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Al-Amine Nejjar

Nomination d’Al-Amine Nejjar à Al Barid Bank, l’Istiqlal place ses hommes

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Al-Amine Nejjar, Vice-Président de l’Alliance des Économistes Istiqlaliens et conseiller de Ryad Mezzour, ministre star du parti de Nizar Baraka, a officiellement pris ses nouvelles fonctions, ce lundi 2 janvier 2023, en tant que président du directoire d’Al Barid Bank. Indépendamment des compétences professionnelles de M. Nejjar et son parcours d’ancien banquier à Wafabank et au CIH, la question est de savoir si nous avons affaire à une nomination politique.

Le Conseil de Surveillance d’Al Barid Bank (ABB), filiale de Barid Al-Maghrib, s’est réuni le 30 novembre 2022 pour remplacer le président du directoire de la banque postale, nommé à peine un mois plus tôt.

M’Hamed El Moussaoui, installé tout juste le 3 octobre 2022 à la tête d’Al Barid Bank, a cédé sa place au conseiller du ministre de l’Industrie et du Commerce, Al-Amine Nejjar.

M. El Moussaoui occupait- et occuperait toujours – le poste de Directeur Général et sa nomination semble avoir servi à accélérer le départ de l’indéboulonnable et ancien homme fort de la jeune banque, Redouane Najm-Eddine.

Ce dernier soutenu par le président de Barid Al-Maghrib, Amin Bendjelloun Touimi, avait subit les foudres de Mohamed Benchaâboun. L’ancien ministre des finances avait même inscrit la sortie d’Al Barid Bank du giron de Poste Maroc dans le PLF 2022.

Le transfert à l’État du capital d’Al Barid bank aurait constitué un coup dur pour Barid Al-Maghrib. La part des services bancaires dans le chiffre d’affaires du groupe dépasse le taux de 60%. Dans une déclaration à E&E dans son édition de juillet 2021, le Wali de la banque centrale, Abdellatif Jouahri, semblait être opposé à la décision de Benchaâboun. «Ni l’une ni l’autre [ABB ou Barid Al Maghrib] n’a de raison de changer les relations structurelles qui les unissent. Car tout le monde va y perdre que ce soit Barid Al Maghrib ou Al Barid Bank» a-t-il alerté.

Benchaâboun avait comme objectif de créer un pôle financier public fort, fruit d’une restructuration du portefeuille de participations de l’État et le rapprochement entre établissements financiers et bancaires publics.

Le projet Benchaâboun s’inscrivait dans la volonté du Royaume de se doter d’une structure à la française, qui incarne l’État actionnaire. Lequel projet a été l’un des derniers chantiers que l’ancien ministre des finances a délivré avant la fin du mandat du gouvernement El Otmani.

Ainsi, juste avant les élections 2021, la loi n° 82-20 portant création de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État et suivi des performances des établissements et entreprises publics -ANGSPE- est publiée sur le Bulletin Officiel.

Il fallait attendre le 12 décembre dernier, soit plus de dix-huit mois après la publication de la loi n° 82-20, pour l’annonce du démarrage effectif de l’ANGSPE par la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah. Il est à rappeler que son Directeur Général, Abdellatif Zaghnoun, a été nommé par le Roi Mohammed VI le 14 juillet 2022. Tandis que les cinq représentants de l’Etat au sein du Conseil d’administration de l’agence ont été désigné le 1 décembre, lors du Conseil du gouvernement présidé par Aziz Akhannouch.

Lesquels représentants de l’Etat sont :

  1. Directrice du Trésor et des finances extérieures;
  2. Directeur général des collectivités territoriales;
  3. Secrétaire général du ministère de la transition énergétique et du développement durable;
  4. Secrétaire général du ministère de l’équipement et de l’eau;
  5. Secrétaire général du ministère l’agriculture, de la pêche, du développement rural, des eaux et forêts.

Al-Amine Nejjar à Al Barid Bank, une nomination politique ?

Tous les observateurs avisés s’accordent à dire que nous sommes à la veille du «big shift», ce changement tant attendu des dirigeants et responsables des administrations et autres organisations clés du royaume.

Le processus a été amorcé avec le changement de la doctrine de l’Etat observée lors de la nomination de deux pontes du ministère de l’Intérieur à la tête de structures historiquement sous l’influence des cercles du pouvoirs économiques.

En effet, la nomination de Nourredine Boutayeb, ancienne cheville ouvrière du ministère de l’Intérieur, en remplacement de Tariq Sijilmassi, un commis de l’Etat, de père en fils, constitue le plus grand séisme qu’a connu le monde des affaires national durant cette décennie.

Le choix de Nourredine Boutayeb pour diriger le Crédit Agricole du Maroc, la banque du monde rural, et de Khalid Safir pour piloter la CDG semble s’inscrire dans la stratégie de l’Etat d’optimiser ses ressources et d’orienter ses investissements dans des secteurs devenus par la force des choses, des secteurs d’importance vitale relevant de la sécurité nationale du pays.

La pandémie et la guerre en Ukraine ont entraîné des crises alimentaires et énergétiques dans le monde entier. Chaque stratégie et chaque dirham investi devront désormais prendre en compte les risques et les menaces de la conjoncture internationale. Qui d’autre que des dirigeants rompus aux problématiques de marketing territorial, de développement humain et de paix sociale sont à même de relever le défi ?

Par ailleurs, il est a rappelé que le Chef du Gouvernement a échoué à plusieurs reprises à faire aboutir ses tentatives de nomination de secrétaires d’état. Selon certaines sources médiatiques, la raison de ces échecs serait la pression du parti de l’Istiqlal sur Akhannouch. Le parti de la Balance se considère lésé quant à la distribution de portefeuilles entre les trois formations politiques de la majorité gouvernementale.

Nizar Baraka lui même serait sous les feux des critiques de son parti au sujet des nominations. Il serait tiraillé entre ses fidèles et les visés hégémoniques du puissant clan Ouled Errachid, qui contrôle aussi bien le bureau politique que le bras syndical du parti.

La propulsion d’Al Amine Nejjar, connu pour son obédience à Nizar Baraka, pourrait s’inscrire dans la volonté du parti de l’Istiqlal de placer et récompenser ses cadres. Au moment où les rumeurs concernant un probable remaniement ministériel s’intensifient.

Al Amine Nejjar (55 ans), ancien banquier et vice-Président de l’Alliance des Économistes Istiqlaliens aurait été dans les petits papiers de Baraka au moment de la constitution du gouvernement Akhannouch. Certaines informations disent qu’il le voulait pour le poste de ministre de l’Industrie et du Commerce. A défaut, M. Nejjar a pantouflé dans ce même ministère, en sa qualité de conseiller de celui qui a succédé à Mly Hafid Elalamy, Ryad Mezzour.

Le 1er février 2010, Al Amine Nejjar claque la porte du CIH après un désaccord avec Ahmed Rahhou, fraichement nommé cinq mois plus tôt. Ce dernier avait décidé de séparer le pôle immobilier de la banque de détail. Une décision qui réduisait drastiquement le périmètre d’action de M. Nejjar qui occupait le poste de directeur général adjoint en charge de la banque de détail et de l’immobilier. Il avait rejoint le CIH en mars 2005.

Al Amine Nejjar est diplômé en économie de l’Université de Montpellier I en 1990. Il est également titulaire d’un diplôme de 3ème cycle en Gestion des Entreprises dans les pays en développement de Paris Dauphine.

Il entame sa carrière professionnelle en intégrant le groupe Wafabank en 1991, qui était alors contrôlée par la famille Kettani, en tant que Directeur d’Agence puis en tant que Chargé de mission auprès de la Direction du réseau, en 1993.

En 1998, il est promu Directeur Régional de la Région Centre. Il assumera la fonction de Président du directoire de la filiale Wafa Immobilier de 2001 à 2004.

M. Nejjar ne survivra pas à la fusion BCM-Wafabank, il passera une année en tant que Directeur du réseau Casa-Nord d’Attijariwafa bank pour rejoindre le CIH, alors fraichement dirigée par l’USFPiste Khalid Alioua.

En 2007, il rejoint officiellement le parti de l’Istiqlal. Il faisait partie de cette vague de cadres, hauts fonctionnaire et chefs d’entreprises qui se sont intéressés à la politique à la veille des élections de 2009, animées par l’arrivée du PAM, à l’image de Moncef Belkhayat, Saïd Sekkat, Amyn Alami et Ahmed Chami.

Après le CIH, M. Nejjar disparait des radars et refais surface en 2018 en tant qu’associé d’un très discret cabinet conseil CCIP dont on retrouve pas de trace au registre de commerce de Casablanca. En 2021, il prend la parole dans les médias pour défendre le programme électoral de son parti.

Outre le caractère politique qui pourrait caractériser la nomination d’Al Amine Nejjar à la tête du directoire Al Barid Bank, ce dernier a bénéficié de soutiens décisifs. Le premier est bien évidement celui de son collègue de l’Istiqlal et son «boss», Ryad Mezzour, le ministre de l’Industrie et du Commerce. Le second est celui du président du Conseil de surveillance de la banque postale, Amin Bendjelloun Touimi.

En effet, le Conseil de Surveillance d’Al Barid Bank, filiale de Barid Al-Maghrib, compte 9 membres dont un mandat pour le Ministre de l’Industrie et du Commerce, 4 mandats pour le groupe Barid Al-Maghrib, un mandat pour la caisse de dépôt et de gestion, 2 mandats représentants l’Etat, notamment le Ministère de l’Économie et des Finances et un mandat pour un administrateur indépendant :

  • Monsieur Ahmed Amin BENDJELLOUN TOUIMI – Président ;
  • Caisse de dépôt et de gestion, représentée par Madame Latifa ECHIHABI – membre ;
  • BARID AL MAGHRIB, représentée par Monsieur Ahmed Amin BENDJELLOUN TOUIMI – membre ;
  • Monsieur Ryad MEZZOUR – membre ;
  • Monsieur Abderrahmane SEMMAR – membre ;
  • Monsieur Aziz ALOUANE – membre ;
  • Monsieur Adnane MOUDDEN – membre ;
  • Monsieur Jamal LEMRIDI – membre ;
  • Monsieur Ahmed LAHBABI – membre.

Si le soutien de Ryad Mezzour est trivial, celui de Ahmed Amin Bendjelloun Touimi est à chercher du parcours professionnel des deux hommes du temps de Wafabank.

MM. Nejjar et Bendjelloun Touimi ont rejoint la banque de Moulay Ali Kettani à une année d’intervalle. Le premier en 1991, le second en 1990. Aussi, quand l’un dirigeait Wafa immobilier, l’autre était-il à la tête d’une autre filiale, Wafasalaf.

Après la fusion BCM-Wafabank, Amin Bendjelloun Touimi sera nommé Responsable des Ressources Humaines du Groupe d’Attijariwafa bank. Un poste qui lui permettra de gérer le départ d’Al Amine Nejjar au CIH.

Al-Barid bank, un cadeau empoisonné ?

Au delà du soutien politique dont jouit pour le moment Al Amine Nejjar, la mission de ce dernier à la tête de la banque postale n’est pas de tout repos.

Sur le plan de gouvernance, les véritables patrons du président du directoire de Al Barid Bank ne sont ni Ryad Mezzour ni, Amin Bendjelloun Touimi.

D’une part, ABB est sous la coupole de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État. Laquelle institution est sous la tutelle de la ministre des Finance, la RNIste Nadia Fettah et dirigée par l’ancien patron de la CDG, le très indépendant Abdellatif Zaghnoun.

D’autre part, le ministère de l’Industrie du Commerce et de l’Industrie n’ayant plus l’investissement dans son périmètre, Al Barid Bank devrait naturellement passer sous la houlette du vice-ministre de facto du gouvernement, Mohcine Jazouli, Ministre délégué chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’évaluation des Politiques publiques.

Sur le plan opérationnel, la difficulté est certaine. Créée le 8 juin 2010 pour autonomiser les activités financières de Barid Al Maghrib face à l’érosion des revenus des services postaux, Al Barid Bank a hérité des dysfonctionnements historiques de la poste.

La mise à niveau de la jeune banque est un chantier des plus compliqués. Il faudrait une révolution à la Ahmed Rahhou au CIH, pour espérer suivre un secteur bancaire marocain de plus en plus moderne, sophistiqué, agile et digitalisé.

Au vu des rapports conflictuels entre Mezzour et Jazouli, l’avenir incertain de Bendjelloun Touimi à la tête de Barid Al Maghrib et la complexité de l’environnement de l’ABB, Al Amine Nejjar n’aura sans doute pas le loisir de naviguer sur un long fleuve tranquille.