Fadel Benyaïch

A Bucarest, Hassan Abouyoub à l’assaut d’une forteresse insoupçonnée de l’Europe

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La nomination de Hassan Abouyoub, le 20 août 2018 en Conseil des ministres, en tant qu’ambassadeur du Maroc en Roumanie en a surpris plus d’un. Plusieurs fois ambassadeur et ministre, candidat malheureux à la direction générale de l’OMC à cause d’un veto américain alors qu’il avait toutes les chances de son côté pour remporter l’élection, Hassan Abouyoub se retrouve aujourd’hui à Bucarest, alors qu’on l’attendait à Londres ou à Pékin, ou rappelé à Rabat pour de hautes fonctions à la tête de départements souverains. Mais l’Etat a des raisons que la raison ignore. Parmi elles, la prochaine présidence tournante de l’Union européenne qui reviendra à la Roumanie à compter du 1er janvier 2019. L’importance politique de la présidence de l’UE, et son influence sur les agendas et les décisions ad hoc engageant les institutions européennes, et les relations en dents de scie entre Rabat et Bruxelles, a obligé le Maroc à choisir le meilleur de ses éléments pour occuper les fonctions d’interface entre le gouvernement marocain et le gouvernement qui présidera aux destinées de l’Europe durant 6 mois. Et seul un profil de cette trempe, qui a eu à piloter plusieurs chantiers fondamentaux pour l’économie marocaine tels que le Plan d’ajustement structurel, les accords de libre-échange avec l’UE, les accords du GATT et l’Investment Treaty avec les Etats-Unis, est capable de peser de tout son poids pour que la présidence roumaine de l’UE se déroule, selon les intérêts du Maroc, dans les meilleures conditions possibles.

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La Famille Benyaïch en deuil

C’est avec une profonde affliction que nous avons appris le décès, ce mardi, de Mme Carmen Benyaïch mère de Fadel et Karima Benyaïch, respectivement ambassadeurs de S.M. le Roi Mohammed VI à Bucarest et à Madrid, et veuve du Dr. Fadel Benyaïch, médecin particulier de S.M. Hassan II mort à Skhirat en 1971 sous les balles des putschistes. En ces douloureuses circonstances, la rédaction de LE1.ma présente ses sincères condoléances à la famille Benyaïch ainsi qu’à tous les amis et proches de la défunte. Puisse Dieu avoir Mme Carmen Benyaïch en Sa sainte miséricorde et l’accueillir en Son vaste paradis. إنّا لله وإنّا إليهِ رَاجعُون

Bourita, un ministre sacrément seul

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Nasser Bourita a retardé son déplacement officiel à Washington de quelques semaines pour une seule raison : il devait connaître auparavant l’identité du nouvel ambassadeur américain à Alger et celle du secrétaire adjoint pour les affaires africaines au Département d’Etat. Si la nomination de John Desrocher comme nouveau CMD à Alger, en remplacement de Joan Polaschik, en poste depuis août 2014, n’affectera en rien la position de Rabat quant à ses relations avec Washington, en revanche la désignation de Donald Yamamoto en tant que monsieur Afrique au sein du Département d’Etat, si elle n’inquiète pas, elle impose un certain statu quo que le Maroc voulait voir évoluer. En effet, la diplomatie marocaine tablait sur la nomination de Peter Pham, un «ami» du Maroc, mais le puissant lobbying du sénateur de l’Oklahoma, James Inhofe, proche de l’Algérie, a fait obstruction à cette nomination que le Polisario considérait comme trop favorable au Maroc. D’ailleurs, Donald Yamamoto qui connaît très bien l’Afrique pour avoir dirigé auparavant ce bureau, a été rappelé de sa douce retraite en vue de combler ce vide, pour au moins une année, en attendant que l’administration Trump y voit plus clair dans ses relations avec l’Afrique.

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C’est en concomitance avec la nomination de ce polyglotte –Yamamoto parle en effet couramment le chinois, le japonais, l’arabe, le français, en plus de l’anglais-, que Nasser Bourita a effectué sa première visite aux Etats-Unis d’Amérique en tant que ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale du gouvernement El Othmani.

L’administration américaine, qui lui a déroulé le tapis rouge, a d’emblée souligné son attachement au renforcement du partenariat stratégique avec le Maroc et le rôle de celui-ci dans les questions liées au monde arabe, à l’Afrique, à la paix et à la sécurité internationales.

Sur deux jours, Nasser Bourita a ainsi eu des discussions politiques marathons avec le Secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, le sous-secrétaire d’état chargé des affaires du Proche-Orient, David Satterfield, l’envoyé présidentiel adjoint auprès de la coalition internationale de lutte contre Daesh, Terry Wolff, ainsi qu’avec les Présidents des commissions des Affaires étrangères au Sénat et à la Chambre des représentants du Congrès US, respectivement Bob Corker et Ed Royce.

Ces discussions, qui ont porté sur le partenariat stratégique multiforme entre Rabat et Washington, ont confirmé la volonté des deux pays de consolider davantage leurs relations sur les plans politique, économique, de la sécurité et de lutte contre le terrorisme. Les entretiens ont également abordé la situation au Maghreb, notamment le dossier libyen, au Sahel ainsi que la question du Sahara.

Plus tard, à la Maison-Blanche, Nasser Bourita a été reçu par Jared Kushner, conseiller principal du président Donald Trump et son homme de confiance, en présence de Dina Powell, conseiller adjoint à la sécurité nationale, de Jason Greenblatt, assistant du président Trump et représentant spécial pour les négociations internationales, ainsi que de Cyril Sartor, ancien de la CIA et désormais directeur principal pour l’Afrique au Conseil national de sécurité.

S’il est vrai que, durant sa mission, Nasser Bourita était régulièrement briefé par le service central à Rabat par quelques notes, en plus de l’excellent travail d’intelligence et de prospective des services de la DGED, nous avons à vu à Washington un ministre seul. Pas épaulé. Sans soutien. Aucun des directeurs généraux du ministère des Affaires étrangères n’a accompagné le ministre et, fait curieux, les différentes audiences avec les hautes personnalités américaines se sont déroulées en l’absence de l’ambassadeur du Maroc à Washington.

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Et cela se répète assez souvent. Nasser Bourita qui dirigeait sous l’ancien gouvernement, et avec brio, tout le département des Affaires étrangères (alors que Mezouar en récoltait les fruits sans réel valeur ajoutée mis-à-part une capacité importante à la restitution), donne l’impression aujourd’hui de tout centraliser à son niveau et de ne déléguer que très rarement ses prérogatives, alors qu’il dirige un département immense, un mastodonte administratif, tant au niveau central qu’au niveau du dense réseau diplomatique à travers le monde. Ayant gagné la confiance du Roi Mohammed VI et l’appui du conseiller Fouad Ali El Himma, qui ont personnellement piloté les dossiers géopolitiques les plus chauds ces trois dernières années, Bourita hérite d’un département non encore homogène ni au fait de tous les dossiers. Architecte du plus vaste mouvement dans les rangs des ambassadeurs dans l’histoire diplomatique du Royaume, Bourita a besoin d’au moins trois ou quatre secrétaires d’Etat à ses côtés, avec des prérogatives bien précises et des dossiers clairs à gérer. Le monde bouillonne, l’information circule à la vitesse de la lumière, les foyers de tension sont légion, et pour gérer tout cela, un ministre ne peut pas demeurer seul.

Le Maroc n’a pas des voisins faciles que ce soit au nord, à l’est ou au sud. La Mauritanie, par exemple, semble ne pas vouloir valider l’accréditation de Hamid Chabar, nouvel ambassadeur du Maroc à Nouakchott. Avec l’Algérie, c’est la mort clinique. Avec l’Espagne, c’est mi-figue, mi-raisin, surtout après le quiproquo de la nomination de Fadel Benyaïch à Bucarest. Les relations du Maroc avec les pays du CCG sont en dents de scie et la crise du Qatar ne fait que compliquer la donne. L’offensive israélienne en Asie, en Afrique et aujourd’hui en Amérique latine chamboule la donne géopolitique classique. Comment est-ce qu’un ministre, super-puissant soit-il, peut-il gérer tous ces volets s’il n’est pas armé d’une équipe étoffée, compétente et polyvalente à l’instar des David Satterfield, Dina Powell, Jason Greenblatt entre autres Cyril Sartor ou Terry Wolff que le ministre a rencontrés à Washington.

Le gouvernement marocain est tenu de soutenir ce jeune ministre travailleur et militant, une compétence que le pays ne peut pas se permettre de griller pour cause de défaut de ressources, de moyens et d’appui.

Car avec une seule secrétaire d’Etat et des directeurs centraux sans prérogatives, la diplomatie marocaine ne peut aller correctement de l’avant ni être performante. De plus, l’affaire Valyans est venue fragiliser le travail de Nasser Bourita qui se retrouve seul aux manettes face aux différents défis : sa mésaventure à Maputo en est la triste illustration.

Abdellah El Hattach

Nasser Bourita marque de son empreinte la nomination des nouveaux ambassadeurs

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Lors du Conseil des ministres tenu à Casablanca le dimanche 25 juin 2017, le Roi Mohammed VI a approuvé la nomination de 13 nouveaux ambassadeurs désignés dans plusieurs capitales du monde. Des chancelleries vacantes ont été pourvues, d’autres renforcées et des missions créées. Cette nouvelle valse de nominations porte l’empreinte du nouveau ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita.

Dans le cadre de la nouvelle politique africaine menée par le royaume et le retour du Maroc au sein de l’Union africaine, il était nécessaire de donner une nouvelle impulsion à cette dynamique par la nomination des profils adéquats aux postes diplomatiques sensibles. Rabat vient ainsi de créer une nouvelle mission diplomatique, à savoir la représentation permanente du royaume auprès de l’union africaine, indépendante de l’ambassade du Maroc à Addis Abeba. Elle a été confiée à Mohamed Arrouchi, actuel consul général du Maroc à Strasbourg, qui a longtemps roulé sa bosse au sein du service central du ministère des Affaires étrangères et dans les missions diplomatiques du royaume à Vienne, New York et Genève

De son côté, la mission du Maroc en Mauritanie est demeurée vacante depuis le décès de Abderrahmane Benomar. Le poste est revenu à l’ambassadeur du Maroc au Ghana, Hamid Chabar, plusieurs fois Wali et ambassadeur. Poste hautement sensible, Chabar dispose du profil diplomatico-sécuritaire idoine afin de remplir la mission pour laquelle il a été affecté. Ancien gouverneur et Wali dans les provinces du sud, directeur central au ministère de l’Intérieur, numéro 2 de la mission du Maroc à New York, Hamid Chabar aura la difficile tâche de remettre sur les rails les relations entre Rabat et Nouakchott. Il lègue son poste à Akkra à Mohamed Ferhat, ancien second d’ambassade à Pékin et à Paris et ancien chef de division à la direction Afrique au service central.

L’ancien bras droit de Lalla Joumala à Londres, Othmane Bahnini, est propulsé ambassadeur à Lisbonne, au Portugal. Il y succède à Karima Benyaïch désignée chef de la mission diplomatique du Maroc à Madrid en lieu et place de son frère, Fadel, muté à Bucarest en tant qu’ambassadeur plénipotentiaire et extraordinaire du royaume auprès de la Roumanie. D’aucuns parleront de disgrâce pour l’ancien chargé de mission au Cabinet Royal, mais l’apparition de ce dernier aux côtés des conseillers royaux lors de la présentation des vœux de l’Aid al-Fitr prouve que le choix du camarade de classe de Mohammed VI pour Bucarest relève d’un redéploiement en force de la diplomatie marocaine en direction de l’Europe de l’Est et non pas une sanction à l’encontre du fils de feu le docteur Benyaïch, médecin particulier de Hassan II.

La mission du Maroc à Genève, laissée vacante depuis la nomination de Mohamed Aujjar à la tête du ministère de la Justice dans le gouvernement El Othmani, a désormais un locataire. Omar Zniber, diplomate de carrière, ancien ambassadeur à Berlin et Vienne, est le nouveau représentant permanent du royaume auprès du bureau des Nations unies à Genève. Compétent et affable, Omar Zniber diligentera, à l’international, tous les aspects politiques et juridiques ayant trait aux droits de l’homme au Maroc.

La grande surprise nous vient de Pékin. Le nouvel ambassadeur du Maroc en Chine, qui a roulé sa bosse dans les plus grandes capitale du monde, coulait des jours heureux et tranquilles dans sa retraite. Aziz Mekouar, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a fait presque toute sa carrière diplomatique à l’extérieur du royaume. Ambassadeur à Luanda, Lisbonne, Rome et Washington, il a été admis il y a quelques années à faire valoir ses droits à la retraite. Repêché par  son oncle maternelle Othmane Benjelloun, il est administrateur de BMCE Bank et conseiller du président. En 2016, à l’occasion de la tenue de la COP22 à Marrakech, Salaheddine Mezouar fait appel à ses services en qualité d’ambassadeur chargé des négociations multilatérales. Sa double casquette de « diplomate-banquier » est une chance pour le Maroc en vue de booster les relations économiques entre Rabat et Pékin. Et avec plus de 40 ans d’expérience dans le circuit diplomatique à son actif, les autorités chinoises n’auront certainement aucun mal à collaborer avec ce chevronné de la négociation.

Par ailleurs, il était nécessaire de faire fondre la glace entre Rabat et Ryad dont les relations bilatérales, sur le plan diplomatique s’entend, ne sont pas au beau fixe. Le choix de Mustapha Mansouri est éminemment politique. Membre du bureau politique du RNI, ancien ministre, ancien Président de la Chambre des représentants, ancien patron du parti de Aziz Akhannouch, et proche de ce dernier, la nomination de Mansouri en Arabie saoudite fera l’unanimité à Ryad qui considérera ce choix comme un signe de bonne volonté de la part de Rabat et une main tendue pour une normalisation des relations bilatérales. Le poste ne pouvait pas demeurer vacant depuis le départ à la retraite de Abdeslam Baraka, surtout après la nomination d’un nouveau prince héritier, en la personne de Mohamed Ben Salmane, nouvel homme fort de l’Arabie saoudite. Il était nécessaire et urgent de combler ce vide, et Mustapha Mansouri dispose des qualités personnelles et subjectives pour cette mission hautement stratégique. Frère de Mansouri Benali, chargé de mission au Cabinet royal et du général Mimoun Mansouri, patron de la Garde royale, lui-même beau-père de Abdelaziz Alaoui, frère du Chambellan du Roi, Sidi Mohamed Alaoui, Mustapha Mansouri est un pur produit de l’Establishment.

LE1