Emmanuel Todd : Macron a remplacé une politique qui n’est pas possible par une agitation verbale incessante

Emmanuel Todd, démographe, historien, politologue et essayiste français, n’y est pas allé de main morte pour fustiger la politique étrangère de son pays et du président Emmanuel Macron. «La France ne peut pas avoir de politique étrangère, car elle n’en n’a pas les moyens», a estimé l’anthropologue devant les caméras de l’émission «Interdit d’interdire» de Frédéric Taddeï produite par la chaine russe RT. Pour Emmanuel Todd, La France a perdu son rang en Europe face à une Allemagne plus hégémonique. Une perte qu’il qualifie de « chute de puissance catastrophique pour un pays qui n’était déjà pas très puissant ». Ce réquisitoire sévère survient après la multiplication des sorties médiatiques du président français suscitées par les transformations profondes que connait la méditerranée et le Moyen-Orient. Des sorties que qualifie Emmanuel Todd «d’agitations de compensation» dans un contexte d’incompréhension générale.

Libye, Mali, Côte d’ivoire, Sénégal, Tchad, Tunisie, Algérie, Liban, Syrie, autant de zones de tensions qui cristallisent les mutations profondes que connait le monde et surtout qui échappent jour après jour à l’influence française.

Conscient des dangers qui menacent son pays, Emmanuel Macron qui s’est autoproclamer chef de guerre dès son premier jour d’investiture, n’a cessé d’user de ses qualités d’orateur pour séduire un monde qui sortait de l’ère de son modèle Barack Obama.

Macron a cru pouvoir grâce à sa jeunesse, sa fougue, son verbe et le soft power de la culture française faire le poids face à une nouvelle génération de leaders : Trump, Poutine, Netanyahu et Erdogan. L’incompréhension du monde changeant et le manque de moyens a fini par avoir le dessus.

«Son côté conquistador, conquérant, celui qui n’a peur de rien. C’est ça qui a participé du succès d’Emmanuel Macron. C’est ce qui a impressionné, bluffé les Français. Ils ont aimé cet homme qui a su renverser la table. Sauf que voilà, cette volonté de fer, son empressement sont désormais perçus comme de la condescendance, du mépris. Les Français le disent à longueur de sondages.» écrivait un journaliste de RTL durant la crise des gilets jaunes.

D’ailleurs les alliés historiques de la France ont été les premiers à se plaindre de la condescendance du jeune Macron qui par ailleurs ravalait sa fierté devant l’Arabie Saoudite, les EAU, l’Iran et même le Hezbollah.

On est dans un monde qui n’a pas su réajuster ses concepts. Un monde qui n’a pas compris que les Etats-Unis avec Trump changeaient de direction, qui n’a pas compris ce qu’était devenue la Turquie, qui n’a pas compris que l’Europe, maintenant, est un espace allemand où l’Allemagne ajoute ces poupées hollandaise, finlandaise, autrichienne à volonté

Emmanuel Todd

«Ce serait être dur de trop en vouloir à Macron» estime Emmanuel Todd. «C’est de la responsabilité de l’establishment géopolitique pas seulement de la France mais du monde dans sa globalité». a-t-il précisé.

Pour l’historien, Macron a un rôle fonctionnel dans cette incompréhension générale qu’il compense par son agitation verbale incessante.

Retrouvez ci-après la retranscription de l’intervention de l’historien, démographe, historien et anthropologie français, Emmanuel Todd, lors de l’émission «Interdit d’interdire» diffusée sur la chaine russe RT.


Fréderic Taddeï : La politique étrangère de la France c’est laquelle ?

Emmanuel Todd : Macron n’en n’a pas, mais je pense pas que ça soit complètement ça ça faut c’est à dire que la France ne peut pas avoir de politique étrangère.

Elle n’en a pas les moyens, ni les moyens économiques ni les moyens militaires et particulièrement depuis la crise de 2007-2008 qui a vu l’entrée dans une crise profonde et surtout la perte par la France de son rang européen.

C’est à dire que ce qu’on vient de vivre, c’est une situation où la France ne pèse plus la même chose que l’Allemagne et tout ça n’a pas été pensé.

S’ajoute à cette situation de chute de puissance vraiment catastrophique pour un pays qui n’était déjà pas très puissant, ce qu’on pourrait appeler une sorte de déficit cognitif. Là je ne pense pas simplement à Macron mais je pense à l’establishment géopolitique, pas simplement en France mais dans le monde.

On est dans un monde qui n’a pas su réajuster ses concepts. Un monde qui n’a pas compris que les Etats-Unis avec Trump changeaient de direction, qui n’a pas compris ce qu’était devenue la Turquie, qui n’a pas compris que l’Europe, maintenant, est un espace allemand où l’Allemagne ajoute ces poupées hollandaise, finlandaise, autrichienne à volonté. Donc dans ce contexte je crois que ce serait être dur de trop en vouloir à Macron. Mais cela dit, finalement il est fonctionnel dans cette situation.

Il a remplacé une politique qui n’est pas possible par une agitation verbale incessante. Si on fait la somme de son activité depuis qu’il est président, on l’a vu agressé Trump, Poutine, puis moins Poutine et puis maintenant Erdogan, j’avais oublié look la dureté avec les anglais sur le Brexit. On est dans une situation assez bizarre où on n’a pas de politique extérieure mais on a une incompréhension générale et un président qui s’agite dans une agitation de compensation.

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