Power of Siberia, Nord Stream 2, TurkStream : L’Eurasie sino-russe est en marche

Il s’agit d’une réelle consécration pour Vladimir Poutine et d’un rapprochement historique entre Moscou et Pékin. Après plusieurs années de dures négociations, le président russe va inaugurer coup sur coup ces prochaines semaines trois gazoducs majeurs ralliant la Chine, l’Allemagne et la Turquie : Power of Siberia, Nord Stream 2 et TurkStream. En plus d’avoir réussi à contrecarrer le véto américain, Poutine vient de mettre en marche un rêve cher à la défunte URSS qui est l’émergence d’une grande puissance Eurasienne.

Vladimir Poutine et Xi-Jinping ont lancé aujourd’hui en direct par téléconférence, la mise en route du gazoduc «Power of Siberia». Il s’agit des premières livraisons de gaz russe de l’histoire sur le marché chinois et d’un contrat historique pour Gazprom. Avant la fin de l’année, le géant russe inaugurera le très controversé gazoduc Nord Stream 2 qui approvisionnera l’Europe du nord avant d’ouvrir, en janvier 2020, les vannes du TurkStream au profit de la Turquie.

Power of Siberia

C’est le plus important projet d’exportation de ces dix dernières années pour Gazprom. Il aura fallu quatre ans et demi à la compagnie gazière russe pour construire Force de Sibérie, le gazoduc de 2 200 kilomètres, de forêts de pins et de sols gelés, qui relie le gisement de Tchaïandinskoïé, dans le sud de la Iakoutie, à la frontière chinoise, où il passe sous le lit du fleuve Amour. Le point de passage entre les deux pays se trouve au niveau des villes russe de Blagovechtchensk et chinoise de Heihe.

Il s’agit de l’un des plus longs gazoducs du monde, qui doit encore se prolonger : côté russe vers l’ouest, mais aussi vers l’est pour déboucher sur l’océan Pacifique, et côté chinois jusqu’à Shanghai.

Le tube s’accompagne d’un énorme contrat d’approvisionnement de 38 milliards de mètres cubes de gaz par an, estimé à plus de 400 milliards de dollars sur 30 ans, et signé en 2014 après une décennie de négociations.

La portion chinoise devrait être achevée en 2022-2023 et amener 38 milliards de m3 de gaz par an jusqu’à la ville de Shanghai, pour rassasier l’inépuisable appétit énergétique du géant chinois, premier importateur mondial d’hydrocarbures.

Power of Siberia («Force de Sibérie»), construit dans des conditions extrêmes, illustre la main tendue de Vladimir Poutine à l’Asie, alors que les relations avec ses traditionnels partenaires occidentaux se sont considérablement tendues depuis le début du conflit ukrainien.

Le Kremlin affiche plus d’optimisme dans ce domaine. «Ce gazoduc est non seulement important pour la Russie et la Chine, mais il contribuera également au développement des pays de la région Asie-Pacifique», a déclaré le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, cité par Gazeta.ru. En effet, les besoins en pétrole et en gaz de ces pays ne devraient que croître, c’est pourquoi la Russie et la Chine mènent d’ores et déjà des pourparlers pour la construction de Force de Sibérie 2.

Jusqu’à présent, la Chine faisait venir son gaz du Turkménistan (à travers l’Ouzbékistan et le Kazakhstan), mais la demande croissante en ressources énergétiques n’était pas satisfaite. De plus, pour des raisons écologiques, la Chine s’efforce d’amorcer une transition du charbon vers le gaz.


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Nord Stream 2

L’Europe reste encore la priorité du géant gazier russe, malgré les tensions des dernières années.

Le controversé Nord Stream 2, arrivant en Allemagne, doit approvisionner l’Europe du Nord et de l’Ouest via la Baltique, en contournant l’Ukraine. Il est d’une capacité de 55 milliards de m3 par an, autant que son frère aîné, Nord Stream 1.

Ce projet est dénoncé par l’Ukraine, la Pologne, les pays baltes, mais aussi les Etats-Unis qui y voient un cadeau fait à l’adversaire qu’est le Kremlin. Washington a même menacé le projet de sanctions.

D’ailleurs, les critiques les plus véhémentes venaient de la Maison Blanche qui défend les intérêts des producteurs américains de gaz. Les États-Unis ont en effet développé leur GNL, gaz naturel liquéfié, et voient d’un mauvais œil la volonté de la Russie d’asseoir son emprise énergétique sur l’Europe, alors que le Vieux Continent pourrait être un débouché lucratif.

Donald Trump n’a pas eu de mots trop durs à l’égard de ce gazoduc. Le président américain avait même qualifié l’Allemagne de “prisonnière de la Russie” pour en avoir soutenu la construction.

En outre, vue de Washington, la Russie est en train de se transformer en pieuvre énergétique qui déploie de plus en plus ses tentacules en Europe.

DER SPIEGEL

Nord Stream 2, qui a coûté 9,5 milliards d’euros, est financé à moitié par Gazprom, à moitié par les Européens: les alemands Wintershall et Uniper, l’anglo-néerlandais Shell, le français Engie et l’Autrichien OMV.

Le gazoduc, construit à plus de 80%, devait être initialement lancé avant la fin 2019, mais l’autorisation du Danemark de traverser ses eaux n’ayant été délivrée que fin octobre, la nouvelle date de mise en service n’est pas encore connue.

Gazprom espère un lancement prochain, mais l’achèvement du tube dépendra de la météo en mer en plein hiver.

Sa mise en service presse, le contrat liant la Russie et l’Ukraine pour le transit gazier vers l’Europe prenant fin en 2019. Et l’Europe occidentale n’a pas envie de revivre les coupures d’approvisionnements hivernales des années 2000 causées par les différends russo-ukrainiens.

TurkStream

Le sud de l’Europe et la Turquie ne sont pas en reste: le gazoduc TurkStream, contournant également l’Ukraine, doit être inauguré en janvier par Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

Le président turc, Recep Tayyep Erdogan, et son homologue russe, Vladimir Poutine, lors de l’inauguration du premier tronçon du gazoduc Turkstream. Sputnik photo agency

D’une capacité de 31,5 milliards de m3 par an, il travers sur 930 km la mer Noire, comme son prédécesseur Blue Stream. Un des deux tuyaux de TurkStream est destiné à la Turquie et l’autre au sud et sud-est de l’Europe. Sa construction bénéficie d’une météo plus clémente que ses frères nordique et oriental.

L’accord d’intention pour sa réalisation entre Gazprom et Botas a été signé en 2014, avant que les relations russo-turques ne se détériorent brusquement après le crash d’un bombardier russe abattu par la Turquie fin 2015.

Poutine et Erdogan scellent néanmoins le contrat fin 2016. Le projet symbolise aujourd’hui le rapprochement de la Russie et de la Turquie. D’autant qu’Ankara entretient des relations compliquées avec l’UE et l’Otan.

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