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Hassan Rouhani

Le Roi Mohammed VI, porteur d’une vision alternative pour « l’amélioration de l’ordre mondial »

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La visite du Pape François au Maroc a été l’occasion pour le roi Mohammed VI de dévoiler sa vision sans ombrage, jusque là distillée au fil du temps à travers des actions et des discours. La vision d’un nouvel ordre mondial plus équilibré et moins violent, en juxtaposition d’une disruption négative alimentée soit par les pétrodollars ou le communautarisme fermé et intolérant.

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Nucléaire : Rouhani prépare la riposte de l’Iran

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Le président iranien, Hassan Rouhani, a réagi hier soir dans une déclaration télévisée à la décision de Trump de se retirer de l’Iran Deal signé en 2015 par les 5+1 –les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne-, en déclarant qu’il avait demandé à l’agence iranienne de l’énergie atomique de préparer les plans nécessaires pour l’enrichissement de l’uranium industriel afin de l’appliquer si nécessaire.

Pour Hassan Rouhani, et à «partir de maintenant, l’accord est entre l’Iran et seulement 5 pays. Nous devrions voir comment les cinq grands pays vont traiter l’affaire». «Nous allons attendre et parler avec nos amis et les signataires de l’accord, si cela garantit nos intérêts, nous resterons dans l’accord, sinon nous déciderons autrement » a ajouté le président iranien qui a ordonné à son ministre des Affaires étrangères, Javad Zarif, d’entamer des pourparlers avec les pays européens ainsi que la Chine et la Russie pour garantir la pérennité de l’accord.

Le président iranien a souligné que «Téhéran a toujours respecté ses engagements vis-à-vis de l’accord, alors que les Etats-Unis n’ont jamais respecté les leurs.»

Quelques heures plus tôt, le président américain, Donald Trump, annonçait sa décision d’annuler l’accord nucléaire signé avec l’Iran, et qu’il rétablira «le plus haut niveau de sanctions économiques» qui a été levé dans le cadre dudit accord en 2015, accomplissant l’une de ses promesses électorales majeures, en annulant un engagement majeur de la politique étrangère de l’administration Obama.

Trump, qui a dû faire face à une forte pression des alliés européens, notamment Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson lors de leurs  visites à Washington avant que le président américain ne prenne sa décision, n’a pas fléchi et est demeuré sur sa décision.

Pour sa part, l’ancien secrétaire d’Etat John Kerry, qui était l’un des architectes de l’accord sous le président Obama, a fustigé la décision de Donald Trump. Ce dernier a accusé l’ancien secrétaire d’Etat américain d’avoir «très mal négocié » l’accord et que Kerry «était celui qui a créé ce désordre en premier lieu » !

Les premières réactions à ce retrait n’ont pas tardé. Pour l’Iran, il s’agit d’une décision illégale, illégitime et qui va à l’encontre des conventions internationales. Pour  la Russie, cela constitue une menace pour la sécurité mondiale.

Pour Emmanuel Macron, la France «regrette » ce retrait, de même pour l’Allemagne et la Grande Bretagne regrettent. De son côté, Federica Mogherini, a estimé que l’Union européenne «est déterminée à respecter l’accord tant que l’Iran le fera.»

Pour leur part, Israël et la majorité des pays du Golfe ont accueilli favorablement la décision américaine la qualifiant d’«historique» et de «courageuse.»

Massacre de la Ghouta ou comment Washington tente de faire oublier l’annonce de la victoire contre Daech

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En novembre 2017, se tenait le sommet tripartite de Sotchi que nous décrivions à l’époque comme le conclave des «vainqueurs» de Daech. Cette réunion historique devait rapidement produire des mesures décisives pour mettre fin à l’effusion de sang en Syrie et, fait rare, de réunir les Vladimir Poutine et Hassan Rouhani – qui soutiennent le président syrien Bachar al-Assad – autour de la même table qu’Erdogan, qui a soutenu les opposants d’Assad, accueilli les millions de migrants syriens et, paradoxalement, tenu à ce que l’Etat syrien n’éclate pas.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Russes et turcs ont resserré leur étau sur les groupes «terroristes» et les Etats-Unis, accusés d’appuyer les positions de Daech en leur offrant des corridors de sécurité, ont de leur côté intensifié leurs frappes contre les forces armées de Bachar Al-Assad.

Washington, craignant de perdre du terrain au profit de Moscou et d’Ankara, a décidé de soutenir une «armée [syrienne] libre» qui ne serait ni sous influence turque ni celle des russes.

Interceptant le message au vol, plusieurs factions armées syriennes ont pris la décision de se réunir sous un même étendard. «Harakat Nour al-Din al-Zinki» et «Ahrar al-Sham» ont ainsi fusionné leurs mouvements sous le nom de «Front de libération de la Syrie». L’objectif annoncé de cette réunification est d’unir les Forces révolutionnaires de la Syrie.

Dans une dépêche câblée par Medad Press, une plateforme média proche du mouvement al-Zinki, on apprend que le nouveau «Front de Libération de la Syrie» a désigné le leader d’Ahrar al-Sham, Hassan Sawfan, comme nouveau patron du Front. Il sera assisté par Hussam al-Atrash jusqu’à présent leader du mouvement al-Zinki. Par ailleurs, le colonel Khalid Al-Ayman a été nommé commandant en chef militaire du Front.

Les deux mouvements expliquent que cette initiative vise à serrer les rangs de la résistance contre le régime de Bachar al-Assad et éviter la dispersion des efforts de lutte et de combat.

En revanche, le Font de Libération de la Syrie se dit prêt à concourir avec les autres Forces vives de la nation syrienne pour libérer la Syrie du joug de la dictature et construire ensemble les institutions souveraines du pays ainsi qu’une armée nationale forte et moderne.

Soutenu par les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Syrie, le groupe rebelle «Harakat Nour al-Din al-Zenki» est un acteur central de la guerre civile syrienne fondé en novembre 2011.

De leur côté, les «Ahrar al-Sham», proches d’Al-Qaida, et soutenus également par les saoudiens et les américains, ont pour objectif de fonder un État syrien relevant de la Sharia’. Rivaux avec l’autre mouvement rebelle «Tahrir al-Sham» dont relève le célèbre al-Nusra, «Ahrar al-Sham» se battent sur plusieurs fronts : anti-Bachar, anti-Iran, anti-Russie mais la ligne de démarcation entre eux et DAECH reste difficile à déterminer.

Et c’est justement cette confusion qui a été exploitée par Washington pour se rapprocher de «Harakat Nour al-Din al-Zinki» et «Ahrar al-Sham» et de les encourager à fonder un Front de Libération de la Syrie qui serait le porte-voix de tout le peuple syrien. Comprenant parfaitement la tactique et la volonté américaines de contrecarrer l’influence russe, le pouvoir à Moscou a vu rouge : il a alors répliqué de la manière la plus violente donnant lieu à un des massacres les plus terribles de l’histoire des guerres contemporaines.

Le drame que vivent les populations de la Ghouta orientale, dans la banlieue de Damas, n’est que la résultante de la réaction féroce des russes qui voyaient en la naissance du Front de Libération de la Syrie une menace directe et frontale à ses intérêts militaires et politiques. Intérêts politiques parce que c’est la Russie qui chapeaute les pourparlers de paix à Astana ne laissant aucune marge de manœuvre à Washington dans ce dossier. Exploitant les images tragiques d’enfants déchiquetés par la force de frappe russe et l’élan mondial de condamnation de ces crimes contre l’humanité dont sont victimes des populations innocentes, les Etats-Unis ont officiellement demandé à la Russie de stopper net cette barbarie, tout en informant Moscou qu’ils ne reconnaîtront plus les pourparlers de Astana, invitant par-là le Kremlin à revenir à la table des négociations à Genève sous les auspices des Nations unies.

Maroc-Iran : La nouvelle lune de miel

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En l’espace de dix jours, le roi Mohammed VI a envoyé deux messages au président iranien Hassan Rouhani. Le 11 février, une missive l’occasion de la fête nationale de la république islamique d’Iran qui célèbre la chute du régime des Pahlavi et l’avènement de celui des Mollahs; et le 20 février un télégramme de condoléances suite au crash d’un avion de ligne iranien au sud de la province d’Ispahan, causant la mort de tous ses passagers.

Au-delà des formules d’usage de félicitations et des voeux sincères de bonheur au président Rouhani et de davantage de progrès et de prospérité au peuple iranien «frère» ou de «grande affliction» suite au crash de l’aéronef qui effectuait une liaison domestique, le souverain a surtout réaffirmé sa détermination et celle du Maroc à continuer à œuvrer de concert avec le président iranien pour donner une nouvelle impulsion aux relations de coopération existant entre les deux pays, au service des intérêts des deux peuples frères.

Déjà, en juin 2017, le roi Mohammed VI avait adressé un message de condoléances et de compassion au président iranien Hassan Rouhani, suite aux attaques criminelles ayant ciblé le Parlement iranien et le mausolée de l’ayatollah Khomeiny, faisant plusieurs victimes. Le Souverain y avait vigoureusement dénoncé ces actes terroristes ignobles, qui ne respectent pas la sacralité du mois béni du Ramadan, réaffirmant au président iranien la condamnation du Royaume du Maroc du terrorisme odieux qui est aux antipodes des valeurs et principes de l’islam tolérant.

Ce rapprochement, toujours timide il est vrai, est une expression claire de la volonté des deux pays de diluer définitivement le profond différend qui avait longtemps entaché les relations entre Rabat et Téhéran. Le Maroc, qui dénonçait l’ingérence de l’Iran dans les affaires intérieures du pays par des activités de prosélytisme chiite, avait rompu en 2009 ses relations diplomatiques avec la république islamique en solidarité avec le Bahreïn que certains officiels à Téhéran considéraient comme «la quatorzième province iranienne.» Sans oublier le rôle de l’Arabie saoudite qui, selon des câbles diplomatiques publiés par WikiLeaks, avait fait pression sur le Maroc dans sa stratégie globale d’opposition à l’influence iranienne.

Sept ans après, et plus exactement en octobre 2016, les deux pays ont décidé de rétablir leurs ambassades, le Maroc ayant choisi de désigner Hassan Hami à la tête de la mission diplomatique du royaume à Téhéran.

Cette normalisation a été précédée par des contacts de haut niveau entre les deux parties. Le premier de ceux-là fut la rencontre qui a réuni, au mois de février 2014, à Tunis, le prince Moulay Rachid et Ali Larijani, conseiller du Guide de la Révolution, Ali Khamenei, et président du parlement iranien. Rencontre qui a eu lieu en marge de la cérémonie de la présentation de la première Constitution tunisienne post-révolution. Le second contact de haut niveau avant la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays s’est déroulé en avril 2016 quand Amir Abdellahyane, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, a effectué une visite officielle Maroc, où il a eu des entretiens avec plusieurs responsables gouvernementaux.

Macron au chevet de l’Iran

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Si les troubles qui secouent l’Iran depuis quelques jours sont du pain béni pour Washington, Israël et quelques pays du Conseil de la coopération du golfe, qui y voient une sorte de «printemps perse» et occasion rêvée pour faire tomber le régime des Mollahs, la position de Paris demeure vigilante à ce sujet. La France, principale bénéficiaire de l’ouverture économique de l’Iran après la levée partielle de l’embargo sur ce pays suite à l’accord sur le nucléaire, attend de voir plus clair dans cet imbroglio géopolitique pour pouvoir se prononcer sur un sujet aux ramifications régionales profondes et complexes.

En janvier 2017, il y a tout juste un an, le président iranien, Hassan Rouhani, se rendait en visite de travail à Paris. Plusieurs protocoles d’accords ont été signés entre les deux pays dans les domaines de l’aéronautique, agroalimentaire, pharmaceutique, textile et de l’industrie automobile. Une commande ferme de 127 Airbus au profit de Iran Air avait été annoncée et des projections sont à l’étude quant à l’extension de l’exploitation de certains champs d’hydrocarbures.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, devait se rendre en ce début d’année à Téhéran pour y préparer la visite du président Emmanuel Macron et la concrétisation des protocoles d’accords paraphés sous son prédécesseur François Hollande. Mais la zone de turbulences par laquelle passe l’Iran a obligé les deux pays, d’un commun accord, à reporter la visite de travail du chef de la diplomatie française en attendant une meilleure visibilité dans les semaines à venir.

Les intérêts de la France dans cette région du monde sont multiples, les uns aussi importants que les autres : militaires, énergétiques, géostratégiques (détroit d’Ormuz et delta de Chatt-el-Arab) et culturels. Et les rapports entre la France et l’Iran des Mollahs ne sont pas nés sur le tard. Ce sont en effet les services du SDECE (ancêtre de la DGSE), sous la houlette du puissant et influent Comte Alexandre de Marenches, qui ont abrité, surveillé, contrôlé et organisé le quartier général de Khomeini à Neauphle-le-Château durant toute la durée de son «exil» dans la région parisienne.

D’ailleurs, le Shah d’Iran, qui recevait régulièrement à cette époque-là un émissaire du Président français Valéry Giscard d’Estaing, en la personne de son ambassadeur et représentant personnel, Michel Poniatowski, en vue de régler le «dossier Khomeini», n’a jamais eu gain de cause auprès des autorités françaises.

Plus, les services de renseignement français appuieront les Mollahs par tous les moyens à préparer la révolution depuis le fief de Khomeini à Neauphle-le-Château jusqu’à presque l’«installer» officiellement au pouvoir en Iran : arrivé à Téhéran le 1 février 1979 dans un vol spécial affrété par le Quai d’Orsay, Khomeini était suivi par toute sa «cour» qui l’accompagnait à bord du Boeing 747 d’Air France retenu pour l’occasion par les autorités françaises.

Le geste du Commandant de bord français, Jean Mouy, tenant le bras de l’Ayatollah Khomeini pour l’aider à descendre les marches de la passerelle de l’avion, est d’une symbolique telle qu’elle reflète l’appui de la France à ce nouveau pouvoir qui venait de chasser la monarchie laïque et moderniste des Pahlavi.

Le commandant de bord français, Jean Mouy, tenant le bras de l’Ayatollah Khomeini pour l’aider à descendre les marches de la passerelle de l’avion d’Air France qu’il l’a transporté de Paris à Téhéran, le 1er février 1979.

Depuis quarante ans que Paris entretient bon an, mal an, des intérêts aussi stratégiques avec un pays aussi important que l’Iran, ce ne sont pas des «échauffourées» populaires qui vont aujourd’hui inquiéter la France sachant que cette dernière, pragmatique, place ses intérêts supérieurs avant toute considération. Et dans ce cas d’espèce, un Iran fort, qui vient de gagner de surcroît la guerre contre Daech aux côtés de la Russie, de la Syrie, de l’Irak et du Hezbollah, est un pays à soutenir et à appuyer, au risque de laisser place à l’inconnu. Macron l’a compris.

L’Iran membre de l’EAEU ?

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L’Iran a annoncé sa volonté d’intégrer, en 2018, l’Eurasian Economic Union, un marché commun de libre-échange entre les principales économies de l’Eurasie, piloté par la Russie.

L’annonce, si elle se concrétisait aurait des retombées géopolitiques non négligeables : l’appartenance de Téhéran à l’EAEU serait un coup dur pour la stratégie de sanctions conduite par Washington contre l’Iran. Téhéran bénéficiera automatiquement de nouvelles opportunités commerciales avec des pays dont les économies sont bien plus proches à la sienne que les économies occidentales.

Plus, si cette perspective devait se réaliser, ce serait non seulement un coup de maître pour la Russie, mais aussi pour la Turquie qui cherche aussi, sous l’impulsion de Moscou, à rejoindre cet espace. On imagine l’impact de cette décision sur l’Union européenne qui a refusé l’adhésion d’Ankara dans ses rangs, et sur l’Otan dont la Turquie est un membre important.

Le président turc, qui a rencontré son homologue russe Vladimir Poutine pas moins de sept fois cette année, ainsi que le président iranien Hassan Rouhani, est l’élément clé dans cette plateforme, en ce sens qu’il représente un grand pays musulman sunnite, membre du Traité de l’Atlantique Nord, pressenti pour adhérer à un espace riche et puissant qui menace les intérêts militaires et économiques l’UE et l’Otan.

Issue du Traité du 29 mai 2014, l’Union économique eurasiatique, qui compte 5 pays membres et 4 en voie d’adhésion (hors Iran et Turquie) reprend les grandes lignes du courant «eurasiste» très en vogue dans les années 1920.

Conclave Poutine – Rouhani – Erdogan : le sommet des vainqueurs

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La Russie, l’Iran et la Turquie réunis en conclave ce mercredi à Sotchi ont pour point commun d’avoir aidé la Syrie à maintenir sa stabilité et à éviter d’être pris dans l’étau des organisations terroristes. Si Moscou et Téhéran ont apporté un appui franc et direct à Bachar al-Assad, Ankara a toujours fustigé la politique du régime syrien tout en s’assurant que la structure étatique à Damas ne soit pas démantelée comme ce fut le cas dans l’Irak post-Saddam ce qui a donné lieu à une catastrophe humanitaire qui a déstabilisé tout le Moyen-orient.

En prélude à ce sommet, Poutine a accueilli la veille, dans sa résidence de Sotchi, le président Bachar al-Assad. C’est la première fois que le dirigeant syrien a quitté la Syrie depuis sa dernière visite en Russie, il y a deux ans. Poutine a également préparé sa réunion en téléphonant à d’autres dirigeants influents sur le dossier syrien, dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et le roi Salmane Ben Abdelaziz d’Arabie saoudite, grand perdant de ce conflit, dans le cadre des efforts déployés par le président pour parvenir à un consensus international tout en cherchant à faire réussir son rôle de missi dominici.

Le sommet tripartite de Sotchi pourrait rapidement produire des mesures décisives pour mettre fin à l’effusion de sang en Syrie et ce fut également une occasion, rare, de réunir les Vladimir Poutine et Hassan Rouhani – qui soutiennent le président syrien Bachar al-Assad – autour de la même table qu’Erdogan, qui a soutenu les opposants d’Assad, accueilli les millions de migrants syriens et, paradoxalement, tenu à ce que l’Etat syrien n’éclate pas.

L’alliance entre Moscou, Ankara et Téhéran n’est peut-être pas suffisante pour assurer la paix en Syrie. Car la Turquie s’inquiète de la possibilité que les russes offrent un soutien diplomatique aux Kurdes, sachant que la Turquie considère ces derniers, dont les milices contrôlent une partie du nord de la Syrie, comme des ennemis. Aujourd’hui, même si Moscou désire mener un processus de négociation, ils ont impérativement besoin du feu vert de la communauté internationale pour légitimer leurs efforts.

Le Sommet de Sotchi est tout d’abord celui du clan des vainqueurs sur DAECH : Russie, Turquie, Iran et Syrie. Une sorte de «Conférence de Yalta II» dont la première édition, dite Conférence de Yalta, qui a eu lieu au début de 1945 et qui a réuni le leader russe Joseph Staline, le premier ministre britannique Winston Churchill et le président américain Franklin D. Roosevelt. Les Alliés s’y étaient rendus pour présenter un front uni à Staline sur la planification de la campagne finale contre les troupes allemandes et japonaises et sur la limitation de la progression de l’Armée rouge en Europe centrale avec comme objectifs : 1) d’adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale ; 2) de régler le sort de l’Europe après la défaite du Troisième Reich ; 3) de garantir la stabilité du nouvel ordre mondial après la victoire.

72 ans plus tard, à Sotchi cette fois-ci, station balnéaire également située sur la Mer Noire comme Yalta, l’histoire se répète : 1) adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la guerre en Syrie ; 2) convaincre Erdoğan que les représentants des Kurdes syriens devraient avoir une place à la table des négociations. Car contrairement à la position radicale d’Ankara sur ce point, la Russie sait très bien que le problème kurde rend impossible une paix permanente – et même provisoire ; 3) Tenter de freiner l’influence américaine sur le processus de paix car il est clair que les Etats-Unis, qui tentent de maintenir leur autorité et leur pouvoir en Syrie et en Irak (et bien sûr leur accès au pétrole dans la région), continueront à «défendre» la cause Kurde, ne serait-ce que pour jouer les trouble-fêtes.

De son côté, Israël ne cesse de réclamer haut et fort à l’Iran et aux combattants du Hezbollah d’arrêter leur mainmise sur la Syrie, mais dans ce cas de figure bien précis c’est la Russie qui établit les règles du jeu, justement pour contrer l’influence américaine et garder une présence géostratégique en mer Méditerranée, objet de toutes les convoitises.

L’axe Washington-Ryadh-Le Caire ressuscité : les bons offices de Abdallah II

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Face à un axe Moscou-Téhéran de plus en plus hégémonique dans une région moyen-orientale en proie aux affres de la guerre et du terrorisme, le Sommet des Etats arabes qui se tient en Jordanie aux abords de la Mer Morte se veut l’occasion de ressusciter un axe sunnite qui a perdu de sa verve depuis les douloureux événements qui ont accompagné les printemps arabes en 2010 et 2011.

En février 2017, Benjamin Netanyahu dévoilait avoir tenu, en 2016, et sur son instigation, une réunion secrète à Al-Aqaba en Jordanie avec Abdelfattah al-Sissi, le Roi Abdallah II et John Kerry. Le Secrétaire d’Etat américain avait alors soumis un “Plan de paix” qui a été refusé par le premier ministre israélien.

Aujourd’hui, la Jordanie a réussi à réconcilier l’Egypte et l’Arabie saoudite en froid depuis quelque temps, et se positionne en tant que garant d’une stabilité extrêmement fragile et vulnérable qui risque de s’effondrer à tout moment à défaut de vigilance des principaux protagonistes de l’échiquier géopolitique de la région.

L’Iran et Israël sont aux aguets, épiant le moindre faux pas des dirigeants arabes, et l’Arabie saoudite fait un retour en force en tant que leader du monde arabo-musulman et ce grâce à l’arrivée de Donald Trump qui ne voit pas d’un bon œil les accords sur le nucléaire iranien paraphés par son prédécesseur et fustigés par Ryadh.

Le Roi Abdallah II de Jordanie qui, en excellent missi dominici, se rendra à Washington après le Sommet qu’accueille son pays pour couronner les bons offices qu’il entreprend. De son côté, Abdelfattah al-Sissi est également attendu à la Maison Blanche et ce quelques jours après la rencontre Trump-Mohamed Ben Salmane, vice-prince héritier saoudien, qui a permis la reconduction du ravitaillement de l’Egypte en pétrole saoudien.

Et c’est la naissance de ce nouvel axe Washington-Ryadh-Le Caire-Amman qui a accéléré la réunion de Moscou, avant-hier, entre le président iranien Hassan Rouhani et le russe Vladimir Poutine, à 24 heures du début des travaux du Sommet arabe.

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Abdellah EL HATTACH

Felipe VI en Algérie ?

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Lors d’une réunion marathon, tenue hier à Alger, entre le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Laamamra, et son homologue espagnol, Alfonso Dastis, qui a duré plus de quatre heures, le chef de la diplomatie algérienne a, au nom du président Abdelaziz Bouteflika, adressé une invitation au roi d’Espagne, Felipe VI, pour se rendre en Algérie à la fin de cette année. Laamamra a souhaité que le souverain espagnol se fasse en présence de Mariano Rajoy, Chef du gouvernement espagnol.

La rencontre a servi à examiner les relations économiques et politiques entre les deux pays, ainsi que la situation internationale et la coopération en terme de sécurité, en prévision de la septième réunion de haut niveau qui aura lieu courant 2017.

Selon l’agence de presse espagnole, EFE, les autorités algériennes espèrent «une visite du Roi Philippe» pour consolider ces «liens stratégiques et renforcer cette relation par de nouveaux accords dans la [prochaine] réunion de haut niveau.»

Santé de Bouteflika, souci majeur de la diplomatie algérienne

Plus concrètement, une visite du Roi d’Espagne, Felipe VI, est très peu probable dans les semaines, voire les mois à venir et ce en raison de l’état de santé très critique du Abdelaziz Bouteflika. D’ailleurs, la visite d’Alfonso Dastis a failli être reportée pour cette même raison ; et même maintenue, le chef de la diplomatie espagnole n’a pu rencontrer le président algérien. L’incapacité physique de Bouteflika a été pour rappel la cause de l’annulation à la dernière minute de la visite de la Chancelière allemande, Angela Merkel, et celle aussi du président iranien Hassan Rouhani prévue initialement le 8 mars.

Même le ministre français de l’Intérieur, Bruno Le Roux, en visite à Alger pour quelques heures, n’a pu rencontrer le président malade alors qu’une audience était à l’ordre du jour.
Et combien même le Roi Felipe VI ne fait pas le déplacement en Algérie au cours de cette année, la diplomatie espagnole joue en solo sur certaines questions touchant à la souveraineté du Maroc. Si la coopération sur le plan sécuritaire et la lutte antiterroriste est exemplaire, la position de Madrid sur e dossier du Sahara demeure ambiguë.

A quoi joue l’Espagne ?

Lors de sa rencontre avec Ramtane Laamamra, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Alfonso Dastis, a salué le «les efforts du secrétaire général de l’Onu d’assister les parties à parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui pourvoit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental dans le cadre d’arrangements conformes aux buts et principes énoncés dans la Charte de l’Onu et en conformité avec les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité» sans citer à aucun moment le Plan d’autonomie soumis par le Maroc et qui reste la seule proposition fiable, réaliste et sérieuse pour une solution de cette question.
EFE révèle que durant cette longue réunion, les deux ministres ont également discuté de la situation en Europe, en Libye ainsi qu’en Syrie sur lesquels les deux parties partagent «une similitude des points de vue».

Cette réunion coïncide avec l’annonce à Tripoli de la suspension de l’Accord de Skhirat signé en décembre 2015 sous les auspices des Nations unies et du Maroc.

Rappelons que l’Espagne et l’Algérie sont liées, depuis 2012, par un «Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération».

 

Abdellah EL HATTACH