Jean Mouy

Israël – Iran: «Putting the Genie Back in the Bottle»

Benjamin Netanyahu et Ali Khamenei commémorent le «Yom Yeroushalayim» en s’adonnant à leur exercice préféré, le crêpage de chignons. Le 20e anniversaire du retrait par l’armée israélienne du Liban-Sud est vaillamment commémoré de part et d’autres par des joutes sur twitter et des cyberattaques qui sont loin d’être équilibrées. Au bord du précipice, le guide suprême d’Iran gesticule tandis que Bibi jubile. Netanyahu a de quoi se sentir béni par «D.ieu». Grâce au coronavirus, il arrive à épuiser son adversaire, former son gouvernement et sauver sa peau et celle de sa famille d’un long séjour en prison. Et puis, avant même que les dix marocains de ce gouvernement trouvent le temps de s’habituer au vigiles de Beit Aghion, le Mollah se pointe, alors que toute la planète, y compris Daech, est confinée, et appelle à l’éradication d’Israël. Offrant ainsi un beau projet fédérateur… au peuple élu.

«Ce nouveau chapitre dans les relations entre les deux ennemis coïncide avec le 20e anniversaire du retrait par l’armée israélienne du Liban-Sud, territoire sous influence du Hezbollah libanais proche de Téhéran, et Yom Yeroushalayim en hébreu ou Rouz Jihani Quds en persan», rapporte l’AFP.

Ce «jour de Jérusalem» a deux significations totalement différentes selon les camps, Israël célébrant son contrôle de la partie orientale de la Ville sainte en 1967 et l’Iran son soutien aux Palestiniens qui s’opposent à l’annexion de Jérusalem-Est et au projet sioniste en général, nous explique l’agence de presse.

Assommé par la pandémie qui a ravagé le pays, l’asphyxie économique, les très lourdes pertes militaires en Syrie et en Irak et la montée du pouvoir des gardiens de la révolution au détriment des mollahs, le régime iranien a demandé à Khamenei de bombarder Israël de tweets à défaut de missiles. Pour cela, le guide suprême va ressortir sa réthorique désuète : «la cause palestinienne».

«Nous allons soutenir et prêter assistance à toute nation ou tout groupe qui s’oppose et combat le régime sioniste», a-t-il écrit mercredi , appelant à défendre les «combats» des Palestiniens pour déterminer leur avenir.

Définitivement chassé du territoire syrien suite à des centaines de frappes israélienne qui se sont intensifiés ces derniers mois, manière de dire aux Molahs que leur rôle était fini et qu’il est temps de rebrousser chemin, l’Iran vit plus mal l’arrêt de son projet expansionniste que la pandémie du Coronavirus. Sur ce sujet, Khamenei va se plaindre à demi-mots en fustigeant, dans un autre tweet, l’expansionnisme sioniste. «C’est celui qui dit qui l’est!»

«La nature du régime sioniste était incompatible avec la paix car les sionistes cherchent à accroître leur territoire» a-t-il tweeté avant d’accuser Israël de terrorisme d’Etat.

Pour ne pas se faire bloquer son compte Twitter, il va développé un discours compliance-compatible : « Eliminer le régime sioniste ne veut pas dire éliminer les Juifs (…) Mais éliminer Israël », a ajouté le guide suprême iranien en qualifiant les sionistes de «cancer» et en appelant à chasser des «voyous comme Netanyahu».

Sur sa page web, l’ayatollah Khamenei appelle à une «Palestine libre» avec en sous-titre «la solution finale: la résistance jusqu’au référendum», nous informe l’AFP. Bibi ne pouvait recevoir meilleur cadeau après à la naissance apocalyptique de sa formation gouvernementale -où siègent en passant dix marocains-.

Du pain béni pour Bibi

Maintenant que les pays arabes ont fait évoluer leur doctrine israelienne, après la chute du panarabisme, Netanyahu a plus que jamais besoin d’un ennemi qui fédère les israéliens autre que les juges qui veulent le mettre à l’ombre, lui sa femme et sa progéniture.

Qui mieux donc que l’Iran pour se dévouer à cette noble tache au service du peuple élu.

Accusant réception du cadeau de Khameinei, Netanyahu va dégainer son iPhone crypté pour rendre la gentillesse à son meilleur allié :

«Les menaces de Khamenei de réaliser la solution finale contre Israël rappellent le plan nazi de solution finale pour la destruction du peuple juif», a-t-il répliqué. «Il devrait savoir que tout régime qui menace Israël d’extermination fera face au même danger», a-t-il ajouté.

Nazisme, antisémitisme et la gloire à Tsahal, Bibi ne change pas une stratégie gagnante et apporte de l’eau au moulin aux millions d’excités sur les réseaux sociaux et sur les plateaux télés.

Paralyser les installations nucléaires -vs- Poster un message Html

Au lendemain de cet échange virtuel, les médias ont fait l’échos d’une série d’attaques informatiques ciblant des sites internet d’entreprises locales, de municipalités et d’ONG israelinnes avec un message en hébreu et en anglais: «le compte à rebours pour la destruction d’Israël a commencé il y a déjà bien longtemps». En plus d’un lien d’un vidéo-montage montrant Tel-Aviv bombardée, et une signature des pirates « hackers of the Saviors».

Tandis que le mainstream s’enflamme de la cyberattaque iranienne, à Telaviv, Bibi jubile. Si bidouiller un code php ou html est la réponse à la colonisation de la Palestine et aux bombardements en Syrie et en Irak et à l’exécution de Qassem Soleimani, Israël peut être rassurée sur sa sécurité.

«Il s’agit d’une attaque sur des sites privés et qui n’ont causé aucun dommage aux infrastructures nationales», a assuré à l’AFP le Directorat israélien de la cybersécurité qui n’a pas directement incriminé l’Iran mais avait mis en garde récemment contre des actes de piratages informatiques pour le «jour de Jérusalem iranien».

Cette manie de diffuser des vidéos montage est devenu une constante dans la communication de l’Iran et des gardiens de la révolution depuis l’assassinat de Soleimani au lendemain de la Saint-Sylvestre 2020. Le régime tente de faire oublier son impuissance à son peuple, en utilisant la fiction et le digital comme nouvel instrument de propagande.

Plus tôt cette semaine, le Washington Post avait fait état d’une cyberattaque, menée par Israël, contre le port iranien de Shahid Rajaei, situé sur le détroit d’Ormuz, voie de passage stratégique pour le trafic pétrolier international. Or elle a été effectuée en représailles à une autre cyberattaque contre des installations hydrauliques civiles en Israël, selon le quotidien américain.

En Israël, les autorités n’ont confirmé aucune des deux attaques, tout en laissant planer le doute par un langage parfois métaphorique, écrit l’AFP.

Quand Israël, immobilise une centrale nucléaire ou une une installation portuaire, l’Iran poste une vidéo sur le site web d’une épicerie dans les territoires occupés.

«Putting the Genie Back in the Bottle»

L’image de Khomeini descendant d’un Boeing 747 de la compagnie Air France, un 1er février 1979, guidé, protégé et tenu par la main par le commandant de bord du vol4721, Jean Mouy, en dit long sur l’appui occidental à l’installation des Mollahs dans un territoire qui constituait le prolongement de l’Afrique et du monde arabe sunnite vers l’Asie.

Dans un article paru en 2015 sur RFI, la radio officielle du Quai d’Orsay, sous le titre «Jean Mouy, l’homme qui a ramené Khomeini en Iran», les faits sont saisissants.

«France, Suisse, Autriche, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie, Turquie, Iran : tout au long du trajet, le commandant Jean Mouy est en contact permanent avec la direction d’Air France et les tours de contrôle des pays survolés», rapporte RFI.

« Le vol spécial » Paris-Téhéran est complet, à bord : l’ayatollah Khomeini, 17 membres de son état major, « et le reste des passagers était exclusivement des journalistes. » « Personne des Services », du moins pas à la connaissance du commandant. « Je ne savais rien de Khomeini, se souvient Jean Mouy. A part le fait qu’il habitait à Neauphle-Le-Château, parce que l’Irak n’en voulait plus. »

Israël n’aurait jamais évolué de la même manière sans le régime des Mollahs. L’Iran et Israël, partagent le rejet et l’inimitié des populations et des gouvernements des pays sunnites, leurs ambitions expansionnistes et de puis quelques années plusieurs frontières au Liban, en Irak et en Syrie.

La république islamique s’est érigée comme barrière à toute expansionnisme sunnite vers l’Asie, un rôle stratégique dans la géopolitique du Golfe et de l’Asie de l’ouest avant et après la guerre froide. Tel un cheval de Troie, elle a participer brillamment à briser l’axe sunnite et à écraser toutes les autres mouvances chiites plus modérés.

Aujourd’hui, les alliés d’hier qui ont porté au pouvoir Khomeini ne sont plus d’accord sur la suite des évènements. Alors que l’écosystème Netanyahu composé entre autres de Trump, Poutine et MBZ estime qu’il est temps de tourner la page et d’essayer autre chose, les gardiens de l’ancien monde à l’image de la France résistent et protègent tant bien que mal ce qui reste de la république islamique.

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En Juillet 2019, à l’occasion de la tenue de la 19 ème conférence de Herzliya, une rencontre annuelle durant laquelle Israël, distille auprès des centres de réflexions et de intelligentsia mondiale, les grandes lignes de sa géopolitique de l’année à venir, les organisateurs ont choisi pour thème centrale : «Iran – Putting the Genie Back in the Bottle», Iran – Remettre le Génie dans la bouteille.

A partir de cette date la machine israélo-américaine s’est mise en branle pour faire rentrer le génie iranien dans sa lampe après de longues années de beaux et loyaux services.

Les actions les plus spectaculaires d’Israël ont été l’exécution de Soleimani, le bombardement des postions iraniennes en Syrie, l’asphyxie économique et politique du Hezbollah et la décapitation de leur principale plaque tournante financière en Syrie, le milliardaire et neveu de Bachar, Rami Makhlouf.

Trump dit beaucoup de bêtises mais on doit reconnaitre qu’il n’avait pas tord quand il avait alerter un jour que le monde était devenu très dangereux comme jamais auparavant.

Macron au chevet de l’Iran

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Si les troubles qui secouent l’Iran depuis quelques jours sont du pain béni pour Washington, Israël et quelques pays du Conseil de la coopération du golfe, qui y voient une sorte de «printemps perse» et occasion rêvée pour faire tomber le régime des Mollahs, la position de Paris demeure vigilante à ce sujet. La France, principale bénéficiaire de l’ouverture économique de l’Iran après la levée partielle de l’embargo sur ce pays suite à l’accord sur le nucléaire, attend de voir plus clair dans cet imbroglio géopolitique pour pouvoir se prononcer sur un sujet aux ramifications régionales profondes et complexes.

En janvier 2017, il y a tout juste un an, le président iranien, Hassan Rouhani, se rendait en visite de travail à Paris. Plusieurs protocoles d’accords ont été signés entre les deux pays dans les domaines de l’aéronautique, agroalimentaire, pharmaceutique, textile et de l’industrie automobile. Une commande ferme de 127 Airbus au profit de Iran Air avait été annoncée et des projections sont à l’étude quant à l’extension de l’exploitation de certains champs d’hydrocarbures.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, devait se rendre en ce début d’année à Téhéran pour y préparer la visite du président Emmanuel Macron et la concrétisation des protocoles d’accords paraphés sous son prédécesseur François Hollande. Mais la zone de turbulences par laquelle passe l’Iran a obligé les deux pays, d’un commun accord, à reporter la visite de travail du chef de la diplomatie française en attendant une meilleure visibilité dans les semaines à venir.

Les intérêts de la France dans cette région du monde sont multiples, les uns aussi importants que les autres : militaires, énergétiques, géostratégiques (détroit d’Ormuz et delta de Chatt-el-Arab) et culturels. Et les rapports entre la France et l’Iran des Mollahs ne sont pas nés sur le tard. Ce sont en effet les services du SDECE (ancêtre de la DGSE), sous la houlette du puissant et influent Comte Alexandre de Marenches, qui ont abrité, surveillé, contrôlé et organisé le quartier général de Khomeini à Neauphle-le-Château durant toute la durée de son «exil» dans la région parisienne.

D’ailleurs, le Shah d’Iran, qui recevait régulièrement à cette époque-là un émissaire du Président français Valéry Giscard d’Estaing, en la personne de son ambassadeur et représentant personnel, Michel Poniatowski, en vue de régler le «dossier Khomeini», n’a jamais eu gain de cause auprès des autorités françaises.

Plus, les services de renseignement français appuieront les Mollahs par tous les moyens à préparer la révolution depuis le fief de Khomeini à Neauphle-le-Château jusqu’à presque l’«installer» officiellement au pouvoir en Iran : arrivé à Téhéran le 1 février 1979 dans un vol spécial affrété par le Quai d’Orsay, Khomeini était suivi par toute sa «cour» qui l’accompagnait à bord du Boeing 747 d’Air France retenu pour l’occasion par les autorités françaises.

Le geste du Commandant de bord français, Jean Mouy, tenant le bras de l’Ayatollah Khomeini pour l’aider à descendre les marches de la passerelle de l’avion, est d’une symbolique telle qu’elle reflète l’appui de la France à ce nouveau pouvoir qui venait de chasser la monarchie laïque et moderniste des Pahlavi.

Le commandant de bord français, Jean Mouy, tenant le bras de l’Ayatollah Khomeini pour l’aider à descendre les marches de la passerelle de l’avion d’Air France qu’il l’a transporté de Paris à Téhéran, le 1er février 1979.

Depuis quarante ans que Paris entretient bon an, mal an, des intérêts aussi stratégiques avec un pays aussi important que l’Iran, ce ne sont pas des «échauffourées» populaires qui vont aujourd’hui inquiéter la France sachant que cette dernière, pragmatique, place ses intérêts supérieurs avant toute considération. Et dans ce cas d’espèce, un Iran fort, qui vient de gagner de surcroît la guerre contre Daech aux côtés de la Russie, de la Syrie, de l’Irak et du Hezbollah, est un pays à soutenir et à appuyer, au risque de laisser place à l’inconnu. Macron l’a compris.

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