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Al Akhawayn University lance les «Hunger Games» : Puisse le sort vous être favorable !

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AUI 2.0, un projet presque noyé sous la première vague de la marée haute ? Inspire, Transform, Impact : voilà les mots d’ordre de la doctrine d’Al Akhawayn University depuis que l’université aspire à devenir un leader de l’établissement supérieur. Pourtant, cette rentrée cahoteuse illustre les débuts incertains d’une administration qui tâtonne dans l’obscurité. Après l’admission de plus de 900 élèves pour ce nouveau semestre, l’ensemble de l’académie se retrouve dans une impasse de taille : Où loger tout ce beau monde? Face à des promesses d’expansion immobilière non tenues dans les temps, les étudiants se sont vus proposer des options de résidence de dernière minute. Les règles du jeu : premier arrivé, premier servi, et les gains ne sont pas toujours équitables. L’arène : «Al Akhawayn University in Ifrane». Joyeux Hunger Games, AUIers, et puisse le sort vous être favorable.

Il était une fois, Al Akhawayn University s’évertuait à offrir la meilleure éducation, et une expérience unique à ses étudiants, venus du Maroc et d’ailleurs. Son rayonnement s’étendait au delà des frontières du royaume, et son programme consciemment étudié était destiné à former une élite compétente et qualifiée. Ifrane présente un cadre apaisant, propice à l’épanouissement, et assez inclusif afin de permettre le bien vivre de jeunes adultes en études supérieures, qui vivaient en communauté, dans l’espace et la sérénité que leur apporte cette petite ville du Maroc.

AUI pouvait se vanter d’avoir construit un environnement «comme à la maison», où ses étudiants vivaient ensemble et en harmonie. En 2020, le plan d’action quinquennal ambitieux de ce campus universitaire annonçait une vision assez précise de l’amélioration et l’expansion du lieu de vie et d’études de plus de deux milliers d’élèves. Leur mission: développer au mieux de nouveaux résultats d’apprentissage attendus, avec un système pédagogique dans l’ère du temps, allant de pair avec des bâtiments à même d’accueillir des équipements de dernier cri, ce qui comprend une importante composante d’investissement consacrée à l’acquisition de nouveaux équipements et de mobilier pour améliorer la qualité de la vie résidentielle. Bien évidemment, cette vision enveloppait l’amélioration des systèmes et des procédures de logement. Tout en ne perdant pas de vue, idéalement, le bien-être de leurs chers AUIers.

Publication satirique sur les réseaux sociaux des étudiants d’AUI

C’est précisément à ce moment que le conte vole en éclat, et se rapproche dangereusement de la dystopie. Le Dr. Amine Bensaid, président de l’université à ce jour, a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre. Il est pourtant bien connu de tous qu’un businessman est glouton de bénéfices financiers, et que l’appel du gain est un chant de sirène qui mène le capitaine à faire sombrer le navire, omettant les marins désespérés à bord.

Ce semestre d’Automne 2022 aurait pu être qualifié de maladroit, peut-être, au mieux, d’audacieux. Après tout, «qui ne tente rien, n’a rien». Cependant, l’étendue de la pagaille causée par les -trop- nombreuses admissions rend cette rentrée tout simplement chaotique, et le luxueux carrosse que montre un marketing ingénieux ne semble être en vérité qu’une bien maigre citrouille : l’horloge sonne bientôt le douzième coup de minuit pour Al Akhawayn.

Neuf-cents étudiants en plus, c’est «obviously» (pour parler AUIer) une opportunité en or et en millions pour cette école à but non lucratif. Pourtant, si les 2000 restants doivent être chasseurs d’apparts pour dénicher un lit où dormir et un bureau pour travailler, n’est-ce pas cher payé? C’est en tous cas une question à laquelle se heurtent non seulement les étudiants, mais aussi une direction présomptueuse et pleines de promesses non tenues.

Parce que des promesses, il y en a bien eues ! Des constructions de nouveaux buildings ont effectivement débuté il y a un an, donnant à espérer aux jeunes étudiants que le campus offrirait bientôt la place nécessaire pour que tout le monde puisse séjourner au sein de l’université. Ces bâtiments, résidentiels pour la plupart, étaient la solution parfaite pour éviter qu’une partie des élèves n’ait pas à habiter dans les extensions difficilement dénichées par Al Akhawayn, à l’extérieur du campus universitaire. Si cette gymnastique entre ‘in campus’ et ‘off campus’ mettait déjà les nerfs de tous à rude épreuve, c’est sans compter une addition de presque 50% aux effectifs.

Après avoir retardé et reporté les réservations pendant plus ou moins six mois, sans jamais se soucier de devoir donner d’informations supplémentaires autres que «we are sorry for the inconvenience», AUI a annoncé, à quelques jours du début des cours, que compte tenu de l’arrivée de plusieurs centaines de nouveaux admis, il était impossible de loger tout le monde selon les capacités d’accueil du campus et de ses extensions actuelles. Ainsi, en plus de «Farah Inn» et «Downtown», alors les seules options hors du campus, s’ajoutent au fur et à mesure les noms «Ifrane Palace» et «Résidence des Forces Armées Royales», sans aucune autre précision.

Si cela avait déjà suffit à provoquer l’indignation de tous, c’était sans compter sur le mail envoyé tardivement la nuit du 29 août (23h29), à une semaine de la rentrée scolaire, qui annonçait l’ouverture des réservations pour le lendemain matin à huit heures zéro zéro, ni le dysfonctionnement immédiat du site internet à la seconde où l’accès a été autorisé. «Premier arrivé, premier servi» a toujours été le maître mot dans ce cas de figure, poussant les élèves à se battre bec et ongle pour leurs droits. Les prix exorbitants de certaines options, que certains seraient bien obligés de choisir, a rendu ces «Hunger Games» plus sanglants et angoissants que jamais.

La colère et la frustration se sont rapidement faites ressentir face à la mauvaise gestion et au manque de réactivité des responsables de Résidence. Les appels et les mails ont fusé, et toute l’administration d’AUI s’est retrouvée entraînée dans une foule de requêtes et de plaintes impossibles à satisfaire d’un coup. Les réservations ont d’abord été (encore une fois) reportées, pour que le report soit retardé, puis annulé.

Après que chacun ait finalement pu remplir son formulaire d’habitation, on pourrait penser «tout est bien qui finit bien» … Que nenni !

Les résultats de ces «Jeux» sont apparus bien plus de 24 heures après la date annoncée, au soir du 5 septembre, la veille du départ de la majorité pour Ifrane. Coup de théâtre, mais pas bien grande surprise: très peu se sont vus attribuer l’option qu’ils avaient choisie !

Entre ceux qui ont une chambre beaucoup moins ou beaucoup plus chère que celle déjà payée, ceux qui se retrouvent à l’opposé de la résidence choisie, ou encore ceux qui ne reçoivent aucune option après avoir réglé tous les frais comme requis, l’arène est rouverte, et les lions sont lâchés, plus enragés que jamais.

Les portes d’AUI ouvrent, et parents et élèves se ruent vers les locaux du Housing, décidés à en découdre et à réclamer leurs dûs. Aux appels effarés de ceux qui ne sont pas encore sur place, on répond «Nous sommes trop occupés à accueillir les nouveaux arrivants».

Belle image de gestion, celle que se donne une université d’excellence, consciencieuse et très attentive au bien être de tous ses étudiants. Face au chaos du champ de bataille, le CEO Bensaid décide de prendre les choses en main, encore une fois : énième report des réservations, installation temporaire des SCF (Sans Chambre Fixe) dans une extension (magiquement libre tout d’un coup) d’Al Akhawayn, logement offert aux parents qui se sont déplacés pour défendre les droits de leur progéniture, et début des cours décalé au 12 septembre.

Quand Al Akhawayn tente d’étouffer le scandale

Soyez rassurés ! Si l’envie prend n’importe qui de rejoindre la prestigieuse Al Akhawayn University in Ifrane, en plus du millier déjà présent sur place, il vous suffit seulement de vous inscrire à l’hôtel Onomo City Center de Casablanca, ou bien même en quelques clics à travers les posts sponsorisés sur vos réseaux. Loin dans les abysses se trouve la fameuse sélectivité de la grande école des élites d’hier, tombée aux oubliettes depuis les Speed Registrations de Facebook et Instagram. Il était tout à fait évident qu’en reportant la rentrée scolaire, pour cause d’inondations humaines au sein du campus d’AUI, il fallait étendre les inscriptions, mais surtout, les accélérer.

Formulaire d’inscription sur Facebook du «Speed registration»

Il serait de toutes façons impossible de se douter quel capharnaüm devenait Al Akhawayn, si les équipes effacent méticuleusement tout commentaire, post, ou pétition qui tentent de faire entendre les voix des étudiants, étouffées sous une épaisse couverture de sourires avenants, de stories amusantes, et de publicités bien choisies.

AUI a lancé les Hunger Games, une situation amphigourique qui ne semble pas vouloir prendre fin. Construire avant d’augmenter ses effectifs, ou les augmenter aux risques et périls de leurs chers étudiants ? Une question que l’université aurait sûrement dû étudier dans les moindres détails. 

«En général, la plupart des hommes ne se portent à commettre l’injustice que pour obtenir les choses qu’ils convoitent. Dès lors, la cupidité est la plus grande source de l’injustice.» – Cicéron.

To Be Continued…

Nawfal Laarabi

Nawfal Laarabi

Intelligence analyst at UBERAL
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.
Nawfal Laarabi

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