fbpx

Cité Mohammed VI Tanger Tech

La guéguerre Mezzour-Seddiki menace le projet de la gigafactory de batteries électriques

//

Les bisbilles entre Ryad Mezzour d’une part, Mohcine Jazouli et Ali Seddiki d’autre part pourraient coûter très cher au Maroc. L’annonce faite par le Ministre de l’Industrie et du Commerce, lors de l’U.S.-Africa Business Summit 2022, a d’ores et déjà compromis les négociations avec l’industriel étranger porteur du projet de la gigafactory de batteries électriques. La sortie «suspecte» de Mezzour a poussé le concurrent du Royaume, la Hongrie a proposé de nouveaux avantages à cet industriel. 9000 emplois et un investissement de plus de 2 milliards de dollars sont en passe de partir en fumée.

Contrairement à la mise en scène du Chef du Gouvernement de ce vendredi, il n’y a plus d’alliance gouvernementale qui tienne.

Après le sacrifice de la ministre Pamiste Leila Benali sur l’autel de la Samir, la solidarité avec le contestation sociale contre la cherté du gasoil, exprimée par l’homme fort du parti du tracteur, Samir Goudar, nous révélons aujourd’hui un scandal qui a mis probablement fin à la fragile alliance entre RNI et le parti de l’Istiqlal.

Une affaire qui démontre encore une fois, que Aziz Akhannouch s’embourbe jour après jour dans le conflit d’intérêt et les polémiques à répétition. Ne maitrisant plus ni ses ministres, ni son avenir.

La scène se déroule le jeudi 21 juillet à Marrakech et plus précisément au plais de congrès de la ville qui abritait la 14ème édition de l’US-Africa Business Summit. Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et d Commerce, qui participait à cette événement dans deux panels, donne une interview à Reuters : «Le Maroc envisage de créer une « gigafactory » de batteries pour véhicules électriques».

L’annonce a fait le tour du monde en quelques minutes à peine. Et pour cause : le marché des batteries électriques connait une concurrence mondiale féroce, surtout après l’annonce de la fin des moteurs thermiques dans l’Union européenne pour 2035.

«Le Maroc est en cours de négociation avec des fabricants de batteries pour véhicules électriques afin d’implanter une usine dans le pays pour s’intégrer au secteur automobile existant et à la production de cobalt», a déclaré Ryad Mezzour à Reuters.

«Nous espérons signer un accord pour l’usine avant la fin de l’année», précise le ministre à l’agence britannique.

Mezzour a refusé de donner l’identité des entreprises en question, ni le montant de l’investissement. Toutefois, il a qualifié le projet de «gigafactory», un terme largement utilisé pour les très grandes installations de production.

«L’usine prévue pour les batteries des véhicules électriques donnera un élan considérable au secteur automobile local et bénéficiera de la disponibilité d’énergies renouvelables et de matières premières telles que le cobalt et les phosphates dans le pays, a-t-il ajouté.

Ce que les marocains ne savent pas, c’est que Ryad Mezzour a révélé un secret industriel jalousement gardé depuis des mois par Mohcine Jazouli et Ali Sedikki, les deux patrons de l’investissement du gouvernement.

Alertée, la Hongrie présente une contre-offre pour barrer la route au Maroc

L’importance de l’annonce de Ryad Mezzour, l’engouement médiatique qu’elle a suscité et le silence de Aziz Akhannouch, autant de signaux faibles qui nous ont poussé à mener une enquête. Et nous n’avons pas été déçus.

Nous sommes bel et bien en présence d’un scandale politique d’une grande gravité.

Nos investigations ont révélé que le Maroc n’était pas seul en course pour l’implantation d’une gigafactory de batteries électriques. Le Royaume est toujours en concurrence avec un autre pays qui a l’appui de l’Union Européenne, la Hongrie.

Autre information de taille est que Ryad Mezzour n’avait pas le feu vert du gouvernement pour communiquer sur le sujet.

Dans sa prospection pour l’installation de sa giga usine, l’un des leaders mondiaux de la fabrication des batteries électriques avait choisi trois sites européens : l’Allemagne, la Pologne et la Hongrie. Après l’élimination de la piste allemande et polonaise, le Maroc entre en jeu. Les équipes de Mohcine Jazouli, chapeautées par son conseiller et ancien Directeur Général de l’Investissement et du Climat des Affaires, Ali Seddiki, font une offre à l’industriel asiatique qui s’est avérée plus concurrentielle que celle de la Hongrie.

«L’entreprise a avoué officieusement aux responsables marocaines en charge d’attirer l’Investissement extérieur que l’offre marocaine était la favorite», nous confie une source bien informée qui souhaite garder l’anonymat.

Concernant le degré d’implication de Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et de Commerce, nous avons appris qu’il n’a eu vent du sujet que dans le cadre de quelques échanges avec l’investisseur.

«Le ministre ne connaît pas tous les tenants et aboutissants du projet puisqu’il n’a pas participé aux réunions avec l’investisseur étranger. Les responsables de ce projet n’avait aucunement l’intention de communiquer à ce stade des négociations», nous révèle une autre personne proche du dossier.

«D’ailleurs, ça n’a pas raté. Dans la semaine qui a suivie l’annonce de Ministre, les autorités hongroises sont revenus à la charge et ont mis sur la table de nouveaux avantages à l’investisseur», s’est désolée la même source.

«Ce sont 9000 emplois directes que le Maroc risque de perdre, en plus de sa crédibilité», s’est-il indigné.

Mais quelle mouche a piqué le ministre de l’Industrie et de commerce pour mettre en équation 9000 emplois directes, sa crédibilité ainsi que celle de tout un pays ?

A cette interrogation nous avons eu cette réponse : « Ce n’est ni une maladresse ni le résultat d’une incompétence… Mais le résultat d’une guerre de tranchées entre Ryad Mezzour et Ali Seddiki, le nouveau Directeur Général de l’AMDIE et ancien Directeur Général de l’Investissement et du Climat des Affaires».

Mezzour et Seddiki se détestaient déjà à l’époque de Moulay Hafid Elalamy. Le premier occupait le poste de Chef de Cabinet du ministre et le second était le Directeur général en charge de l’industrie au sein du ministère.

Ali Seddiki fait partie de la task force concoctée par MHE pour l’élaboration et le déploiement du projet de son mandat: le Plan d’Accélération Industrielle, PAI 2014-2020.

La première décision de Ryad Mezzour après son installation à la tête du nouveau ministère de l’Industrie et du Commerce a été le limogeage de son ennemie juré Ali Seddiki. Ce dernier trouve refuge au cabinet de Mohcine Jazouli, Ministre Délégué auprès du Chef du Gouvernement, chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Evaluation des Politiques Publiques.

Ali Seddiki aura finalement sa revanche, le mercredi 13 juillet dernier, quand le Roi Mohammed VI le nomme à la tête de l’AMDIE, l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations. Un poste dans lequel son prédécesseur, Youssef El Bari, un proche de Mezzour, n’a tenu que 12 mois.

«C’est cette nomination royale qui a exaspéré le ministre au point de divulguer un secret industriel aussi important que l’implantation de cette gigafactory, la deuxième sur le continent en Afrique après celle de Coega en Afrique de sud et ses 50 GWh», nous confie un ancien cadre du ministère.

Aujourd’hui, la nation risque de perdre une opportunité qui allait l’inscrire dans la géoéconomie mondiale des batteries lithium-ion, à cause de l’animosité personnelle que voue un ministre à un haut responsable.

Qui est cet investisseur mystère ? Et quel est le montant de l’investissement en jeu ? Hypothèses :

Trois informations convergentes nous ont permis d’émettre une hypothèse sur l’identité de cet industriel mystère qui serait intéressé par la construction d’un gigafactory au Maroc.

Indice n° 1 : «Gigafactory»

Elon Musk est le premier à avoir installé le concept de «gigafactory» lorsque son entreprise Tesla s’est mise à construire elle-même, en 2014, les batteries de ses voitures électriques, dans de grandes usines pour faire des économies d’échelle. Dans la sémantique «gigafactory», Giga recouvre l’aspect «des gigawatts» produits, mais également la taille gigantesque de l’usine.

Avant même l’abandon des moteurs thermiques prévu en 2035, le marché mondial des batteries pour véhicules 100% électriques et hybrides est évalué à plus de 60 milliards de dollars. Devant une telle croissance, l’industrie mondial de l’automobile, a décidé de suivre le modèle de Tesla.

L’Europe, très en retard dans le domaine, ne s’est dotée de sa première giga-usine, qu’en décembre 2021, construite par le groupe suédois de batteries électriques Northvolt.

Aujourd’hui, 38 projets de gigafactories sont annoncés en Europe. Ce qui représentera une capacité de production annuelle de 600 GWh, soit 50 % de la demande de base prévue pour 2040 sur le marché européen.

Mais avant même la maturité de ce marché sur le vieux continent, les entreprises asiatiques dominent déjà la production.

L’Asie, devenue un pôle majeur pour la fabrication de pièces automobiles, s’est positionnée en pionnière dans la production de batteries pour véhicules électriques. En effet, les dix constructeurs détenant les plus grandes parts de marché ont tous leur siège dans des pays asiatiques, principalement en Chine, en Corée du Sud et au Japon.

Les cinq principaux industriels du secteur, représentant ensemble plus de 80 % de la production mondiale de batteries pour l’automobile (chiffre basé sur la capacité totale produite en GWh), sont :

  1. CATL (Contemporary Amperex Technology Co) – Chine.
  2. LG – Corée du Sud.
  3. Panasonic – Japon.
  4. BYD ( détendu à 8% par Warren Buffett )- Chine.
  5. Samsung – Corée du Sud.

Indice n° 2 : «Hongrie»

Nos investigations nous ont révélé que la Hongrie était en concurrence directe avec le Maroc pour la construction d’une Gigafactory.

Une recherche dans la presse internationale et hongroise, nous apprend que ce petit pays d’Europe central a annoncé durant les derniers mois, quatre projets d’usines de batteries électriques. Deux sont portés par des fabricants sud-coréens, SK innovation et Samsung, le deux restants par des entreprises chinoises, EVE Energy et le leader mondial qui fournit Tesla, CATL.

SK Innovation – Corée du Sud

SK Innovation, a choisi la ville de Iváncsa, à 50 kilomètres au sud-ouest de Budapest, comme lieu d’implantation de sa troisième usine dans le pays. La nouvelle usine aura une capacité de production annuelle de 30 GWh, qui permettrait de fournir des batteries pour environ 430 000 voitures électriques par an. La construction sur un site de 70 hectares à Iváncsa a commencé fin 2021 et ne sera pas achevée avant 2028. L’investissement est de 1,9 milliard d’euros avec à la clé la création de 1900 emplois directs. L’UE a appuyé ce projet en injectant 230 millions de dollars.

Samsung SDI – Corée du Sud

Pour sa part, Samsung SDI a investit en Hongrie, environ 1,2 milliard d’euros pour étendre la capacité de production de cellules lithium-ion et de packs de batteries pour véhicules électriques dans son usine existante située à Göd. Les travaux d’extension de capacité ont débuté en décembre 2017 et la mise en œuvre du projet est désormais bien avancée. La nouvelle usine compte créer 600 emplois directs.

EVE Energy – Chine

EVE Energy Co. a annoncé le 30 mars 2022 via un communiqué publié sur son site web, avoir signer une lettre d’intention avec Debrecen Real Estate Development, une agence gouvernementale hongroise, pour l’acquisition de 45 hectares de terrain dans la zone industrielle de Debrecen, deuxième ville du, pour la construction d’une gigafactory.

EVE Energy, cotée à la bourse de Shenzhen, est basée dans la ville de Huizhou, dans la province méridionale du Guangdong, dans le sud de la Chine.

CATL – Chine

Quand à la société chinoise, Contemporary Amperex Technology Ltd (CATL), le leader mondial de la fabrication de batteries, compte réaliser le plus gros investissement jamais enregistré en Hongrie.

CATL a également choisi la ville de Debrecen pou y injecter 2 milliards d’euros pour la construction d’une gigafactory sur 200 hectares. Elle serait en pourparler pour l’acquisition d’un terrain.

Le choix de la ville de Debrecen n’est pas fortuit car elle se situe à peine à 20 Km d’une usine de BMW, partenaire de CATL.

La Hongrie qui a reçu des aides de l’Union Européenne pour des projets de gigafactories, ambitionne de créer un des plus importants clusters de batteries électriques autour de ces usines.

Indice n°3 : « Cité Mohammed VI Tanger Tech»

Cinq jours après l’annonce de la gigafactory marocaine, Ryad Mezzour diffuse un communiqué annonçant la «énième» réactivation de projet de la Cité Mohammed VI Tanger Tech.

Tenant compte du fait que :

  1. le projet de gigafactory est destiné principalement à augmenter la capacité de production de batteries électriques pour le marché européen,
  2. le principal frein à l’implantation de ces énormes usines est le foncier,
  3. la Cité Mohammed VI Tanger Tech, répond à la problématique du foncier, avec une zone d’accélération industrielle (ZAI) d’une superficie de 947 ha, dont 467 ha ont déjà été érigés.
  4. la Cité Tanger Tech offre une proximité au cluster automobile de Renault, au complexe portuaire Tanger Med et à l’Europe.
  5. le business plan de l’usine marocaine prévoit la création de 9000 emplois directs,
  6. le puissant conglomérat chinois CCCC, ne peut être mobilisé pour des projets de petites tailles,
  7. le seul projet non encore abouti en Hongrie est celui du Chinois CATL,
  8. l’instabilité de l’Europe suite au conflit ukrainien.

Nous émettons l’hypothèse que l’investisseur en question serait le premier fabricant au monde, le chinois Contemporary Amperex Technology Ltd (CATL).

En 2020, CATL avait annoncé un investissement de 2 millards d’euros en Europe pour l’expansion de sa capacité de production destinée au vieux continent.

Ce site européen devrait avoir une capacité suffisante pour battre Tesla en termes de production, et concurrencer LG et Samsung et approvisionner des constructeurs automobiles comme BMW AG. CATL cherche un terrain de de 200 à 250 ha pour développer 1,5 million de mètres carrés couverts.

Trois pays étaient envisagés pour accueillir le projet : l’Allemagne, la Pologne et la Hongrie.

Le 14 juin dernier, la décision est tombée l’Allemagne et la Pologne sont déclarés hors course. La presse polonaise se déchaîne contre son gouvernement «incapable d’offrir de capter les investissements étrangers».

Dans un article sous le titre «La Pologne a perdu un investissement géant de la Chine», le premier quotidien d’information économique du pays «Puls Biznesu» écrit :

« CATL, le plus grand producteur mondial de batteries pour voitures électriques, va investir 2 milliards d’euros en Hongrie. Notre pays ne dispose pas des bonnes incitations et il est peu probable que cela s’améliore ».

Un chercheur polonais spécialisé dans la «Connectivité eurasienne» et la «politique économique étrangère de la Chine» a réagit sur Twitter à cette annonce :

« L’investissement de 2 milliards d’euros de CATL dans une usine de batteries pour véhicules électriques sera très probablement réalisé en Hongrie et non en Pologne. Facteurs possibles :

  • L’aide publique plus généreuse de la Hongrie à CATL.
  • la proximité (20 km) de l’usine d’EV  BMW, client de CATL.»
https://twitter.com/J_Jakobowski/status/1536610250454966272

Dérives du gouvernement Akhannouch : les mises en garde du Discours Royal du trône et l’alerte du cas de la Pologne

Encore une fois le gouvernement démontre de son incapacité à assumer toutes ses responsabilités et honorer ses engagements pris devant les marocains et le Roi.

Le cas de la gestion de ce dossier de gigafactory en est une malheureuse illustration. Le risque de voir s’évaporer un projet aussi important est désormais élevé. L’expérience de la Pologne devrait nous alerter au plus haut point.

Que l’investisseur étranger soit CATL ou pas, l’essentiel à retenir est que pour un changement d’échelle économique et social du pays, un voeux cher au souverain, nous n’avons pas le choix que de jouer dans la cour des grands avec les codes, le professionnalisme et le pragmatisme des puissances de ce monde.

D’ailleurs, nous ne pouvons que saluer le discours du Roi Mohammed VI qui tombe à point nommé, mettant en garde contre les pratiques qui freinent les investissements étrangers dans le pays.

Le Roi a donné tout d’abord le cap : «A cet égard, Nous engageons le gouvernement ainsi que les sphères politique et économique à offrir plus de facilités aux investissements étrangers qui, en cette conjoncture internationale, choisissent notre pays, en éliminant tout obstacle qu’ils peuvent rencontrer».

Puis, il a envoyé sa charge : « De fait, le plus grand péril pour le développement du pays et pour la promotion des investissements réside dans les entraves dressées à dessein par certains pour préserver leurs propres intérêts et réaliser des profits personnels. Ces agissements doivent être combattus».

Si les premiers visés par ce discours sont bien évidement Aziz Akhannouch dans les hydrocarbures et Yassir Zenagui dans le tourisme, d’autres comme nos ministres et responsables le sont davantage.

Enquête de NPR : le projet de Tanger Tech City ne verra pas le jour avec Haite

/

La radio publique américaine NPR a publié ce mercredi sur son site une grande enquête signée Ruth Sherlock sur Tanger Tech City sous le titre : «la ville technologique marocaine financée par les chinois verra-t-elle le jour ? » Une telle sortie d’un tel organe de presse américain n’est pas anodine. NPR est un influent support financé par le gouvernement fédéral. Et en tant que radio non commerciale, elle est assujettie aux politiques et orientations publiques élaborées au cœur du pouvoir américain à Washington DC. Quant à la journaliste Ruth Sherlock qui a mené l’enquête, c’est une ancienne correspondante du Daily Telegraph pour les affaires internationales. Elle est surtout connue pour avoir couvert, sur le terrain, les événements qui ont accompagné le «Printemps arabe» en Égypte, en Libye et en Syrie.

Lire ici

La Chine fera-t-elle tomber Moulay Hafid Elalamy ?

Il a été le porte-flambeau de la nouvelle stratégie Chine-Maroc et son vœu ultime était de placer le Maroc au cœur du commerce trilatéral Chine-Europe-Afrique. Il a rêvé de la plus grande zone industrielle chinoise aux portes de Tanger Med et a voulu cueillir les yuhan à la pelle du programme OBOR. Mais le constat est criant : les relations commerciales entre les deux pays restent très faibles, l’apport en devise insignifiant et zéro emploi créé.

Lire ici

Jing Ning : Le Maroc a un marché haut de gamme qui peut accueillir les industries chinoises

/

En marge d’une conférence des experts préparatoire du 6ème sommet du Forum de coopération sino-africain (FOCAC), co-organisée, le mardi 6 mars à Rabat, par l’Institut Amadeus avec l’ambassade de Chine , le conseiller économique et commercial de la représentation diplomatique au Maroc, Jing Ning, a accordé à le1.ma une grande interview pour faire le point sur ce séminaire, les relations bilatérales entre les deux pays dans le cadre du partenariat stratégique, le rôle de la Chine en Afrique et bien d’autres questions.


Le1.ma : Monsieur Jing Ning, vous participez ce mardi 6 mars à la conférence préparatoire des experts en vue du prochain sixième sommet prévu l’automne prochain à Pékin. D’abord, pouvez-vous nous faire un bilan des précédents ?

Jing Ning : Je pense que les précédents sommets du FOCAC ont été très réussis et particulièrement celui tenu à Johannesburg en décembre 2015. A cette occasion, le gouvernement chinois avait annoncé 10 projets majeurs de plans de coopération avec des pays africains couvrant 10 secteurs clés, et nous sommes très heureux de voir ce type de coopération consolidé au cours des dernières décennies et surtout depuis l’an 2000 avec l’établissement du FOCAC.

Le1.ma : Quels sont ces secteurs clés auxquels vous avez fait allusion ?

Jing Ning : Nous parlons de l’industrie, des infrastructures, de la modernisation de l’agriculture, le commerce, la santé, le bien-être, la paix et la sécurité.

La Chine a formé 150 mille personnes issues de plusieurs pays africains

Le1.ma : Dans quelle mesure ces projets ont été réalisés ?

Jing Ning : Durant les deux dernières années, le gouvernement chinois en collaboration avec ses homologues africains ont coopéré pour la mise en œuvre de ces plans à l’occasion de la tenue du Sommet de Johannesbourg. J’ai eu quelques informations relevant des ministères chinois concernés par ces projets faisant état que tous les projets ont été menés à bien. Il faut dire que deux ans de coopération économique ne constituent pas une très longue période. Certains projets exigent beaucoup plus de temps pour discuter du mode et des détails mais vous savez que le gouvernement chinois fournit un grand soutien financier pour la coopération.

Le1.ma : Qu’en est-il de cette enveloppe financière ?

Jing Ning : Lors du sommet de Johannesburg, le gouvernement chinois avait annoncé le montant de 60 milliards de dollars américains de soutien financier. Certains projets ont bénéficié de cette enveloppe tels que le projet de chemins de fer reliant Addis Abeba à Djibouti ou bien le réseau ferroviaire reliant Mombassa à Nairobi au Kenya. Ce volet du réseau ferroviaire aidera les pays enclavés à avoir un accès plus facile aux ports pour leurs exportations. Aussi, la Chine a formé 150 milles personnes issues différents milieux pour les pays africains.

Le1.ma : Qu’en est-il des échanges économiques et commerciaux entre la Chine et l’Afrique ?

Jing Ning : En termes d’échanges commerciaux, je pense que la Chine est un marché ouvert au monde entier. De ce fait, les entreprises africaines auront davantage de partie à exporter vers la Chine.

Le1.ma : Quels types de produits l’Afrique pourrait exporter vers la Chine ?

Jing Ning : Des produits minéraux et d’agriculture, etc.

Le1.ma : Vous voulez dire des matières premières ?

Jing Ning : Pas uniquement des matières premières. Certaines autres traitées et exportées vers la Chine.

Le1.ma : Une sorte de plus value ?

Jing Ning : Oui, une valeur ajoutée à travers la coopération. On trouve également des produits agricoles et même certains produits électroniques fabriqués au Maroc ou bien en Afrique du Sud qui ont été exportés vers la Chine. Il ya également le textile et l’habillement. Vous savez, il ya certaines entreprises qui vendent du textile et de l’habillement à la Chine. En même temps, des pays africains achètent du textile et de l’habillement à la Chine. C’est mutuel et c’est un marché mondial.

On trouve des produits agricoles et même certains produits électroniques fabriqués au Maroc ou bien en Afrique du Sud qui ont été exportés vers la Chine

Le1.ma : En votre qualité d’expert, on relève que la Chine est passée par différentes périodes pour réaliser ses projets, comment vous analysez le modèle de développement en Afrique surtout que chaque pays a ses propres spécificités ? Est-ce que l’expérience chinoise peut être facilement dupliquée ?

Jing Ning : Je ne pense pas que le modèle chinois puisse être facilement dupliqué ou copié en Afrique ou ailleurs parce que chaque pays a sa propre civilisation, son propre environnement culturel (cultural background), ses propres ressources naturelles. Par conséquent, nous devrions respecter chaque pays. Je pense qu’en ce qui concerne la coopération, la Chine tire profit et apprend des pays africains et réciproquement pour les Africains qui apprennent de la culture et des entreprises chinoises. C’est vraiment une compréhension mutuelle. Nous tirons bénéfice les uns des autres. Par exemple, pour la main d’œuvre en Chine, certains experts ont déclaré aujourd’hui au cours du Forum que les chinois travaillent dur ; nous estimons que les travailleurs africains aussi travaillent dur pour rendre leur vie meilleure. C’est une force, et le sens commun des êtres humains est de coopérer et d’aider les uns les autres.

Le1.ma : Parfait, c’est très diplomatique de votre part mais pratiquement comment vous percevez les économies africaines et la main d’œuvre africaine, quelles sont les valeurs qui manquent aux économies de ce continent ?

Jing Ning : Jetons un coup d’œil sur la main d’œuvre marocaine. Je pense qu’elle est hautement efficace et en même temps je pense qu’avec le soutien de l’éducation et la formation professionnelle ainsi que le transfert des technologies, cette main d’œuvre ira de l’avant et aura plus d’élan pour s’adapter au processus de l’industrialisation. Cette situation a eu lieu en Chine il ya trente ans. L’organisation et l’industrialisation apporteront davantage d’opportunités pour les gens ordinaires afin d’accéder à l’enseignement supérieur pour acquérir la capacité d’exécuter un travail beaucoup plus compliqué et d’être connectés au monde, ce qui apportera aussi un développement économique.

La Chine abritera la foire internationale d’import-export à Shanghai du 5 au 10 novembre prochain. Nous coopérons pour cela avec le ministère marocain de l’industrie, la CGEM et l’AMDIE.

Le1.ma : Vous avez pris part aujourd’hui à ce Forum (non ouvert aux médias, ndlr). Que pouvez-vous nous dire sur les grands thèmes débattus et qu’est-ce que vous en avez retenu ?

Jing Ning : Je pense que la principale chose est d’écouter les voix des experts, des universitaires et des Think Tanks marocains et africains. Nous sommes venus écouter les propositions et les conseils pour savoir ce que nous devrions faire afin de promouvoir davantage la coopération entre la Chine et les pays africains. J’ai beaucoup profité aujourd’hui des discours, des dialogues et des questions-réponses.

Le1.ma : Quelles sont les idées phares qui ont retenu votre attention ?

Jing Ning : Je peux citer par exemple la coopération en matière de capacité de construction (capacity building) entre la Chine et les pays africains. Il s’agit-là d’un secteur clé pour la Chine au cours de ces dernières décennies que de coopérer avec les pays africains. On voit de nombreux responsables et personnels se rendre en Chine pour assister à des séminaires ou recevoir une formation. Certains experts chinois visitent également le continent pour échanger les idées et les points de vue dans le but d’améliorer la manière de mettre en œuvre la coopération. Il ya également un point très révélateur : certains experts ont déclaré que nous devions essayer de forger un nouveau mécanisme pour exporter les produits africains vers la Chine. Vous savez que la Chine dispose d’un très grand marché. Je peux vous signaler à cet égard que notre pays abritera la foire internationale d’import-export à Shanghai du 5 au 10 novembre prochain. Nous essayons d’avoir une coopération avec le ministère marocain de l’industrie, la CGEM et l’agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) pour promouvoir cet événement. J’espère que les entreprises africaines pourront prendre part à cette foire et essayer d’exporter plus de produits vers la Chine.

Le Maroc a un marché haut de gamme qui peut accueillir les industries chinoises. De plus, le royaume offre également un excellent environnement pour attirer les investissements.

Le1.ma : Est-il facile de démarcher le marché chinois ? Et avec quels de produits ?

Jing Ning : La Chine est très ouverte avec un marché très libre et concurrentiel. Et chaque investisseur devra disposer de sa propre stratégie.

Le1.ma : Quels conseils pourriez-vous donner à la communauté d’affaires africaine ?

Jing Ning : Je pense qu’il faudra étudier le marché chinois et trouver la voie pour la promotion de vos produits et services ciblant la clientèle chinoise. Prenons l’exemple des fruits au Maroc, certains d’entre eux peuvent facilement être exportés vers la Chine.

Le1.ma : Au sujet des relations sino-marocaines, vous êtes en poste à Rabat depuis 5 ans, quel bilan faites vous des relations économiques entre les deux pays ?

Jing Ning : Je pense que les relations économiques et commerciales entre la Chine et le Maroc vont connaître plus d’élan et de dynamisme particulièrement après la visite du Roi Mohammed VI à Pékin. Nous avons signé un accord de coopération pour la route de la soie au mois de novembre 2017. Je pense que ce type de coopération envoie un message clair et fort aux cercles d’affaires, selon lequel les deux pays ont davantage de liens d’affaires qui les unissent et que leurs gouvernements respectifs appuient et soutiennent l’installation des entreprises. Je vois aussi que le Maroc a un marché haut de gamme qui peut accueillir les industries chinoises. De plus, le royaume offre également un excellent environnement pour attirer les investissements.

Le1.ma : Comment jugez-vous le climat des affaires au Maroc pour attirer les investisseurs étrangers et particulièrement chinois ?

Jing Ning : Comme je viens de le dire, le Maroc offre un très bon environnement pour attirer les investissements. Cet environnement s’améliore de plus en plus avec le renforcement de la loi, et les services à l’échelle des autorités locales sont en train de s’améliorer. Je recommande fortement aux entreprises chinoises d’apporter plus de technologie en rapport avec l’industrie au Maroc. Mais en même temps, j’espère que les services au profit des petites et moyennes entreprises s’amélioreront.

Plus de 30 entreprises chinoises opérent actuellement au Maroc principalement dans le BTP, l’industrie du plastique et la pêche

Le1.ma : Avez-vous une idée sur le volume global des investissements chinois au Maroc ?

Jing Ning : En fait, les entreprises chinoises sont à un stade précoce dans leur investissement au Maroc , mais jusqu’à 2016 le montant était autour de cent million de dollars américains en stocks, et elles ont investi pour près de 100 millions de dollars.

Le1.ma : Quel est le nombre des entreprises chinoises implantées au Maroc et leur domaine d’activités ?

Jing Ning : Elles sont plus de 30 entreprises de grandes et moyennes tailles opérant dans l’infrastructure, l’industrie du plastique, de la pêche, alors que d’autres entreprises vont investir dans la construction automobile et les pièces détachées. Elles sont en train de construire leurs usines dans la zone franche de Kénitra telle que l’équipementier Xiezhong Nanjing. Sans oublier les centaines d’hommes d’affaires qui font du commerce.

Le1.ma : Qu’en est-il du projet de la ville intelligente «Cité Mohammed VI Tanger-Tech» ?

Jing Ning : On s’attend à des progrès pour la réalisation de ce projet mais je ne dispose pas de beaucoup d’informations sur ce dossier. Il s’agit d’un très grand projet stratégique et nous espérons que les entreprises chinoises pourront y participer.

Nous devons d’abord commencer par renforcer la compréhension réciproque et essayer de pousser vers l’avant la coopération économique, commerciale et dans d’autres secteurs.

Le1.ma : On parle d’un projet très prometteur à même de générer 100 000 emplois ?

Jing Ning : Oui, et j’espère que les entreprises chinoises y seront associées et qu’elles discuteront avec nos partenaires marocains mais là aussi, je ne dispose pas de beaucoup d’informations.

Le1.ma : Dans le cadre de leur partenariat stratégique, que peuvent faire le Maroc et la Chine en faveur de l’Afrique ?

Jing Ning : Comme vous le savez, la Chine et le Maroc sont des partenaires stratégiques. Par conséquent, nous devons d’abord commencer par renforcer la compréhension réciproque et essayer de pousser vers l’avant la coopération économique, commerciale et dans d’autres secteurs. En même temps, nous sommes ouverts pour accueillir toute idée de coopération avec le Maroc à destination des pays africains. Je pense que les entreprises chinoises sont prêtes. A titre d’exemple, à Ouarzazate, les entreprises chinoises coopèrent déjà aux côtés de compagnies saoudiennes et espagnoles dans le projet de la centrale solaire Noor de MASEN.

Le1.ma : Que pouvez-vous nous dire sur le prochain sommet du FOCAC ?

Jing Ning : Je pense que le prochain sommet couvrira toutes les questions importantes d’ordre politique, économique et de développement social. Tous les aspects liés aux relations sino-africaines seront débattus.

Le1.ma : Egalement les questions de la paix et de la sécurité ?

Jing Ning : Tout à fait.

Le1ma : Qu’avez- vous concrètement tiré de cette conférence aujourd’hui ?

Jing Ning : Je n’ai pas vraiment tiré une conclusion finale mais les experts et les Think Tanks ayant participé à cette conférence ont passé au crible la coopération sino-africaine. Nous pouvons aussi apprendre des choses des apports des gouvernements, notamment en tant que forces de proposition.

Le1.ma : Qu’en est-il du secteur privé ?

Jing Ning : Le séminaire d’aujourd’hui est académique. Nous avons voulu écouter les Think tanks, les universitaires et les chercheurs. En même temps, notre ambassade et notre délégation ont rencontré leurs homologues marocains. Par exemple, au début de février, le vice-ministre chinois du commerce a visité le Maroc et a eu une réunion avec le ministère de l’industrie et du commerce marocain sur la coopération entre nos deux pays. Ils ont échangé les idées quant à la manière de consolider les relations économiques et commerciales. Il a également rencontré la présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc pour écouter les propositions du secteur privé. Ce sont les échanges d’idées à plusieurs niveaux qui nous aideront à réfléchir sur la coopération à l’avenir.

#M6TangerTech V2, entre pragmatisme de Othman Benjelloun, prudence de Moulay Hafid Elalamy et fébrilité de Ilyas El Omari

/

Othman Benjelloun croit en la Chine et tient à renforcer le partenariat de son groupe et du Maroc avec l’Empire du Milieu. La cité Mohammed VI Tanger-Tech, projet du siècle, est une opportunité immanquable par laquelle le gentleman de la finance marocaine compte couronner sa longue carrière. Sa réaction surprise et preste suite à la publication d’une enquête de nos confrères de LeDesk, n’a d’égale que la dimension de sa volonté de voir se réaliser ce projet et honorer son engagement public envers le Roi.

L’énergie remarquable qui anime le président de 86 ans se voit brider par un appareil étatique décrédibilisé, lent et populiste. Le contraste était encore plus flagrant, lors de la conférence de presse organisée par la BMCE à laquelle j’ai été convié. La sagesse, l’espoir, l’assurance et l’ambition d’Othman Benjelloun et de son poulain Moulay Hafid Elalamy, devaient cohabiter avec le fiasco, l’incompétence et le populisme de Ilyas El Omari.

Alors que Benjelloun et Elalamy défendaient la théorie optimiste du verre à moitié plein, le secrétaire général du PAM donnait l’impression de broyer du noir montrant les limites de son pouvoir d’influence et de sa vision économique et sociale pour le pays.

Moulay Hafid Elalamy, entre opportunisme et efficacité

Moulay Hafid Elalamy, qui en passant, regrette la liberté qu’il avait dans le secteur privé, semble avoir fait le tour sur l’offre et les capacités industrielles du Maroc. Il semble aussi avoir tiré les conclusions nécessaires sur l’expérience de Kenitra et les autres projets similaires. Il plaide aujourd’hui, publiquement, pour : 1) Une approche plus pragmatique des micro-zones industrielles aux périphéries des villes (ce qui me rappelle personnellement les zones de Ain Sebaa et Bernoussi durant mon enfance) pour connecter les opérateurs à l’infrastructure urbaine, routes et logements etc. 2) Des cités industrielles intégrées. Pour cette option, il semble avoir une idée arrêtée : commencer par le plus difficile et le moins rentable pour l’investisseur et l’activité industrielle.

Personnellement, l’idée m’a séduite, sauf que je sens une certaine volonté du ministre d’améliorer son tracking record, pointé du doigt ces derniers mois sur le R.O.I de sa stratégie, surtout en termes de création d’emplois. Sa nouvelle approche pour la qualification et la formation, nouvelle offre marketing de son ministère et du secrétariat d’Etat à l’investissement, impactent également le projet de la Cité Tanger Tech. Interviewé par sa propre chaîne digitale «Horizon», Moulay Hafid Elalamy défend une nouvelle stratégie de formation basée sur le recensement des besoins, une sorte d’ingénierie de formation, chère aux RH, appliquée au niveau pays.

Toutefois, cette «mue» ou «maturité» de la vision du ministre, a été très visible lors de la (re)présentation du projet #M6TangerTech. MHE a désiré, semble-t-il, présenter aux médias une 2ème version de la cité, voulue plus pragmatique et plus réaliste avec un impact plus précis sur l’emploi des jeunes de la région du nord du Royaume. Moulay Hafid, comme l’interpelait familièrement Fahd Yata lors de cette conférence, a gommé d’un trait ce qu’il considérait comme superflu, et s’est recentré sur l’accélération industrielle. La mosquée moins imposante, le cadre de vie, l’écologie, les nouvelles technologies ont été malheureusement sacrifiés au profit de la rentabilité et de l’investissement industriel.

Libérez les énergies de l’emprise de l’échec

Le couple Benjelloun/Elalamy a démontré sa volonté de leader le projet #M6TangerTech, en donnant de l’espoir et en transmettant de l’assurance, tout en se positionnant en tant que responsable de l’AMOA du projet, dans un contexte politique difficile et une situation sociale explosive dans le Rif. Prudents, les deux hommes ont évité d’avancer des chiffres précis sur les délais de réalisation du projet et sur le tour de table ainsi que sur le business plan de la société d’aménagement de la cité, très probablement pour éviter les pièges d’annonces non réalisables, face à une presse de plus en plus regardante, virale et influente.

Sauf que la cohésion de l’équipe de projet a fait défaut quand le président de la région du Nord a commencé à donner des détails sur l’apport de cette dernière. Une intervention que Ilyas El Omari aurait dû éviter, car en 2 minutes chrono il a entaché tout le processus :

  1.   En déclarant que sa présence dans le tour de table de la société d’aménagement était d’avoir une option de «blocage». Ce qui ne va pas manquer de rendre les chinois encore plus fébriles sur la collaboration avec la région. Une déclaration qui dévoile l’incompétence de Ilyas dans l’administration des entreprises car, à 5%, il est minoritaire et complètement dilué;
  2.    En tant qu’administrateur public, ordonnateur et élu local, Ilyas a manqué l’occasion de défendre le citoyen marocain. Au lieu de garantir des conditions de rémunération avantageuses des futurs employés des «usines» de la cité, il s’est perdu dans une rhétorique où il était fervent défenseur d’une pression vers le bas des salaires;
  3.       En s’essayant à l’humour, l’anecdote de Ilyas au sujet de Mao et sur laquelle la conférence a pris fin, résume l’abîme qui le sépare de Othman Benjelloun : « Othman Benjelloun a vu et rencontré Mao et moi je n’ai fait que contempler ses photos dans les posters.»

Suis-je sorti rassuré de la conférence de presse, sur l’avenir de la cité Mohammed VI Tanger-Tech ? Après une réflexion de 48 heures, pas vraiment.

Toutefois, si la situation dans le Rif s’améliore, et si le projet s’émancipe du jeu politique, l’engagement de Othman Benjelloun pourrait garantir au moins l’installation de la société d’aménagement et les débuts des travaux de viabilisation. D’ailleurs Moulay Hafid Elalamy a rappelé que #M6TangerTech était une initiative privé-privé ce qui, en principe, devrait faciliter le processus et non le retarder.

Nawfal Laarabi

Cité Mohammed VI Tanger Tech, mobilisation sans réserve de BMCE Bank of Africa et détermination réitérée des partenaires chinois

En mars dernier, LE1.ma s’interrogeait sur les tenants d’un article de la plateforme Quartz, où l’auteur d’un article publié à l’occasion glissait un commentaire «envenimé» de Deborah Brautigam, directrice du “The China Africa Research Initiative” affilié à l’université John Hopkins dans lequel la Cassandre américaine prédisait la non réalisation du projet Cité Mohammed VI Tanger Tech et, au mieux, une lenteur de réalisation. L’importance géostratégique d’un tel projet d’envergure, pour l’Afrique, l’Europe et même les Etats-Unis a suscité beaucoup de remous et de commentaires dans les milieux médiatiques intéressés jusqu’à faire douter, au Maroc aussi, et jusqu’à ces derniers temps, la faisabilité de ce projet titanesque.

L’engagement de plusieurs autorités nationales et territoriales sont autant de gages de la réussite future, de la réalisation et du sérieux garanti de la mise en œuvre du projet

Pour faire taire ces soupçons ou, au moins, rassurer les investisseurs, les opérateurs économiques et l’opinion publique, Othmane Benjelloun, Président de BMCE Bank of Africa, a tenu a publier une déclaration –dont LE.ma dispose d’une copie- dans laquelle il précise le rôle du groupe dans le projet de la Cité Mohammed VI Tanger Tech. On y apprend que BMCE Bank of Africa participe à ce projet d’envergure au titre de «banquier, d’assureur, et de promoteur des investissements prévus d’y être opérés.»

Le projet d’envergure inédite «dans les annales économiques du Royaume», regroupe une cité industrielle moderne, futuriste, écologique, connectée aux nouvelles et futures technologies, et une Cité résidentielle prévoyant pour ses habitants, un mode de vie sain autant que productif.

Othmane Benjelloun explique dans sa mise au point que la Cité devrait accueillir plus de 200 entreprises chinoises et ainsi, permettre d’employer dans le secteur industriel, de l’Habitat, de la Santé et de l’Éducation, plus de 200 000 personnes dans les 10 ans à venir, et que «2000 ha de terrain sont identifiés et en cours de et en cours de cession par l’État aux promoteurs Sino-Marocains.»

Cette réalisation futuriste impliquera un investissement colossal de l’ordre de 10 à 11 Milliards de dollars, soit plus de 105 Milliards de dirhams.

Selon le Président de BMCE Bank of Africa, «la mise en œuvre de ce projet est en bonne voie», tient-il à affirmer solennellement

Toutes ces données, en plus de l’appui personnel du souverain, «sont autant de gages de la réussite future de sa réalisation et du sérieux garanti de sa mise en œuvre», de plus de l’engagement de plusieurs autorités nationales et territoriales, au même titre que deux grands groupes privés.

Le projet, dont les travaux devraient débuter au courant du second semestre 2017, engage «sans réserve» la mobilisation du groupe BMCE Bank of Africa, et la «détermination des partenaires chinois est régulièrement réitérée

Abdellah El Hattach

« Villes Nouvelles » ou la problématique sémantique

«Cette future mégapole marocaine apparaît comme l’un des plus grands projets africains de la décennie». Ainsi a qualifié LeFigaro, le projet de construction de la cité industrielle “Mohammed VI Tanger Tech”. Devant l’importance économique, sociale et géopolitique de cet évènement, il a fallu de peu pour en réduire l’importance, lorsque la télévision officielle et quelques médias répétaient à tue tête le qualificatif de “ville nouvelle” “Almadina Aljadida” à ce grand et exceptionnel projet. Et pour cause, les marocains ont une expérience récente douloureuse avec les projets des villes nouvelles dont la réalisation a fait déchanter aussi bien les responsables que les citoyens lorsqu’elles se sont  transformées en villes fantômes ou, au mieux, dortoirs. Un véritable fiasco financier, immobilier et médiatique pointé du doigt par les médias et la Cour des comptes.

Écocité, Cité industrielle, Mégapole, Zone, Ville intelligente mais surtout pas “ville nouvelle”

La dégradation de l’image des projets des “villes nouvelles”, a poussé les autres projets en cours de réalisation à revoir leur stratégie de communication, la société d’aménagement de Zenata en est un exemple. En effet, bousculée par l’installation du magasin Ikea, l’aménageur de la “nouvelle ville” de Zenata,  -qui après 11 ans d’existence, peine encore à sortir de terre- a lancé une énième campagne de communication où ont été banni les mots clés “ville nouvelle” et  “CDG” tout en se concentrant sur sa vocation principale : une cité écologique intelligente trait-d’union entre Casablanca et Mohammedia, dans l’espoir d’éviter à ses futurs clients les déboires de Tamansourt, Tamesna et Badis.

«Le déficit d’image des villes nouvelles implique un déficit réel», avait rapporté Huffington post le lendemain de la publication de la cour des comptes d’un rapport très critique envers la stratégie et la gestion de Tamesna , , «La presse n’est pourtant pas convaincue de cette volonté d’aller de l’avant et dresse toujours un état des lieux sombre de la situation. » Les villes nouvelles, une expérience ratée?« , s’interrogeait L’Economiste. « Ville nouvelle d’Errahma, massacre urbanistique à grande échelle« , dénonce le quotidien Les inspirations éco. « Tamesna, un idéal devenu calvaire« , titre pour sa part TelQuel.”

Ce déficit d’image relayé par la presse provient malheureusement de problèmes réels et sérieux de gestion de projet, de choix urbanistiques, de dynamiques économiques et de qualité contestée de construction .

Nous sommes attendus au tournant

Le 13 juin 2016 quand la presse officielle chinoise avait annoncé le déplacement d’une délégation du Groupe HAITE, rapportant l’information du site d’information marocain Médias24, qui avait révélé les détails du projet de la ville industrielle, la nouvelle avait fait le tour des rédactions de la planète. Et parmi les articles qui nous avait interpellés celui publié par célèbre site d’information Quartz, où le journaliste a fait glisser entre les lignes un commentaire «envenimé» de Deborah Brautigam, directrice du “ The China Africa Research Initiative” affilié à l’université John Hopkins.

La Cassandre américaine prédisait la non réalisation du projet et, au mieux, une lenteur de réalisation: «Si les entreprises chinoises construisent et financent cette infrastructure, tout est bon pour le Maroc. Mais il y a des chances que ça ne se produise pas. Quand des accords provisoires comme celui-ci vont de l’avant, ils ont tendance à progresser très lentement.»

Pour dire l’importance géostratégique d’un tel projet d’envergure, pour l’Afrique, l’Europe et même les Etats-Unis.

Cité Mohammed VI Tanger Tech, un projet réfléchi et mature

Tout porte à croire que le Royaume a bien appris des expériences passées dans la constructions des villes nouvelles, rien à qu’à jeter un coup d’oeil sur le projet de la cité industrielle Mohammed VI Tanger Tech pour s’en assurer :

  1. Une nouvelle cité a besoin de temps
    • Le projet a pris le temps de mûrir, entre la visite royale en Chine en mai 2016 et la signature du protocole de création de la cité Mohammed VI Tanger-Tech le lundi 20 mars 2017 : temps nécessaire aux équipes de Moulay Hafid Elalamy -réputé pour être diligent et rapidement opérationnel- et ceux du Groupe HAITE de ficeler les détails du projet et de son financement.
  2. Une nouvelle cité a besoin d’une vocation
    • La vocation de la Cité Mohammed VI Tanger-Tech est toute faite, une cité industrielle qui densifiera le tissu industriel d’une région qui accueille déjà le groupe Renault, et la chaîne de sous-traitance de Boeing.
  3. Une nouvelle cité a besoin d’un investissement important dans les infrastructures et les équipements
    • 1 milliard de dollars par le Groupe HAITE et 10 milliards par les 200 entreprises chinoises qui s’installeront dans  Cité Mohammed VI Tanger-Tech sont les budgets annoncés, représentant le plus grand investissement de la Chine jamais réalisé en Afrique.

L’expérience chinoise dans le développement des infrastructures prisée par Israël et le CCG

Comme l’avait rapporté le1.ma, les visites historiques “synchronisées” en Chine du Roi Salmane d’Arabie Saoudite et de Benjamin Nettanyahu, qui ont été conclues par la signature d’un partenariat stratégique Sino-saoudien, avec à la clé des contrats de plus de 65 Milliards de dollars, et des pluies d’accords entre la plus grande délégation d’homme d’affaires qui ait accompagné un premier ministre israélien et les grands groupes chinois.

Le point nodal de ces visites est la forte demande des pays du CCG ainsi que d’Israël de partager le savoir-faire chinois dans le développement des infrastructures afin de promouvoir le développement économique et la paix au Moyen-Orient.

 

Nawfal LAARABI

Le chinois Haite et BMCE construitront la Cité Mohammed VI Tanger Tech

Le Roi Mohammed VI  a présidé, lundi au Palais Marchane à Tanger, la cérémonie de présentation du projet de création de la ville nouvelle «Cité Mohammed VI Tanger Tech»  portée par la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, le Groupe chinois HAITE et BMCE Bank.

Annoncée lors de la visite du Roi Mohammed VI en chine le 11 mai 2016, la construction de la  » Cité Mohammed VI Tanger Tech » prend forme aujourd’hui par une présentation détaillée du projet en termes financier, économique et architecturale ainsi que par la signature du protocole d’accord relatif à la création de cette nouvelle ville économiquement intégrée à Tanger.

Le Palais de Marchane qui a accueilli la cérémonie de ce partenariat sino-marocain avait vu en septembre 2016 le lancement de l’écosystème industriel aéronautique en partenariat avec Boeing. Les observateurs y voient un signal fort du souverain quant à sa politique volontariste de diversifier les partenariats économiques avec plusieurs pays, aussi bien avec les partenaires historiques que ceux renforcés par les visites du Roi notamment en Russie, en Inde et dans les pays d’Afrique australe et de l’est.

La « Cité Mohammed VI Tanger Tech » en chiffres

La nouvelle « Cité Mohammed VI Tanger Tech » s’inscrit dans le cadre du Plan d’accélération industrielle 2014-2020, insufflée par le Roi du Maroc. La nouvelle ville intelligente internationale, développée sur 2.000 hectares et sur une période de 10 ans couvre un investissement total de 1 milliard de dollars.

Ce nouveau projet consiste à construire un pôle économique capable de générer 100.000 emplois, dont un minimum de 90.000 emplois bénéficiera aux habitants de la région de Tanger. Ce projet va impliquer l’installation de 200 sociétés chinoises opérant dans la fabrication automobile, l’industrie aéronautique, les pièces de rechange d’aviation, l’information électronique, les textiles et la fabrication mécanique. L’investissement total des entreprises dans la zone après dix ans atteindra 10 milliards de dollars.

Ont pris part à la cérémonie de signature du protocole d’accord relatif à ce projet, Li Biao, résident du groupe HAITE, Mohamed Hassad, ministre de l’Intérieur, Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique, Mohamed Yacoubi, wali de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Ilyas El Omari, Président de la région et Othmane Benjelloun, Président de BMCE of Africa.

Nawfal Laarabi