Chine - Page 3

Désormais Hong Kong est une ville chinoise comme les autres

Le Parlement chinois a adopté jeudi une disposition controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong, en réaction aux manifestations de l’an dernier dans l’ex-colonie britannique, malgré la menace de sanctions américaines.

Sans surprise, les près de 3.000 députés de l’Assemblée nationale populaire (ANP) ont adopté la mesure qui a déjà provoqué un regain d’agitation dans la région autonome du Sud de la Chine.

Seul un député a voté contre et six se sont abstenus. Le vote a été salué par de longs applaudissements dans le cadre solennel du Palais du peuple à Pékin, en présence du président Xi Jinping.

La Chine a fait de cette loi une priorité après les manifestations monstres de 2019 contre le pouvoir central, qui avaient aussi donné lieu à des violences et alimenté un sentiment indépendantiste.

Les opposants démocrates à l’influence de Pékin dans le territoire affirment que la mesure ouvre la voie à une régression sans précédent des libertés dans la métropole financière de 7 millions d’habitants.

«C’est la fin de Hong Kong», a résumé pour l’AFP Claudia Mo, députée pro-démocratie au Conseil législatif hongkongais. «A partir de maintenant, Hong Kong sera une ville chinoise comme les autres».

Joshua Wong, une des figures de l’opposition, a estimé que la future loi allait «tuer les mouvements démocratiques» dans le territoire autonome.

Dans le camp pro-Pékin en revanche, la cheffe de l’exécutif hongkongais Carrie Lam a salué le vote du Parlement chinois. Comme demandé par le projet de loi, elle a promis «de renforcer l’application de la loi et l’éducation afin de défendre la sécurité nationale».

Une loi qui devra empêcher, stopper et réprimer toute action qui menace gravement la sécurité nationale

“Cette décision ne portera pas atteinte aux droits et libertés dont jouissent les Hongkongais”, a assuré le député pro-Pékin Martin Liao.

Alors que l’agitation était retombée ces derniers mois à la faveur des mesures prises contre la pandémie de Covid-19, des milliers de Hongkongais sont à nouveau descendus dans la rue dimanche pour protester contre le projet de loi, annoncé seulement trois jours plus tôt, avant d’être dispersés par la police.

La disposition donne désormais mandat au Comité permanent de l’ANP pour rédiger un projet de loi qui sera incorporé dans la mini-Constitution de Hong Kong, contournant le vote du Conseil législatif local.

Cette loi devra «empêcher, stopper et réprimer toute action qui menace gravement la sécurité nationale, comme le séparatisme, la subversion, la préparation ou la commission d’activités terroristes, ainsi que les activités de forces étrangères qui constituent une ingérence dans les affaires» de Hong Kong, selon le projet soumis à l’ANP.

Pékin a accusé à plusieurs reprises l’an dernier des «forces étrangères», notamment américaines, de fomenter l’agitation à Hong Kong. Il a également accusé les manifestants radicaux de se livrer à des activités “terroristes”.

L’accusation de «subversion» est quant à elle fréquemment utilisée par le gouvernement central pour condamner des opposants.

Le Comité permanent de l’ANP pourrait se saisir du texte dès juin et le projet de loi être adopté fin août, selon le site NPC Observer, spécialiste des arcanes législatives chinoises.

Le projet prévoit aussi d’autoriser des organismes relevant du gouvernement central à ouvrir à Hong Kong des antennes compétentes en matière de sécurité nationale.

Fin du principe «Un pays, deux systèmes»

De l’avis des opposants, le texte signe la fin du principe “Un pays, deux systèmes” qui préside aux relations entre Hong Kong et Pékin depuis la rétrocession du territoire à la Chine en 1997.

L’avenir du grand centre financier asiatique suscite aussi l’inquiétude dans le reste du monde, particulièrement aux Etats-Unis, où, sans attendre le vote du Parlement chinois, l’administration de Donald Trump a ouvert la voie à des sanctions économiques contre Hong Kong.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a annoncé mercredi au Congrès qu’il ne considérait plus le territoire comme autonome vis-à-vis de Pékin.

«Aucune personne sensée ne peut soutenir aujourd’hui que Hong Kong conserve un haut degré d’autonomie par rapport à la Chine», a-t-il déclaré.

Concrètement, l’administration Trump peut désormais mettre fin au statut commercial préférentiel accordé à l’ex-colonie britannique. Mais elle n’a pas encore dit si elle mettrait cette menace à exécution.

La menace américaine a été qualifiée de «barbare» jeudi par la représentation à Hong Kong du ministère chinois des Affaires étrangères.

Le Parlement chinois s’est prononcé au dernier jour de sa session plénière, la grand-messe annuelle du pouvoir communiste, ramenée cette année à sept jours en raison du Covid-19. Le reste de l’année, son Comité permanent, qui compte 175 membres, est chargé de légiférer.

Rapatriement de la dépouille de l’ambassadeur de Chine en Israël

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La dépouille de l’ambassadeur de Chine en Israël, retrouvé mort dans sa résidence, a été remise mercredi aux autorités chinoises lors d’une cérémonie spéciale à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv.

Masque sanitaire barrant leur visage, casquette blanche vissée sur la tête, treillis kaki et brassard orange, des membres de la police militaire israélienne ont transporté le cercueil en bois du diplomate recouvert d’un drapeau rouge et jaune de la Chine, rapporte l’AFP.

Le cercueil a été déposé sur une table-autel avec à son pied des couronnes de fleurs blanches lors de cette cérémonie organisée avant le rapatriement de la dépouille vers la Chine.

L’ambassadeur Du Wei, 57 ans, a été retrouvé dimanche sans vie dans sa villa à Herzliya, au nord de Tel-Aviv, probablement décédé de causes naturelles, selon Pékin.

La police israélienne a déclaré qu’il n’y avait «pas d’enquête» sur ce décès, écartant ainsi l’hypothèse criminelle.

«Le premier diagnostic est que l’ambassadeur Du Wei est décédé soudainement en raison d’un problème de santé. De plus amples vérifications doivent être faites», a indiqué à Pékin un porte-parole de la diplomatie, Zhao Lijian.

Une source médicale citée par le journal israélien Haaretz a évoqué un possible arrêt cardiaque.

Le diplomate était entré en fonction en février et sa mission s’inscrivait dans le cadre d’un accroissement des investissements chinois en Israël, contraignant l’Etat hébreu à un difficile exercice d’équilibre en pleine guerre commerciale entre Pékin et Washington, son principal allié.

Le nouveau chef de la diplomatie israélienne Gabi Ashkenazi, entré officiellement en fonction au lendemain du décès du diplomate chinois, a offert ses condoléances à la famille de l’ambassadeur à la suite de son «décès soudain et tragique».

Escalade : La Chine sanctionne l’Australie qui avait demandé l’ouverture d’une enquête sur le Covid-19

La Chine a suspendu mardi les importations de boeuf australien de quatre grand fournisseurs dans un contexte de tension politique avec Canberra, qui réclame l’ouverture d’une enquête sur la façon dont Pékin a géré la crise du nouveau coronavirus.

L’Australie s’est jointe aux Etats-Unis pour demander l’ouverture d’une enquête sur la manière dont la pandémie de Covid-19, qui a vu le jour dans le centre de la Chine fin 2019, s’est propagée à travers la planète.

Ils accusent notamment la Chine de ne pas avoir réagi de manière efficace dans les premières semaines de l’épidémie et d’avoir minimisé ses conséquences sur son territoire.

Dans une notice publiée sur leur site internet, les Douanes chinoises ont annoncé la suspension des importations de viande de quatre fournisseurs australiens à compter de ce mardi. La durée de la suspension n’a pas été précisée et les Douanes n’ont fourni aucun motif.

Selon le ministre australien du Commerce, Simon Birmingham, les suspensions sont liées à des infractions techniques «mineures» liées aux exigences chinoises en matière de santé et d’étiquetage.

Les quatre fournisseurs représentent environ 35% des exportations de boeuf australien vers la Chine, pour une valeur marchande estimée à 1,7 milliard de dollars australiens (1 milliard d’euros environ), selon le groupe audiovisuel australien ABC.

Fin avril, l’ambassadeur de Chine à Canberra, Cheng Jingye, avait averti que la demande d’enquête australienne sur le Covid-19 était «dangereuse» et pourrait entraîner un boycott de la part des consommateurs chinois.

«La population chinoise est mécontente, consternée et déçue par ce que fait actuellement l’Australie», avait alors déclaré l’ambassadeur chinois au quotidien économique Australian Financial Review.

«Peut-être que les gens diront, Pourquoi boire du vin australien? Manger du boeuf australien?», avait fait remarquer l’ambassadeur dans une menace à peine voilée.

Cheng Jingye avait également laissé planer une menace sur le nombre de Chinois qui, à terme, pourraient venir étudier dans les universités australiennes et qui constituent une source importante de revenus pour ces établissements.

La Chine est le principal partenaire commercial de l’Australie. Mais les deux pays sont à couteaux tirés depuis l’exclusion faite au géant chinois des télécoms Huawei de construire le réseau 5G en Australie sur fond de soupçons d’espionnage.

La Chine envoie un vaisseau inhabité dans l’espace

C’est une étape cruciale vers une prochaine grande station spatiale chinoise sur le modèle de l’ISS et un passeport pour des vols habités vers la Lune: la Chine a lancé mardi un nouveau vaisseau spatial.

L’engin a été propulsé depuis la base de Wenchang, sur l’île de Hainan (sud) à l’aide d’une fusée Longue-Marche 5B, la plus puissante du pays et dont c’était aussi le vol inaugural, a annoncé l’agence de presse Chine nouvelle.

Par sécurité, personne n’avait pris place à bord du vaisseau en raison de son caractère expérimental. Sa principale utilité: acheminer des astronautes vers la future station spatiale et réaliser des vols habités vers la Lune.

Le vaisseau s’est placé sur l’orbite voulue après huit minutes de vol, selon Chine nouvelle.

Son retour sur Terre est prévu vendredi après une série de tests, a indiqué lors d’une conférence de presse Ji Qiming, de l’agence spatiale chinoise.

Le chef du centre de contrôle de la mission, Zhang Xueyu, a assuré que le lancement avait «renforcé la confiance et la détermination» pour les prochaines étapes du programme spatial chinois.

«Ce vol est une étape importante», souligne Chen Lan, analyste indépendant pour le site internet GoTaikonauts.com, spécialisé dans le programme spatial chinois.

«Ce nouveau vaisseau va donner un avantage à la Chine sur le Japon et l’Europe en termes de voyage habité dans l’espace».

Pékin a lancé depuis 1999 plusieurs véhicules spatiaux «Shenzhou», construits sur le modèle des fameux «Soyouz» russes.

Réputé plus sûr, le vaisseau lancé mardi est plus rapide, plus résistant à la chaleur, plus long (8,8 mètres) et plus lourd (21,6 tonnes). L’engin pourra également transporter davantage d’astronautes (jusqu’à six au lieu de trois) et devrait être partiellement réutilisable.

La future station spatiale chinoise (CSS) portera le nom de «Palais céleste»

Des caractéristiques qui ouvrent à la Chine de nouveaux horizons.

«Tout dépend des ambitions du programme spatial chinois, mais des missions au-delà de la Lune seront possibles», souligne Carter Palmer, spécialiste des questions spatiales au cabinet américain Forecast International.

Aller loin dans l’espace nécessite deux choses principales: une vitesse très rapide pour s’arracher aux forces de gravitation, et une meilleure protection face aux températures extrêmes – des caractéristiques dont bénéficie a priori ce nouveau vaisseau chinois.

L’actuelle mission d’essai testera notamment son bouclier thermique et sa capacité à rentrer dans l’atmosphère.

La future station spatiale chinoise (CSS), appelée en mandarin Tiangong (“Palais céleste”) comprendra trois parties: un module principal long de près de 17 mètres (lieu de vie et de travail) et deux modules annexes (pour les expériences scientifiques).

Son assemblage dans l’espace devrait débuter cette année et s’achever en 2022.

Elle pourrait un temps devenir la seule station opérationnelle après l’arrêt de la station spatiale internationale (ISS).

Autre nouveauté de la mission de mardi: la fusée Longue-Marche 5B. D’un diamètre de 5 mètres, d’un poids de 849 tonnes et d’une longueur de 54 mètres, elle peut envoyer dans l’espace des charges de 22 tonnes.

C’est elle qui sera utilisée pour lancer les différentes parties de la future station spatiale.

L’Amérique toujours première

Cette réussite de mardi rassure sur le programme spatial chinois, après les échecs cette année du lancement d’un satellite indonésien (en avril) et de celui d’une fusée Longue-Marche 7 (en mars).

La Chine investit des milliards d’euros dans l’espace. Elle place de nombreux satellites en orbite, pour son compte (observation de la Terre, télécommunications, système de géolocalisation Beidou) ou pour d’autres pays.

Début 2019, elle est devenue la première nation au monde à faire atterrir une sonde sur la face cachée de la Lune. Elle espère envoyer un homme sur l’astre lunaire dans une dizaine d’années et y avoir une base.

La Chine prévoit également de lancer une sonde vers Mars courant 2020. L’objectif est de faire atterrir l’engin sur la planète rouge et d’y faire évoluer un petit robot téléguidé.

Pour autant, est-elle au niveau des Américains?

«La Chine a rattrapé les Etats-Unis dans certains domaines spatiaux comme l’observation de la Terre et la navigation», note Chen Lan.

«Mais il y a toujours de grands écarts en matière d’exploration de l’espace lointain et des vols habités», souligne l’analyste, pour qui l’Amérique reste «la principale puissance spatiale».

Pour éviter une 2ème vague, la Chine dépiste tous azimuts grâce à une production quotidienne de 4 millions de tests

Des vendeuses aux chauffeurs de taxi en passant par les lycéens et les cadres, la Chine traque sans relâche le nouveau coronavirus, dans l’espoir d’éradiquer définitivement l’épidémie.

Chaque jour, des dizaines de milliers de personnes passent un test de dépistage dans le pays où le Covid-19 a fait son apparition à la fin de l’an dernier, avant de contaminer plus de 3 millions de personnes dans le monde. Objectif: éviter à tout prix une deuxième vague épidémique.

La cellule de crise du gouvernement, présidée par le Premier ministre Li Keqiang, a appelé la semaine dernière à des efforts redoublés pour tester la population, alors que des cas importés sont toujours signalés après que la pandémie a été largement maîtrisée sur le sol national.

Autre hantise: les cas asymptomatiques susceptibles de transmettre le virus sans même savoir qu’ils sont eux-mêmes atteints.

En conséquence, les laboratoires pharmaceutiques multiplient dans tout le pays les lignes de production de tests à l’acide nucléique, tandis que les plateformes de commerce en ligne comme Alibaba et JD.com permettent aux particuliers de réserver en quelques clics un test de dépistage.

Dépistage à l’école, en entreprise et en voiture

La demande provient en majorité de personnes qui se préparent à partir en voyage d’affaires et devront prouver qu’elles peuvent sans danger prendre l’avion ou descendre à l’hôtel.

Dans la province du Zhejiang (est), une école privée géante a entrepris de dépister pas moins de 20.000 élèves et enseignants depuis le 13 avril.

Séparés par un intervalle d’un mètre cinquante, les élèves se voient administrer le test dans la cour de récréation. Interdit de gagner la classe tant que le test n’est pas négatif.

«L’épidémie a été largement maîtrisée en Chine mais nous avons toujours des inquiétudes. Avec ces tests, l’école nous rassure entièrement», se félicite parmi les élèves Tao Xiaxin.

Dans les entreprises, la vigilance reste de mise. Chez Sina, un géant de l’internet, une pièce du siège pékinois est affectée spécialement au dépistage. Les employés peuvent s’y rendre en cas de doute.

Ailleurs dans la capitale, un service «drive» permet de passer le test sans même sortir de sa voiture.

A Canton, plus de 30.000 chauffeurs de taxi de la métropole méridionale y sont passés en début de semaine, ainsi que 208.000 élèves et enseignants.

A Shanghai, une écrivaine assez connue, Mao Li, s’est soumise au test en prévision d’un voyage. L’hôtel où elle a prévu de descendre l’a exigé en sachant que Mme Mao s’était rendue à Canton à l’époque où la ville était encore considérée à haut risque.

Elle aussi a accepté l’intervention de gaieté de coeur: «C’est très pratique, j’ai fait la queue 20 minutes et mon tour est arrivé», raconte-t-elle.

A Wuhan, la ville du centre du pays où le nouveau coronavirus a fait son apparition fin 2019, les enseignants mais aussi les employés de centres commerciaux ou de maisons de retraite ont droit au dépistage.

Seuls 50% à 70% des tests à l’acide nucléique seraient fiables

Le pays disposait début avril d’une capacité de production quotidienne de 4 millions de trousses de dépistage, selon les autorités. Un chiffre à mettre en regard des 1,4 milliard d’habitants que compte le pays le plus peuplé du monde.

Et un seul porteur du virus peut faire l’objet de nombreux tests de dépistage durant sa période de surveillance.

Mais seuls 50% à 70% des tests à l’acide nucléique seraient fiables, a averti à la télévision Wu Zunyou, chef épidémiologiste du Centre national de contrôle des maladies.

Face aux doutes et critiques en provenance de l’étranger, les producteurs chinois assurent de la qualité de leurs tests, comme Liferiver, un laboratoire de Shanghai qui revendique une fiabilité à 90%.

Shao Junbin, président du groupe, précise à l’AFP avoir augmenté sa production de 150% depuis janvier, fabricant 500.000 tests par jour.

Le groupe exporte désormais vers la France et l’Italie, deux des pays les plus touchés.

L’ONU suspendue à une guerre de tranchées américano-chinoise

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Les Etats-Unis et la Chine bloquent au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution franco-tunisien réclamant une «coordination renforcée» face à la pandémie de coronavirus, laissant peu d’espoir à des diplomates d’un vote rapide.

«C’est un blocage majeur, personne ne bouge», résume l’un de ces diplomates sous couvert d’anonymat. «On fait du sur-place», confirme un autre diplomate.

Lors d’une conférence de presse jeudi, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déploré l’impasse. «Il est absolument essentiel que les pays se réunissent, que les grandes puissances dépassent leurs difficultés afin de permettre au Conseil de Sécurité d’être plus actif et efficace» face à la pandémie, notamment pour obtenir des cessations d’hostilités, a-t-il dit.

En discussions depuis des semaines, le texte obtenu par l’AFP prévoit de soutenir son appel datant du 23 mars à un cessez-le-feu dans le monde pour faciliter la lutte contre la pandémie.

Il inclut aussi la requête d’une «pause humanitaire de 90 jours» pour acheminer de l’aide aux populations les plus éprouvées dans les pays en conflit.

La Chine «tient à une mention sur l’Organisation mondiale de la Santé» dans le texte alors que les Etats-Unis «n’en veulent pas», ont expliqué plusieurs diplomates.

Interrogé, le Département d’Etat américain a indiqué qu’il n’avait pas pour habitude de «commenter des négociations en cours». Aucune réaction n’a pu être obtenue auprès de la mission chinoise à l’ONU.

Les co-auteurs du texte, comme le reste du Conseil de sécurité, en sont réduits à attendre un compromis entre les deux membres permanents en cause, qui ont chacun un droit de veto.

Il n’y a eu «aucun progrès» sur ce sujet de l’OMS depuis le début de la semaine, ont ajouté d’autres diplomates.

Pas de vote à court terme

Alors qu’un vote, réclamé ardemment depuis plus d’un mois par Antonio Guterres, était attendu cette semaine, le blocage américano-chinois le rend de moins en moins probable à court terme.

Pour un diplomate, «il n’y aura probablement pas de vote cette semaine». «Attendons de voir si la semaine prochaine peut apporter quelque chose de nouveau», soupire une autre source diplomatique.

Le blocage pourrait cependant disparaître très rapidement si Washington et Pékin trouvent un compromis, estime un ambassadeur occidental, en notant que l’OMS n’est qu’un sujet annexe de la résolution centrée sur un soutien à un cessez-le-feu dans une vingtaine de conflits dans le monde.

Alors que le projet de texte comporte un paragraphe en blanc dédié à l’OMS qui doit «être décidé à la fin de la négociation», la Tunisie et la France pourraient aussi décider de le supprimer purement de la résolution. Au risque d’un possible veto de la Chine que pourrait soutenir la Russie.

«Et si on enlevait tout?», se demandait ainsi mercredi un diplomate, alors que les autres membres du Conseil de sécurité ne cachent plus leur impatience face à une discussion sans fin et peu habituelle à l’ONU pour un projet de résolution.

Après avoir félicité au début de l’année l’OMS, le président américain a depuis peu multiplié les critiques à son encontre, jugeant qu’elle manquait de transparence et qu’elle n’avait pas averti suffisamment tôt des risques mondiaux posés par la pandémie. Donald Trump veut aussi imputer la responsabilité du virus à Pékin.

A l’exception d’une visioconférence le 9 avril, demandée par l’Allemagne et l’Estonie, le Conseil de sécurité est resté silencieux face à la crise la plus grave connue depuis la Seconde Guerre mondiale.

«Nous avons besoin d’unité et de force de la communauté internationale» car «tous nos efforts dépendent d’un soutien politique fort», a insisté jeudi Antonio Guterres.

A la différence du Conseil, l’Assemblée générale de l’ONU (193 membres), dont les textes ne sont pas contraignants, a déjà adopté deux résolutions sur la pandémie, l’une pour appeler à la coopération, l’autre pour réclamer un accès équitable de tous les pays à de futurs vaccins. Le chef de l’ONU s’en est félicité.

La Chine se dit prête pour la production à grande échelle d’un vaccin contre le Covid-19, baptisé «Coronavac»

Il tient peut-être le remède tant attendu. Dans un laboratoire du nord de Pékin, un homme en blouse blanche exhibe un tube du «Coronavac», l’un des tout premiers vaccins expérimentaux contre le nouveau coronavirus.

Sinovac Biotech, l’un des quatre labos chinois autorisés à engager des essais cliniques, voit grand. Même si son vaccin n’a pas encore fait ses preuves, le groupe privé se dit prêt à produire 100 millions de doses par an pour combattre le virus, apparu en Chine fin 2019 avant de se répandre dans le monde entier.

Le pharmacien peut se montrer confiant. En 2009, il avait coiffé ses concurrents sur le poteau en devenant le premier au monde à mettre sur le marché un vaccin contre la grippe porcine H1N1.

Dans ses vastes installations de Changping, en grande banlieue de la capitale, des laborantins contrôlent la qualité du vaccin expérimental, à base de pathogènes inertes, déjà produit à des milliers d’exemplaires. Dans sa boîte blanche et orange, il porte même un nom: «Coronavac».

Le sérum a été administré à 144 volontaires

Même si le traitement est encore loin d’une homologation, le fabricant doit montrer qu’il est capable de le produire à grande échelle et soumettre des lots au contrôle des autorités. D’où le lancement de la production avant même la fin des essais cliniques.

Si plus d’une centaine de laboratoires mondiaux rivalisent pour être le premier à mettre au point un vaccin, moins d’une dizaine ont pour l’heure engagé des essais sur l’être humain, selon l’Ecole d’hygiène et de médecine tropicale de Londres.

C’est le cas de Sinovac, qui assure avoir obtenu des résultats encourageants chez le singe, avant d’administrer son sérum pour la première fois à 144 volontaires à la mi-avril dans le Jiangsu (est).

Mais le labo fondé en 2001 ne se prononcera pas sur la date à laquelle son injection d’un demi-millilitre pourra éventuellement être commercialisée.

«C’est la question que tout le monde se pose…», reconnaît Liu Peicheng, directeur de la marque.

D’après l’OMS, la fabrication d’un vaccin peut prendre entre 12 et 18 mois.

Résultats des essais fin juin

Sinovac, qui emploie un millier de salariés, espère obtenir fin juin de premiers résultats quant à la sécurité de son produit, dans le cadre des essais de phase 1 et 2, explique à l’AFP Meng Weining, directeur des affaires internationales.

Ces essais consistent simplement à vérifier que le vaccin n’est pas dangereux pour l’homme. Pour s’assurer qu’il est efficace, il faut engager un essai de phase 3 auprès de porteurs du virus.

Problème: désormais, «seulement quelques cas sont signalés en Chine chaque jour», souligne Meng Weining. A moins d’une deuxième vague épidémique sur le sol chinois, le groupe va donc devoir tester des personnes positives à l’étranger.

«Nous sommes actuellement en contact avec plusieurs pays d’Europe et d’Asie», précise-t-il.

«Un essai de phase 3 comprend normalement plusieurs milliers de personnes. Ce n’est pas facile d’obtenir ces chiffres, dans aucun pays», prévoit-il.

Une revanche pour la Chine

Le groupe n’en a pas moins engagé au sud de Pékin la construction d’un site de production d’une capacité de 100 millions de doses, qui doit pouvoir fonctionner avant la fin de l’année.

«Nous travaillons jour et nuit, nous faisons les trois-huit, ce qui signifie que nous ne perdons pas une minute», assure M. Meng.

Rapporté à la population mondiale, un éventuel vaccin Sinovac ne suffirait pas à protéger la planète. Mais Meng assure que son groupe, coté au Nasdaq, est prêt à «des collaborations» avec ses partenaires étrangers, auxquels il vend ses vaccins existants contre la grippe ou l’hépatite.

Etre la première à offrir un vaccin contre le Covid-19 serait une revanche pour la Chine, désireuse de faire oublier que la pandémie a pris naissance chez elle.

«Nous recevons beaucoup d’appui de la part du gouvernement chinois», témoigne M. Meng. «Pas tant d’argent que ça», mais des coopérations avec des instituts publics auprès desquels Sinovac s’approvisionne en souches virales.

Outre Sinovac, Pékin a approuvé l’essai clinique de trois autres vaccins expérimentaux: l’un lancé par l’Ecole militaire des sciences médicales et le groupe de biotechnologie CanSino; l’autre par l’Institut de produits biologiques et l’Institut de virologie de Wuhan, la ville où le coronavirus a fait son apparition; et un dernier par le groupe China Biotics, qui a engagé des essais mardi auprès de 32 volontaires.