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Rabat-Moscou : du « corridor vert » au « corridor de sécurité »

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Au moment où presqu’aucune information n’a filtré de ses entretiens au Maroc avec le Chef du gouvernement Abdelilah Benkirane et le ministre du Commerce et de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, c’est à la télévision de son pays que s’est confié le vice-ministre russe de  l’industrie et du commerce, Victor Evtuhov sur les détails de sa visite à Rabat.

Il a rapidement planté le décor et, sans ambages, a annoncé qu’il avait discuté avec les responsables marocains de la possibilité d’implanter au Maroc une usine de camions militaires destinée au marché local et africain, et l’éventualité de l’achat par le royaume d’une vingtaine d’avions et hélicoptères russes à usage militaire et civil.

Fidèle client des fournisseurs occidentaux, le Maroc opte ainsi pour l’industrie russe afin de moderniser son matériel militaire et le diversifier. Au même moment, l’Algérie se réoriente vers le marché français et a soumis une option d’achat pour l’acquisition d’avions de chasse Rafale. La région est ainsi en perpétuelle recherche d’équilibre géostratégique à travers un contrôle méticuleux des différents rapports de force afin d’éviter tout risque de dérapage ou d’escalade militaire.

Une première

De la même manière, le Maroc diversifie aussi sa coopération internationale dans le domaine de la sécurité et du renseignement. Ainsi, accompagné de ses principaux collaborateurs et hauts responsables de la DGSN et DGST, Abdellatif Hammouchi s’est entretenu, hier à Moscou, avec les dirigeants de la sécurité intérieure et les services de renseignement russes. Pourparlers couronnés par la rencontre de Hammouchi avec le secrétaire général du conseil russe de la sécurité nationale, Nikolai Patrushev, celui-là même qu’avait rencontré en janvier dernier, le Conseiller de Sa Majesté le Roi, Fouad Ali El Himma, parti à Moscou pour préparer la visite royale. A l’ordre du jour de la rencontre Hammouchi – Patrushev la coopération dans lutte contre le terrorisme international et l’extrémisme en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Cette visite intervient après deux sorties remarquées de Abdellatif Hammouchi à l’international. Celle en Côte d’Ivoire en compagnie du ministre de l’Intérieur, Mohamed Hassad, suite à l’attentat du Grand-Bassam et celle en Espagne pour renforcer l’axe de la coopération sécuritaire Rabat-Madrid dans les domaines de la lutte anti-terroriste, la lutte contre le trafic de drogue et l’immigration clandestine.

La Déclaration sur le Partenariat Stratégique Approfondi entre la Russie et le Maroc qui a institué la notion de « corridor vert » dans le domaine de la coopération agricole, vient aujourd’hui mettre en place ce que l’on pourrait baptiser le « corridor de sécurité », à savoir une hotline entre Rabat et Moscou qui permet non seulement une veille en terme de renseignement mais également un partenariat plus solide, allant vers la mise en place d’un véritable mécanisme d’échanges de données et d’informations en temps réel pour la préservation de la sécurité des deux pays et de leurs périmètres géographiques  d’influence.

Abdellah El Hattach

Aïcha ElBasri: Une enquête sur la visite polémique de Ban Ki-moon s’impose

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Aïcha El Basri
Aïcha ElBasri, Ancienne porte-parole de la Mission de l’Union Africaine et des Nations Unies au Darfour

Ce n’est pas en tant que Secrétaire général de l’ONU que Ban Ki-moon a visité l’Algérie et le front Polisario pour relancer les pourparlers de paix du Sahara, mais en tant que général tout court ; un général déplacé dans des camps ennemis pour mettre le feu à la poudrière.

Il faut dire que depuis les années 1980, aucun des trois Secrétaires généraux des Nations Unies qui l’ont précédé – qu’il s’agisse de Perez de Cuellar, de Boutros Boutros Ghali ou de Kofi Annan – n’a effectué une visite d’une seule partie de ce conflit, à savoir le Front Polisario et l’Algérie. Jamais un chef de la diplomatie onusienne n’a utilisé le terme « occupation » en parlant de terres officiellement désignées par l’ONU de « territoires non autonomes». Jamais un chef de l’ONU ne s’est rendu dans les territoires disputés confiés par le Maroc à la supervision des casques bleus pour y effectuer une visite à Bir Lahlou, une localité d’un « Etat » non reconnu par l’ONU. Si l’on ajoute à cela le signe V de victoire que Ban a affiché lors de la parade militaire organisée par le Polisario, il y a de quoi se poser un tas de questions sur l’objectif de cette visite pour le moins douteuse.

Ce qui renforce les suspicions sur l’intention derrière cette visite c’est que Ban Ki-moon l’inscrit contre l’esprit et la lettre des résolutions du Conseil de Sécurité. Ce dernier exhorte le Secrétaire général à aider le Maroc et le Polisario à parvenir à « une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental dans le cadre d’arrangements conformes aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies. »

Cependant, aussi bien à Alger, dans les camps de Tindouf et les territoires disputés, Ban a agi autrement. Il a fait preuve de partialité en manquant aussi de réitérer la position du Conseil de Sécurité

« demandant à nouveau que soit envisagé l’enregistrement des réfugiés dans les camps de réfugiés de Tindouf. » Il est évident que si son intention avait été d’engager les parties à poursuivre les négociations en vue d’une solution politique, une visite officielle des territoires disputés qui exclut le Maroc n’aurait pas eu lieu. Il aurait tout simplement attendu jusqu’à ce que les conditions d’une visite constructive soient réunies.

Reste à se demander alors pourquoi le chef of l’ONU a bravé l’opposition des autorités marocaines à cette visite qui ne pouvait être que dangereusement biaisée. Les conséquences de ces violations des résolutions du Conseil de Sécurité par le plus haut fonctionnaire des Nations Unies qui a passé plus de neuf ans à la tête de l’Organisation sont graves. Aujourd’hui, les chances de rapprochement des parties au conflit au Sahara semblent s’éloigner. Cette visite a mis la région sur le pied de guerre avec le Polisario menaçant publiquement de reprendre les armes contre le Maroc.

Par conséquent, il convient de demander au Conseil de Sécurité d’ouvrir sans tarder une enquête sur les tenants et aboutissants de cette visite officielle qui risque de déstabiliser le Maroc, la seule nation stable de l’Afrique du Nord qui a échappé aux guerres qui meurtrissent la région, et d’éloigner les chances d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, comme l’exige le Conseil de Sécurité.

Aïcha ElBasri

Maroc, Russie, la feuille de route en marche

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La visite officielle entreprise par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en République fédérale de Russie s’inscrit dans le cadre des relations multilatérales globales qui constituent la trame de la politique étrangère du Royaume du Maroc.

Elle est intervenue à un moment où la Russie cherche à tisser davantage son réseau régional à travers la nécessité de hisser le niveau de coopération avec Rabat à un degré d’échanges dans les secteurs de l’Agriculture, du commerce, du tourisme, du gaz et du pétrole qui seraient à la hauteur du potentiel des deux pays.

La Russie a renforcé ses alliances dans le monde arabo-musulman, et a gagné en influence en Syrie, en Iran, au Liban et en Egypte.

Il était donc important pour le Maroc de multiplier également ses alliances, car aucune amitié ne demeure ni aucune inimité. Ce qui demeure ce sont les intérêts. L’Occident doit assimiler cette nouvelle donne dans ses doctrines, même s’il n’a pas vu d’un bon œil le déplacement royal à Moscou. La visite de Sa Majesté en Russie ne s’est pas faite au détriment des intérêts d’autres pays, mais elle vient renforcer des liens historiques couronnés en 2002 par un partenariat stratégique.

Il est certain que la forte présence chinoise en Afrique, donne de l’appétit à la Russie qui cherchera sans aucun doute à lui damer le pion ou, au moins, à la concurrencer, et cela ne peut se faire qu’à travers le Maroc, le passage obligé vers l’Afrique subsaharienne.

Même sur le plan militaire, les russes sont de plus en plus présents en Mer Méditerranée, et ils ne peuvent davantage déployer cette force que par une coopération étroite avec Rabat qui détient les clés du Détroit de Gibraltar.

La Russie a également besoin des conseils et orientations du souverain, en sa qualité de Amir al-Mouminine, pour comprendre et réguler les phénomènes dits ‘islamistes’, notamment dans la région du Caucase et d’Asie centrale, et les mouvements des ‘djihadistes’ en Syrie, en Irak et au Yémen, et ce grâce à l’expérience marocaine probante dans le domaine de la lutte antiterroriste. D’ailleurs, dans leur Déclaration conjointe, le Maroc et la Russie entendent renforcer leur coopération dans le domaine religieux, y compris à travers l’envoi d’imams marocains en Russie pour l’échange d’expériences, ainsi que la formation d’imams russes dans les établissements marocains d’enseignement religieux.

La machine est désormais en branle : Rabat et Moscou ont décidé de prendre des mesures concrètes pour élargir la coopération dans le domaine de l’agriculture et de la pêche maritime : il s’agit de simplifier au maximum les procédures douanières à travers la mise en place d’un ‘corridor vert’ comme convenu dans la Déclaration conjointe. Et c’est dans ce cadre-là, que le ministre de l’Agriculture et de la Pêche Maritime, Aziz Akhannouch, a rencontré, en milieu de semaine, les exportateurs de fruits et légumes marocains avec, comme point essentiel à l’ordre du jour, la volonté du secteur agricole de mieux adresser le marché russe qui présente de grandes opportunités pour les opérateurs marocains. De son côté, le chef du gouvernement marocain, Abdelilah Benkirane, et le vice-ministre russe de l’industrie et du commerce, Victor Evtohov, ont discuté des moyens de promouvoir les échanges commerciaux entre les deux pays. L’axe Rabat-Moscou a été érigé pour demeurer dans le temps, il appartient donc aux Pouvoirs publics dans les deux pays de l’entretenir et de le développer.

Abdellah El Hattach.

L’esprit d’une marche transgénérationnelle pour la Légalité

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Le 16 octobre 1975, la Cour internationale de justice de La Haye rendait un avis consultatif sur le droit applicable dans l’affaire du Sahara. Elle a précisé dans ses attendus  que le territoire occupé par l’Espagne ne pouvait être considéré comme terra nullius, estimant que Seguia el-Hamra et le Rio de Oro étaient habités par des tribus ayant une organisation sociale et politique et, surtout ayant des liens d’allégeance avec les différents sultans du Maroc.

Fort de cette référence, feu Sa Majesté Hassan II s’adressait le jour même à son peuple pour lui exprimer Sa décision d’organiser une Marche Verte à destination du Sahara marocain pour recouvrer les droits inaliénables du Royaume du Maroc sur ses territoires méridionaux. Son vœu le plus cher était de prendre personnellement la tête de cette Marche pacifique. Mais le devoir d’un chef, comme il aimait à le répéter, était de rester à son poste de commandement, afin de veiller à l’exécution des ordres et de demeurer en contact permanent avec toutes les provinces du Royaume.

Il s’agissait, en fait, d’un véritable pari psychologique sur lequel tout reposait. En effet, faire affronter à des centaines de milliers de volontaires, aux mains nues, les champs de mines, les tanks et les légions de l’armée franquiste, c’était les envoyer à la mort. Mais pour Hassan II, c’était aussi risquer de se retrouver devant une alternative suicidaire : reculer en perdant la face ou se lancer dans une guerre perdue d’avance.

Le soir même à New York, au siège des Nations Unies, et à la demande de l’Espagne qui qualifiait cette Marche d’« invasion », le Conseil de Sécurité adoptait la résolution 377 qui demandait aux parties de faire preuve de retenue et de modération. Mais c’est dans la ferme résolution du Maroc et sa farouche énergie, ainsi que l’indomptable détermination de toutes les composantes du pays au service de la cause de leur Nation, que feu Hassan II a puisé toutes les forces pour rejeter catégoriquement cette résolution.

Et ni les résolutions 379 du 2 novembre 1975 et 380 du 6 novembre, ni le ton menaçant du président du Conseil de Sécurité, l’ambassadeur russe Yakov Malik appelant le Maroc à stopper immédiatement la Marche, n’ont pu arrêter la volonté d’un Roi et d’un peuple. Hassan II répondait au Conseil de Sécurité «la Marche continuera son chemin pour atteindre ses objectifs définis».

Son successeur, le Roi Mohamed VI, tout en demeurant dans l’esprit et dans la lettre de la Marche Verte, a proposé une nouvelle approche moderniste et volontariste qui fait de l’Initiative d’autonomie un projet concerté, pertinent et conforme à la légalité internationale, et ce en rupture avec la thèse unilatérale d’autodétermination basée exclusivement sur l’option du référendum.

Et alors que les ennemis de la Nation ne cessent de brandir des thèses dépassées pour faire dévier le processus de négociations de son cheminement normal, les campagnes médiatiques qui les accompagnent sont orchestrées dans le sillage d’un embarras excessif, d’une escalade agressive des adversaires et un état de trébuchement sans précédent.

Et tout comme le 6 novembre 1975, où, dans une discipline impeccable, et selon une organisation magistrale, Hassan II venait de faire la preuve, en face du monde entier, qu’il était le souverain d’un peuple capable de la plus grande marche pacifique de l’histoire contemporaine, Sa Majesté Mohammed VI traite, aujourd’hui, avec un esprit constructif les résolutions onusiennes dans le but de réunir les conditions appropriées pour une négociation sérieuse seule à même de garantir une issue politique et pacifique à un faux problème qui n’a que trop duré. Le souverain a également réussi à défaire le Maroc du Plan Baker II et du projet de scission soufflé par Abdelaziz Bouteflika, et a pu stopper les manœuvres visant à faire élargir à tort les prérogatives de la Minurso aux volets dits des ‘Droits de l’homme’ dans un pays devenu incontestablement un modèle de société démocratique dans le monde arabe et qui s’est engagé, depuis plusieurs décennies, dans le processus de la démocratisation, de la modernité et de l’égalité.

Ce même élan de ferveur populaire spontané s’est exprimé par une Marche de 3 millions de marocains qui, d’une seule voix, ont représenté tout un pays pour refuser catégoriquement et condamner les dérapages dangereux du Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon.

Marche

En tout état de cause, le Royaume, fort du consensus de l’ensemble des composantes de la Nation autour de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale, demeure confiant en la sagesse des membres du Conseil de Sécurité et des Grandes Puissances, et en leur capacité à trouver les formules appropriées pour préserver le processus politique de toutes dérives aux conséquences lourdes et néfastes pour la stabilité de toute la région.

Abdellah El Hattach

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