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Yalta

Conclave Poutine – Rouhani – Erdogan : le sommet des vainqueurs

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La Russie, l’Iran et la Turquie réunis en conclave ce mercredi à Sotchi ont pour point commun d’avoir aidé la Syrie à maintenir sa stabilité et à éviter d’être pris dans l’étau des organisations terroristes. Si Moscou et Téhéran ont apporté un appui franc et direct à Bachar al-Assad, Ankara a toujours fustigé la politique du régime syrien tout en s’assurant que la structure étatique à Damas ne soit pas démantelée comme ce fut le cas dans l’Irak post-Saddam ce qui a donné lieu à une catastrophe humanitaire qui a déstabilisé tout le Moyen-orient.

En prélude à ce sommet, Poutine a accueilli la veille, dans sa résidence de Sotchi, le président Bachar al-Assad. C’est la première fois que le dirigeant syrien a quitté la Syrie depuis sa dernière visite en Russie, il y a deux ans. Poutine a également préparé sa réunion en téléphonant à d’autres dirigeants influents sur le dossier syrien, dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et le roi Salmane Ben Abdelaziz d’Arabie saoudite, grand perdant de ce conflit, dans le cadre des efforts déployés par le président pour parvenir à un consensus international tout en cherchant à faire réussir son rôle de missi dominici.

Le sommet tripartite de Sotchi pourrait rapidement produire des mesures décisives pour mettre fin à l’effusion de sang en Syrie et ce fut également une occasion, rare, de réunir les Vladimir Poutine et Hassan Rouhani – qui soutiennent le président syrien Bachar al-Assad – autour de la même table qu’Erdogan, qui a soutenu les opposants d’Assad, accueilli les millions de migrants syriens et, paradoxalement, tenu à ce que l’Etat syrien n’éclate pas.

L’alliance entre Moscou, Ankara et Téhéran n’est peut-être pas suffisante pour assurer la paix en Syrie. Car la Turquie s’inquiète de la possibilité que les russes offrent un soutien diplomatique aux Kurdes, sachant que la Turquie considère ces derniers, dont les milices contrôlent une partie du nord de la Syrie, comme des ennemis. Aujourd’hui, même si Moscou désire mener un processus de négociation, ils ont impérativement besoin du feu vert de la communauté internationale pour légitimer leurs efforts.

Le Sommet de Sotchi est tout d’abord celui du clan des vainqueurs sur DAECH : Russie, Turquie, Iran et Syrie. Une sorte de «Conférence de Yalta II» dont la première édition, dite Conférence de Yalta, qui a eu lieu au début de 1945 et qui a réuni le leader russe Joseph Staline, le premier ministre britannique Winston Churchill et le président américain Franklin D. Roosevelt. Les Alliés s’y étaient rendus pour présenter un front uni à Staline sur la planification de la campagne finale contre les troupes allemandes et japonaises et sur la limitation de la progression de l’Armée rouge en Europe centrale avec comme objectifs : 1) d’adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale ; 2) de régler le sort de l’Europe après la défaite du Troisième Reich ; 3) de garantir la stabilité du nouvel ordre mondial après la victoire.

72 ans plus tard, à Sotchi cette fois-ci, station balnéaire également située sur la Mer Noire comme Yalta, l’histoire se répète : 1) adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la guerre en Syrie ; 2) convaincre Erdoğan que les représentants des Kurdes syriens devraient avoir une place à la table des négociations. Car contrairement à la position radicale d’Ankara sur ce point, la Russie sait très bien que le problème kurde rend impossible une paix permanente – et même provisoire ; 3) Tenter de freiner l’influence américaine sur le processus de paix car il est clair que les Etats-Unis, qui tentent de maintenir leur autorité et leur pouvoir en Syrie et en Irak (et bien sûr leur accès au pétrole dans la région), continueront à «défendre» la cause Kurde, ne serait-ce que pour jouer les trouble-fêtes.

De son côté, Israël ne cesse de réclamer haut et fort à l’Iran et aux combattants du Hezbollah d’arrêter leur mainmise sur la Syrie, mais dans ce cas de figure bien précis c’est la Russie qui établit les règles du jeu, justement pour contrer l’influence américaine et garder une présence géostratégique en mer Méditerranée, objet de toutes les convoitises.

Ahmed Charai appelle Trump à ériger une nouvelle Alliance contre l’obscurantisme

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Le prestigieux magazine du Congrès des États Unis, The Hill, a publié mercredi, une tribune de Ahmed Charai dans laquelle il plaide pour une nouvelle Alliance entre le monde arabe, Israël et les Etats-Unis en vue de combattre tous les facteurs d’extrémisme à l’heure tête DAESH. Le membre marocain du Conseil d’Administration d’Atlantic Council et conseiller aux affaires internationales auprès du Center for Strategic and International Studies de Washington, prend le Maroc en tant que modèle de cette approche, en vue d’appréhender les grandes questions de l’heure et d’intérêt commun, comme la question du conflit israélo-palestinien, l’hégémonie de l’Iran ou les ambitions russes dans la région.

Les Arabes, les Américains et les Israéliens ont aujourd’hui « des priorités plus urgentes que le processus de paix » qui n’arrive plus à avancer d’un iota bloquant au passage toute tentative de développement positif sur le terrain. Les souffrances des populations civiles en Syrie, en Irak et au Yemen poussent les puissances mondiales à revoir leurs priorités. Pour Ahmed Charai, les trois parties partagent des ennemis communs : 1) l’expansionnisme sanglant de DAESH ; 2) l’aggravation néfaste de l’influence iranienne et de son hégémonie ; 3) la propagation menaçante de l’extrémisme religieux et du terrorisme.

Selon Ahmed Charai, l’existence de cet ennemi commun est « une opportunité pour les Arabes, les Américains et les Israéliens pour ériger une Alliance de type OTAN » qui unirait les monarchies arabes le Maroc, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et les autre pays du Golfe, en plus de la république d’Egypte, les Etats-Unis et Israël pour faire face aux menaces grandissantes des différents extrémismes : 1) Combattre DAESH et l’obscurantisme ; 2) Contenir l’Iran ; 3) Gérer la Russie à défaut de pouvoir la combattre. Car Moscou est un allié stratégique de l’Iran et, par ricochet de la Syrie de Bachar al-Assad.

L’objectif numéro un de l’implication de la Russie dans la région est d’avoir un accès aux différents détroits de la mer Méditerranée et à l’espace vital de la Mare Nostrum. Il serait donc judicieux de la part de cette nouvelle Alliance de permettre ces accès à la Russie, dans le cadre d’accords stratégiques, en contrepartie de la neutralisation ou du gel de l’aide russe à l’Iran. A terme, peut-être, la Russie pourrait également rejoindre ce nouvel espace pour faire face, ensemble, aux «ennemis de la Civilisation» que sont les extrémistes représentés par DAESH et autres obscurantistes.

Pour monter ces mécanismes, il faut des moyens financiers substantiels et chaque pays dispose d’atouts spécifiques et/ou des attentes particulières. Si les Etats-Unis se démarquent par leur puissance militaire et des moyens technologiques de surveillance ultramodernes, les Arabes et les Israéliens eux, sont connus pour exceller dans les dispositifs d’intelligence et de renseignement. Et si la Tunisie et l’Egypte arrivent à relever le défi médiatique par l’influence sur l’opinion publique, voire sa transformation, le Maroc, lui, se distingue par son expérience unique dans l’encadrement religieux tant au niveau national qu’international, en Afrique en particulier et en Europe. De plus, le Maroc a cumulé un savoir faire singulier dans la lutte contre l’extrémisme en milieu carcéral grâce à des programmes de réinsertion reconnus pour être parmi les plus performants au monde. Les 1% de l’ensemble de la population carcérale connus pour être des extrémistes, est l’objet d’un suivi particulier dans le cadre de programmes public-privé qui a donné de très bons résultats.

Selon Ahmed Charai, la nouvelle Alliance a également besoin d’une dimension économique. Ce nouvel espace doit bénéficier d’un statut de libre-échange entre tous ses membres en vue de stimuler les économies arabes notamment et les mettre à niveau ; cela permettra aussi de créer des emplois à environ la moitié de la population arabe âgée de moins de 35 ans. Cela dit, le danger demeure dans le statu quo qui a tendance à ignorer et donc à sousestimer les menaces réelles. L’objectif est de mener une véritable rupture avec la politique de l’administration Obama. Et toute inertie ou manque d’initiatives de la part des pays appelés à constituer la nouvelle Alliance ne ferait que renforcer l’hégémonie iranienne et la menace de DAESH. L’éradication de ce dernier devrait être l’objectif principal, suivi du confinement de l’Iran qui finance des groupes séparatistes dans toute la région, du Yémen à Bahreïn, tout en soutenant la dictature sanguinaire de Bachar al-Assad.

Enfin, la nouvelle Alliance doit également pouvoir répondre à certains besoins des pays concernés. L’Égypte, par exemple, veut que les Frères musulmans soient classés par l’Occident comme une organisation terroriste, et que le Qatar cesse de les financer ainsi que le Hamas.

72 ans après la Conférence de Yalta, qui a vu adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale, régler le sort de l’Europe après la défaite du Troisième Reich et garantir la stabilité du nouvel ordre mondial après la victoire, et quelques jours après l’inauguration à Ryadh du Centre international de la lutte contre la pensée extrémiste #GCCEI, l’appel de Ahmed Charai est une sorte d’invitation à un Yalta bis qui mettrait sur les rails une nouvelle Alliance mondiale non en vue d’instaurer un choc des civilisations cher à Samuel Huntington mais placer ce nouvel espace à l’avant-garde de ceux qui combattent les «ennemis de la civilisation».

Abdellah EL HATTACH