Ceuta

Brahim Fassi-Fihri : le Maroc, pays souverain et indépendant, n’obéit à aucun diktat

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Les réactions se sont multipliées suite à l’adoption par le Parlement européen, ce jeudi 10 juin, d’une résolution condamnant le rôle du Maroc dans la crise migratoire à Sebta. Brahim Fassi-Fihri président du Think tank Institut Amadeus, a publié sur sa page Facebook, ses remarques sur cette résolution qu’il a qualifié d’une résolution bric-à-brac. Ci après le texte intégral de l’analyse.

Un texte à portée déclarative et non contraignant

Ce texte, qui n’a qu’une portée déclarative et qui n’est en rien contraignant, est avant toute chose le résultat d’une volonté espagnole d’européaniser une crise diplomatique bilatérale dans une tentative de l’instrumentaliser à des fins politiques.

La question migratoire est un prétexte utilisé par le gouvernement espagnol, mais aussi par les eurodéputés qui ont porté le projet de résolution, pour détourner la crise actuelle du véritable fond du problème, à savoir la rupture de confiance avec le Maroc, partenaire important de l’UE et de l’Espagne qui n’assume pas les conséquences d’une crise qu’elle a créé de toutes pièces et dont elle est la seule responsable.

Avec cette résolution, appuyée par des eurodéputés proches de la majorité au pouvoir en Espagne, le gouvernement de ce pays cherche à contraindre l’UE à choisir entre l’un de ses Etats membres et un partenaire privilégié membre de son voisinage immédiat ;

Manque de cohésion de l’UE en matière de politique étrangère

L’esprit de ce texte, qui a certes subi une série d’amendements par rapport à sa mouture initiale, est en totale contradiction avec les déclarations récentes d’apaisement de responsables européens (Commission et Service européen pour l’action extérieure) qui ont loué la qualité des relations stratégiques entre le Maroc et l’UE.

Le texte fait apparaitre une absence évidente de cohérence entre le bras exécutif de l’Union et son bras législatif, qui illustre, une fois encore, le manque de cohésion entre les différentes institutions de l’UE en matière de politique étrangère ;

Manifestation certaine d’un relent colonialiste

Le contenu de ce texte, qui lie « les frontières extérieures » de l’UE à la ville de Sebta et qui « rappelle que l’atteinte à la souveraineté territoriale des États membres ne saurait être tolérée », est à la fois une manifestation certaine d’un relent colonialiste, mais aussi un comble lorsqu’il s’agit d’une part de considérer que des présides occupés, enracinés au Maroc, relèveraient de l’intégrité territoriale de l’Europe et de l’autre de renier le droit au Royaume, partenaire stratégique de l’UE, de considérer que l’Espagne, en agissant dans son dos et en portant atteinte à sa propre souveraineté sur son Sahara, ait agi de manière déloyale et condamnable à son endroit.

Il est d’ailleurs nécessaire de rappeler que le Maroc a, de tout temps dans ses relations avec l’UE et dans chaque accord qui le lie à l’Europe, émis des réserves claires et sans équivoque sur le statut de Sebta et de Melilla, qui ne sont pas des territoires Schengen contrairement à l’Espagne ;

Une époque révolue

Sur la forme, une institution d’une organisation régionale, fût-elle le Parlement européen, ne saurait prendre parti unilatéralement pour l’un de ses Etats-membres en faisant fi des arguments d’un état indépendant et souverain, qui n’est ni membre de cette organisation ni contraint, au moyen d’un instrument juridique et/ou d’un quelconque mécanisme politique, d’être son supplétif en matière migratoire. Interpeller le Royaume de la sorte relève d’une époque révolue et démontre non seulement que les eurodéputés se sont laissé berner par un discours de victimisation loin de la réalité, mais surtout de leur profonde méconnaissance du rôle charnière joué par le Maroc dans la nouvelle dynamique euroafricaine, plus que jamais stratégique pour l’Europe ;

Le Royaume défend légitimement ses intérêts supérieurs

Le Maroc a aujourd’hui une relation totalement décomplexée avec l’UE. Le temps du paternalisme ou celui où l’Europe pouvait, debout sur son piédestal, délivrer des bons ou des mauvais points est, depuis longtemps, révolu. Le temps où l’Europe s’octroyait le droit de remettre des certificats de bonne conduite ou des mentions d’excellence à ses partenaires du Sud de la Méditerranée l’est tout autant.

Le Royaume défend légitimement ses intérêts supérieurs au moment où ils ont été sciemment bafoués par un État membre de l’UE, sans doute celui qui a le plus besoin du Maroc.

Ce n’est pas cette résolution du Parlement européen qui fera changer le Maroc d’un iota, le Royaume ne faisant pas de compromission lorsqu’il s’agit de ses intérêts supérieurs, et plus particulièrement de son intégrité territoriale. Par contre, ce texte voté par le Parlement européen illustre le jusqu’au-boutisme, mais surtout le manque de crédibilité du gouvernement espagnol qui, embourbé dans une crise diplomatique bilatérale, ne cherche en dernier ressort qu’à se réfugier sous le parapluie protecteur de l’UE.

Le Maroc, pays souverain et indépendant, n’obéit à aucun diktat, encore moins à celui du Parlement européen

Bien au-delà de ce texte voté aujourd’hui, dont le contenu est dépourvu d’une vision d’ensemble, pourtant indispensable en pareilles circonstances, et dont la nature est purement contextuelle, l’UE doit comprendre que ses propres intérêts et ceux du Royaume se confondent et convergent. Tout autre raisonnement de la part de l’Europe serait naïf et contre-productif, d’autant plus que le Maroc, pays souverain et indépendant, n’obéit à aucun diktat, encore moins à celui du Parlement européen, dont la logique, à travers cette résolution, est strictement politico-politicienne.

L’UE salue la décision du Maroc de faciliter le retour des mineurs non accompagnés

L’Union européenne a salué les hautes instructions réitérées par le roi Mohammed VI à l’endroit du gouvernement marocain afin que la question des mineurs marocains non accompagnés, se trouvant en situation irrégulière dans certains pays européens, soit définitivement réglée.

Avec MAP

«L’UE se félicite de la décision du Maroc de faciliter le retour des mineurs marocains non accompagnés et dûment identifiés», a affirmé, mardi, une porte-parole de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité dans une déclaration à la MAP.

Elle a souligné que «pendant des années, l’UE et le Maroc ont entretenu une excellente coopération en matière de migration, aboutissant à de très bons résultats», se disant convaincue que «cette collaboration fructueuse pourra être préservée».

La porte parole a ajouté que «le Maroc est un partenaire important pour l’UE et l’un de nos voisins les plus proches», notant que Bruxelles poursuivra son «étroite coopération avec Rabat pour relever nos défis communs et faire progresser notre partenariat bilatéral, dans notre intérêt mutuel».

Un communiqué des ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, en date de fin mai, avait indiqué que le Roi Mohammed VI avait souligné, à plusieurs reprises, y compris à des Chefs d’Etat étrangers, l’engagement clair et ferme du Royaume du Maroc à accepter le retour des mineurs non accompagnés dûment identifiés.

Ceuta : Un nourrisson de 2 semaines sauvé in extremis

Mustapha Abdeselam, un moniteur de la Croix-Rouge à Ceuta a pris le risque de récupérer un bébé âgée seulement de deux semaines alors que sa maman qui le portait était coincée par l’immense foule des migrants qui tentaient de traverser la poste frontalier de Ceuta. C’est à travers une petite ouverture dans la barrière métallique qui sépare les deux territoires, que la maman a fait glisser sa petite fille qui risquait de se faire écraser par le mouvement de foule ou de se noyer.

Mustapha a rapidement donné le bébé à un autre collègue de la Croix-Rouge pour une prise en charge médicale rapide témoigne le journal El Faro qui a rapporté l’incident.

Selon la même source, la maman a réussi à traverser à la nage la frontière de Tarajal et aurait retrouvé sa petite fille vers 2h du matin.

Grâce à l’intervention de ce moniteur de la Croix-Rouge, rapporte le journal que mère et fille ont pu se revoir à peine une heure et quart après leur séparation à la frontière de Tarajal. Les deux sont en bonne santé et ont subi le test COVID-19.

La vidéo du sauvetage du nourrisson a fait le tour de Ceuta. Un couple aurait même descendu dans les rues de la ville pour leur apporter de la nourriture. Lydia Vázquez, et son mari tous deux militaires ont retrouvé la mère et la fille dans la gare, près de l’église, rapporte El Faro.

Le premier ministre espagnol accueilli par les injures à Ceuta

Le Premier ministre Pedro Sanchez est arrivé ce mardi dans l’enclave espagnole de Ceuta, où plus de 6 000 migrants sont entrés illégalement depuis lundi en provenance du Maroc. A sa descente de son hélicoptère, il a eu droit à un comité d’accueil très remonté. Quelques habitants de la ville amassés devant le portail du Héliport ont proféré des injures à son encontre et en même tenté de donner des coups de pieds à sa voiture.

Accompagné de son ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, le premier ministre espagnol Pedro Sánchez est arrivé cet après-midi à la conclave espagnole Ceuta, au lendemain d’une crise migratoire sans-précédent qui a vu le déferlement de plus de 6000 migrants dont 1500 mineurs.

A la sortie du héliport, plusieurs dizaines de Ceutiens et de Ceutiennes ont accueilli les deux ministres par des injures en raison de leur mauvaise gestion du dossier migratoire avec le Maroc. Les manifestants ont même donné des coups de pieds aux voitures des deux responsables.

Selon El Mundo qui a également rapporté l’incident, le très peu populaire premier ministre a été contraint de modifier son agenda en annulant son voyage à Paris pour se rendre ce mardi à Ceuta, où il est arrivé vers 17h00. Il aurait également prévu de visiter Melilla.

Le quotidien espagnol rapporte qu’au sein de son gouvernement des voix auraient alerté Pedro Sanchez des répercussions de l’accueil du chef des séparatistes du Polisario, Brahim Ghali, en Espagne. Parmi ces voix figurent le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, qui aurait selon El Mundo mis en garde son gouvernement contre l’hospitalisation de Ghali.

Sur Twitter, le chef du gouvernement espagnol a indiqué que sa « priorité en ce moment est le retour à la normalité à Ceuta » et que les « habitants doivent savoir qu’ils peuvent compter le soutien total du gouvernement » espagnol.

L’Europe appelle le Maroc à empêcher les « départs irréguliers » depuis son territoire

La commissaire européenne Ylva Johansson a jugé mardi « inquiétant » l’afflux des migrants. Bruxelles a appelé le Maroc à empêcher les « départs irréguliers » depuis son territoire. Le Conseil européen, qui représente les Vingt-Sept, a exprimé de son côté « tout son soutien et sa solidarité avec l’Espagne », par la voix de son président Charles Michel. « La coopération, la confiance et les engagements partagés devraient constituer les principes d’une relation forte entre l’Union européenne et le Maroc », a ajouté Charles Michel sur Twitter.

Ylva Johansson a relevé que l’UE souhaitait bâtir avec Rabat une relation « basée sur la confiance et des engagements partagés ». « La migration est un élément clé à cet égard », a ajouté la responsable suédoise. Les forces de l’ordre marocaines sont intervenues mardi matin pour stopper le flux de migrants, qui se poursuivait toutefois dans la journée.