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La compagnie pétrolière britannique Shell s’excuse pour avoir acheté du pétrole russe

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Le géant britannique des hydrocarbures Shell s’est excusé dans un communiqué pour sa décision d’acheter du pétrole brut russe malgré l’invasion et le bombardement de l’Ukraine. Vivement critiqué par le ministre ukrainien des affaires étrangères, Dmytro Kuleba, Shell a annoncé son intention de reverser les bénéfices de cette transaction à un fonds d’aide aux réfugiés ukrainiens. Ce lundi, l’exportateur américain du GNL, Venture Global LNG, annonce la signature d’un contrat de vente de gaz à Shell.

Les pays occidentaux se sont bien préservés de ne pas inclure le pétrole et le gaz russe dans les sanctions contre Moscou suite à son invasion de l’Ukraine. Si les navires russes ont été cibles des sévères restrictions européennes et d’Amérique du nord, le gaz pouvait toujours être exporté partout dans le monde, craignant que cela ne fasse grimper les prix déjà records de l’énergie dans le monde. Surtout que la Russie est le deuxième producteur mondial de pétrole brut après l’Arabie saoudite, et fournit environ un tiers des besoins de l’Europe.

Encouragée par les déclarations des ministères des affaires étrangères britannique et américain, Shell a décidé d’acheter, ce jeudi 4 mars, du pétrole provenant de Russie à un prix très bas et ce malgré l’aggravation de la situation militaire et humanitaire en Ukraine.

L’affaire est rendue publique. Shell se voit obliger publier un communiqué dans lequel elle justifie sa décision, tout en présentant des excuses.

Shell a déclaré qu’elle n’avait «pas d’autre choix», qu’elle était «obligée d’acheter du pétrole à la Russie» afin de «maintenir un approvisionnement régulier en carburant pour l’Europe».

«La décision d’acheter le carburant à un prix réduit à la Russie était difficile» s’est justifiée Shell.

La société a déclaré qu’elle restait «consternée par la guerre en Ukraine» et qu’elle avait arrêté la plupart des activités impliquant du pétrole russe, mais elle a ajouté que la situation en matière d’approvisionnement était «très complexe».

Le pétrole russe représente actuellement environ 8 % de l’approvisionnement opérationnel de Shell. L’une des raffineries de la société, qui produit du diesel, de l’essence et d’autres produits, est également l’une des plus grandes d’Europe.

Pour être clair, sans un approvisionnement ininterrompu de pétrole brut aux raffineries, l’industrie de l’énergie ne peut pas assurer la fourniture continue de produits essentiels aux personnes à travers l’Europe au cours des semaines à venir, a déclaré le porte-parole de Shell.

«Les cargaisons provenant de sources alternatives ne seraient pas arrivées à temps pour éviter les perturbations de l’approvisionnement du marché. Nous n’avons pas pris cette décision à la légère et nous comprenons la force du sentiment qui l’entoure.» a-t-il poursuivit.

Le ministre ukrainien des affaires étrangères, Dmytro Kuleba, s’en est pris à Shell, s’interrogeant sur Twitter si «Le pétrole russe ne sent-il pas le sang ukrainien pour vous ?».

Occasion inespérée pou Washington de vendre davantage son GNL en Europe

Dimanche, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a déclaré que les États-Unis menaient désormais des «discussions actives» avec leurs partenaires européens pour les interdire tout en maintenant un «approvisionnement mondial stable».

Une déclaration qui sera suivie moins de 24 heures plus tard par celle de l’exportateur américain de gaz naturel liquéfié, Venture Global, annonçant que Shell avait accepté d’acheter du GNL qui lui sera livré à partir de l’installation de Plaquemines située dans la paroisse de Plaquemines, pendant les vingts prochaines années.

Le contrat entre Shell et Venture Global porte sur deux millions de tonnes (MTPA) par an de GNL pendant 20 ans, a précisé Venture Global dans un communiqué. Shell double ainsi son approvisionnement auprès de la société américaine qui lui fournit déjà 2 MTPA, depuis son usine de Calcasieu Pass, également située en Louisiane.

«Nous nous réjouissons de travailler avec Shell pendant de nombreuses années afin de fournir du GNL américain propre et à faible coût aux marchés qui en ont le plus besoin», a déclaré Mike Sabel, directeur général de Venture Global.

Dans une analyse d’avant la guerre en Ukraine et d’avant la propagande anti-russe, Le Figaro expliquait comment le GNL s’est imposé comme une arme géopolitique et d’influence sur l’Europe entre le États-unis et la Russie

«La crise énergétique européenne a permis aux Etats-Unis de devenir le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) devant le Qatar et l’Australie. Avec pour enjeu sur le long terme de réduire la dépendance de l’Europe à l’égard du gaz russe et d’accroître leur part de marché. C’est à la lumière de cette dépendance qui transforme le gaz naturel en arme géopolitique qu’il faut voir les mises en garde réitérées de Washington contre Berlin et le projet Nord Stream 2, un gazoduc acheminant directement du gaz de la Russie à l’Allemagne, et géré par le géant russe de l’énergie, Gazprom» a écrit Le Figaro. 

La crise en Ukraine permet donc aux pétroliers britanniques de forcer le divorce avec le gaz russe. Shell et BP ont annoncé concomitamment mettre fin à toutes leurs coentreprises avec les sociétés d’hydrocarbures russes, à savoir Gazprom Rosneft.

Shell à l’intention de céder sa participation de 27,5 % dans une importante usine de gaz naturel liquéfié et sa participation de 50 % dans deux projets de champs pétrolifères en Sibérie. Elle dit vouloir mettre également fin à sa participation au gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne.

Shell a déclaré qu’elle s’attendait à ce que cette décision, qui s’appliquera également à toutes les «entités liées» à Gazprom, allait représenter environ 3 milliards de dollars.

Shell a suivi l’exemple de BP, qui avait déjà annoncé qu’elle se débarrasserait de sa participation dans Rosneft, le géant pétrolier public russe, ce qui représente une perte potentielle de 25 milliards de dollars.

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