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Ryad Mezzour

Nomination d’Al-Amine Nejjar à Al Barid Bank, l’Istiqlal place ses hommes

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Al-Amine Nejjar, Vice-Président de l’Alliance des Économistes Istiqlaliens et conseiller de Ryad Mezzour, ministre star du parti de Nizar Baraka, a officiellement pris ses nouvelles fonctions, ce lundi 2 janvier 2023, en tant que président du directoire d’Al Barid Bank. Indépendamment des compétences professionnelles de M. Nejjar et son parcours d’ancien banquier à Wafabank et au CIH, la question est de savoir si nous avons affaire à une nomination politique.

Le Conseil de Surveillance d’Al Barid Bank (ABB), filiale de Barid Al-Maghrib, s’est réuni le 30 novembre 2022 pour remplacer le président du directoire de la banque postale, nommé à peine un mois plus tôt.

M’Hamed El Moussaoui, installé tout juste le 3 octobre 2022 à la tête d’Al Barid Bank, a cédé sa place au conseiller du ministre de l’Industrie et du Commerce, Al-Amine Nejjar.

M. El Moussaoui occupait- et occuperait toujours – le poste de Directeur Général et sa nomination semble avoir servi à accélérer le départ de l’indéboulonnable et ancien homme fort de la jeune banque, Redouane Najm-Eddine.

Ce dernier soutenu par le président de Barid Al-Maghrib, Amin Bendjelloun Touimi, avait subit les foudres de Mohamed Benchaâboun. L’ancien ministre des finances avait même inscrit la sortie d’Al Barid Bank du giron de Poste Maroc dans le PLF 2022.

Le transfert à l’État du capital d’Al Barid bank aurait constitué un coup dur pour Barid Al-Maghrib. La part des services bancaires dans le chiffre d’affaires du groupe dépasse le taux de 60%. Dans une déclaration à E&E dans son édition de juillet 2021, le Wali de la banque centrale, Abdellatif Jouahri, semblait être opposé à la décision de Benchaâboun. «Ni l’une ni l’autre [ABB ou Barid Al Maghrib] n’a de raison de changer les relations structurelles qui les unissent. Car tout le monde va y perdre que ce soit Barid Al Maghrib ou Al Barid Bank» a-t-il alerté.

Benchaâboun avait comme objectif de créer un pôle financier public fort, fruit d’une restructuration du portefeuille de participations de l’État et le rapprochement entre établissements financiers et bancaires publics.

Le projet Benchaâboun s’inscrivait dans la volonté du Royaume de se doter d’une structure à la française, qui incarne l’État actionnaire. Lequel projet a été l’un des derniers chantiers que l’ancien ministre des finances a délivré avant la fin du mandat du gouvernement El Otmani.

Ainsi, juste avant les élections 2021, la loi n° 82-20 portant création de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État et suivi des performances des établissements et entreprises publics -ANGSPE- est publiée sur le Bulletin Officiel.

Il fallait attendre le 12 décembre dernier, soit plus de dix-huit mois après la publication de la loi n° 82-20, pour l’annonce du démarrage effectif de l’ANGSPE par la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah. Il est à rappeler que son Directeur Général, Abdellatif Zaghnoun, a été nommé par le Roi Mohammed VI le 14 juillet 2022. Tandis que les cinq représentants de l’Etat au sein du Conseil d’administration de l’agence ont été désigné le 1 décembre, lors du Conseil du gouvernement présidé par Aziz Akhannouch.

Lesquels représentants de l’Etat sont :

  1. Directrice du Trésor et des finances extérieures;
  2. Directeur général des collectivités territoriales;
  3. Secrétaire général du ministère de la transition énergétique et du développement durable;
  4. Secrétaire général du ministère de l’équipement et de l’eau;
  5. Secrétaire général du ministère l’agriculture, de la pêche, du développement rural, des eaux et forêts.

Al-Amine Nejjar à Al Barid Bank, une nomination politique ?

Tous les observateurs avisés s’accordent à dire que nous sommes à la veille du «big shift», ce changement tant attendu des dirigeants et responsables des administrations et autres organisations clés du royaume.

Le processus a été amorcé avec le changement de la doctrine de l’Etat observée lors de la nomination de deux pontes du ministère de l’Intérieur à la tête de structures historiquement sous l’influence des cercles du pouvoirs économiques.

En effet, la nomination de Nourredine Boutayeb, ancienne cheville ouvrière du ministère de l’Intérieur, en remplacement de Tariq Sijilmassi, un commis de l’Etat, de père en fils, constitue le plus grand séisme qu’a connu le monde des affaires national durant cette décennie.

Le choix de Nourredine Boutayeb pour diriger le Crédit Agricole du Maroc, la banque du monde rural, et de Khalid Safir pour piloter la CDG semble s’inscrire dans la stratégie de l’Etat d’optimiser ses ressources et d’orienter ses investissements dans des secteurs devenus par la force des choses, des secteurs d’importance vitale relevant de la sécurité nationale du pays.

La pandémie et la guerre en Ukraine ont entraîné des crises alimentaires et énergétiques dans le monde entier. Chaque stratégie et chaque dirham investi devront désormais prendre en compte les risques et les menaces de la conjoncture internationale. Qui d’autre que des dirigeants rompus aux problématiques de marketing territorial, de développement humain et de paix sociale sont à même de relever le défi ?

Par ailleurs, il est a rappelé que le Chef du Gouvernement a échoué à plusieurs reprises à faire aboutir ses tentatives de nomination de secrétaires d’état. Selon certaines sources médiatiques, la raison de ces échecs serait la pression du parti de l’Istiqlal sur Akhannouch. Le parti de la Balance se considère lésé quant à la distribution de portefeuilles entre les trois formations politiques de la majorité gouvernementale.

Nizar Baraka lui même serait sous les feux des critiques de son parti au sujet des nominations. Il serait tiraillé entre ses fidèles et les visés hégémoniques du puissant clan Ouled Errachid, qui contrôle aussi bien le bureau politique que le bras syndical du parti.

La propulsion d’Al Amine Nejjar, connu pour son obédience à Nizar Baraka, pourrait s’inscrire dans la volonté du parti de l’Istiqlal de placer et récompenser ses cadres. Au moment où les rumeurs concernant un probable remaniement ministériel s’intensifient.

Al Amine Nejjar (55 ans), ancien banquier et vice-Président de l’Alliance des Économistes Istiqlaliens aurait été dans les petits papiers de Baraka au moment de la constitution du gouvernement Akhannouch. Certaines informations disent qu’il le voulait pour le poste de ministre de l’Industrie et du Commerce. A défaut, M. Nejjar a pantouflé dans ce même ministère, en sa qualité de conseiller de celui qui a succédé à Mly Hafid Elalamy, Ryad Mezzour.

Le 1er février 2010, Al Amine Nejjar claque la porte du CIH après un désaccord avec Ahmed Rahhou, fraichement nommé cinq mois plus tôt. Ce dernier avait décidé de séparer le pôle immobilier de la banque de détail. Une décision qui réduisait drastiquement le périmètre d’action de M. Nejjar qui occupait le poste de directeur général adjoint en charge de la banque de détail et de l’immobilier. Il avait rejoint le CIH en mars 2005.

Al Amine Nejjar est diplômé en économie de l’Université de Montpellier I en 1990. Il est également titulaire d’un diplôme de 3ème cycle en Gestion des Entreprises dans les pays en développement de Paris Dauphine.

Il entame sa carrière professionnelle en intégrant le groupe Wafabank en 1991, qui était alors contrôlée par la famille Kettani, en tant que Directeur d’Agence puis en tant que Chargé de mission auprès de la Direction du réseau, en 1993.

En 1998, il est promu Directeur Régional de la Région Centre. Il assumera la fonction de Président du directoire de la filiale Wafa Immobilier de 2001 à 2004.

M. Nejjar ne survivra pas à la fusion BCM-Wafabank, il passera une année en tant que Directeur du réseau Casa-Nord d’Attijariwafa bank pour rejoindre le CIH, alors fraichement dirigée par l’USFPiste Khalid Alioua.

En 2007, il rejoint officiellement le parti de l’Istiqlal. Il faisait partie de cette vague de cadres, hauts fonctionnaire et chefs d’entreprises qui se sont intéressés à la politique à la veille des élections de 2009, animées par l’arrivée du PAM, à l’image de Moncef Belkhayat, Saïd Sekkat, Amyn Alami et Ahmed Chami.

Après le CIH, M. Nejjar disparait des radars et refais surface en 2018 en tant qu’associé d’un très discret cabinet conseil CCIP dont on retrouve pas de trace au registre de commerce de Casablanca. En 2021, il prend la parole dans les médias pour défendre le programme électoral de son parti.

Outre le caractère politique qui pourrait caractériser la nomination d’Al Amine Nejjar à la tête du directoire Al Barid Bank, ce dernier a bénéficié de soutiens décisifs. Le premier est bien évidement celui de son collègue de l’Istiqlal et son «boss», Ryad Mezzour, le ministre de l’Industrie et du Commerce. Le second est celui du président du Conseil de surveillance de la banque postale, Amin Bendjelloun Touimi.

En effet, le Conseil de Surveillance d’Al Barid Bank, filiale de Barid Al-Maghrib, compte 9 membres dont un mandat pour le Ministre de l’Industrie et du Commerce, 4 mandats pour le groupe Barid Al-Maghrib, un mandat pour la caisse de dépôt et de gestion, 2 mandats représentants l’Etat, notamment le Ministère de l’Économie et des Finances et un mandat pour un administrateur indépendant :

  • Monsieur Ahmed Amin BENDJELLOUN TOUIMI – Président ;
  • Caisse de dépôt et de gestion, représentée par Madame Latifa ECHIHABI – membre ;
  • BARID AL MAGHRIB, représentée par Monsieur Ahmed Amin BENDJELLOUN TOUIMI – membre ;
  • Monsieur Ryad MEZZOUR – membre ;
  • Monsieur Abderrahmane SEMMAR – membre ;
  • Monsieur Aziz ALOUANE – membre ;
  • Monsieur Adnane MOUDDEN – membre ;
  • Monsieur Jamal LEMRIDI – membre ;
  • Monsieur Ahmed LAHBABI – membre.

Si le soutien de Ryad Mezzour est trivial, celui de Ahmed Amin Bendjelloun Touimi est à chercher du parcours professionnel des deux hommes du temps de Wafabank.

MM. Nejjar et Bendjelloun Touimi ont rejoint la banque de Moulay Ali Kettani à une année d’intervalle. Le premier en 1991, le second en 1990. Aussi, quand l’un dirigeait Wafa immobilier, l’autre était-il à la tête d’une autre filiale, Wafasalaf.

Après la fusion BCM-Wafabank, Amin Bendjelloun Touimi sera nommé Responsable des Ressources Humaines du Groupe d’Attijariwafa bank. Un poste qui lui permettra de gérer le départ d’Al Amine Nejjar au CIH.

Al-Barid bank, un cadeau empoisonné ?

Au delà du soutien politique dont jouit pour le moment Al Amine Nejjar, la mission de ce dernier à la tête de la banque postale n’est pas de tout repos.

Sur le plan de gouvernance, les véritables patrons du président du directoire de Al Barid Bank ne sont ni Ryad Mezzour ni, Amin Bendjelloun Touimi.

D’une part, ABB est sous la coupole de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État. Laquelle institution est sous la tutelle de la ministre des Finance, la RNIste Nadia Fettah et dirigée par l’ancien patron de la CDG, le très indépendant Abdellatif Zaghnoun.

D’autre part, le ministère de l’Industrie du Commerce et de l’Industrie n’ayant plus l’investissement dans son périmètre, Al Barid Bank devrait naturellement passer sous la houlette du vice-ministre de facto du gouvernement, Mohcine Jazouli, Ministre délégué chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’évaluation des Politiques publiques.

Sur le plan opérationnel, la difficulté est certaine. Créée le 8 juin 2010 pour autonomiser les activités financières de Barid Al Maghrib face à l’érosion des revenus des services postaux, Al Barid Bank a hérité des dysfonctionnements historiques de la poste.

La mise à niveau de la jeune banque est un chantier des plus compliqués. Il faudrait une révolution à la Ahmed Rahhou au CIH, pour espérer suivre un secteur bancaire marocain de plus en plus moderne, sophistiqué, agile et digitalisé.

Au vu des rapports conflictuels entre Mezzour et Jazouli, l’avenir incertain de Bendjelloun Touimi à la tête de Barid Al Maghrib et la complexité de l’environnement de l’ABB, Al Amine Nejjar n’aura sans doute pas le loisir de naviguer sur un long fleuve tranquille.

La guéguerre Mezzour-Seddiki menace le projet de la gigafactory de batteries électriques

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Les bisbilles entre Ryad Mezzour d’une part, Mohcine Jazouli et Ali Seddiki d’autre part pourraient coûter très cher au Maroc. L’annonce faite par le Ministre de l’Industrie et du Commerce, lors de l’U.S.-Africa Business Summit 2022, a d’ores et déjà compromis les négociations avec l’industriel étranger porteur du projet de la gigafactory de batteries électriques. La sortie «suspecte» de Mezzour a poussé le concurrent du Royaume, la Hongrie a proposé de nouveaux avantages à cet industriel. 9000 emplois et un investissement de plus de 2 milliards de dollars sont en passe de partir en fumée.

Contrairement à la mise en scène du Chef du Gouvernement de ce vendredi, il n’y a plus d’alliance gouvernementale qui tienne.

Après le sacrifice de la ministre Pamiste Leila Benali sur l’autel de la Samir, la solidarité avec le contestation sociale contre la cherté du gasoil, exprimée par l’homme fort du parti du tracteur, Samir Goudar, nous révélons aujourd’hui un scandal qui a mis probablement fin à la fragile alliance entre RNI et le parti de l’Istiqlal.

Une affaire qui démontre encore une fois, que Aziz Akhannouch s’embourbe jour après jour dans le conflit d’intérêt et les polémiques à répétition. Ne maitrisant plus ni ses ministres, ni son avenir.

La scène se déroule le jeudi 21 juillet à Marrakech et plus précisément au plais de congrès de la ville qui abritait la 14ème édition de l’US-Africa Business Summit. Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et d Commerce, qui participait à cette événement dans deux panels, donne une interview à Reuters : «Le Maroc envisage de créer une « gigafactory » de batteries pour véhicules électriques».

L’annonce a fait le tour du monde en quelques minutes à peine. Et pour cause : le marché des batteries électriques connait une concurrence mondiale féroce, surtout après l’annonce de la fin des moteurs thermiques dans l’Union européenne pour 2035.

«Le Maroc est en cours de négociation avec des fabricants de batteries pour véhicules électriques afin d’implanter une usine dans le pays pour s’intégrer au secteur automobile existant et à la production de cobalt», a déclaré Ryad Mezzour à Reuters.

«Nous espérons signer un accord pour l’usine avant la fin de l’année», précise le ministre à l’agence britannique.

Mezzour a refusé de donner l’identité des entreprises en question, ni le montant de l’investissement. Toutefois, il a qualifié le projet de «gigafactory», un terme largement utilisé pour les très grandes installations de production.

«L’usine prévue pour les batteries des véhicules électriques donnera un élan considérable au secteur automobile local et bénéficiera de la disponibilité d’énergies renouvelables et de matières premières telles que le cobalt et les phosphates dans le pays, a-t-il ajouté.

Ce que les marocains ne savent pas, c’est que Ryad Mezzour a révélé un secret industriel jalousement gardé depuis des mois par Mohcine Jazouli et Ali Sedikki, les deux patrons de l’investissement du gouvernement.

Alertée, la Hongrie présente une contre-offre pour barrer la route au Maroc

L’importance de l’annonce de Ryad Mezzour, l’engouement médiatique qu’elle a suscité et le silence de Aziz Akhannouch, autant de signaux faibles qui nous ont poussé à mener une enquête. Et nous n’avons pas été déçus.

Nous sommes bel et bien en présence d’un scandale politique d’une grande gravité.

Nos investigations ont révélé que le Maroc n’était pas seul en course pour l’implantation d’une gigafactory de batteries électriques. Le Royaume est toujours en concurrence avec un autre pays qui a l’appui de l’Union Européenne, la Hongrie.

Autre information de taille est que Ryad Mezzour n’avait pas le feu vert du gouvernement pour communiquer sur le sujet.

Dans sa prospection pour l’installation de sa giga usine, l’un des leaders mondiaux de la fabrication des batteries électriques avait choisi trois sites européens : l’Allemagne, la Pologne et la Hongrie. Après l’élimination de la piste allemande et polonaise, le Maroc entre en jeu. Les équipes de Mohcine Jazouli, chapeautées par son conseiller et ancien Directeur Général de l’Investissement et du Climat des Affaires, Ali Seddiki, font une offre à l’industriel asiatique qui s’est avérée plus concurrentielle que celle de la Hongrie.

«L’entreprise a avoué officieusement aux responsables marocaines en charge d’attirer l’Investissement extérieur que l’offre marocaine était la favorite», nous confie une source bien informée qui souhaite garder l’anonymat.

Concernant le degré d’implication de Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et de Commerce, nous avons appris qu’il n’a eu vent du sujet que dans le cadre de quelques échanges avec l’investisseur.

«Le ministre ne connaît pas tous les tenants et aboutissants du projet puisqu’il n’a pas participé aux réunions avec l’investisseur étranger. Les responsables de ce projet n’avait aucunement l’intention de communiquer à ce stade des négociations», nous révèle une autre personne proche du dossier.

«D’ailleurs, ça n’a pas raté. Dans la semaine qui a suivie l’annonce de Ministre, les autorités hongroises sont revenus à la charge et ont mis sur la table de nouveaux avantages à l’investisseur», s’est désolée la même source.

«Ce sont 9000 emplois directes que le Maroc risque de perdre, en plus de sa crédibilité», s’est-il indigné.

Mais quelle mouche a piqué le ministre de l’Industrie et de commerce pour mettre en équation 9000 emplois directes, sa crédibilité ainsi que celle de tout un pays ?

A cette interrogation nous avons eu cette réponse : « Ce n’est ni une maladresse ni le résultat d’une incompétence… Mais le résultat d’une guerre de tranchées entre Ryad Mezzour et Ali Seddiki, le nouveau Directeur Général de l’AMDIE et ancien Directeur Général de l’Investissement et du Climat des Affaires».

Mezzour et Seddiki se détestaient déjà à l’époque de Moulay Hafid Elalamy. Le premier occupait le poste de Chef de Cabinet du ministre et le second était le Directeur général en charge de l’industrie au sein du ministère.

Ali Seddiki fait partie de la task force concoctée par MHE pour l’élaboration et le déploiement du projet de son mandat: le Plan d’Accélération Industrielle, PAI 2014-2020.

La première décision de Ryad Mezzour après son installation à la tête du nouveau ministère de l’Industrie et du Commerce a été le limogeage de son ennemie juré Ali Seddiki. Ce dernier trouve refuge au cabinet de Mohcine Jazouli, Ministre Délégué auprès du Chef du Gouvernement, chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Evaluation des Politiques Publiques.

Ali Seddiki aura finalement sa revanche, le mercredi 13 juillet dernier, quand le Roi Mohammed VI le nomme à la tête de l’AMDIE, l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations. Un poste dans lequel son prédécesseur, Youssef El Bari, un proche de Mezzour, n’a tenu que 12 mois.

«C’est cette nomination royale qui a exaspéré le ministre au point de divulguer un secret industriel aussi important que l’implantation de cette gigafactory, la deuxième sur le continent en Afrique après celle de Coega en Afrique de sud et ses 50 GWh», nous confie un ancien cadre du ministère.

Aujourd’hui, la nation risque de perdre une opportunité qui allait l’inscrire dans la géoéconomie mondiale des batteries lithium-ion, à cause de l’animosité personnelle que voue un ministre à un haut responsable.

Qui est cet investisseur mystère ? Et quel est le montant de l’investissement en jeu ? Hypothèses :

Trois informations convergentes nous ont permis d’émettre une hypothèse sur l’identité de cet industriel mystère qui serait intéressé par la construction d’un gigafactory au Maroc.

Indice n° 1 : «Gigafactory»

Elon Musk est le premier à avoir installé le concept de «gigafactory» lorsque son entreprise Tesla s’est mise à construire elle-même, en 2014, les batteries de ses voitures électriques, dans de grandes usines pour faire des économies d’échelle. Dans la sémantique «gigafactory», Giga recouvre l’aspect «des gigawatts» produits, mais également la taille gigantesque de l’usine.

Avant même l’abandon des moteurs thermiques prévu en 2035, le marché mondial des batteries pour véhicules 100% électriques et hybrides est évalué à plus de 60 milliards de dollars. Devant une telle croissance, l’industrie mondial de l’automobile, a décidé de suivre le modèle de Tesla.

L’Europe, très en retard dans le domaine, ne s’est dotée de sa première giga-usine, qu’en décembre 2021, construite par le groupe suédois de batteries électriques Northvolt.

Aujourd’hui, 38 projets de gigafactories sont annoncés en Europe. Ce qui représentera une capacité de production annuelle de 600 GWh, soit 50 % de la demande de base prévue pour 2040 sur le marché européen.

Mais avant même la maturité de ce marché sur le vieux continent, les entreprises asiatiques dominent déjà la production.

L’Asie, devenue un pôle majeur pour la fabrication de pièces automobiles, s’est positionnée en pionnière dans la production de batteries pour véhicules électriques. En effet, les dix constructeurs détenant les plus grandes parts de marché ont tous leur siège dans des pays asiatiques, principalement en Chine, en Corée du Sud et au Japon.

Les cinq principaux industriels du secteur, représentant ensemble plus de 80 % de la production mondiale de batteries pour l’automobile (chiffre basé sur la capacité totale produite en GWh), sont :

  1. CATL (Contemporary Amperex Technology Co) – Chine.
  2. LG – Corée du Sud.
  3. Panasonic – Japon.
  4. BYD ( détendu à 8% par Warren Buffett )- Chine.
  5. Samsung – Corée du Sud.

Indice n° 2 : «Hongrie»

Nos investigations nous ont révélé que la Hongrie était en concurrence directe avec le Maroc pour la construction d’une Gigafactory.

Une recherche dans la presse internationale et hongroise, nous apprend que ce petit pays d’Europe central a annoncé durant les derniers mois, quatre projets d’usines de batteries électriques. Deux sont portés par des fabricants sud-coréens, SK innovation et Samsung, le deux restants par des entreprises chinoises, EVE Energy et le leader mondial qui fournit Tesla, CATL.

SK Innovation – Corée du Sud

SK Innovation, a choisi la ville de Iváncsa, à 50 kilomètres au sud-ouest de Budapest, comme lieu d’implantation de sa troisième usine dans le pays. La nouvelle usine aura une capacité de production annuelle de 30 GWh, qui permettrait de fournir des batteries pour environ 430 000 voitures électriques par an. La construction sur un site de 70 hectares à Iváncsa a commencé fin 2021 et ne sera pas achevée avant 2028. L’investissement est de 1,9 milliard d’euros avec à la clé la création de 1900 emplois directs. L’UE a appuyé ce projet en injectant 230 millions de dollars.

Samsung SDI – Corée du Sud

Pour sa part, Samsung SDI a investit en Hongrie, environ 1,2 milliard d’euros pour étendre la capacité de production de cellules lithium-ion et de packs de batteries pour véhicules électriques dans son usine existante située à Göd. Les travaux d’extension de capacité ont débuté en décembre 2017 et la mise en œuvre du projet est désormais bien avancée. La nouvelle usine compte créer 600 emplois directs.

EVE Energy – Chine

EVE Energy Co. a annoncé le 30 mars 2022 via un communiqué publié sur son site web, avoir signer une lettre d’intention avec Debrecen Real Estate Development, une agence gouvernementale hongroise, pour l’acquisition de 45 hectares de terrain dans la zone industrielle de Debrecen, deuxième ville du, pour la construction d’une gigafactory.

EVE Energy, cotée à la bourse de Shenzhen, est basée dans la ville de Huizhou, dans la province méridionale du Guangdong, dans le sud de la Chine.

CATL – Chine

Quand à la société chinoise, Contemporary Amperex Technology Ltd (CATL), le leader mondial de la fabrication de batteries, compte réaliser le plus gros investissement jamais enregistré en Hongrie.

CATL a également choisi la ville de Debrecen pou y injecter 2 milliards d’euros pour la construction d’une gigafactory sur 200 hectares. Elle serait en pourparler pour l’acquisition d’un terrain.

Le choix de la ville de Debrecen n’est pas fortuit car elle se situe à peine à 20 Km d’une usine de BMW, partenaire de CATL.

La Hongrie qui a reçu des aides de l’Union Européenne pour des projets de gigafactories, ambitionne de créer un des plus importants clusters de batteries électriques autour de ces usines.

Indice n°3 : « Cité Mohammed VI Tanger Tech»

Cinq jours après l’annonce de la gigafactory marocaine, Ryad Mezzour diffuse un communiqué annonçant la «énième» réactivation de projet de la Cité Mohammed VI Tanger Tech.

Tenant compte du fait que :

  1. le projet de gigafactory est destiné principalement à augmenter la capacité de production de batteries électriques pour le marché européen,
  2. le principal frein à l’implantation de ces énormes usines est le foncier,
  3. la Cité Mohammed VI Tanger Tech, répond à la problématique du foncier, avec une zone d’accélération industrielle (ZAI) d’une superficie de 947 ha, dont 467 ha ont déjà été érigés.
  4. la Cité Tanger Tech offre une proximité au cluster automobile de Renault, au complexe portuaire Tanger Med et à l’Europe.
  5. le business plan de l’usine marocaine prévoit la création de 9000 emplois directs,
  6. le puissant conglomérat chinois CCCC, ne peut être mobilisé pour des projets de petites tailles,
  7. le seul projet non encore abouti en Hongrie est celui du Chinois CATL,
  8. l’instabilité de l’Europe suite au conflit ukrainien.

Nous émettons l’hypothèse que l’investisseur en question serait le premier fabricant au monde, le chinois Contemporary Amperex Technology Ltd (CATL).

En 2020, CATL avait annoncé un investissement de 2 millards d’euros en Europe pour l’expansion de sa capacité de production destinée au vieux continent.

Ce site européen devrait avoir une capacité suffisante pour battre Tesla en termes de production, et concurrencer LG et Samsung et approvisionner des constructeurs automobiles comme BMW AG. CATL cherche un terrain de de 200 à 250 ha pour développer 1,5 million de mètres carrés couverts.

Trois pays étaient envisagés pour accueillir le projet : l’Allemagne, la Pologne et la Hongrie.

Le 14 juin dernier, la décision est tombée l’Allemagne et la Pologne sont déclarés hors course. La presse polonaise se déchaîne contre son gouvernement «incapable d’offrir de capter les investissements étrangers».

Dans un article sous le titre «La Pologne a perdu un investissement géant de la Chine», le premier quotidien d’information économique du pays «Puls Biznesu» écrit :

« CATL, le plus grand producteur mondial de batteries pour voitures électriques, va investir 2 milliards d’euros en Hongrie. Notre pays ne dispose pas des bonnes incitations et il est peu probable que cela s’améliore ».

Un chercheur polonais spécialisé dans la «Connectivité eurasienne» et la «politique économique étrangère de la Chine» a réagit sur Twitter à cette annonce :

« L’investissement de 2 milliards d’euros de CATL dans une usine de batteries pour véhicules électriques sera très probablement réalisé en Hongrie et non en Pologne. Facteurs possibles :

  • L’aide publique plus généreuse de la Hongrie à CATL.
  • la proximité (20 km) de l’usine d’EV  BMW, client de CATL.»
https://twitter.com/J_Jakobowski/status/1536610250454966272

Dérives du gouvernement Akhannouch : les mises en garde du Discours Royal du trône et l’alerte du cas de la Pologne

Encore une fois le gouvernement démontre de son incapacité à assumer toutes ses responsabilités et honorer ses engagements pris devant les marocains et le Roi.

Le cas de la gestion de ce dossier de gigafactory en est une malheureuse illustration. Le risque de voir s’évaporer un projet aussi important est désormais élevé. L’expérience de la Pologne devrait nous alerter au plus haut point.

Que l’investisseur étranger soit CATL ou pas, l’essentiel à retenir est que pour un changement d’échelle économique et social du pays, un voeux cher au souverain, nous n’avons pas le choix que de jouer dans la cour des grands avec les codes, le professionnalisme et le pragmatisme des puissances de ce monde.

D’ailleurs, nous ne pouvons que saluer le discours du Roi Mohammed VI qui tombe à point nommé, mettant en garde contre les pratiques qui freinent les investissements étrangers dans le pays.

Le Roi a donné tout d’abord le cap : «A cet égard, Nous engageons le gouvernement ainsi que les sphères politique et économique à offrir plus de facilités aux investissements étrangers qui, en cette conjoncture internationale, choisissent notre pays, en éliminant tout obstacle qu’ils peuvent rencontrer».

Puis, il a envoyé sa charge : « De fait, le plus grand péril pour le développement du pays et pour la promotion des investissements réside dans les entraves dressées à dessein par certains pour préserver leurs propres intérêts et réaliser des profits personnels. Ces agissements doivent être combattus».

Si les premiers visés par ce discours sont bien évidement Aziz Akhannouch dans les hydrocarbures et Yassir Zenagui dans le tourisme, d’autres comme nos ministres et responsables le sont davantage.

Ryad Mezzour : ce qu’il faut retenir de la première sortie médiatique du nouveau Ministre de l’Industrie et du Commerce

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Le nouveau Ministre de l’Industrie et du Commerce a effectué sa première sortie médiatique depuis sa prise de fonctions le 8 octobre dernier. Il s’est exprimé ce vendredi au siège de l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA), à Nouaceur, devant les membres du Groupement des Industries Marocaines Aéronautiques et Spatiales (GIMAS).

L’évènement

Ryad Mezzour, le successeur de Moulay Hafid Elalamy à la tête du Ministère de l’Industrie et du Commerce a entamé son mandat en se réunissant avec les opérateurs industriels de l’un des secteurs qui a le vent en poupe, l’aéronautique.

Le nouveau ministre a choisi le siège de l’Institut des métiers de l’aéronautique pour organiser une rencontre à huit clos avec le Groupement des Industries Marocaines Aéronautiques et Spatiales (GIMAS) consacrée à la feuille de route du développement du secteur aéronautique au Maroc.

La réunion a vu la participation de Karim Cheikh et Hamid Benbrahim El Andaloussi, respectivement président et président d’honneur du GIMAS.

Ce qu’il faut retenir

  1. Secteur aéronautique, une attention royale très particulière

Ryad Mezzour a déclaré aux médias que le secteur aéronautique jouit d’une attention «très particulière» du roi Mohammed VI. A ce titre, le ministre a souligné que l’agilité du secteur de l’aéronautique, on la doit aux avancées enregistrées grâce à la vision clairvoyante du souverain, ayant permis au Maroc de se doter d’une plateforme aéronautique de classe mondiale, d’acteurs de référence, de métiers nouveaux et de chaines de valeur qui se sont fortement enrichies et consolidées.

  1. Le secteur aéronautique va doubler sa capacité de création d’emploi et d’exportation durant les deux prochaines années

Le ministre a salué la résilience et la réactivité dont ont fait preuve pendant . Chiffres à l’appui, M. Mezzour affirme que le Maroc n’a enregistré aucune fermeture de site de production en activité et a même connu le lancement d’importants investissements malgré la morosité du secteur au niveau mondial, en raison de la pandémie du Covid-19.

Le ministre a argumenté la résilience et réactivité des les opérateurs du secteur aéronautique en rappelant l’opération de rachat, en plein crise sanitaire, de Bombardier par Spirit Aerosystems et la confirmation de l’extension de l’usine, en octobre 2020, l’inauguration du nouveau site de production LPF (pièces de réacteurs) ou encore l’accord conclu entre SABCA et PILATUS, pour la réalisation des aérostructures de l’aéronef PC-12.

  1. Positionner le Maroc dans la propulsion verte à l’horizon 2035-2040

«La première grande mutation attendue dans le secteur concerne le moteur aéronautique et les évolutions environnementales. Notre ambition est de positionner le Maroc comme un acteur important dans la propulsion verte, et nous ne ménagerons aucun effort pour y parvenir » a déclaré M. Mezzour.

Hamid Benbrahim El Andaloussi, président d’honneur du GIMAS a évoqué une deuxième phase de construction aéronautique au Maroc caractérisée par des «ruptures technologiques nouvelles» dont l’avion à zéro émission qui utilise l’hydrogène comme carburéacteur à horizon 2035-2040.

  1. Renforcer l’intégration des écosystèmes existants

Le nouveau ministre ambitionne de renforcer l’intégration des écosystèmes existants et de développer pleinement l’écosystème d’ores et déjà connecté à la locomotive historique Safran et, tout récemment, aux motoristes Rolls Royce.

  1. Un carnet de commande bien fourni

Interrogé par nos confrères de Médias24, M. Mezzour affirme avoir dans le pipe plusieurs entreprises qui souhaitent s’installer au Maroc.

«Des signatures très importantes ont eu lieu ou sont en cours. Il y a des choses qu’on ne peut pas annoncer tout de suite, mais ce que je peux affirmer, c’est qu’il y a de belles perspectives de développement pour le secteur de l’aéronautique. Et un beau carnet de commandes aussi» a-t-il révélé.

  1. 11.000 emplois créés dont 40% de femmes

Le secteur a créé, depuis 2014, dans le cadre du Plan d’accélération industrielle (PAI), plus de 11.000 emplois très qualifiés, s’est félicité le ministre.

Cette industrie poursuit-il, compte plus de 40% de femmes et participe donc à l’autonomisation de la femme. C’est un marqueur important du Maroc moderne. Nous sommes en droite ligne avec le Nouveau Modèle de Développement voulu par le souverain.

The big picture

En entamant son mandat ministériel par un focus médiatique consacré à l’industrie aéronautique, Ryad Mezzour s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur. En effet, Moulay Hafid Elalamy avait effectué durant le temps mort de l’ancien exécutif un roadshow aux Etats-unis, dans l’objectif de densifier l’écosystème Boeing dans le Royaume.

Si Elalamy a balisé le terrain pour une offre industrielle aéronautique marocaine attractive et mature, Ryad Mezzour a la lourde tâche d’accompagner le redémarrage mondiale du secteur malmené par la pandémie et de mettre en oeuvre les nouvelles ambitions du Royaume dans la construction aéronautique.