qui s’engagent à un cessez-le-feu en Libye.

Les deux hommes s’étaient déjà rencontrés une première fois le 2 mai dernier à Abu Dhabi sous la houlette du prince héritier Mohammed Ben Zayed. Les deux protagonistes avaient annoncé la publication prochaine d’un communiqué sur un accord conjoint. C’est ce qui a été fait trois semaines plus tard au Château de La Celle Saint-Cloud dans la banlieue de Paris, là même où ont eu lieu en novembre 1955 les discussions sur les accords d’indépendance du Maroc entre le Sultan Mohamed V et Antoine Pinay, ministre des Affaires étrangères français.

En ne conviant ni l’Italie ni le Maroc à cette réunion tripartite, Emmanuel Macron fait preuve d’une condescendance envers ces deux pays-clés dans le processus de paix en Libye, les rétrogradant à un rôle de seconde zone.
Car au cas où le Maroc perdait la main sur le dossier libyen, ce sont aussi ses intérêts géopolitiques et militaires qui pourraient se trouver menacés, sachant qu’entre la frontière libyenne Ouest et la frontière Est du Maroc il n’y a qu’un canal désertique incontrôlable qui traverse l’Algérie et qui lie les deux pays. Rabat ne pourrait accepter voir se déverser au Maroc les hordes de terroristes chassés de Mossoul et de Syrie vers la Libye.

De même pour l’Italie qui paie le plus lourd tribut en terme d’immigration clandestine au départ de la Libye vers l’Europe. Le déclin économique de l’Italie impose à Rome de garder son influence sur le voisin libyen du Sud et notamment le champion italien de l’énergie ENI qui risque de perdre un marché historique colossal au profit de Total.

ENI, vecteur d’investissement et de «diplomatie du gaz», est la plus grande société d’exploitation en Libye, emploie des milliers de salariés locaux et fournit de l’électricité presque exclusivement dans le pays. La société a un rôle particulier de stabilisation dans la crise migratoire. Une interférence de Paris menacerait la sécurité nationale de l’Italie.

LE1

Rapprochement irano-saoudien par Irak interposé

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L’éminent dignitaire chiite irakien, Moqtada al-Sadr, est en visite en Arabie saoudite. Accueilli par le ministre d’Etat saoudien aux Affaires du Golfe, Thamer al-Subhan, il a été reçu illico par le puissant prince héritier Mohamed Ben Salmane, nouvel homme fort du royaume depuis l’éviction de Mohamed Ben Nayef. Les relations entre l’Irak et l’Arabie saoudite sont brouillées depuis 1990. Elles se sont davantage compliquées depuis l’emprise iranienne sur le pays suite à la chute du régime de Saddam Hussein. Cette visite pourrait conduire à un renforcement des relations irako-saoudiennes, notamment après la récente réouverture de deux postes frontières fermés depuis plus de 20 ans. Il s’agirait aussi d’une avancée positive dans les relations politiques entre les deux pays à la lumière de la récente proximité entre Téhéran et Doha qui ne cesse d’irriter Ryadh. Moqtada al-Sadr s’est ainsi déplacé en Arabie saoudite en tant qu’éclaireur pour tâter le pouls politique et baliser le terrain en vue d’une normalisation entre les deux grands pays du Moyen-Orient et, pourquoi pas, à terme, renouer le dialogue entre saoudiens et iraniens.


C’est sur invitation officielle du prince héritier saoudien Mohamed Ben Salmane, que le chef chiite irakien Moqtada al-Sadr est arrivé dimanche à Ryadh. Cette visite intervient suite à après l’annonce par l’Arabie saoudite de soutenir Baghdad dans sa lutte contre le «terrorisme», notamment après la chute de Mossoul.

Le vice-Roi et Serviteur des Lieux Saints adjoint en l’absence de son père le Roi Salmane qui se trouve en villégiature à Tanger, au Maroc, est désormais l’interlocuteur privilégié des dignitaires de ce monde, raison pour laquelle la réunion qu’il a eue avec Moqtada al-Sadr a vu l’examen des relations entre les deux pays dans leur ensemble et à bâtons rompus, sans ordre du jour précis, notamment sur les sujets à caractère militaire, de renseignement et de sécurité.

La visite de Moqtada al-Sadr en Arabie saoudite intervient à un moment critique dans les relations entre les composantes des différents pays du Golfe et la poursuite du blocus imposé au Qatar, depuis le 5 juin, par l’Arabie saoudite, le Bahreïn et les Émirats arabes unis.

Personne ne sait si l’Irak tient à jouer un rôle de médiateur ou d’intermédiaire dans la résolution de ce problème, aucune communication dans ce sens n’ayant été publiée, mais il est nécessaire de rappeler que Baghdad avait ouvert son espace aérien aux avions qataris suite à la fermeture de celui des pays du blocus.

Ryadh et Baghdad ont redoublé d’efforts ces derniers temps pour améliorer leurs relations bilatérales. D’ailleurs, la visite de Moqtada al-sadr intervient un mois après celle du Premier ministre irakien Haider al-Abadi, également chiite, alors l’Arabie saoudite n’a cessé de dénoncer l’«ingérence» de l’Iran chiite dans la région. Téhéran, proche du Qatar honni par Ryadh, n’a officiellement pas encore réagi à cette visite et demeure vigilante et attentive à ces mouvements pour ne pas perdre de son influence sur la région du «croissant chiite» qu’elle a bâtie durant des décennies. Il n’est cependant pas à écarter que ces navettes de hauts dirigeants irakiens en Arabie saoudite soient l’œuvre de bons offices à l’initiative de Baghdad en vue d’une normalisation des relations entre Ryadh et Téhéran, combien même l’Iran n’a de cesse de fustiger le «régime wahhabite rétrograde» qui officie en Arabie saoudite.

Abdellah El Hattach