Ahmed Charai - Page 5

Pourquoi The Wall Street Journal s’intéresse à l’affaire Bouachrine

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Dans une tribune publiée dans le prestigieux quotidien américain The Wall Street Journal, Ahmed Charai analyse le contexte et les dessous de l’affaire Bouachrine qui secoue le microcosme médiatique et politique marocain. Le puissant journal new-yorkais de son puissant propriétaire Rupert Murdoch n’aurait pas laissé publier un tel texte s’il s’agissait d’une simple et vulgaire affaire de mœurs à caractère privé, d’autant plus qu’elle se déroule outre-Atlantique, à huit-mille kilomètres de Manhattan. Le quotidien diffusé à plus de 2 millions d’exemplaires et destiné aux décideurs du Dow Jones et du NYSE, fait ainsi le parallèle entre l’affaire Bouachrine et les affaires du même genre qui ont secoué les Etats-Unis depuis l’éclatement du cas Weinstein et les accusations en cascade qui ont touché plusieurs puissants magnats de Hollywood. Habitués à ses analyses sur des sujets de géopolitique et/ou liés aux relations internationales, les lecteurs d’Ahmed Charai n’ont pas tous saisi la dimension de ce grand écart. Mais à y voir de plus près, l’affaire Bouachrine est plus complexe, voire plus compliquée qu’elle n’en a l’air avec des retentissements à l’international que l’on ne soupçonnait pas.

Grâce à ses accès privilégiés aux médias influents des Etats-Unis, Ahmed Charai publiait, il y a un an exactement, deux essais intéressants dans la presse américaine. Le premier, paru dans The National Interest, était une sorte de radioscopie de la situation géopolitique du monde arabo-musulman au lendemain du «Printemps Arabe» et la déliquescence de plusieurs régimes de la région. L’éditorialiste y identifiait clairement l’Islam radical comme étant l’ennemi terroriste qui menace l’Amérique, surtout qu’il émane des pays arabes qui ont échoué dans la gestion de leurs «Printemps» et qui ont versé dans les affres de la guerre civile.

L’autre essai, paru dans le prestigieux magazine du Congrès des États Unis, The Hill, plaidait lui pour une nouvelle Alliance contre l’extrémisme à l’heure de DAECH. Ahmed Charai, seul marocain membre du Conseil d’Administration d’Atlantic Council et conseiller aux affaires internationales auprès du Center for Strategic and International Studies de Washington, avait pris le Maroc en tant que modèle de cette approche, en vue d’appréhender les grandes questions de l’heure et d’intérêt commun, comme la question du conflit israélo-palestinien, l’hégémonie de l’Iran ou les ambitions russes dans la région.

Il y a moins d’un mois, le membre du Think Tank américain basé dans la capitale fédérale américaine signait une tribune dans les colonnes du journal américain The Hill, dans laquelle il mettait justement à nu les discours trompeurs de certains milieux islamistes, sunnites comme chiites, lesquels ont échoué dans leurs expériences respectives jusqu’à mettre en danger leurs États, gouvernements et même leurs concitoyens. Comble de la coïncidence, et moins de trois jours plus tard éclatait l’affaire Bouachrine au Maroc avec les multiples ramifications qu’elle pourrait cacher. Et si Ahmed Charai a décidé d’en parler dans un support aussi important et lu que le Wall Street Journal c’est qu’il y a vraiment feu en la demeure. Quand le phénomène ou l’«effet Weinstein» éclate dans un pays arabo-musulman avec ses traditions, us et coutumes, cela risque d’ébranler plusieurs convictions. C’est ce qui s’est passé dans cette affaire.

Au-delà des attendus judiciaires qui sont aujourd’hui entre les mains de la magistrature assise, c’est le phénomène qui intrigue, voire inquiète. L’intéressé, dont la présomption d’innocence doit être sauvegardée et garantie, est connu pour ses accointances avec les milieux islamistes marocains, notamment les moralisateurs d’entre eux. Proche du PJD et de la direction du MUR, Bouachrine, qui est aujourd’hui poursuivi pour de lourds chefs d’accusations comme le viol, la tentative de viol, l’agression sexuelle et la traite des êtres humains, jouissait d’une certaine crédibilité auprès des chancelleries occidentales qui voyaient en lui le porte-drapeau de l’Islam politique «modéré» et le défenseur des laissés pour compte. Cette image d’Epinal a vite fait de s’estomper surtout qu’il y a des victimes qui crient au scandale. Si l’intéressé parle d’un complot, les victimes aussi veulent qu’on les écoute. D’où l’intérêt de laisser faire la justice. Et d’où l’intérêt aussi du texte de Ahmed Charai dans le Wall Street Journal qui plaide pour une nouvelle culture d’écoute des victimes qui sont facilement flagellées par une société souvent injuste envers les femmes, et vite clouées au pilori alors qu’elles sont en détresse.

Fait rare et louable, la capacité de l’auteur à expliquer et à faire parvenir ces problématiques à l’intelligentsia américaine est une bonne nouvelle pour le Maroc. L’Occident a eu longtemps cette fâcheuse habitude de juger les institutions d’un pays au profit d’influenceurs qui tirent plus vite que leur ombre, souvent au détriment de victimes sans défense. Ce même Occident peut fermer les yeux sur beaucoup de choses, mais pas quand il s’agit de la femme, de son honneur et de son intégrité physique et psychique.

D’habitude, et par crainte de représailles, on ne dénonce pas chez nous les abus des puissants. Mais grâce à la prise de conscience suscitée par l’affaire Weinstein et la parole qui se libère petit à petit, on a pu mettre à nu, au Maroc -et c’est une première depuis la très médiatisée affaire du commissaire Tabit en 1993-, un phénomène habituellement tu car tabou.

Ahmed Abbadi et Ahmed Charai en mission commando contre l’extrémisme religieux

En marge d’une rencontre avec les ambassadeurs représentants permanents auprès de l’Union européenne et de l’OTAN de plusieurs pays européens et des responsables des institutions européennes chargées de la lutte contre le terrorisme, Ahmed Abbadi a présenté, ce jeudi, devant un échantillon de parlementaires européens de différents courants et obédiences politiques, la singularité de l’expérience marocaine et du modèle de religiosité dans le royaume, basé sur les valeurs d’ouverture, de tolérance, de modération et du juste milieu. La sortie du secrétaire général de la Rabita Mohammedia des Oulémas, a coïncidé avec celle de Ahmed Charai qui a publié le même jour, sur les colonnes du journal américain The Hill, une tribune dans laquelle il met à nu les discours trompeurs de certains milieux islamistes, sunnites comme chiites, lesquels ont échoué dans leurs expériences respectives jusqu’à mettre en danger leurs États, gouvernements et même leurs concitoyens.

Ahmed Abbadi, qui a tenu à mettre en avant l’approche multidimensionnelle du Maroc en matière de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, a choisi une méthode didactique et pédagogique pour convaincre son auditoire de la nécessité de neutraliser les sources nourricières des discours extrémistes.

Si les européens sont sensibles à ce discours, ce n’est pas aussi évident chez les américains. D’où le choix de Ahmed Charai de s’exprimer sur The Hill, plateforme diplomatico-politique proche du Congrès, pour ne pas oser dire son porte-voix. Homme de médias et membre du board du think tank Atlantic Council, et en fin connaisseur des mentalités anglo-saxonnes, Ahmed Charai a opté pour une méthode plus cash : il a clairement et solennellement demandé aux autorités américaines de clarifier leur politique vis-à-vis des groupes et gouvernements islamistes. Tout en rappelant le penchant de l’administration Obama à favoriser l’islam politique, Ahmed Charai s’est interrogé sur les raisons du flou dont fait preuve l’administration Trump à ce sujet.

Le même jour et au même moment les députés et américains européens écoutaient dans des tons différents le plaidoyer du Royaume quant au risque de la radicalisation et l’extrémisme religieux, agavés entre autre par l’issue de la guerre en Syrie, avec un risque de transfert au Sahel.

Il est intéressant de noter comment les deux hommes, Ahmed Abbadi et Ahmed Charai ont distillé le message : le premier optant pour une approche pédagogique, sociale et humaine, plus adaptée aux européens, tout en mettant en valeur l’experience marocaine dans la formation et la lutte contre la radicalisation, le second plus tactique et davantage politique pour pouvoir capter l’attention d’une mentalité américaine très versatile.

Si par exemple Ahmed Abbadi ne pointe du doigt aucun pays en particulier, Ahmed Charai n’hésite pas à le faire. Deux écoles différentes pour la même cause : un premier discours destiné aux européens et un second pour l’establishment de Washington mais dont la genèse est la même, à savoir déconstruire le discours extrémiste et s’attaquer aux phénomènes de radicalisation à la source.

 

Ahmed Charai appelle Trump à ériger une nouvelle Alliance contre l’obscurantisme

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Le prestigieux magazine du Congrès des États Unis, The Hill, a publié mercredi, une tribune de Ahmed Charai dans laquelle il plaide pour une nouvelle Alliance entre le monde arabe, Israël et les Etats-Unis en vue de combattre tous les facteurs d’extrémisme à l’heure tête DAESH. Le membre marocain du Conseil d’Administration d’Atlantic Council et conseiller aux affaires internationales auprès du Center for Strategic and International Studies de Washington, prend le Maroc en tant que modèle de cette approche, en vue d’appréhender les grandes questions de l’heure et d’intérêt commun, comme la question du conflit israélo-palestinien, l’hégémonie de l’Iran ou les ambitions russes dans la région.

Les Arabes, les Américains et les Israéliens ont aujourd’hui « des priorités plus urgentes que le processus de paix » qui n’arrive plus à avancer d’un iota bloquant au passage toute tentative de développement positif sur le terrain. Les souffrances des populations civiles en Syrie, en Irak et au Yemen poussent les puissances mondiales à revoir leurs priorités. Pour Ahmed Charai, les trois parties partagent des ennemis communs : 1) l’expansionnisme sanglant de DAESH ; 2) l’aggravation néfaste de l’influence iranienne et de son hégémonie ; 3) la propagation menaçante de l’extrémisme religieux et du terrorisme.

Selon Ahmed Charai, l’existence de cet ennemi commun est « une opportunité pour les Arabes, les Américains et les Israéliens pour ériger une Alliance de type OTAN » qui unirait les monarchies arabes le Maroc, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et les autre pays du Golfe, en plus de la république d’Egypte, les Etats-Unis et Israël pour faire face aux menaces grandissantes des différents extrémismes : 1) Combattre DAESH et l’obscurantisme ; 2) Contenir l’Iran ; 3) Gérer la Russie à défaut de pouvoir la combattre. Car Moscou est un allié stratégique de l’Iran et, par ricochet de la Syrie de Bachar al-Assad.

L’objectif numéro un de l’implication de la Russie dans la région est d’avoir un accès aux différents détroits de la mer Méditerranée et à l’espace vital de la Mare Nostrum. Il serait donc judicieux de la part de cette nouvelle Alliance de permettre ces accès à la Russie, dans le cadre d’accords stratégiques, en contrepartie de la neutralisation ou du gel de l’aide russe à l’Iran. A terme, peut-être, la Russie pourrait également rejoindre ce nouvel espace pour faire face, ensemble, aux «ennemis de la Civilisation» que sont les extrémistes représentés par DAESH et autres obscurantistes.

Pour monter ces mécanismes, il faut des moyens financiers substantiels et chaque pays dispose d’atouts spécifiques et/ou des attentes particulières. Si les Etats-Unis se démarquent par leur puissance militaire et des moyens technologiques de surveillance ultramodernes, les Arabes et les Israéliens eux, sont connus pour exceller dans les dispositifs d’intelligence et de renseignement. Et si la Tunisie et l’Egypte arrivent à relever le défi médiatique par l’influence sur l’opinion publique, voire sa transformation, le Maroc, lui, se distingue par son expérience unique dans l’encadrement religieux tant au niveau national qu’international, en Afrique en particulier et en Europe. De plus, le Maroc a cumulé un savoir faire singulier dans la lutte contre l’extrémisme en milieu carcéral grâce à des programmes de réinsertion reconnus pour être parmi les plus performants au monde. Les 1% de l’ensemble de la population carcérale connus pour être des extrémistes, est l’objet d’un suivi particulier dans le cadre de programmes public-privé qui a donné de très bons résultats.

Selon Ahmed Charai, la nouvelle Alliance a également besoin d’une dimension économique. Ce nouvel espace doit bénéficier d’un statut de libre-échange entre tous ses membres en vue de stimuler les économies arabes notamment et les mettre à niveau ; cela permettra aussi de créer des emplois à environ la moitié de la population arabe âgée de moins de 35 ans. Cela dit, le danger demeure dans le statu quo qui a tendance à ignorer et donc à sousestimer les menaces réelles. L’objectif est de mener une véritable rupture avec la politique de l’administration Obama. Et toute inertie ou manque d’initiatives de la part des pays appelés à constituer la nouvelle Alliance ne ferait que renforcer l’hégémonie iranienne et la menace de DAESH. L’éradication de ce dernier devrait être l’objectif principal, suivi du confinement de l’Iran qui finance des groupes séparatistes dans toute la région, du Yémen à Bahreïn, tout en soutenant la dictature sanguinaire de Bachar al-Assad.

Enfin, la nouvelle Alliance doit également pouvoir répondre à certains besoins des pays concernés. L’Égypte, par exemple, veut que les Frères musulmans soient classés par l’Occident comme une organisation terroriste, et que le Qatar cesse de les financer ainsi que le Hamas.

72 ans après la Conférence de Yalta, qui a vu adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale, régler le sort de l’Europe après la défaite du Troisième Reich et garantir la stabilité du nouvel ordre mondial après la victoire, et quelques jours après l’inauguration à Ryadh du Centre international de la lutte contre la pensée extrémiste #GCCEI, l’appel de Ahmed Charai est une sorte d’invitation à un Yalta bis qui mettrait sur les rails une nouvelle Alliance mondiale non en vue d’instaurer un choc des civilisations cher à Samuel Huntington mais placer ce nouvel espace à l’avant-garde de ceux qui combattent les «ennemis de la civilisation».

Abdellah EL HATTACH

Mohammed VI et Abdallah II sur la même longueur d’onde

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Les sommets arabes ont toujours «fait face à de nombreux défis et se sont rarement soldés par des résultats fructueux.» C’est par ces propos, sur les colonnes du Huffington Post, que Ahmed Charai entame son analyse sur les tenants et aboutissants du 28ème sommet de la Ligue arabe qui se tient en Jordanie.

En réunissant autour de la même table les principaux dirigeants arabes pour débattre et tenter de trouver des pistes de détentes des multiples tensions qui empoisonnent le climat géopolitique de la région suite aux événements du dit printemps arabe et de la politique du chaos orchestrée par l’administration Obama, le roi Abdallah II de Jordanie doit faire face à de nombreux défis majeurs et faire preuve de beaucoup de tact et de diplomatie pour rapprocher les points de vue parfois diamétralement opposés entre protagonistes et acteurs régionaux.

Le premier défi de ce sommet est la gestion de la présence de plus en plus «accrue de la Russie au Moyen-Orient [notamment] après l’action militaire russe en Syrie, qui a permis à l’armée de Assad de reconquérir Alep et d’autres parties du pays déchirées par la guerre.»

D’autre part, Moscou soutient le général Khalifa Haftar et ses forces à l’est de la Libye, qui sont «fidèles au gouvernement basé à Tobrouk» ce qui fragilise le gouvernement central à Tripoli et accroît le rôle russe dans cette partie méridionale de la Méditerranée.

Le second défi demeure la forte «tension entre les deux grandes puissances du monde arabe sunnite – l’Arabie saoudite et l’Egypte» – que tentera d’apaiser le roi Abdallah II lors de ces réunions, voire les améliorer. Aux dernières nouvelles en provenance de Jordanie, il y aurait quelques avancées majeures sur ce dossier : Ryadh et Le Caire sont en voie de réconciliation, le Roi Salmane Ben Abdelaziz ayant solennellement invité le Maréchal Abdelfattah al-Sissi de se rendre en visite officielle en Arabie saoudite.

Le troisième défi selon Ahmed Charai, est de savoir comment gérer «les conséquences des combats» de Daech à Mossoul et Raqqa sur la sécurité nationale jordanienne sachant que le royaume hachémite est le pays sur lequel comptent les pays arabes du Golfe en tant que tampon face aux raids terroristes de Daech et Al-Qaida.

Les relations Irak-CCG sont le quatrième défi recensé surtout celui de «réconcilier les liens entre les monarchies arabes du Golfe et Bagdad, en particulier avec la forte présence en Irak des milices chiites (soutenues par l’Iran). L’Irak, depuis l’éviction de Saddam Hussein à la suite de l’invasion armée menée par les États-Unis en 2003, est sous l’influence géopolitique de l’Iran.»

Pour le monarque jordanien il existe également, pour son pays, «un lourd fardeau économique (…) en raison de l’afflux des réfugiés fuyant les conflits régionaux qu’il évalue à plus de 1 300 000 syriens stationnés en territoire jordanien.» En tant que cinquième défi, la Jordanie, qui accueille déjà des centaines de milliers de réfugiés irakiens et palestiniens, se joint au Liban, à l’Irak et à l’Egypte qui font également face à des défis similaires à la suite de la guerre en Syrie.

Le sixième défi, et «peut-être le plus redoutable (…) est de travailler avec la nouvelle administration du président américain Donald Trump sur le processus de paix israélo-palestinien. Les dirigeants jordaniens accordent une grande attention à la position de la Maison Blanche sur les colonies juives, à la question du transfert de l’ambassade des États-Unis deTel-Aviv à Al-Qods, et à la pression israélienne pour mettre fin au soutien des Etats-Unis à une solution à deux États. Les capitales arabes voient dans cette décision de déplacer l’ambassade américaine à Al-Qods d’une «ligne rouge» qui risque d’enflammer les rues islamiques et arabes et servirait de cadeau aux extrémistes.» Le Roi Abdallah II, en sa nouvelle qualité de président du Sommet arabe, compte se rendre incessamment à Washington pour y rencontrer Donald Trump et étaler avec lui ces différents dossiers.

Face à tous ces défis, Ahmed Charai conclut son analyse en faisant le parallèle entre le travail de deux souverains, jordanien et marocain, qui partagent parfaitement et clairement l’espoir et les attentes de leurs peuples, et en rappelant que «le roi Mohammed VI avait alerté les chefs d’Etat arabes et avait fait tirer la sonnette d’alarme dans un message (…) au Sommet arabe de l’an dernier en Mauritanie » dans lequel le souverain avait affirmé que l’Unité arabe et la Paix régionale ne peuvent être obtenues par voie militaire ou armée comme ce fut le cas au XXème siècle, mais via le compromis et l’empathie. A défaut, il existe un risque majeur pour la région de s’enliser davantage dans les « déchirures et le chaos ». «Il y a certes un «faux jihad» autoproclamé et porté par des groupuscules comme Daech, mais il y a aussi et surtout un authentique «jihad constructif» qui s’efforce de mettre de l’ordre dans la famille arabe et de résoudre les différends d’une manière pacifique.»

 

LE1

Ahmed Charai: Quel monde arabe pour Donald Trump ?

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La radioscopie de la situation géopolitique du monde arabo-musulman à la lumière d’un pseudo-«Printemps Arabe» qui s’est transformé en véritable «automne» après la déliquescence de plusieurs régimes de la région et l’éclatement de conflits dévastateurs, n’est pas chose aisée. Surtout avec l’avènement d’une nouvelle administration américaine dont on ne maîtrise encore pas les réelles visées et encore moins son approche diplomatique, en plus de la renaissance d’un «empire russe» qui se veut un acteur incontournable de l’architecture du nouveau Proche-Orient et l’émergence de groupuscules extrémistes de plus en plus équipés et davantage violents.

Et  «bien que les détails et les contours de la stratégie de Donald Trump ne sont toujours pas figés et en constante mutation», selon Ahmed Charai, membre du Conseil d’Administration de Atlantic Council, prestigieux Think Tank américain basé à Washington, il n’en demeure pas moins que le nouveau président américain tente de combiner une pincée de «pragmatisme» à une volonté ferme de «faire face aux ennemis» et à tous types de menaces.

Pour Ahmed Charai, qui signait une analyse dans le bi-mensuel américain The National Interest, paru lundi, Trump «identifie clairement l’Islam radical comme l’ennemi terroriste qui menace l’Amérique et émane des pays arabes qui ont échoué dans la gestion de leurs «Printemps» et ont versé dans les affres de la guerre civile.»

Donald Trump que le monde apprend à connaître au fil des semaines est peut-être le président américain qui saura trouver le juste équilibre entre les politiques de son prédécesseur, Barack Obama, trop laxiste avec les mouvements extrémistes (d’ailleurs c’est sous son mandat qu’est né le monstre DAECH), et le prédécesseur de ce dernier, Georges W. Bush, trop radical et un tant soit peu éradicateur, les prisons de Bagram et de Guantamo étant les témoins de cette funeste époque.

Pour ce faire, et éviter de succomber à l’obscurantisme ou à la «paralysie de l’analyse», comme sous Obama et son administration d’intellectuels, il y a, selon Ahmed Charai, «un moyen d’aiguiser la stratégie de sécurité nationale que désire poursuivre le [nouveau] président [américain» et ce via un travail pédagogique qui permettrait de mieux cerner le phénomène de l’islamisme radical et cerner ses «de nombreux visages ». Car si le «djihadisme salafiste (…) est une sorte de mélange hybride de la religion et du fascisme», les sociétés musulmanes comptent aussi dans leurs rangs des libéraux qui s’opposent à cette vision obscurantiste et cherchent à voir éclore «une éthique civique transcendante sans contrainte religieuse » en parallèle à un «système de gouvernance pluraliste», autrement dit démocratique.

La menace vient également de l’islamisme politique qui puise son danger dans les idées qu’il véhicule prônant la non-violence mais qui partage le même projet idéologique que l’islamisme extrémiste.

L’inflexion de la politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique s’est produite, sans ambages, le 11 septembre 2001, sinistre date d’événements tragiques qui vont bouleverser le monde. Quelques années auparavant, en 1989, Francis Fukuyama, a intitulé un de ses articles ‘The End of History? qui va devenir très célèbre et rencontrer aussi une grande critique. D’aucuns, à l’avènement du 11-Septembre, ont cru à la ‘fin de l’histoire’ prédite par Francis Fukuyama. Le texte, publié à l’époque dans The National Interest, est une analyse inverse de celle que propose aujourd’hui Ahmed Charai, publiée 28 ans plus tard, dans le même journal, et qui propose, un Début de l’Histoire, et non une fin de celle-ci.

Si Georges W. Bush considérait faisant partie de l’Axe du Mal tous ceux qui s’opposaient à sa politique, Obama est demeuré très conciliant avec les mouvements de l’islamisme radical mais (injustement) très critique avec les pays qui avaient engagé des processus de réformes. Et au lieu de les soutenir à procéder leurs mutations institutionnelles, l’administration Démocrate usait du ‘coup de grâce’, à travers son arme fatale préférée : les droits de l’homme.

Sept ans après les dits «Printemps», le bilan est triste.  Si, en Egypte, «le gouvernement des Frères musulmans dirigé par Mohammed Morsi s’est achevé dans une effusion de sang, en Jordanie, le Parlement contrôlé par Frères musulmans qui ont joué un rôle politique majeur depuis des décennies dans le pays, a été dissous», par le Roi Abdallah II sans aucune violence. Alors qu’en Tunisie, le mouvement «Ennahda » qui a remporté les élections législatives après la chute de Benali a été canalisé par une société civile qui a refusé le diktat islamiste. Au Maroc, où le parti de la Justice et du Développement a remporté en 2011 les élections législatives lors d’un scrutin historique, a vu monter au créneau une société civile hostile au projet hégémonique du PJD. Ladite société civile a été réconfortée quand «le Roi qui a gardé sous son autorité les domaines régaliens de la Nation à savoir les Affaires étrangères et les politiques sociales».

Si le Maroc a pu tirer son épingle du jeu, l’Egypte est aujourd’hui au bord de la banqueroute alors que la Jordanie et la Tunisie, naguère très prospères économiquement souffrent d’une sévère récession, se retrouvent au milieu d’un écosystème géographique menacé de guerres civiles.

Grâce à ce constat, le jugement de Ahmed Charai tombe comme un couperet : «Les contrastes entre ces quatre situations (dans quatre pays différents) (dé)montrent pourquoi il est faux de considérer le monde arabe comme étant monolithique.» A chaque pays, on adapte un modèle, à chaque pathologie, un remède.

Si dans certains cas Washington se voit forcée d’intervenir militairement cas de menace réelle et directe de ses intérêts, elle ne peut que passer par la case dialogue et par des incitations économiques au profit des pays qui fournissent des efforts réels de réformes et de maturation institutionnelle.

D’où le rôle fondamental de la nouvelle administration américaine qui est tenue de saisir et de comprendre la différence entre les différents pays de la région et leurs spécificités respectives.

A cet effet, le Maroc a réussi haut la main l’examen de 2011 en adoptant une Constitution dans l’ère du temps. Et toutes les réformes politiques qui ont suivi ont permis une plus large souveraineté populaire exprimée par un réel suffrage universel applaudi par le monde en entier. «Et même avec moins de 20% des voix, le PJD a pu gouverner» remarque Ahmed Charai, qui note que ce dernier été « incapable de former une nouvelle majorité [suite aux élections de 2016), en dépit de cinq mois de négociations avec les différents acteurs politiques, ce qui a bloqué tout le pays » se désole-t-il.

Aujourd’hui qu’une nouvelle personnalité a été chargée de former le gouvernement, prouve que « l’intervention royale a ouvert la voie à une solution au blocage institutionnel» qui sclérosait la scène politique nationale conclut Ahmed Charai.

 

Abdellah EL HATTACH